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PSYCHOPATHOLOGIE PSYCHANALYTIQUE DE L'ENFANT

De
448 pages
L'objet de la psychopathologie est l'étude des éléments constituants des organisations mentales pathologiques. L'auteur les envisage chez l'enfant dans une perspective structurelle essentiellement inspirée de la psychanalyse. Il en propose plusieurs exemples empruntés aux divers domaines de la pathologie mentale infantile : organisations déficitaires, psychotiques, caractérielles et perverses, pré-névrotiques et névrotiques, psycho-somatiques.
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PSYCHOPATHOLOGIE PSYCHANAL YTIQUE DE L'ENFANT
Méthodologie, études théoriques et pratiques

Collection Psychanalyse et Civilisations Série Trouvailles et Retrouvailles dirigée par Jacques Chazaud

Renouer avec les grandes œuvres, les grands thèmes, les grands moments, les grands débats de la Psychopathologie, de la Psychologie, de la Psychanalyse, telle est la finalité de cette série qui entend maintenir l'exigence de préserver, dans ces provinces de la Culture et des Sciences Humaines, la trace des origines. Mais place sera également donnée à des Essais montrant, dans leur perspective historique, l'impact d'ouverture et le potentiel de développement des grandes doctrines qui, pour faire date, continuent de nous faire signe et nous donnent la ressource nécessaire pour affronter les problèmes présents et à venir.

Dernières parutions
L'instinct et l'inconscient, W. H. R. RIVERS, 1999. Hallucinations et délire, Henri EY, 1999. La confusion mentale primitive, Philippe CHASLIN, 1999. La réception de Freud en France avant 1900, André BOLZINGER, 1999. Récits de vie et crises d'existence, Adolfo FERNANDEZ-ZOÏLA, 1999. Psychanalyste, où es-tu ?, Georges FAVEZ, 1999.

Première édition: BORDAS-DuNOD, 1979 (parue sous le titre: Introduction à la Psychopathologie

Infantile)

Nouvelle édition revue, complétée et mise àjour : @ L'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8245-7

Jean-Louis LANG

PSYCHOPATHOLOGIE PSYCHANAL YTIQUE DE L'ENFANT
Méthodologie, études théoriques et pratiques

L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Du même auteur

~

Aux Presses

Universitaires

de France:

- L'Enfance

Inadaptée, problème médicosocial - 1962 - Aux frontières de la Psychose Infantile - 1978

~

Aux

Editions

Sociales

Française:

- Rééducation

en Externat: externats médicopédagogiques, externats psychothérapiques, hôpitaux de jour - 1971

~

A l'Expansion

Scientifique

Française:

- Georges
1997.

HEUYER, fondateur de la Pédopsychiatrie - Un humaniste du vingtième siècle

-

Ouvrage réalisé avec le concours de la SOCIETE FRANÇAISE DE PSYCHIATRIE DE L 'ENFANT ET DE L'ADOLESCENT

« Donner un sens plus pur aux mots de la tribu ». (Stéphane MALLARME, le tombeau d'Edgar POË « L'enseignement de la psychopathologie n'a pas pour but l'apprentissage des connaissances. Il vise à mettre les phénomènes psychiques en ordre et en question, et cherche ainsi àfaire gagner du temps ».(D. LAGACHE)

A l'intersection de la psychologie et de la pathologie mentale, puisant ses sources dans la première et prolongeant ses effets dans le domaine médical, cherchant ses appuis dans le champ biologique, ou social, ou encore celui de l'inconscient, se réclamant parfois d'une idéologie, d'une philosophie, voire d'une éthique, la psychopathologie recouvre-t-elle une démarche définie, un savoir tant soit peu isolable ? Est-elle une science achevée ou du moins déterminable en tant que telle, c'est-à-dire une science tout court, ou ne représente-t-elle qu'une application de la psychologie générale aux perturbations et altérations du fonctionnement mental, ou encore, à l'inverse, une approche complémentaire (comme on dit: « examen complémentaire»), une discipline d'appoint à la psychiatrie? Ou bien, ne se définit-elle que par ses visées, son objet et ses instruments, comme le suggère l'ouvrage de G. DESHA YESqui a tenté dans sa « Psychopathologie Générale» (1967) d'en aborder méthodologiquement le sens et la portée de façon systématique, sans référence unique à un modèle privilégié et sans le seul support des données cliniques brutes plus ou moins directement interprétables au travers des données étio-pathogéniques ? 7

Quoi qu'il en soit, nous avons tenu à conserver au terme de psychopathologie une spécificité, un sens restrictif bien qu'il soit souvent, à tort, assimilé à celui de psychiatrie en général. Or, cet ouvrage ne saurait se comparer ou se substituer à tel traité, précis ou manuel de psychiatrie infantojuvénile. Et si, d'autre part, il n'est pas de traité, précis ou manuel de psychopathologie de l'enfant dans le sens restreint que nous réservons à cette notion, nous ne visons aucunement à combler ici une carence dont à notre avis il y a bien plutôt lieu de se réjouir que de la regretter. Interrogeons-nous en effet sur cette lacune. Souvent les éléments de la psychopathologie se retrouvent épars dans des articles et ouvrages plus généraux, fréquemment à orientation psychiatrique, à point de départ clinique, servant d'appoint au diagnostic, d'appui au pronostic, ou encore de soutien aux fondements étio-pathogéniques proposés et aux orientations thérapeutiques préconisées. Quelle que soit la valeur de ces travaux, la spécificité même de l'approche psychopathologique et l'originalité de ses visées s'en trouvent cependant dissolues; les modalités, voire les règles de son application, les moyens qu'elle met en œuvre le seront tout autant. Ce sera donc l'objectif de notre première partie - la méthodologie - que d'en introduire la dimension, d'en préciser la place, le sens et les moyens dans le champ des altérations, perturbations et affections mentales de l'enfant pour ce qu'elles ont de spécifique chez lui, sans souci d'en étendre l'emploi à la pathologie mentale infanto-juvénile dans son ensemble ou à chacune de ses principales manifestations. Il est d'autres écrits et travaux qui font plus particulièrement appel à la psychopathologie. On y peut déceler une seconde raison à l'absence d'ouvrage strictement limité à cette seule discipline (et s'en féliciter !). Il s'agit en effet dans ces textes d'illustrer, de compléter mais souvent aussi d'asseoir et de construire sur ses éléments propres un système d'explication de fonctionnement de l'appareil psychique et de ses déviations, un modèle qui en détermine les origines et la trame et puisse ainsi rendre compte du sens de ses perturba8

tions. La visée psycho-pathogénique (dans le sens: genèse des phénomènes pathologiques mentaux, et non pas de leur étiologie) l'emporte alors très généralement sur l'analyse psychopathologique elle-même qui, en fait, n'en est plus guère séparable. Il en sera ainsi par exemple, suivant les auteurs et leurs références théoriques ou doctrinales, du modèle psycho-biologique, ou psychanalytique, phénoménologique, cognitif, réflexologique, ou encore béhavioriste, exposés dans leurs généralités, ou encore appliqués à tels syndromes ou affections mentales plus ou moins nbsologiquement définis. Ce qui supposerait que, face aux faits cliniques de la pathologie mentale, la psychopathologie n'est pas isolable des autres démarches que suscitent de tels faits. Dans le champ de la médecine somatique, l'anatomopathologie peut se concevoir comme une science annexe, relativement autonome, qui vient confirmer, infirmer, préciser les données diagnostiques et pronostiques de l'examen clinique. Il n'en est point ainsi de la psychopathologie qui, si elle nous paraît méthodologiquement définissable dans ses buts, objets et moyens, n'acquiert non seulement de valeur mais de sens même qu'au sein d'une expérience clinique, à laquelle elle n'est pas simplement confrontée mais étroitement intriquée, et ceci dans une référence constante et critique à un modèle théorique privilégié qui se doit d'être strictement explicité. Elle s'origine ainsi d'une praxis qui, aux limites de la psychopathologie proprement dite s'appuyant sur la clinique et de la psycho-pathogénie référencée à un modèle, est celle même de la relation directe à l'enfant. Dans ce sens, elle n'est point isolable. Il ne s'agira donc pas pour nous de tenter d'appliquer aux divers syndromes de la pathologie mentale les préceptes et les instruments d'une approche complémentaire qui serait l'analyse psychopathologique. Il ne s'agit pas non plus de reprendre à leur sujet les principes et définitions de chacun des modèles psycho-pathogéniques qui en permettraient l'interprétation. Notre propos, dans une perspective de psychologie dynamique et structurelle essentiellement inspi9

