Qui écoute ?
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Description

Qui de nos jours à l'occasion d'être vraiment écouté ? Et qui sait écouter ? Banalité, mais drame, que de constater que l'écoute est rare de nos jours... Et pourtant, c'est en même temps : - une telle nécessité pour se développer, pour se sentir exister, - une telle jubilation d'être écouté, l'amorce d'une transformation, - un tel cadeau à offrir à quelqu'un ! A partir des travaux de Carl Rogers, C.G. Jung, K.V. Dunckheim, Andrée Schlemmer, et, riche de sa propre expérience, Alain CORNELY donne les critères d'une écoute vraie. Le premier se repère dans l'attitude corporelle, le centrage, d'où sa référence au Ki oriental. Par rapport à cette même référence, il nous fait aussi découvrir qu'aller vers l'écoute est en soi une voie d'évolution qu'il compare au " Do " oriental comme dans le Kyudo : " La voie de l'arc ". Au fil des témoignages, l'auteur explicite les aspects de l'écoute et la méthode CESORA qu'il a élaborée. Son propos a une vaste portée sociale : il traite de l'écoute d'une classe, de la nécessité d'espaces d'écoute dans une société, des relations de pouvoir, des soins palliatifs, jusqu'à la liberté de changer consciemment. " T'écouter, c'est te faire le cadeau d'être ce que je suis sur ta route en renonçant à quelque pouvoir que ce soit pour orienter ton chemin que tu es seul à vivre. Cependant, c'est aussi recevoir de toi le cadeau de ta confiance, de ta demande d'être accueilli dans la tendresse qui ne possède pas. Etre entendu vraiment, c'est le berceau du sentiment d'exister ". Après la conscience d'exister, ce qui paraît essentiel à l'auteur est le développement de la fonction d'autonomie, que Jung appelle la fonction sentiment. Un livre de fond, un plaidoyer et un manuel pour restaurer l'écoute. Après tout, n'est-elle pas la base même du tissu social ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 23 juin 1997
Nombre de lectures 0
EAN13 9782840581130
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0748€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
Titre
Alain Cornély
Qui écoute ?
Une écoute vraie, berceau du sentiment d’exister

5 allée du torrent – 05000 Gap (France) www.souffledor.fr
Présentation du livre
Qui de nos jours a l’occasion d’être vraiment écouté ? Et qui sait écouter ? Banalité, mais drame, que de constater que l’écoute est rare de nos jours...
Et pourtant, c’est en même temps :
– une telle nécessité pour se développer, pour se sentir exister
– une telle jubilation d’être écouté, l’amorce d’une transformation
– un tel cadeau à offrir à quelqu’un !
Inspiré des travaux de Carl ROGERS, C.G. JUNG, K.V. DURCKHEIM, Andrée SCHLEMMER , riche de sa propre expérience , Alain CORNELY donne les critères d’une écoute vraie. Le premier se repère dans l’attitude corporelle, le centrage, d’où sa référence au Ki oriental.
Au fil des témoignages, l’auteur explicite les aspects de l’écoute et la méthode CESORA qu’il a élaborée. Son propos a une vaste portée sociale : il traite de l’écoute d’une classe, de la nécessité d’espaces d’écoute dans une société, des relations de pouvoir, des soins palliatifs, jusqu'à la liberté de changer consciemment.
Un livre de fond, un plaidoyer et un manuel pour restaurer l’écoute. Après tout, n’est-elle pas la base même du tissu social ?
Dédicace

Je dédie ce livre à ma fille Meyriem.
Nombreuses sont les personnes qui m’ont témoigné que j’étais sur la bonne voie, je les en remercie toutes. Qu’elles me pardonnent de ne pas toutes les nommer. Elles l’ont fait en évoluant sur leurs propres chemins avec le relais de mon écoute. Ces personnes m’ont fait découvrir, parfois à leur insu, combien nos démarches sont solidaires lorsqu’elles sont reliées. Le « je » de chaque « un », de chaque « une se découvre dans un « nous ensemble ».
Je remercie La Vie d’avoir eu la grâce de rencontrer des êtres exceptionnels Je pense plus particulièrement à Élie Humbert, Andrée Schlemmer et K.V. Durckheim et Richard Moss.
La synthèse entre mon expérience et le mouvement qui me porte aujourd’hui se sont profondément nourris ces dernières années de la rencontre de Jasmuheen, Reine Claire et Gaal, C’est aussi dans les groupes que j’ai eu la grâce de rencontrer Marie de Hennezel qui m’a aimablement préfacé ce livre.
Michèle Ghesquière et tous ceux qui ont participé à l’édition de « Qui écoute ? » de 1997 restent présents dans ma mémoire ainsi que tous ceux qui m’ont écrit, écouté ou critiqué.
Merci à ceux qui ont crû et pratiqué cette écoute dans l’accompagnement des mourants avec la deuxième équipe de « Jalmalv/Annecy » autour d’Isabelle Grandgeorge. J’ai aussi une pensée particulière pour Yamina Houat et son courage sur le chemin qu’elle a parcouru parfois à mes côtés.
La demande d’écoute, le questionnement et le point de vue de ma fille Meyriem m’ont été précieux au-delà des liens d’affection qui nous unissent.
Merci à Anne de Calignon pour son feedback de la deuxième reformulation du livre et son aide encourageante pour la création du premier groupe de formation de jeunes à l’écoute en mai 1996.
Je me sens reconnaissant envers tous ceux qui œuvrent à notre humanisation par la relation d’écoute centrée dans des réalisations de l’association CEV (Croissance-Écoute et Vie), je pense à Myriam Chesneau et l’équipe fondatrice de CEV : Marie-Claude Greder qui a offert cette rose dont la photo est sur la couverture du livre, Jean-Claude Retha, Marie-Laure Allamand, Monique Salomon, ainsi que la nouvelle équipe autour de Christine Raginel-Girerd : Joëlle Petrod, Roselyne Longerey, Janine Schir, Marylène Requet, Carole Cupelin, Claudine Lebeau et particulièrement Madeleine Favre. Je pense que sans son travail, son aide portante dans la rédaction finale de cet ouvrage, ce dernier n’aurait pas vu le jour avant plusieurs mois. Le 1 er mai 1997
Aujourd’hui, plus de seize ans après cette édition. Je continue d’enseigner dans un nouveau chemin avec les sons et le soleil, je suis passé à une nutrition consciente avec la lumière vers une respiration consciente, par la voie des sons et du soleil.