rée du modèle psychanalytique (et dont nous n'expliciterons pas autrement les fondements et les éléments, largement diffusés par ailleurs), est de proposer quelques exemples propres à illustrer la place, l'intérêt et le rôle d'une psychopathologie qui nous apparaît ressortir dans sa définition, plutôt que d'une science, d'une discipline qui se doit d'être scientifique. Ce sera l'objet de notre seconde partie.

10

PREMIERE PARTIE :

METHODOLOGIE

CHAPITRE

1

Définitions - Délimitation - Historique
Le champ de la psychopathologie ne se laisse pas aisément circonscrire. Il se détermine à partir d'une constatation de nature primitivement empirique: le psychisme individuel, dont les troubles, déviations et perturbations constituent des phénomènes suffisamment originaux, souvent caractéristiques, pour justifier l'indépendance relative de leur étude en regard des faits somato-biologiques et socioculturels dans lesquels ils sont - ou non - pris. Or la pratique médicale d'une façon assez générale, et la psychiatrie encore pour une part, demeurent sous l'emprise du schéma anatomo-clinique classique: symptômes + étiologie = diagnostic, d'où pronostic et traitement. Ce schéma ne saurait s'appliquer au domaine des affections mentales, sinon au prix d'un déviationnisme méthodologique pervertissant le modèle dans son passage du biologique au psychologique ou au social. L'absurdité d'un tel glissement apparaît particulièrement caricatural (et dangereux) dans le cas de l'enfant, être non encore autonome, qui le plus souvent ne demande rien et exprime mal sa souffrance si ce n'est très indirectement, et chez lequel de plus l'impact des facteurs et niveaux de développement en constante mouvance rend illusoire toute tentative de réduction à une telle équation. Celleci ne peut alors que déboucher sur des conceptions aberrantes, même si l'on cherche à substituer (ainsi qu'il est fait plus souvent qu'on ne l'avoue) un facteur \jf (psychogène) ou S (social) aux habituelles références biologiques du schéma anatomo-clinique de la médecine somatique. Ainsi passera-ton de la recherche éperdue d'un schizophrènocoque, du trouble métabolique incipiens, de la « lésion cérébrale à minima» ou d'une inscription génétique hypothétique, aux concepts de « mère typique du schizophrène », ou d'enfant « symptôme 13

de la névrose familiale », ou encore de « société schizophrénisante ». Non point qu'il faille nier le rôle et l'influence de tels facteurs, mais en préciser la place dans la genèse de ces affections. Et c'est dans un écart radical à la fois organoclinique et psycho-clinique, c'est aussi dans une nécessaire coupure épistémologique et méthodologique entre ces faits psychiques, les instruments, appareils et fonctions à travers lesquels ils s'expriment, et le cadre mésologique où ils surviennent, que se spécifie la psychopathologie individuelle: à l'intersection du recueil des données cliniques de tous ordres, des modèles théoriques de référence et de la réflexion critique, à la recherche du sens et non de la cause. De fait, ce temps essentiel et souvent négligé, plus souvent encore nié, sous-tend, parfois à notre insu, et tout aussi bien en raison de nos préconceptions théoriques que par le choix de nos modes d'approche, l'essentiel de notre pratique. C'est dire aussi d'emblée que la psychopathologie ne peut avoir de délimitation et n'acquérir de sens qu'au lieu même de son exercice, je dirais presque de son expérience, et à partir des options qu'entend y prendre celui qui s'en réclame, ce qui n'entache en rien sa portée scientifique mais exige par contre une rigueur méthodologique accrue. Ce sens, ces limites, cette place, nous les envisagerons dans le champ des affections et perturbations mentales de l'enfance et dans une optique de psychologie dynamique. 1. La psychopathologie concerne: - l'étude des organisations mentales sous-jacentes aux symptômes conduites et dires, ou à la souffrance directement et plus souvent chez l'enfant indirectement exprimée par un « individu» considéré à tort ou à raison comme malade, perturbé ou déviant dans son fonctionnement psychiquel;
I Voir plus loin le chapitre sur « Le normal et le pathologique chez l'enfant» . 14

- et la recherche, à travers cette étude, de la cohérence et du sens de telles organisations, tant dans leurs éléments constitutifs que dans leur contenu; - dans la visée d'une mobilisation, au sein d'une relation donnée, des facteurs et des éléments même de cette organisation. Le mode d'approche est donc ici inséparable du but et de l'objet.
2. La psychopathologie s'attache aux seuls phénomènes psychiques, y compris dans leurs rapports au corps (malade ou non), mais indépendamment des organes et instruments qui sous-tendent leurs activités, quels que soient par ailleurs « les lieux de croisement et les liens de subordination que l'on puisse concevoir à leurs relations» (DESHA YES, 1967), quelles que soient de même les positions, scientifiques ou philosophiques, sur lesquelles on pourrait s'appuyer pour justifier ou infirmer l'hypothèse d'une fondamentale unité somato-psychique de l'être humain. Ainsi se délimitent nettement les champs respectifs de la psychopathologie et de la neuro-physio-pathologie mentale. Celle-ci cependant, en dépassant l'examen des seules atteintes lésionnelles macro et microscopiques, et en s'attachant aux modes d'organisation pathologique de répartition, distribution, agencements des phénomènes énergétiques, biochimiques et métaboliques micro-cellulaires, tend également à reconstituer les modalités de fonctionnement et d'altération des réseaux de communication, c'est-à-dire leur structure. Mais il s'agit ici d'inscription, rétention, circulation ou expression relatives aux possibilités des appareils et instruments, supports de l'activité mentale, et non de cette activité même dans sa nature, sa genèse, son intentionnalité, non plus que du sens de son fonctionnement et de son contenu psychique. Aussi, quel que soit l'intérêt de la confrontation entre les deux modèles, celle-ci n'en démontre pas moins le fossé, tant conceptuel que méthodologique, qui sépare les deux approches: ainsi par exemple des théories de la mé15

moire et des troubles mnésiques, de l'influence des médications psychotropes, de l'évaluation des conduites chez un encéphalopathe... etc. 3. L'abord psychopathologique s'adresse à l'être humain en tant qu'individu. Il cherche, entre autre, à rendre compte de son mode d'être au monde, d'y agir et d'y réagir dans son unité et son identité propre, de ses conduites en tant qu'elles sont individualisées, de ses dires en tant que sujet de son discours, de son organisation mentale dynamique, singulière, originale et unique, tous termes qui circonscrivent la notion de personne. Certes, l'on ne saurait isoler l'individu de son cadre mésologique, et tout particulièrement l'enfant en plein développement de son cadre familial, ceci notamment dans les liens génétiques qui ont en partie déterminé, ou continuent à déterminer, ses ajustements singuliers à l'entourage. Le champ de la psycho-soda-pathologie en doit être néanmoins nettement distingué, ne serait-ce qu'en raison de sa méthodologie et de ses instruments conceptuels. Rappelons que sa visée en est triple: étude étio-pathogénique des distorsions du développement psychologique de l'individu en fonction des
influences du milieu

- étude

des factures de perturbation

au

niveau de ce milieu même, culturel, socio-économique, politique, familial. .., dans son histoire, sa finalité et sa
« structure », et de leurs effets sur l'individu

- étude

enfin des

individus dans les groupes et des groupes eux-mêmes en tant que les uns et les autres peuvent être dans leurs interactions considérés comme pathologiques, pathogènes ou déviants. Alors qu'en psychopathologie l'axe principal de compréhension des phénomènes psychiques se situe dans la communication (de personne à personne, du sujet avec luimême, enfin entre le monde et lui

- incluant

donc l'influence

du milieu), les référents de la psycho-socio-pathologie seraient plutôt les concepts d'adéquation, d'adaptation sens large, de conditionnement réciproque, dont la visée meure toujours largement étio-pathogénique. Il n'en reste 16

en au depas

moins que si les champs et les méthodes diffèrent, les deux disciplines sont en interaction constante, et singulièrement chez l'enfant. Ainsi rien ne paraît plus artificiel que de vouloir séparer, en arguant de leurs optiques différentes, le domaine de la psychiatrie infantile (les « malades» mentaux, névrosés, psychotiques et déments) et celui de l'Enfance dite Inadaptée où l'on retrouverait les arriérés, les caractériels, les délinquants et quelques autres. 4. La psychopathologie s'applique enfin à l'organisation d'ensemble du psychisme individuel, son mode global de fonctionnement. Elle se distingue en cela de la psychologie pathologique qui étudie les déviations, altérations, perturbations de telle ou telle fonction ou conduite, de tel ou tel affect ou comportement, plus ou moins artificiellement isolés: pathologie de la mémoire, du jugement ou du raisonnement, analyse des conduites agressives pathologiques, étude des troubles du langage, de l'incontinence sphinctérienne, des inhibitions cognitives... etc. 5. Une telle conception de l'analyse psychopathologique s'est progressivement dégagée à partir de la fin du XIXème siècle et surtout au ~e siècle. Jusqu'alors, et quelles que soient les étiologies invoquées, les explications et le sens des perturbations et affections mentales relevaient du sacré, du théologique, du moral, puis de vues encore simplistes relatives soit à l'hérédité, soit au milieu, plus ou moins greffées sur le schéma anatomo-clinique que nous avons évoqué. Dans la genèse de cette notion, il faut, entre autre, souligner l'importance de la dimension proprement psychologique (en France: RIBOT, JANET, DUMAS...), celle des analyses psychométriques (à partir de BINETet SIMON),l'impact fondamental de la psychologie et de la psychopathologie dynamiques (FREUD, A. MEYER...), celui des études des comportements individuels (WATSON)et groupaux (de G. LE BONDà G. MEADou K. LEVIN),le rôle également de la phénoménologie, de la réflexologie, voire de la biotypologie, 17

celui bien sûr aussi des travaux modernes de psychophysiologie, de génétique, de linguistique... etc. En ce qui concerne plus particulièrement l'enfant, il convient en outre de rappeler l'autonomie tardive de la psychiatrie infantile par rapport à celle de l'adulte
(MANNHEIMER,

COLLIN, HaMBURGER...), l'apport

des con-

ceptions

psychopédagogiques

et

psycho-éducatives

(BOURNEVILLE, SEGUIN,

HEAL Y...), l'influence de l'école

heuyerienne pour une approche polyvalente et pluridiscipli-

naire de la pédopsychiatrie (du constitutionalismede DUPRE à
la psychanalyse), enfin plus récemment l'impact des sciences cognitives et notamment les travaux sur le développement cognitif. 6. En conclusion, nous dirons que la psychopathologie ainsi conçue et délimitée a pour objet les perturbations et altérations de l'organisation mentale globale d'un individu considéré à un moment de son développement, dans un contexte mésologique donné, et sans référence directe, quel que soit leur impact, à des facteurs étio-pathogéniques préconçus, notamment d'ordre somatique ou environnemental. Elle étudie d'abord les éléments mêmes de cette organisation, à savoir sa «structure»: «mécanismes» psychopathologiques, énergies en présence, positions et conflits sous tendant les symptômes, fantasmatique, processus de pensées... etc. Elle s'attache, dans un même mouvement, à préciser la place et la signification des signes révélateurs de cette organisation, celle en particulier des symptômes, conduites et dires du sujet, c'est à dire de son discours. Elle cherche enfin, dans le déchiffrement du contenu même de ce dernier, à atteindre à ce dégagement du sens, dénonçant le désir, à savoir le message. C'est dans la mesure où ne seront point dissociés ces trois aspects de sa démarche que la psychopathologie sera
dite « structurelle »2 - démarche qui s'oppose tout autant à la
2 Nous réservons quant à nous le qualificatif de « structural» aux approches qui se réclament de la pensée structuraliste. 18

conception de K. SCHNEIDER (1957) où la psychopathologie n'est qu'une annexe taxinomique de la psychiatrie, qu'à celle de BLEULER,de JASPERS(1933) ou de H. EY (1970), avec leurs oppositions de symptômes primaires et secondaires, de signes positifs et négatifs, de structure et de contenu. Elle réduit la distinction classique depuis MINKOWSKI1966) en( tre pathologie du psychologique (psychologie générale affectée d'un indice de morbidité) et psychologie du pathologique avec ses deux orientations: expérience vécue du malade mental (existentialisme pathologique de BLEULER, phénoménologie de BINSW ANGER),et recherche de sens à travers l'analyse des organisations mentales et de leur genèse signifiante (voir à ce propos: LANTERI-LAURA, 1968). Elle aboutit ainsi à proposer certains modes plus ou moins spécifiques de fonctionnement mental pathologique, altéré ou perturbé, des modèles de référence ayant valeur opératoire (structure psychotique, noyau pervers, organisation hystérique.. .), mais non-valeur de réalité - fut-elle psychologique - qui serait inscrite quelque part dans le biologique, voire dans je ne sais quelle aire du fonctionnement psychique. La psychopathologie, d'ailleurs, n'est pas une fin en soi. Elle est un temps, capital sans doute, mais un temps seulement de notre démarche. Nous en préciserons d'abord la place et les principes méthodologiques, les règles et les moyens. Nous tenterons d'y situer une ligne de partage entre ce qui serait dit « normal» et ce qui relèverait du pathologique, et ce en quoi la psychopathologie de l'enfant présente une certaine spécificité, une certaine originalité, qui la distinguent de celle de l'adulte. Nous précisons également que notre étude se référera essentiellement à la seconde et la troisième enfance, à l'exclusion du tout premier âge et de la période pré-pubertaire et pubertaire.