Je remercie Elisabeth Vasselin et la présence vivante d’Edith Couteau et d’Estelle Mézières qui ont participé à cette correction de la nouvelle édition. J’ai toujours la grâce de vivre de plus en plus dans la « non peur » et l’élévation de conscience avec ce qui se passe sur Notre Terre. Meyriem (ma fille) a choisi d’être « accompagnante de naissance » et continue de découvrir les prolongements de l’écoute dans une conscience grandissante et c’est un grand cadeau de ma vie.
Aujourd’hui j’ai amplifié étendu le concept de « Vivre l’Ecoute Cesora » à celui de l’écoute « cesoram « Centrée en Soi dans la relation Orientée sur l’Autre et le Monde.
Dans ma nouvelle orientation à l’écoute non seulement de soi et de l’autre, mais aussi de la Terre et tous ses êtres, je me nourris de lumière
Depuis 4 ans après avoir vécu en 2000 le processus de 21 jours de Jasmuheen puis l’accompagnement de Reine Claire. Les stages que je propose maintenant sont orientés sur l’écoute du ressenti et la respiration consciente.
Préface
Savoir écouter devrait faire partie des compétences de tous ceux qui « prennent soin » de l’autre, quels que soient leur profession ou leur engagement. Peut-être alors les rapports soignant/soigné ou médecin/malade cesseront-ils d’obéir à la loi inconsciente du dominant/dominé, et les professionnels dépasseront-ils leur rôle pour oser être des « personnes » face à d’autres personnes en souffrance. Mais cette compétence de l’écoute – centrée en soi orientée sur l’autre – ne s’acquiert pas sans une qualité d’être. C’est pourquoi elle ne peut s’enseigner comme une simple technique de plus. Elle demande une véritable démarche intérieure, une remise en question parfois profonde de la part de ceux qui souhaitent se former, et une grande authenticité de la part des formateurs.
De plus en plus de soignants et de bénévoles souhaitent véritablement se mettre à l’écoute de ceux qui souffrent, notamment dans le domaine des soins palliatifs. Les institutions, conscientes du formidable décalage entre les acquis scientifiques et techniques d’une part, et le quotidien du soin d’autre part, mettent en avant des projets d’humanisation, d’accueil, de qualité de vie, et réclament des formations à la relation d’aide, sans mesurer toujours la remise en question qu’entraîne une telle évolution. Face à cet enjeu, l’ouvrage très dense d’Alain Cornély a le mérite de ne pas céder à la facilité. Écouter n’est pas simple. La bonne volonté ne suffit pas. L’écoute a ses exigences, dont la première est d’accepter d’être à sa propre écoute, avant de prétendre écouter l’autre. Comment en effet peut-on prendre soin d’autrui, si l’on ne sait pas prendre soin de soi ? Comment peut-on creuser un espace d’accueil pour l’autre, un « berceau » pour son sentiment d’exister, si l’on ne peut s’accueillir soi-même ? La seconde est d’écouter avec toute la globalité de son être, avec son corps, son cœur, son intuition. Dans le monde rationnel et centré sur la pensée qui est le nôtre, on mesure la difficulté d’une telle approche ! Quelle place y a-t-il pour une écoute affective, sensible, respectueuse du chemin de l’autre ? Alain Cornély nous met en garde contre les effets pervers de toutes les techniques modernes de l’écoute, quand ce qui est visé est d’accroître le pouvoir que l’on veut prendre sur l’autre. La véritable écoute ne veut rien d’autrui, n’attend rien, ne sait rien d’avance. Elle est offre de présence, d’attention et de confiance. Confiance dans la capacité de l’autre de trouver son propre chemin, et les réponses intérieures qui sont les siennes. Certes, cela ne s’acquiert pas du jour au lendemain. Mais notre auteur montre bien qu’il suffit parfois qu’une personne ait fait l’expérience d’être écoutée, reconnue dans ses émotions, ses sentiments et ses questions, à l’occasion d’un groupe de formation par exemple, pour que cette personne puisse à son tour sentir grandir en elle sa propre capacité d’être à l’écoute.
Ce livre est le fruit d’une longue expérience de vie et d’écoute, le fruit de multiples rencontres parmi lesquelles Alain Cornély s’est frayé sa propre voie originale, et a construit sa propre synthèse. Comme il l’a fait de son propre « habitation », en artiste.
Marie de Hennezel
Avant-propos
Lorsque le son prend relief dans le silence d’une écoute,
Il devient parole et la vie fait connaissance par le verbe.
Je me suis déjà entendu dire que l’on me percevait plus comme un artiste que comme un formateur… Et c’est bien d’une certaine façon faire œuvre d’artiste que de vivre l’écoute telle que je la conçois. Comment dire dans un livre un essentiel que je ne sens percevoir que dans le ressenti de l’instant présent qui passe par l’intelligence du cœur et échappe à tout raisonnement rationnel.
Le chemin de l’écoute que je continue d’explorer me paraît avoir débuté avec l’expérience traumatique de ne pas exister autrement que dans des personnages fictifs créés par le regard et le jugement de l’Autre qui faisaient écran avec mon être véritable.
Ainsi, jeune enfant, lorsque, j’allais chez ma grand-mère que j’admirai beaucoup. Je me trouvais avec quelqu’un qui était estimée comme une grande dame par son entourage. Ainsi en sa présence, les gens en s’adressant à moi avec respect, m’appelait : « Monsieur Alain ». Mais il arrivait qu’en m’éloignant, je puisse me retrouver seul avec le même interlocuteur et que je me trouve soudain interpellé par un « pousse toi de là, merdeux » avec un autre regard…
C’était pour moi une expérience incompréhensible et extrêmement perturbante. Je passais en peu de temps parfois d’une considération excessive à une valeur de « merde » ! Je dirais aujourd’hui que je n’existais qu’en fonction du rôle de petit fils de ma Grand-mère et je le jouais à mon insu.
Ce qui avait envie de vivre au fond de moi, n’était pas reconnu et se trouvait en « mal être ».
Dans ma détresse, j’ai fort heureusement rencontré deux personnes simples et authentiques : un jardinier qui m’a apprécié autrement, et m’a appris à repiquer les plants, ce dont je lui suis encore aujourd’hui reconnaissant, et une femme qui a accepté de jouer le rôle de maman, à côté de ma mère et merci à ma mère d’avoir accepté sa présence. Et ma « maman » que j’appelai Mayi, m’a fait inconsciemment le cadeau d’une forme d’écoute qui a sans doute été une bouée de survie. Une écoute en recherche de « Sens » à ce que je vivais, une écoute intuitive intériorisée.
Ce que j’ai pris pour des injustices, au départ de ma vie, est maintenant pour moi porteur de sens : entre autres, cette terrible période de l’Occupation m’a fait découvrir le sens de la « Libération » autant intérieure qu’extérieure. Lorsque j’entends quelqu’un dire qu’il est « occupé », j’entends autrement cette parole, et il m’arrive d’exprimer le lien que je sens en moi entre se sentir occupé et être sous régime d’occupation…
Nous avons tous à jouer des rôles dans notre vie, nous commençons avec celui de fils et de fille, puis d’élève, des rôles familiaux puis professionnels, sociaux etc. … Et il peut être déchirant de passer de l’un à l’autre lorsque nous sommes, en quelque sorte, à la périphérie de nous-mêmes. Lorsque nous entrons plus en profondeur de nous même ou en « écoute de soi », notre perception change, et les distances se raccourcissent. On peut se représenter cette relation lorsque nous sommes plus proches de notre être par une roue de bicyclette. Plus nous approchons du centre de la roue, plus la distance entre les rayons s’amenuise.
La présence d’un idéogramme chinois à côté du « Qui » du titre de « Qui Ecoute ? », évoque la notion d’énergie ressentie dans le corps. C’est le ki du kyudo, de l’aïkido, du tai-chi, le chi des Chinois, correspondant au ki des Japonais. J’aurais pu ajouter DO qui signifie « la voie », car décider de vraiment « écouter » c’est choisir une voie d’évolution.
Evoluer avec cette voie implique une relation créatrice et en ce sens je rejoins la genèse selon l’interprétation de Marie Balmary 1 , car la voie de l’écoute permet un mouvement de création vers l’individuation 2 de chaque être. Cette voie implique un développement conscient.
« Je sais maintenant que JE NE SAIS PAS ÉCOUTER
Mais je suis « co-naissant » et je « co-nais » quand j’écoute… »
Cela se vit dans le présent dans une relation ou chacun nait sur son propre chemin « avec l’autre » Il s’agit d’une trame sur laquelle se tisse un mode de « vivre » dans un degré de conscience qui commence avec un accueil, un premier lâcher-prise vers une autre envie de respirer… vers un autre espace, une autre plénitude de vie… Une voie où je crois possible de prendre l’espace propre qui m’est donné avec ce corps.
Dans cette écoute nous pouvons nous dégager de la normalisation statistique qui fait pression sur nous pour que nous ne devenions pas autonomes. Avec l’autonomie, nous cessons d’être manipulables au service du profit.
Au milieu de tous ces bruits que le comportement collectif génère, seul, un silence d’écoute permet d’entrer en relation. Ce silence permet à l’autre de « dire ». Et « dire » ne se réduit pas à un « parler pour ne rien dire ». Il crée un espace-temps au présent dans une relation à soi et à l’autre et facilite « une expression libre ».
Après trente ans d’écoute de personnes en chemin, est venu l’expérience de construire ma maison la conscience de vouloir l’habiter et non simplement me loger, a été fondamentale, j’ai fait plus de dix-sept fois l’expérience de me loger dont une bonne partie pendant l’occupation entre 1939-1944 plus ceux qui ont suivi après en fonction des séquences de mon histoire.
Après avoir participé à la création de la forme de la maison, au choix des matériaux, je l’ai habitée, puis j’ai créé les structures intérieures.
J’ai découvert l’importance en soi de l’ensemble des paramètres à prendre en compte : pratiques, esthétiques, vibratoires, environnementaux…
Comment créer une forme humanisante, nouvelle, consciente de l’environnement énergétique en respectant les contraintes en 1988 ? Celles-ci, souvent rétrogrades sont gérées souvent par des fonctionnaires inconscients de ce qui sort du règlement d’urbanisme, comment les négocier ? Comment distinguer dans le point de vue du professionnel ce qui relève de la routine de ce qui l’arrange, et n’a rien à voir avec une réelle compréhension de votre désir ? Cela a été pour moi un apprentissage important.
Je me suis confronté à une absence d’écoute généralisée et plus particulièrement celle d’un architecte très au courant de ce qui se fait habituellement dans la région ainsi que des règles d’urbanisme, puis aux chef de travaux, puis des entrepreneurs et leurs ouvriers.
Sauf le gros œuvre, j’ai construit l’espace que j’ai habité, espace aussi d’écoute des personnes et des groupes.
J’ai compris que je devais être présent sur le chantier, si je voulais que ma demande se réalise. Le premier escalier de la construction était extérieur. Après cinq ans d’utilisation d’une échelle comme escalier intérieur sa forme est née en moi dans mon ressenti corporel.
Sous un espace direct du toit de 5m50, j’accueille les autres qui s’y retrouvent pleinement et je remercie le ciel de vivre cette forme qui me ressource.
Cette architecture est présente dans la qualité des relations. Dans ce lieu, la personne peut redécouvrir le sens de sa propre verticalité et de son propre espace. Dans la rencontre, l’espace juste conditionne une écoute ne dépendant pas de techniques qui peuvent en pervertir le sens profond.
Est-ce un hasard si la maison et la voiture, le jardin… sont présents dans les rêves de beaucoup de personnes aujourd’hui ?
Aujourd’hui, dans la formation, j’invite à vivre, dans le présent, la conscience de la dignité qui est liée à la verticalité et l’espace juste. Le développement du discernement dans la pratique de l’écoute touche toutes les relations sans exception.
Les personnes les plus concernées par leur épanouissement se manifestent dans une autorité éducative, soignante ou hiérarchi que.
Autrement dit « l’écoute », que je propose, a sa place dans toute formation vers une autonomie personnelle, une autorité. Elle fait partie du chemin de l’individuation 3 .
La position d’« écoute », telle que nous l’abordons en session et dans ce livre, a une orientation en soi qui implique une attitude de discernement de l’essentiel. Elle concerne aussi les personnes qui, à des titres divers, veulent accompagner celui qui, avec leur entourage, vit ses derniers moments avant la mort. Cette écoute concerne toutes les relations humaines qu’il s’agisse du moment de la naissance, de la confidence ou du conflit.
Dans la rencontre d’écoute vraie, la relation dans le « nous » se crée. Le « présent » que vit « l’écoutant » se communique au-delà des mots. Les poèmes sont là pour dire ce qui ne me parait pas techniquement descriptible.