19

CHAPITRE 2 Le Temps diagnostic et la Place de la psychopathologie - Ses instruments
Dans la mesure où elle se fonde au sein d'une expérience relationnelle, l'analyse psychopathologique n'est guère dissociable des divers autres aspects de notre démarche, soit qu'elle y puise ses éléments signifiants (sémiologie), soit qu'elle y prenne sens en fonction d'un modèle reconnu apte à rendre compte de sa cohésion et de sa congruence (psychopathogenèse). Il n'en est pas moins nécessaire, formellement, de distinguer les divers temps plus ou moins confondus de cette démarche même, afin d'y repérer pour chacun d'eux la spécificité de son objet et de ses instruments conceptuels. Nous ne les envisagerons d'ailleurs que dans leurs rapports avec la psychopathologie stricto sensu, telle que nous l'avons définie. 1. Premier temps habituellement décrit: le repérage sémiologique. Il convient de distinguer:

- la

sémiologie,

science médicale traitant des signes

des maladies, les symptômes; - la sémiologie générale, qui traite de la vie des signes au sein de la vie sociale (on dit parfois aussi sémiotique)

-

la sémiotique,

terme que l'on réserve plutôt aux

systèmes de signes et aux théories des signes; - la sémantique, étude des éléments du langage considérés du point de vue du sens - mais aussi ensemble des éléments et notions ayant valeur signifiante en psychologie (sémantique générale). Or, si la sémiologie ne fait guère (et encore...) problème en médecine somatique, il n'en va plus de même en sémiologie psychiatrique où les contradictions et les ambiguïtés abondent (LANTERI-LAURA1973). Qu'est-ce qu'un « symptôme» psychique? Peut-on limiter la «symptoma21

tologie» à l'étude des signes pathologiques présentés ou supportés par le sujet? Peut-on interpréter comme tels les lacunes ou bizarreries d'un discours qui tenu dans d'autres conditions apparaîtrait « normal» ? Et quelle est alors la part qu'y prend l'interlocuteur? Les éléments de l'anamnèse, les dires de l'entourage, présentent-ils des éléments reconnaissables comme partie intégrante ou révélatrice (donc « signes») de la pathologie du sujet?. .etc. Le symptôme, en règle générale, est d'abord le signifiant d'une certaine réalité, celle d'un processus morbide plus ou moins défini et définissable. La sémiologie s'appuie ici sur la collecte de données dites concrètes ou objectives: symptômes biologiques ou corporels, comportements et conduites, «bilans» du langage (y compris structure sémantique) ou de la psycho motricité (dont schéma corporel et image du corps), éléments des épreuves psychologiques (et notamment projectives)... etc. Toutes ces données issues de l'observation directe, reconstituées à partir des dires de l'entourage, ou encore émanant d'examens et d'investigations spécifiques, demeurent encore purement descriptives, ni interprétées ni d'ailleurs interprétables, mais s'imposant à nous avec leur effet de sens, se regroupant éventuellement en séries significatives (les syndromes), inhérentes donc à l'expérience clinique non encore médiatisée, et ainsi éminemment problématiques. C'est que le «symptôme psychique» renvoie de plus, renvoie d'abord, à une demande, à un « appel» dira-ton souvent, dont il est également le signe - la référence n'étant plus comme en médecine somatique le corps souffiant et le modèle physio-pathogénique, mais le sujet demandant et un modèle de communication (LANTERI-LAURA, 1973) ; le corps également, mais dans la seule mesure où il est préalablement psychiquement investi. Deux remarques s'imposent ici. Tout d'abord, alors que le symptôme somatique est toujours signe d'un certain dysfonctionnement corporel, même s'il n'a pas forcément valeur « pathologique» (ainsi une toux, un prurit, une dou22

leur), et qu'il représente un élément perturbateur, aberrant et nouveau, il n'en va pas de même du symptôme psychique. Celui-ci, en soi, demeure toujours un élément normalement constitutif du psychisme, sans valeur perturbatrice par luimême; pris isolément, il ne comporte l'introduction d'aucun apport étranger ou neuf dans l'organisation mentale du sujet. A cet égard on pourrait dire qu'à la limite il n'est pas de symptôme « a-normal» en pathologie mentale. Seconde remarque, sur laquelle nous reviendrons plus loin et qui concerne directement l'enfant: la demande émane rarement de lui-même, mais des parents ou de l'entourage (scolaire par exemple), et renvoie alors à leur propre demande à l'égard de l'enfant, à la façon dont celui-ci peut ou non y répondre, mais aussi à ses propres demandes vis-à-vis d'eux. Certes il existe aussi une demande, voilée ou non, de l'enfant à travers ses symptômes, mais alors non immédiatement interprétable si ce n'est au travers de celles de l'environnement, y compris social et... psychiatrique, c'est-àdire en fonction des conditions et circonstances même de la « consultation». Ainsi la sémiologie psychiatrique ne saurait se soutenir d'un art de la traduction des signes ou d'une compréhension jaspérienne du sens des contenus mentaux (voir DEMANGEAI, 1977). Elle ne se constitue qu'au sein d'une relation privilégiée et structurée suivant un modèle défini, dans une écoute (tant du sujet que de l'entourage) où données « objectives », éléments de l'anamnèse, éléments du discours, viendront s'ordonnancer suivant deux axes essentiels sur lesquels s'inscriront le sujet, le clinicien et le modèle de référence3 : - l'un qui répond à la collecte des signes, à la lecture du sens, aux «rapports entre les significations thématiques et

3

Ces modèles étant différents, la place de la sémiologie sera diversement

interprétée: ainsi du modèle organo-dynamique (EY), psychanalytique, structuraliste (LACAN), et des diverses analyses de la communication
(BATESON, WATZLAWICZ, LIDZ, LAING... etc.)... 23

l'activité psychique qui en élabore la forme et l'actualise» (sémiologie structurale - FOLLIN,1977) ; - l'autre, qui est lecture des signifiants, tant au niveau des symptômes fussent-ils corporels, que des éléments du discours (DEMANGEAT, 1977). 2. Nous serons beaucoup plus brefs sur la réflexion nosologique, temps si souvent décrié, en fait inséparable de la collecte sémiologique, et qui représente une tentative de synthèse entre sémiologie psychiatrique, sémantique du discours et analyse de la demande, où la psychopathologie infantile cherchera, avec difficulté d'ailleurs, à repérer la place de l'enfant comme sujet (de sa maladie, de ses troubles, . de son discours, de son désir...) Il ne s'agit pas ici d'une reconstruction nosographique qui viserait à enfermer dans des cadres plus ou moins préformés une problématique qui, nous l'avons vu, ne saurait s'appliquer qu'à un individu donné. De cette réflexion synthétisante, à laquelle participe d'ailleurs l'histoire même des concepts et représentations de la morbidité psychique, nous attendons non pas la mise en ordre en séries rassurantes de faits connus et repérables, mais la remise en cause des cadres et modèles qui, historiquement, se sont progressivement mis en place sous l'impulsion d'une nécessité à mieux comprendre ou comprendre autrement, clé d'un certain progrès. Loin d'être alors ce carcan dangereux trop souvent dénoncé, l'étude nosologique représentera l'amorce d'un nouveau questionnement du fait psychopathologique, l'ébauche d'un mode d'écoute renouvelé, une étape nouvelle dans la saisie d'un certain savoir. Quant à la nosographie proprement dite elle a subi bien des variations. Jusqu'à il y a peu, on se contentait de distinguer assez grossièrement trois catégories:

- les

arriérations

mentales,

débilités,

oligophrénies,

déficiences intellectuelles plus ou moins profondes, dont on rapprochait assez artificiellement les déficiences dites « partielles » (celles des fonctions intellectuelles, cognitives, sym24

boliques, practo-gnosiques..., isolées ou non): c'était les arriérés ou encore les « anormaux» ; - les troubles de l'émotivité, l'affectivité, le caractère et le comportement (y compris pervers et délinquants) : ce sont les « caractériels» ; - enfin les affections mentales proprement dites, les altérations et perturbations psychiques graves renvoyant à un fonctionnement pathologique de l'appareil psychique et à des cadres plus ou moins nosograhiquement reconnus (le plus souvent en référence à l' adulte): névroses, psychoses, démences, psychopathies: ce sont les « malades mentaux ». Cette classification, qui tend à séparer artificiellement les deux premières catégories (Enfance Inadaptée) et la troisième (pédopsychiatrie), demeure encore en vigueur dans les textes qui régissent le fonctionnement et les agréments des établissements consacrés à de tels enfants. Elle n'en est pas moins périmée, largement démembrée, remaniée voire abandonnée sur le plan clinique et psychopathologique. Aujourd'hui une classification méthodique des affections mentales infanto-juvéniles et ses modes d'évaluation ne sauraient se concevoir que comme cadres de références pour des estimations globales, quantitatives ou qualitatives, hypothétiques par définition, et destinées à des études systématiques et ciblées de type statistique ou conjoncturel. Encore faudra-t-il se méfier des présupposés qui ont présidé à leur élaboration. Ainsi, DSM III R et DSM IV américains sont des classifications statiques et réductrices reposant quasi exclusivement sur le recueil d'éléments symptomatiques positifs et dont le point de départ comme l'objectif portent d'abord sur l'évaluation de l'adaptabilité des sujets aux normes en vigueur. Etablies pour les adultes, elles ne sont d'ailleurs guère applicables aux enfants et adolescents. A l'opposé la «Classification Française des Troubles Mentaux des Enfants et des Adolescents (1988) repose sur une conception dynamique des troubles psychiques de ces deniers: pluri-axiale, elle insiste sur le repérage des traits 25

différentiels, tient compte notamment de la dimension processuelle et des perspectives évolutives, et demeure ouverte à l'adjonction d'axes complémentaires en fonction des conceptions théorico-cliniques propres à telle ou telle approche ou recherche. 3. Après le diagnostic clinique, sémiologique, l'abord (ou tout aussi bien le diagnostic) psychopathologique consistera à évaluer les organisations mentales sous jacentes aux symptômes, c'est à dire les structures et les modalités de fonctionnement de l'appareil psychique - tout en évitant, comme pour le diagnostic clinique, de transformer cette évaluation en une nosographie plus ou moins rigide qui, pour s'affirmer dynamique, n'en serait pas moins tout autant stérilisante. C'est ainsi que, en tant que discipline spécifique (à l'instar par exemple de l'anatomo-pathologie), la psychopathologie peut procéder: - soit en regroupant et comparant les éléments recueillis en séries logiques, elles-mêmes porteuses d'un sens à mettre en question (et l'on peut citer ici, à côté de la réflexion nosologique, l'apport des données ethnologiques, celui de la psychologie animale, voire de la psychologie expérimentale): ainsi, syndrome relationnel ou déficitaire, conduites caractéristiques, notion de terrain, structure du discours, modalités de l'efficience... ; - soit en appliquant un modèle propre à un dégagement de sens significatif» et/ou « signifiant », tout signe et tout signifiant susceptibles de se projeter sur les coordonnées inhérentes au modèle étant alors interprétables dans la seule référence à ce dernier: ainsi du modèle psychanalytique; - soit en cherchant à reconstituer dans leur genèse et leurs aboutissements les éléments mêmes de l'organisation mentale sous-jacente aux uns et aux autres: c'est la psychopathologie structurelle telle que nous l'avons circonscrite. L'abord psychopathologique s'effectue ainsi dans une triple direction: 26

- longitudinale - suivant la progression des fonctions, des conduites, de l'organisation du langage..., d'après les étapes et les stades parcourus, en référence aux événements inducteurs ou vécus - et interprétables (voir chapitre suivant) dans une perspective linéaire ou discontinue, historique ou an-historique; - horizontale - suivant la nature des conflits et des forces en présence, leurs modalités d'expression dans l'actualité de la relation à l'enfant, mais aussi bien rapportées aux conséquences actuelles des conflits antérieurs et de leur genèse; - structurelle enfin, où il s'agit de reconnaître non seulement les éléments constitutifs de l'organisation mentale et les énergies qui les sous-tendent, mais leur sens rapporté au sujet désirant: éléments et nature de cette architecture, du sol et du sous-sol sur lesquels elle s'édifie, de la « vie» qui l'anime - dans des perspectives, comme nous le préciserons, à la fois statique, génétique et dynamique, cherchant à rendre compte de l'organisation mentale originale en question. Il est dès lors nécessaire de cerner la notion de structure dont les définitions, de la Gestalt-théorie au structuralisme, de la conception jacksonienne à celle du « pattern » anglo-saxon, demeurent souvent divergentes. Nous utilisons ce terme en ce que, pour nous, la structure représente un ensemble organisé et signifiant, dont chacune des parties est intimement liée et dépendante de chacune des autres parties. De telle sorte que, si la structure constitue la somme et la résultante dynamique de ces parties, elle n'en est pas que la simple addition, mais réalise une « configuration» complexe ordonnée dans laquelle les parties, en vertu même de leur interdépendance, figurent un tout spécifique. Cet ensemble (cette « organisation») ne tient donc sa cohérence et ne revêt son sens que du fait qu'aucun des éléments qui la compose ne saurait en être isolé sans détruire l'équilibre de l'ensemble et sans en modifier la nature et le sens.

27

Ce terme rappelle ainsi celui d'architecture ou d'architectonie, ou encore de texture. Nous lui adjoindrons4 la notion d'organisateur emprunté par SPITZà l'embryologie, et celles de régression, fixation et après coup introduites par FREUD,pour proposer le concept de « noyau structurel », non pas en référence à un stade d'organisation génétique ni à une configuration actualisée dans la relation, mais en tant que nœud signifiant relativement spécifique, où viennent s'articuler contenu, discours et modes d'élaboration et de résolution des conflits intra-psychiques et interpersonnels. Une telle démarche exige le recours à des modèles théoriques rigoureux. Certains, sans doute, demeurent incompatibles; d'autres par contre peuvent fort bien coexister à condition de respecter le champ d'application de chacun. C'est le choix que nous avons fait tout en privilégiant le modèle psychanalytique. A ce propos cependant deux remarques s'imposent: - il existe un écart fondamental entre l'ensemble des données d'une analyse psychopathologique inspirée du modèle et de l'expérience psychanalytiques, et la praxis psychanalytique elle-même et ce qu'il y apparaît et peut y advenir dans le processus de la cure; - un tel modèle ne saurait se réduire à la somme de ses éléments: c'est de leur combinatoire que se dégagera moins peut-être d'ailleurs un diagnostic au sens limité du terme qu'un repérage et tout autant un questionnement concernant le mode de fonctionnement de l'appareil psychique, la problématique conflictuelle qui l'anime, son économie, ses capacités de changement et d'ouverture à la découverte du sens et non de la cause. 4. Temps ultime de notre démarche: les hypothèses étio-pathogéniques. Nous avons suffisamment insisté dans notre introduction sur le fait que l'analyse structurelle était indissociable d'une référence à un modèle étio-pathogénique
4