Cette relation se vit dans un présent conscient. Ce n’est jamais acquis. Cette possibilité est un chemin ou une « voie » d’éveil.
Notre civilisation actuelle voit de plus en plus de bouleversements et le rythme s’accélère. Ces découvertes scientifiques, comme ces changements économiques, nous perturbent et aliènent davantage ceux qui n’y sont pas préparés. Ils sont empêchés de découvrir le rythme qui leur est propre pour aller vers une maturation.
Créer ou redonner ampleur à un autre courant culturel implique que l’homme et la femme aillent vers plus de lucidité, un autre style de vie. En disant « oui » à une évolution personnelle continue nous sommes en prise directe avec le sens de nos vies.
Nous développons nos consciences à la mesure d’aujourd’hui, en intégrant des comportements plus autonomes qui sauront refuser de se l’annonce téléphonique qui vous invite à vous sentir honoré d’avoir été « sélectionné par un ordinateur » pour gagner un cadeau et perdre votre âme dans des jeux qui s’institutionnalisent.
Nous sortons d’une ère où l’illusion amenée par des techniques apparemment importantes dans le monde extérieur, permettait des compromis avec l’apparence du respect d’un ordre moral, économique et politique. Nous voyons maintenant combien cette apparence cache en réalité une mouvance et un profond désordre à l’intérieur des personnes et des relations.
Le choix de l’évolution par rapport à la révolution peut se comparer à ce qu’est un moteur à explosion utilisant de manière contrôlée une réserve d’énergie, à l’explosion incontrôlée de cette même énergie… L’évolution est ainsi faite de mini-révolutions.
Dans une position évolutive, l’écoute conditionne les lois de la croissance de l’être humain. Elle peut amener un espace de protection pendant la période de fragilité et d’incertitude de la « crise de croissance ».
La crise, cependant, peut être le canal qui va vers une valeur positive. Apprendre à écouter est un moyen qui nous est donné pour nous orienter dans ce sens évolutif.
Cet apprentissage est le début d’une nouvelle étape qui comporte à la fois une initiation, et la découverte d’un nouvel équilibre possible avec création d’un espace intérieur. S’il y a aussi formation technique pour une part, cela ne peut se réduire, comme trop souvent, à cette dernière.
Ce choix aboutit à une meilleure gestion de l’énergie, une plus grande cohérence et implique autant la dimension personnelle que psychologique, éducative, sociale, spirituelle que professionnelle, économique, politique,
Elle concerne ceux qui inscrivent leur liberté d’hommes et de femmes dans le prix même de leur évolution. Cela dépasse de beaucoup les rôles qu’ils se chargent de remplir.
Ceux qui cherchent des références nouvelles pour valoriser ou confirmer leurs propres expériences trouveront des repères. Pour d’autres cela représentera une voie possible devant leurs interrogations.
Vous découvrirez aussi peut-être, comme dans l’exemple ci-dessous la possibilité de dire ce que nous n’avons jamais osé dire à personne !
Avec une amie nous marchions sur un chemin…
Alice : L’autre nuit tu sais, j’ai eu très peur, j’ai eu une vision, une lumière éblouissante entrait dans ma chambre par la porte, elle était à la fois devant moi et sortait également de mon cœur… J’ai dit ; Non ! Non ! Je me suis mis sous les couvertures pour attendre que cela se passe…
A. C. : Tu as vécu une nuit éprouvante avec celte vision présente en toi et dans ta chambre…
Alice : Oui et le lendemain j’allais très bien… Avec une vision plus fine des choses et cela a duré quinze jours… Il a fallu une seule remarque de Yan pour que je rechute, cela n’est pas la première fois que cela arrive…
Je ne l’ai encore jamais dit à personne… Je me demande d’ailleurs pourquoi j’ai pu si facilement te le dire…
Alice a osé me le dire car elle sentait que je l’acceptais telle qu’elle se vivait dans le présent de son expression.
1 . Marie Balmary, La divine origine , Grasset, 1995.
2 . Ce terme d’individuation est central dans la psychologie de Jung, la voie analytique jungienne privilégie cette finalité. Il s’agit d’un processus de développement que l’on ne peut pas atteindre par les seules voies collectives. Mais notons que son sens est à l’opposé de l’individualisme qui ne prend en compte que le « moi » dans un égocentrisme. Dans l’individuation, la singularité se dégage par rapport à l’entièrelé de la personne avec la conscience du centre en « soi ». Voir la bibliographie .
3 .
Chapitre I L’écoute, berceau du sentiment d’exister
L’écoute est d’ordre vital dès notre arrivée en ce monde. Elle nourrit la relation du bébé et qualifie notre expérience de la relation éducative, puis de toutes nos relations.
L’attitude présente dans l’écoute s’enracine dans les sens. Lorsque la confusion cesse entre « entente » et « accord », le « je » commence à vivre dans la relation.
Martine témoigne de sa découverte de l’écoute vers son autonomie. Naissance du concept « d’écoute Cesoram ».
Qu’est-ce que l’écoute ?
N’avons-nous pas tous le sentiment d’avoir été entendus un jour par quelqu’un ? Il est rare de faire cette expérience au sens où je l’entends, lorsque nous la faisons, nous en sortons différents. Quelque chose bascule en nous, c’est en fait l’expérience d’être aimé sans condition, tels que nous sommes dans l’instant… Cela bouleverse celui qui la vit, et le relie à ses profondeurs, ou le divin en soi. C’est une expérience vraiment religieuse, au sens qui vient de religere, qui, en latin, signifie relier.
Les manques auxquels nous sommes confrontés dès le début de notre existence créent ce besoin qui peut être comblé avec cette écoute réparatrice. Elle facilite celui qui cherche une réponse face à une nouvelle phase de croissance.
Lorsque cette « attention » est absente du comportement maternel au début de notre existence, nous pouvons aller jusqu’à refuser de vivre avant même de désirer être entendu du père…
Spitz a parfaitement mis cela en lumière, lorsqu’il montre comment il a obtenu la guérison des bébés atteints du mal de l’hospitalisme 4 .
On sait que ce mal atteint principalement les bébés qui sont abandonnés à l’Assistance Publique, lorsque ceux-ci n’ont pas trouvé de substitut maternel (substitut parce qu’un homme aussi bien qu’une femme peut remplir ce rôle de leur accorder la nourriture affective, sous forme de tendresse, dans une relation d’amour (par exemple en les prenant dans les bras au moment du biberon ou au moment de certaines pleurs avant un changement de couche). Ces bébés se laissent alors mourir, indépendamment de la qualité du lait, de l’hygiène, et du confort matériel qui peuvent leur être donnés. Le bébé a besoin de cette affection pour vivre. La qualité de cette affection sera d’autant plus grande qu’il se sentira reconnu en tant qu’être autrement que comme un simple objet d’attention. Après avoir étudié la vie des grands criminels qui ont tous eu une enfance atroce, Spitz estimait que notre société fabrique ses assassins dans les trois premières années de la vie.
Cette attention tendre mais ferme accordée au bébé qu’on découvre comme un nouvel être avec son mystère, est la première forme de l’écoute orientée sur « l’être ».
Nous sommes donc, chacun, chacune, dès le début de notre histoire terrestre, affectés par une qualité de présence. L’attitude des accueillants du nouveau-né détermine une valeur qui nous est accordé. Elle peut s’accorder ou nous couper de ce que nous nous sentons vivre en arrivant.
Nous sommes chacun solitaires sur nos propres chemins mais nous sommes en même temps solidaires pour avancer dans la relation. Chaque événement provoquant une crise nous rend solidaires par une écoute qui peut faciliter une évolution positive.
Sans écoute, la conscience ne peut naître et « dans ma solitude, j’ai besoin de ton écoute ».
Nous avons encore besoin de cette attitude d’écoute lorsque nous arrivons au terme de notre vie, pour la crise finale. Lorsqu’on aura compris, dans les débats actuels concernant la dignité du mourant, que la perception de celle-ci change aussi en fonction de l’attitude vécue par les accompagnants, on aura fait un grand pas.
Cette attitude d’écoute est la condition de toute pédagogie éducative, de toute thérapie, comme de toute relation socialement constructive pour l’individu, autrement dit visant à faire des êtres plus autonomes, moins manipulables par les régimes politiques.
Le sens sacré de la relation mère/enfant, à l’aube de la vie est à reconnaître.
Nous avons à le retrouver sous une forme évoluée à chaque renaissance comme au début de chaque phase évolutive.
Il est possible de faire l’apprentissage d’une telle écoute, elle est possible pour chacun et trouve sa place dans le quotidien.
Les témoignages que j’ai pu recevoir des participants me permettent de dire :
Le moment où l’autre commence à trouver ses propres réponses est un instant béni, qui peut même être vécu comme miraculeux… Chaque renouvellement de ce miracle reste un grand mystère pour moi, il s’agit d’un instant divin qui se répète chaque fois que les conditions de la justesse sont là.
Cependant je mise sur les souvenirs du lecteur pour trouver une résonnance au creux de ses souvenirs liés à ses blessures comme à ses joies passées. Relie-toi à ton vécu, cher lecteur, et tu m’entendras…
Les mots ne deviennent en effet parole que lorsqu’ils sont incarnés dans le ressenti corporel. On peut trouver trace de cette écoute vécue dans la manière d’être de ceux qui ont transmis les paroles des différentes traditions religieuses. Dans la tradition chrétienne, par exemple, l’évangile de Saint Jean débute ainsi :
Au commencement était le verbe…
Nous pouvons nous demander comment a pu continuer de se transmettre le verbe ? Cela me paraît inconcevable sans imaginer que des hommes et des femmes qui soient là pour l’entendre.
Ainsi nous sont parvenus les messages au début transmis oralement avant que leur sens soit interprétés ou codés dans les diverses écritures… avec le niveau de conscience de ceux qui écrivaient.
De même un poème n’est vivant que lu à haute voix, une voix qui l’actualise sans le vider de sa valeur, de son sens profond. À ce propos, je t’invite, cher lecteur, à prendre le temps de lire les « poèmes » de ce livre à haute voix, pour qu’ils résonnent dans la chaleur de ta propre voix…
Ainsi, dès que la qualité d’écoute diminue, la lettre se vide et devient squelette sans vie.
Si nous revenons à présent à ce début de l’Évangile de Si Jean, « Au commencement était le verbe »…, j’y vois là une conjonction de l’écoute et de l’être.
Si une écoute ne s’incarne pas dans une attitude, comment le verbe peut-il se manifester à la conscience de l’homme ?
Il est possible aussi d’écouter sans entendre. Je peux « en tendre vers » : Dans cette tension d’écoute je participe à la naissance d’une parole. Elle prend vie avec la participation de mon écoute. Les sons deviennent parole avec la bordure du silence, et l’écoute participe à la qualité du silence… il accompagne les sons pour créer la parole et les attitudes de celui qui s’exprime comme celles de celui qui écoute infèrent dans la qualité du message…
L’écriture permet une permanence, mais ne perd-elle parfois la parole? En écrivant je prends le risque de continuer un jeu aussi vieux que l’écriture… J’espère que la lecture de ce livre permettra de pressentir ce qui est dit au-delà des mots et passe par le corps.
Si le lecteur n’a pas encore cette expérience de s’être senti écouté, en se sentant reconnu dans sa profondeur, je l’invite à oser le vérifier dans une relation nouvelle qui lui permette d’en faire l’expérience.
Écouter en conscience
Dans la vie de tous les jours, le mot « écoute » a des sens très différents… L’animal entend et écoute, mais ne le sait pas… L’homme qui, lui, a la capacité de conscience, peut choisir de laisser son transistor allumé et, en même temps, ne pas avoir conscience du chant de l’oiseau qui se trouve sur sa fenêtre. Peut-être même serait-il inquiet de découvrir tous les sons, tous les signes multiples de présence de vie qui sont encore dans la forêt, malgré les bruits de fond de la vie moderne… Nous pouvons percevoir par cet exemple que l’acte d’écouter modifie la présence à l’environnement…
Avec l’écoute inconsciente, à la fois, nous pouvons perdre une nourriture vivifiante comme celle des sons d’une cascade ou le bruissement des feuilles dans les arbres et à d’autres moments nous habituer aux sons destructeurs d’un marteau piqueur ou d’une tronçonneuse ou d’une publicité qui désaccordent notre instrument d’écoute ! Nous ne parlons plus de nos « ouïes », ce terme est désormais tombé dans l’oubli, nous le réservons aux poissons qui non seulement entendent mais respirent avec. Or les poissons sont justement des symboles de l’inconscient : ceci indiquerait la disparition dans l’inconscient d’un aspect de l’écoute lié aux « ouïes ». Le verbe « ouïr » est à présent inusité dans notre langue. Et si j’osais dire parfois : « j’ouïe », je serai comique et je serai mal entendu. Raymond Devos l’utilise dans un de ses sketches. De même, « Oyez » ne fait plus partie que du langage du Moyen-âge… Pourtant « voyez » n’est pas loin de « oyez » ! De plus, quand je dis : « j’ai ouï dire », seule expression encore en usage intégrant le verbe ouïr, je fais si peu crédit à ce que j’ai entendu que j’en demande confirmation… Pourquoi ne dirions-nous pas « j’ois » aussi couramment que « je vois » ?