Voir Chapitre sur Psychopathologie et développement. 28

défini pour nous dispenser de revenir plus longuement sur ce point précis. Il est cependant nécessaire de distinguer dans cette dernière approche trois aspects forts différents. Le premier dépasse largement le strict point de vue pathogénique. Il se situe en effet dans la référence à un modèle de fonctionnement global de l'appareil psychique, que ce dernier soit ou non altéré ou perturbé. C'est lui qui intéresse au premier chef la psychopathologie. Encore faut-il respecter les éléments fondamentaux de la théorie qui sous-tend le modèle et ne pas en isoler artificiellement tel ou tel aspect qui viendrait à l'appui de la thèse étio-pathogénique avancée, comme il est fait trop souvent. (Ainsi par exemple le recours habituel aux stades d'organisation libidinale, oral, anal, de la théorie psychanalytique). Le second aspect concerne la genèse même des perturbations, c'est-à-dire les processus pathogéniques en action, et ici, malgré la référence à un modèle de fonctionnement psychique identique, les thèses concernant l'impact et le mode d'intervention des facteurs pathogènes peuvent ne pas coïncider. Le dernier aspect a trait à ces facteurs eux-mêmes, dans leur diversité, leur multiplicité et leurs interactions. C'est l'aspect proprement étiologique, qui pose la question de la causalité psychique face aux étiologies organiques ou mésologiques. Cette notion de causalité «est d'un usage d'autant moins fréquent que la science est plus exacte et plus développée. La causalité cède la place à la légalité de succession et de simultanéité... On doit ainsi souligner la tendance contemporaine à formuler des corrélations générales entre des séries ou des structures variées» (DESHA YES, 1967). Encore ces formulations ne sauraient-elles s'articuler qu'en un temps ultime (voire « après-coup », par exemple au décours d'une psychothérapie qui dévoile la source du conflit dans le même mouvement où s'en conduit la résolution) où la notion de « cause », dans le sens où telle cause est censée entraîner tel effet, s'efface devant la prise en considération de «facteurs» étiologiques, de leur sommation éventuelle ou de la conver29

gence signifiante de certains d'entre eux. L'on aboutit ainsi le plus souvent à la reconnaissance d'un déterminisme pluridimensionnel, à des hypothèses étio-pathogéniques, d'ailleurs uniquement applicables à tel cas envisagé isolément dans son originalité propre. Ces hypothèses, il faut admettre qu'elles ne son jamais univoques, qu'elles résistent à toute tentative de systématisation, qu'elles n'offrent d'intérêt que dans la mesure où elles sont susceptibles de déboucher sur des perspectives et des conduites préventives, pronostiques ou thérapeutiques permettant de répondre aux problèmes concrètement posés dans une situation définie. Elles pourront s'étayer éventuellement sur certains examens complémentaires (bilans psychomoteur et orthophonique, tests structuraux tel le REy ou projectifs comme le RORSCHACH...etc.) qui d'ailleurs, en dehors de leur intérêt étio-pathogénique ou clinique pourront également concourir à une meilleure appréhension des organisations structurelles. Il n'en subsistera en effet pas moins cette « zone d'ombre », que certains qualifierons de «zone interdite », où se réfugie, fut-ce à son insu, quelque chose que nous repérerons comme relevant de l'ordre de la liberté de l'individu. Une telle prudence doit être de règle en présence de l'enfant, même et surtout s'il paraît présenter une pathogénie organique plus ou moins évidente. Pour chaque « catégorie» d'enfants ou de troubles, pour chaque groupe de faits reconnus, pour chaque cas considéré individuellement, l'on tentera de saisir dans leur généralité et leur originalité les divers éléments d'une personnalité qui se présente ou que l'on présente a priori comme anormale, déviante, perturbée ou souffiante. Dès lors viendront s'inscrire dans cette saisie les divers « événements », « traumatismes» et « remaniements» physiques et psychiques, tenus trop souvent jusqu'ici pour « causes» (facteurs étiologiques) ou pour « conséquences» (éléments réactionnels) des désordres constatés. Ainsi deviennent caduques les stériles oppositions entre organogenèse et psychogenèse, entre enfant handicapé 30

mental et enfant malade mental, entre inadapté caractériel ou psychopathe et enfant fou en rupture de communication avec le système sémantique commun - ce qui, bien sûr, n'exclut pas les différences. En définitive, tributaire de la sémiologie, appuyée sur la réflexion nosologique, débouchant sur de prudentes hypothèses pathogéniques, la psychopathologie, dans cette conception dynamique, se place - en dehors de toute considération nosographique ou étiologique préconçue - et nous place - en dehors de toute rationalisation doctrinale préétablie - à l'intersection de la structure qui sous-tend le discours et du message qui conditionne l'organisation structurelle. (LANG, 1987).

31

CHAPITRE 3 Psychopathologie et développement

L'un des caractères fondamental de la psychopathologie infantile est de concerner des individus en plein développement physique, physiologique et psychologique, des structures en voie d'organisation et en perpétuel remaniement qui évoluent en fonction d'un certain nombre de lois propres à l'espèce sans doute, mais qui restent soumises aussi aux conditions du milieu, et, à chaque étape de ce développement, aux modalités de dépassement des étapes antérieures. Ainsi les perspectives dans lesquelles nous nous placerons pour tenter de situer ces diverses phases de l'évolution biologique et psychique de l'enfant ne seront-elles pas sans influencer nos modes d'abord psychopathologiques. Tantôt l'accent sera mis sur un déterminisme psycho-biologique quasi inéluctable, et tantôt sur l'influence capitale des événements et du cadre mésologique, ou encore l'on s'en tiendra aux seules références à des stades archaïques non dépassés de cette évolution. L'enfant lui-même risque alors de disparaître derrière un écran où phases de développement, événements et circonstances, traumas affectifs... etc., tiendront lieu d'explication et de justification aux tableaux cliniques pathologiques que nous pourrions constater - et ceci d'autant plus que l'enfant sera plus jeune. De cette optique, celle de l'influence des facteurs de développement sur le devenir psychologique de l'enfant, celle de son développement psycho pathologique, il est nécessaire de passer à une psychopathologie du développement. Un certain nombre de références méthodologiques sont alors indispensables.

33

MORT

TonPéRmen,\

Facteurs externes

PLAN

de 3 ANS

PLAN0 E
NAISSANCE

I

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I

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I I
Facteurs congénitaux Hérédité Sexe, Race, Espèce I I I I I ELAN VITAL. HORME Fig. 1.. PYRAMIDE BIOTYPOLOGIQUE DE PENDE

34

MYTHE

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Interaction facteurs internes

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externes

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Interaction des facteurs externes et internes primaires

PLAN de 3 ANS

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PLAN DE NAISSANCE

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Facteurs congénitaux (y compris psychologiques) I I . Hérédité (Sexe et caractères de l'espèce) I I I I MYTHE Fig 2 . PYRAMIDE MODIFIEE

.

35

1.

La constitution et le terrain

Les théories constitutionnalistes s'appuient avant tout sur l'impact, dans la genèse des affections mentales, des facteurs héréditaires et du « donné à la naissance». Ainsi en est-il, pour prendre un auteur relativement récent, du schéma de la pyramide bio-typologique de PENDE(voir figure 1). Les trois faces de cette pyramide représentent la constitution (somatique), le tempérament (fonctionnement physiologique) et le caractère (éléments psychologiques), sur lesquels agissent les facteurs événementiels physiques et affectifs. Sa base repose sur la ligne de naissance; son sommet figure l'achèvement de la vie. Au-dessous de la ligne de naissance s'inscrivent les facteurs déterminants des conduites: espèce, race et sexe - facteurs héréditaires - facteurs congénitaux: pré-conceptionnels, conceptionnels, post-conceptionnels et péri-nataux essentiellement responsables des éventuelles déviations ou fixations ultérieures. Les facteurs de milieu n'agissent qu'en freinant ou favorisant certaines formes de conduites induites par ces éléments constituants de base, en en réorganisant à la rigueur les modalités réactionnelles, mais sans modifier en profondeur une « personnalité» (résultante de l'interaction des éléments inscrits sur les trois faces) conçue comme exprimant une forme de fonctionnement du biologique à un niveau dit psychique. Encore ces influences ne s'exercent-elles que jusque vers 3 ans, date de formation de l'ego autonome, les 3 faces de la pyramide leur opposant une résistance de plus en plus rigide au fur et à mesure que l'on s'éloigne de la ligne de naissance. (Voir LANG et RAVAUD, 1955). Dans cette théorie biologique et déterministe de la pathologie mentale, celle-ci se présente comme extériorisation d'un déséquilibre latent, inscrit dans la constitution psychosomatique dont les prédispositions « expliquent les troubles en même temps qu'elles les créent» (DELMAS). Ces positions constitutionnalistes devaient aboutir aux notions d'enfant « buvard », d'enfant « tube digestif en 36

voie de développement », aux théories des constitutions psychopathiques (DUPREau Congrès de Tunis, 1912 et DELMAS au Congrès de Limoges, 1932, KRETSCHMER, SHELDON),à celle du criminel né (LOMBROSO). Pour rendre compte de la vie mentale, force était de recourir à une conception « métaphysique» de son origine et de ses sources: élan vital, donnée immédiate de la matière, hormé... Les modifications apportées par certains biotypologistes (DUBLINEAU,S. GLUECK, CORMAN)au schéma de PENDEdans une perspective plus dynamique devaient considérablement élargir la notion de terrain jusqu'à en bouleverser profondément les données (voir figure 2) :

- en

réfutant comme fondement

de base la ligne de

naissance qui ne répond (en dehors du changement brusque de milieu) qu'à l'objectivation de l'enfant pour l'observateur externe, et en lui substituant le plan d'organisation de 3 ans qui représente la première structure stable à partir de laquelle s'épanouirait le développement de la personnalité; - en supposant que jusqu'à cette date de formation de l'ego autonome, tous les facteurs d'environnement, traumas physiques ou psychiques, modes d'éducation, influences socioculturelles, mais aussi certains facteurs intra-psychiques conflictuels, sont susceptibles d'intervenir au même titre que n'importe quel facteur congénital dans le déterminisme psycho-biologique de l'appareil psychique, donc dans ses éventuelles perturbations, en modifiant plus ou moins profondément le sens du développement de la personnalité et les organisations somato-psychiques qui la sous-tendent; - enfin en faisant intervenir, sur le même plan que les éléments héréditaires ou congénitaux d'ordre biologique, des facteurs psychogènes anté ou périnataux, malencontreusement réunis sous le terme d' « hérédité psychologique» et où sont pris en compte des éléments pré-conceptionnels (influence par exemple du mode d'éducation de l'enfant d'après l'idée que se font les parents de leur propre paternité ou maternité future - ce qui fait intervenir la génération des grandsparents), conceptionnels (conditions psychologiques de la 37

conception ou de la grossesse...), péri-nataux (circonstances de l'accouchement, rang dans la fratrie, enfant désiré ou non, y compris dans son sexe... etc.). Cette conception renouvelée du « terrain », bien qu'enfermée encore dans un déterminisme psychosomatique et une optique purement génétique, a le mérite d'introduire dans le développement éventuellement morbide de la personnalité les perspectives psycho sociales, celles de l'éducation et de l'apprentissage, et le rôle des relations inter-individuelles et intersubjectives tissées dans le cadre mésologique où l'enfant naît et grandit - ceci sans préjudice des remaniements ultérieurs (événements, après coup) susceptibles de venir remettre en cause l'organisation mentale antérieure. Une telle conception de la « constitution de base» ou du terrain est ainsi compatible avec la référence à des modèles de fonctionnement de l'appareil psychique aussi opposés que ceux de la psychobiologie (ainsi BERGERON) t de la e psychanalyse (ainsi MALE,AUBRY).

2.

Le «fonctionnement» mental: maturation, apprentissage, adaptation

Ce qui sera pris en considération dans une telle perspective c'est le mode d'évolution et d'enchaînement des diverses «fonctions »concourant à la vie mentale, leur équilibre, leurs éventuelles perturbations. L'on est ainsi amené à décrire les éléments caractéristiques des étapes ou phases du développement fonctionnel, leur succession et leur filiation, les conditions nécessaires à cette progression, les facteurs qui en dévient le sens. Maturation, apprentissage et adaptation sont ici les mots clé. Suivant une optique souvent très biologisante du développement de la personnalité et de ses avatars, qui s'exprimera en termes de stades, d'organisations fonctionnelles ou de structures de comportement, c'est dans ce cadre que s'inscrivent, entre autres, et suivant des orientations souvent très divergentes, les travaux de WALLON, GESELL, 38

PIAGET et leurs élèves, ceux de l'école réflexologique, ceux

D'EYSENCKet des béhavioristes. C'est donc à partir et à travers les instruments et appareils, les fonctions et opérations qui sous-tendent la vie mentale, que ces diverses conceptions s'attachent à rendre compte des phénomènes psychiques. D'une part elles s'appuient sur des données neuro-psycho-physiologiques dont les altérations sont notamment évoquées pour expliquer les retards et les déficits. D'autre part elles considèrent le contexte relationnel et psychosocial de cette évolutiorl fonctionnelle comme partie intégrante et intégrative des dits phénomènes. Les troubles constatés chez l'enfant s'interprètent dès lors soit comme fixation partielle ou globale à l'une de ces étapes, soit comme achoppement au niveau du passage à la phrase suivante, soit comme résultante d'une tendance à reproduire les éléments de fonctionnement d'un stade archaïque qui aurait dû normalement être dépassé, et ceci quelles que soient les causes organiques ou psychogènes éventuellement en jeu. Maturation, apprentissage, adaptation s'inscrivent ainsi dans une visée dynamique voire dialectique du développement, s'exprimant en termes de « structures de fonctionnement ». Il ne saurait être ici question de donner un aperçu quelque peu exhaustif de ces différents modèles (voir CONSTANT,1974). Nous rappellerons cependant quelques notions fondamentales proposées par certains d'entre eux, dans la mesure où elles nous paraissent propres à étayer la réflexion psychopathologique dans sa dimension structurelle. C'est ainsi que, pour ce qui nous occupe, la pensée de WALLONs'ordonne autour de quatre axes principaux: - les lois du développement psycho-biologique, propres à chaque «fonction », mais interdépendantes les unes des autres au niveau du « fonctionnement». Elles représentent, si l'on reprend le schéma de PENDE, les échafaudages verticaux de cette « architecture» de la personnalité: lignes de forces propres à l'espèce, modifiées d'après le genre~ le patrimoine génétique et le type :--39

- les niveaux d'organisation psycho-biologique, harmoniques ou dysharmoniques, qui créent des équilibres dynamiques stables plus ou moins spécifiques de chaque âge. Chaque stade dépend du mode de fonctionnement du stade qui l'a précédé et conditionne partiellement le fonctionnement du stade suivant; - la succession des stades est discontinue: moments féconds et notion de « crises» où s'opèrent des remaniements dialectiques entre maturation (biologique) et modes relationnels (psychosocial). En effet, cette conception des structures fonctionnelles est dynamique en ce sens que son évolution est étroitement dépendante des conditions de relation de l'enfant au milieu hors duquel il ne saurait se développer, d'où l'importance de la communication, du langage, de l'espace symbolique, l'importance aussi du passage de la sociabilité syncrétique à la sociabilité différenciée dans la relation à l'autre et l'autonomie du moi (miroir). C'est dans ce rapport dialectique entre le « biologique» et le «social» où l'émotion, identifiée à l'action motrice, prend valeur d'organisateur de la personnalité, que se différencieront tout autant les stades successifs du développement de celle-ci que les diverses structures pathologiques qui leur empruntent leurs éléments. D'où l'importance des facteurs de désadaptation ou mésadaptation / entre les deux termes du rapport. Des théories de PIAGET,prises elles aussi dans une conception biologisante globale des «fonctions» et « opérations» concourant au développement de la personnalité, nous retiendrons: - le concept d'adaptation, conçu comme possibilité d'ajustement (propriété de toute structure vivante) de l'organisme aux conditions du milieu, et réalisant ainsi un état d'équilibre: - cet équilibre se constitue par l'interaction des mécanismes d'assimilation (1'enfant puise activement dans le milieu les éléments qu'il assimile) et d'accommodation
40