L’attitude dans l’écoute
En Bretagne au téléphone on entend encore un interlocuteur vous dire « conservez » sous entendu « l’écoute ». O retrouve un sens proche dans la marine avec « naviguer de conserve », qui signifie un accord entre deux bateaux allant vers la même destination sans se perdre de vue… chacun reste maître à son bord. L’écoute est aussi un cordage servant à orienter la voile, elle permet de l’amarrer dans son coin inférieur sous le vent. Ce coin est le point d’écoute. Ainsi, être à l’écoute c’est aussi naviguer en sentant dans ma voile par où souffle « le vent »chez l’autre… A partir du point d’écoute que je peux trouver en moi, je peux ressentir dans l’instant son orientation. Nous louvoyons ensemble et même accepter de m’imaginer, pour l’entendre comme de me voir ballotté dans les flots sans gouvernail avec lui ou (elle)…
Mais dans ce « comme si », avec cette attention à l’autre je suis responsable d’une vigilance. Sans cette dernière l’écoute perd tout son sens… Cette possibilité existe, en gardant les « écoutilles » ouvertes ! L’écoutille est en effet une ouverture qui permet d’aérer les profondeurs du navire. En effet l’écoute réelle n’est possible qu’avec une ouverture en soi, laissant de l’espace (une aération…) pour accueillir l’autre.
Les cinq sens entrent dans l’écoute vers le dehors : l’Autre et l’environnement présent avec ce que je sens. Vers le dedans avec mes émotions, mon centrage ce que je pressens et ressens… La totalité de notre perception est engagée. Cette attitude est déterminée par un choix conscient. Cet engagement de la totalité de notre perception se retrouve dans l’instinct maternel qui sent, pressent, ressent, ce dont a besoin le nourrisson lorsqu’il pleure, rit, crie. Le bébé ressent si cet instinct est présent et l’exprime.
L’écoute intégrant toute notre perception est essentielle dans le phénomène de prise de conscience. Nous utilisons : « Je vois, j’entends, je sens », qui deviennent alors des synonymes. Je pressens avec mon intuition… Avec ma sensation je peux dire : « Vous touchez du doigt l’importance de ce que je viens de dire ».
En résumé, l’écoute s’inscrit dans une attitude qui
Voit
Découvre
Observe
Considère
Éprouve
Imagine
Flaire
Etc., qui donne un ressenti, une qualité de perception s’intégrant dans une attitude profonde d’Amour…
Entente = accord ?
Dans un climat d’écoute le mot « entente » ne peut être synonyme d’« accord ». Il y a réellement entente en couple lorsque « chaque un » vit le sentiment d’être entendu. Le duo est alors possible et je sors de l’illusion du « on s’entend » : il n’y a que « je » et « tu » qui peuvent s’entendre dans un »nous ». L’indéfini du « on » exprime une fusion, dire « on s’entend » n’a aucun sens ! Lorsqu’il est dit « nous nous entendons » dans une réciprocité, il y a alors réellement un dialogue. Les deux « je » trouvent leur espace et se respectent. Cet espace trouvé par chacun, dans un climat d’écoute, peut être comparé à la qualité d’un silence qui permet à la musique d’exister…
Comment « se sentir écouté et entendu » peut-il permettre à chacun de croître sur son propre chemin ? Le témoignage de Martine peut esquisser une réponse.
Martine
• Situation de Martine au moment de l’entretien
Martine a participé à une formation à « l’écoute cesoram » en plusieurs stages de six jours. Elle a bien voulu me confier ce qu’a représenté pour elle sa formation à l’écoute. Martine a 37 ans, elle est mariée à un ingénieur, cadre supérieur d’une grosse entreprise. Ils ont trois enfants de 13, 12 et 8 ans.
Après une licence de sciences, depuis son mariage qui remonte à 14 ans et Martine n’a jamais exercé de profession. Elle est maintenant animatrice à mi-temps depuis deux ans dans l’organisme de formation humaine que j’ai fondé.
Elle a déjà cinq ans de formation, et a repris ses études à l’université où elle prépare une maîtrise de psychologie.
La première session de sa formation, à laquelle elle fait allusion au début de l’entretien, était orientée sur la découverte des attitudes et l’apprentissage de l’écoute, telles que je les évoque dans ce livre.
• Le témoignage de Martine
Martine : Il y a deux termes qui me reviennent très régulièrement par rapport à ce qui s’est passé pour moi depuis le jour où j’ai commencé cette formation. Il y a à la fois le terme de « qualité » et celui de « difficulté ». (…) Dans une période antérieure, j’ai le sentiment que je ne vivais pas mal… Je me suis souvent entendu dire que j’étais une fille toute simple, pas compliquée. (…) En abordant cette formation, je n’ai pas le souvenir d’avoir eu de grosses souffrances fréquentes. J’ai cru en mes possibilités d’autorité personnelle, mais en même temps je me suis trouvée devant pas mal de difficultés. Cela a été mes deux découvertes essentielles… Mais la difficulté vaut le coup.
Ainsi Martine me dit que dans sa vie antérieure elle ne vivait « pas mal ». Je trouve remarquable le nombre de personnes qui me disent aller « pas mal » pour ne pas dire qu’elles ne vont « pas bien » ! Il est vrai que face au banal : « Comment ça va ? » nous ne tenons pas toujours à répondre car nous sentons que bien souvent la question est conventionnelle et ne sera pas suivie d’écoute… Des déceptions antérieures nous l’ont appris…
Mais revenons à Martine qui me précise aussi comment le terme « difficulté » est valorisé par celui de « qualité ».
Avant j’avais l’impression d’être la « gentille maman » mais j’avais des points dans le dos en repassant. J’en avais « plein le dos » en même temps… Il fallait bien que cela sorte quelque part, c’est sûr… Maintenant je ne me sens plus « dévouée ». Je me sens une autre « présence » dans la famille, qui n’est plus de l’ordre « maternaliste » ou charitable ».
Ce n’est pas toujours facile ! C’est là que je retrouve la qualité à la mesure de la difficulté. Je me sens en mesure d’assumer ces difficultés parce que je ressens une autre qualité (de vie).