(l'organisme est modifié par les éléments absorbés) ; il représente une réalité intérieure qui est celle de l'organisation biologique; - dans cet ajustement, le rôle des processus de pensée, du développement cognitif, est essentiel. Ce dernier s'opère suivant une continuité fonctionnelle, à travers des comportements moteurs liés à des échanges constants avec le milieu, à partir de groupes d'actions élémentaires: les « schèmes d'action» ; - le moteur de cette évolution est l'affectivité conçue comme intentionnalité, pulsion à agir dans le sens de l'adaptation, en fonction des possibilités mêmes des structures cognitives; ainsi « elle assigne une valeur aux activités et en règle l'énergie ». Les stades ainsi décrits par PIAGETsont des stades purement fonctionnels et d'évolution continue, parallèles à l'évolution des conduites, s'opposant à la discontinuité des structures biologiques et à l'évolution des conditions du milieu. Dans cet écart se situent les troubles d'apprentissage et d'adaptation, eux-mêmes retentissant sur l'évolution des fonctions et opérations. L'école réflexologique d' IVANOV SMOLENSKI, KRASNOGORSKI t leurs continuateurs, met plus encore e l'accent sur l'adaptation et l'apprentissage. Le développement y est décrit en fonction des modes d'apparition et d'intégration des possibilités de conditionnement (réflexes inconditionnels et conditionnés, systèmes stimuli-réponses, systèmes de signalisation primaires et secondaires... etc.), elles-mêmes dépendantes du niveau de maturation neurobiologique. L'adaptation de l'organisme au milieu se fait à travers l'interaction des processus de conditionnement, déconditionnement, reconditionnement et inhibition qui, par eux-mêmes et par l'intervention de «renforçateurs» et d'« inhibiteurs », vont déterminer des comportements, adaptés ou non adaptés aux possibilités de la maturation, au cadre mésologique, ou encore aux deux. 41

De là, plusieurs directions. Pour les continuateurs de PAVLOV de BETCHEREW, système stimuli-réponses, mé-et le caniquement lié au niveau de maturation de l'organisme, s'enrichit de liaisons indirectes, médiates, s'articulant aux influences du milieu pour acquérir une signification qui donnera sens à l'orientation des conduites. L'origine des perturbations de celles-ci sera donc recherchée dans les altérations des processus de maturation, dans les déviations des significations issues du cadre socioculturel, ou dans l'inadaptation des uns par rapport aux autres. Les béhavioristes combinent les apports de la réflexologie conditionnée, de la théorie de l'apprentissage et de la psychologie associationniste. Les stimuli y prennent valeur non seulement informative mais formative, aboutissant à des « structures de comportement» où l'activité conditionnée devient, de par son exercice et les processus d'apprentissage, activité conditionnante, dépendante aussi bien du niveau de maturation que d'éléments individuels innés, ou enfin de facteurs socioculturels, éducatifs (notamment premières relations à la mère), événementiels voire alimentaires. Ainsi dans la genèse des troubles du comportement et des états psychonévrotiques, l'on insistera tantôt sur les premiers (maturation et innéité: ainsi le constitutionalisme de GESELL),tantôt sur les seconds: les symptômes pathologiques « sont des modèles de conduites appris qui, pour une raison ou une autre, sont inadaptés» (EYSENCK)et qu'un nouvel apprentissage pourra modifier - encore que pour certains auteurs (néobehaviorisme), si la suppression du symptôme entraîne bien la suppression du syndrome pathologique, le conflit sous-jacent n'en disparaît pas pour autant, mais l'institution d'un apprentissage, en particulier dans une manipulation de la relation inter-individuelle, entraîne un nouvel équilibre adaptatif qui, lui, doit permettre au sujet d'affionter le conflit. Ces diverses conceptions, que nous avons beaucoup trop schématiquement survolées pour en appréhender la richesse, s'appliquent ainsi essentiellement à rendre compte du déroulement et de l'enchaînement des faits psychiques sui42

vant les étapes du développement et des interactions de celuici avec les conditions du milieu. Cependant, malgré la perspective dynamique qu'elles y développent - ou non ., elles n'envisagent point la nature même des phénomènes étudiés, ni leur sens ou celui des organisations structurelles successives, ni les énergies mentales qui les sous-tendent - si ce n'est dans une prospective métaphysique ou méta-biologique « vidant ainsi le psychisme de sa substance» (H. Ev), et méconnaissant une dimension fondamentale de la vie mentale: celle du désir.

3.

Le développement libidinal

Plusieurs courants, qualifiés de psycho-dynamiques, se sont attachés à circonscrire les données qui répondraient au mieux à cette dimension au niveau d'un développement dès lors dénommé affectif ou instinctivo-affectif, psycho-sexuel, libidinal. A côté de la phénoménologie, de la psychologie dite« des profondeurs» ou encore « abyssale », des références aux diverses théories de la communication... etc., c'est essentiellement et d'abord la psychanalyse qui devait ouvrir cette voie nouvelle, avec l'introduction des notions de conflits intra-psychiques et interpersonnels, d'inconscient, de pulsions et d'énergie libidinale, de fantasmes... C'est, nous l'avons dit, ce modèle que nous appliquerons à l'analyse structurelle. En ce qui concerne le développement lui-même, rappelons que pour FREUD la vie psychique peut être décrite comme témoignant « du déroulement dramatique dans le temps d'un ensemble de conflits, qui engage à chaque moment l'individu dans son unité dont il définit l'histoire en fonction de principes économiques et de l'évitement de situations dangereuses» - conflits conscients et avant tout inconscients, qui déterminent l'évolution des conduites. Dans ce contexte, le psychisme est l'histoire même du sujet (ce qu'il pourrait conter), mais aussi sa préhistoire (dont les vestiges se retrouvent dans le langage des autres, 43

mais également inscrits en lui avant qu'il ne dispose luimême de la parole), et sa protohistoire (ce qui, perdu, se déchiffre dans le mythe, mais dont aussi bien témoigneront les lacunes de son histoire). L'« histoire» en ce sens ne se limite ni à la somme des événements vécus ou rapportés, ni au seul communicable, ni au déroulement linéaire de la temporalité historique. L'introduction de la dimension an-historique avec les concepts de régression, fixation, après coup et le renouvellement des notions de traumatisme et de causalité psychiques viennent transformer la référence temporelle au « Développement» en une référence au « Destin », ou, si l'on veut, au « Devenir». Ceci ne signifie point que toute option développementale soit absente du modèle psychanalytique, et nous aurons l'occasion d'y revenir à propos de la perspective génétiques. Il en est ainsi par exemple des stades de relation objectale décrits par ABRAHAM,des phases de développement selon Mélanie KLEIN,de la notion d'organisateurs psychiques de SPITZ.Mais rappelons une fois encore que l'on ne saurait qu'abusivement isoler ces données de l'ensemble du modèle et de ses composantes, en assimilant par exemple tel stade d'organisation libidinale à telle étape du développement psychomoteur où à telle phase d'évolution des fonctions cognitives (voire à celles de l'accroissement de la taille et du poids !), en négligeant ainsi les fondements mêmes de leur description - notamment la notion d'étayage qui elle-même suppose la reconnaissance de toute la conception de l'inconscient freudien. La psychanalyse, pas plus qu'elle ne concernerait que l'évolution du « contenu» psychique, n'est assimilable à une théorie de l'apprentissage affectif. « Vouloir expliquer l'étiologie des névroses exclusivement par l' hérédité ou la constitution serait une vue aussi étroite que d'en attribuer l'origine uniquement aux influences accidentelles auxquelles

S

Voir infra, chapitre 4 -1. 44