J’échappais peut-être à ces difficultés avant, mais en somatisant, (la somatisation remplaçait la qualité de présence vécue aujourd’hui dans une autre position). Il y a eu une période où j’ai vécu comme cela par rapport à mes parents, ma famille, je somatisais souvent. Pour moi la relation entre les deux est établie de façon claire et précise. À cette époque-là, j’en avais « ras-le-bol » de vivre dans la suite de maman et je ne pouvais pas le lui exprimer. Je ne pouvais pas lui dire clairement qu’elle m’emmerdait… Je faisais un furoncle… Maman me soignait, etc.
Maintenant je prends assez bien la difficulté. Une clarification s’est faite en moi, sans que je sache comment ; le prix n’est plus un furoncle ou une somatisation. C’est tout de même plus agréable.
Cela rentre dans une autre qualité de relation, où j’assume mieux les choses, et dans ce domaine la formation a eu un rôle très important pour moi, car j’y ai trouvé la liberté d’assumer seulement ce que j’avais envie d’assumer, et seulement aux moments où ça m’était possible… J’ai aussi apprécié dans la formation « les coups de pieds aux fesses », dans la mesure où ils me laissaient ma liberté…
Oui, c’était la liberté pour moi de me prendre en charge quand j’avais décidé de le faire… Ça a peut-être l’inconvénient d’être long.
• Mise en place de la fonction de discernement
Lorsque Martine dit qu’elle vivait une compensation au début, je comprenais qu’elle se trouvait dans un équilibre faux ou centré dans le moi, l’ego. (Nous verrons plus loin que nous sommes tous centrés selon une dominante. La position centrée autour du moi, ou position égotique, correspond aux attitudes tutélaires qui ne sont pas orientées sur l’autre.)
Deux fois, Martine utilise le terme de « mesure » dans un sens qualitatif de la relation. Cette appréciation du changement intérieur indique que sa fonction de discernement se met en place ou se différencie.
Cela correspond à une période où Martine quitte l’univers de « maman », elle va vers son autonomie. (La fonction de discernement est aussi appelée fonction sentiment, voir p. 56 .
Martine a conscience dans sa présence même de sa nouvelle qualité de vie. Cela lui donne une autre liberté qui se fonde sur la conscience de son propre espace intérieur. Elle s’est libérée des normes extérieures.
• Martine a gardé toute sa liberté
Les « coups de pied aux fesses », dont elle parle ensuite, sont au sens figuré. Ils font référence à une intervention du « père symbolique », l’image de ce dernier était projetée sur l’animateur, (en l’occurrence sur moi). Ces derniers correspondaient à des interpellations de l’animateur pour l’inviter à s’éprouver dans des expériences significatives du stage. Celles-ci partaient de la propre expression de son vécu dans le groupe. Martine avait découvert que le vécu était indiscutable et reconnu dans le « non jugement ». Il devenait une nouvelle référence qui la mettait au pied du mur…
Elle en percevait la justesse de l’écho renvoyé à sa demande dans l’instant présent par l’animateur. J’étais orienté sur elle et Martine se sentait touchée. Ne se trouvant plus dans le climat de jugement et d’interprétation qui caractérise la vie quotidienne, elle se sentait libre pour prendre conscience.
Cette conscience nouvelle d’une liberté possible dans l’instant de la relation, allait devenir une nouvelle référence de sa propre liberté, telle qu’elle a pu m’en parler dans cet entretien des années plus tard.
• Écoute Cesoram
Cette relation qu’a vécue et appréciée Martine, se découvre avec l’attitude d’écoute c entrée en soi et orientée sur l’autre et le monde.
Comme nous ne disposons pas encore dans notre langage de mots suffisamment précis pour rendre l’intelligence de cette attitude, je la signifierai tout au long de ce livre par l’abréviation suivante : Cesoram * .
• Martine a découvert son propre « je »
Cette écoute a permis à Martine de se découvrir comme « sujet » d’elle-même devant un autre « je » face à elle. Quand le « nous » se forme chacun peut repérer ses limites. Dans mon « je », je lui facilitais de trouver un nouveau « repère » intérieur, elle trouvait face à elle un autre point d’appui dans le « je » de ma personne, un nouveau « repère ». Elle découvrait et sentait un nouvel espace intérieur…
La qualité de notre relation a fait émerger en Martine de nouvelles références qui ont transformées notre échange verbal en expérience vécue consciente. Ceci est très important, au lieu de trouver une réponse extérieure à mon histoire devant la question que je me pose, je découvre par la relation d’écoute la réponse dans ma propre histoire.
Je peux faire « foi » au premier degré à mon expérience vécue au premier degré. Je ne m’appuie plus sur une foi du deuxième degré, sur une croyance de deuxième main qui provenait de mon milieu, ma culture, ou des informations des dogmes …
• Dimension sacrée et relation au corps
La relation consciemment éprouvée a permis à Martine de vivre une présence nouvelle chez elle, dans sa famille. Jusque là elle était restée dans l’attitude « instituée » du dehors par l’institutrice, l’institution famille, église, état, etc.
Il a fallu cette expérience de formation pour que Martine me dise aussi :
J’ai dû faire un sacré boulot en moi.
Le terme « sacré » peut aussi s’entendre au sens propre, dans son témoignage on sent qu’elle se « consacre » désormais à sa vie. Elle trouve sa dimension spirituelle. Celle-ci se fonde sur son expérience et non sur ses croyances. Il en résulte une autre qualité de présence que les proches perçoivent…
Quand Martine dit : « je ne somatise plus », elle découvre une autre relation à son corps. Nous changeons simultanément notre relation aux autres lorsque nous changeons celle que nous entretenons avec notre corps. Nous cessons de vouloir le posséder, le manipuler comme un objet, nous découvrons que nous avons à l’aimer comme notre habitat.
Dans la justesse de cette nouvelle relation, le corps devient le messager du divin…
Martine est autonome
Martine a dit : « j’existe » avec sa fonction de discernement 5 , elle a créé son chemin vers sa propre autonomie.
• Une valeur différente du temps
Suivons maintenant Martine sur son chemin. Martine dit, à propos de la liberté d’assumer son cheminement qu’elle a vécue dans la relation : « Ça a peut être l’inconvénient d’être long ». En disant cela, elle mesure le temps par rapport à toutes les difficultés quotidiennes qu’elle a dû surmonter, à partir du début de sa prise de conscience avec celui de l’intégration de nouveaux comportements.
Or, par rapport à l’ancien rythme quotidien, le temps a complètement changé de valeur, du fait de sa perception nouvelle de sa vie. Ce temps nouveau est difficilement comparable au temps ancien proche du « tourne en rond du monde mère ». Il rythme maintenant celui de sa propre histoire.
Aujourd’hui, Martine a fait le choix de sa voie en même temps que celui d’être « portante ». Nous abordons le concept de portance 6 dans « Syntonique », « portance » et « Cesoram ». Elle actualise autrement, dans sa propre découverte d’elle-même, l’ensemble de ses richesses : elle se trouve non seulement dans un nouveau temps, mais aussi dans d’autres valeurs de vie résultant de sa propre évolution et suivant ses propres choix.
• L’autonomie par rapport à l’argent
« Il y a eu un moment où j’avais vraiment des complexes à dépenser l’argent que mon pauvre mari gagnait durement… Je le dis en riant, mais c’était un peu ça. C’était son fric, c’était lui qui ramenait l’argent à la maison et je l’utilisais pour les enfants. Mais pour moi j’avais de la peine à faire de petites incartades financières que je savais pouvoir faire. Ce n’est jamais Marc qui m’aurait dit de ne pas le faire mais je ne voyais pas ce qui était de ma contribution personnelle.
Alors que maintenant, je pense que même si je ne travaillais pas du tout, je me sentirais libre de dépenser l’argent qui n’est pas gagné effectivement par moi. Simplement parce que je me sens être, parce que j’ai acquis la notion de valeur de mon rôle à la maison, je le considérerais comme une forme de salaire pour moi.
Je ne suis pas au service de la famille et je ne me sens pas rétribuée par Marc pour ce service, mais je suis responsable dans mon foyer avec une espèce d’équilibre à respecter. Je me sens autant responsable que Marc dans les difficultés qu’il affronte. La présence que j’ai, par rapport à lui, compte aussi et l’aide à les supporter.
Au fond c’est un partage dont je me trouve bien ; je ne reçois pas un don ni une faveur. Il reçoit aussi.
L’autonomie par rapport à la question de l’argent révèle précisément le chemin fait par Martine, qui se situe maintenant clairement sur un problème qui est loin d’être résolu pour beaucoup de femmes, dans bien des couples.
Martine s’est libérée sans commettre l’erreur de se mettre sur un plan concurrentiel de sexe, elle a analysé la valeur réelle de sa présence au foyer et la reconnaît face aux difficultés que cela peut soulever. Elle pose son droit à être femme dans une différence et non en opposition ou en concurrence avec le masculin.
Nous verrons dans la suite de l’entretien qu’elle mesure le temps qu’il lui a fallu pour en arriver là. C’est une victoire sur elle-même et sur les préjugés archaïques collectifs présents de notre société.
• Historique vers son autonomie
Martine revient sur la longueur de son évolution :
« Je reviens en arrière et je me dis que j’ai démarré il y a seulement cinq ans dans une première session sur l’écoute. Quand même !... Je trouve cela long, je suis peut-être exigeante, enfin c’est à la fois long et court… Je ne suis pas mécontente non plus d’avoir commencé à 32 ans. Je ne sais pas si avant, cela se serait passé aussi vite, si j’avais démarré plus tôt… Je découvre aussi maintenant qu’il y a un temps… Et si j’avais connu cela à 25 ans, je ne sais pas si cela aurait été le moment. Même si Marc a mis le temps à s’y mettre, la provocation est venue de lui, et quelque chose était prêt en moi pour ce démarrage en formation.
Depuis un an ou deux, il y a quelque chose que j’exprime souvent : je me sens plus jeune que jamais… À la fois plus mûre et plus jeune. J’ai le sentiment que vers 22 ou 23 ans, j’étais déjà, ce que j’appelle aujourd’hui « vieille », c’est-à-dire installée sur des rails, acceptant les normes sociales, familiales, etc. Ces rails me menaient à la vieillesse directement, sans accrocs, avec par moments quelques aiguillages. Finalement la vie que je menais à 23 ans, je pourrais la vivre à 65… Il se serait trouvé qu’au lieu d’avoir des enfants, j’aurais eu des petits-enfants ! C’était presque un mode de vie sans âge. À présent, je me sens plus jeune au sens où j’entends « jeunesse ». J’ai l’espoir d’évoluer, changer, bouger, enfin de ne pas rentrer dans un circuit définitif. C’est aussi la capacité de vivre le temps présent au lieu d’une espèce de truc tracé d’avance. »
Être jeune, indépendamment de l’âge, c’est d’abord ne pas être psychologiquement mort avant de vivre… C’est rester en prise avec la source de l’énergie de l’âme, avec, quel que soit le nom qu’on lui donne : « Il ». « Elle », « la vie ». « Dieu », « la grâce », « Allah ». « Yahvé », « Bouddha », « Christ », etc.
L’enfant en Soi, s’il est « portant » 7 est tous les jours en découverte, il n’est pas sur les rails de la sclérose. Dans ces rails, combien de routines aliénantes engendrent des blocages au nom de traditions interprétées et caricaturées au cours des âges !
Lorsque nous n’accordons pas à l’enfant en nous l’amour inconditionnel dont il a besoin, cet enfant intérieur cherche au dehors l’attention qui lui manque cruellement et cela se traduit par des conduites infantiles individuelles et collectives…
On peut dire ainsi que la sécurité que nous ne trouvons pas à l’intérieur, nous la cherchons toujours à l’extérieur : c’est une loi à laquelle nous ne pouvons pas échapper, et qui explique des conduites de dépendance…
Martine sait maintenant à 37 ans que la vie est changement 8 . La fixité est liée autant à la mort du corps physique qu’à l’attitude psychique. Martine va maintenant découvrir son propre rythme, elle a maintenant entamé un processus irréversible.
Cela d’ailleurs se voit sur son visage, sur son expression et sur toute sa silhouette car cette évolution est toujours visible ; elle s’incarne dans une forme vivante. La sensation de Martine est une réalité subjective vérifiable par toutes les personnes qui la connaissent dans la période où elle s’exprime.
• L’autonomie et la qualité de la relation
« Par rapport à mon corps, je sens qu’il y a des choses qui se mettent en place, maintenant, je suis très sensible à tout. Par exemple, que ce soit pour moi ou pour les autres, la position des jambes me parle, me dit comment ils vivent leur corps… Je vis une autre relation sexuelle et pour moi c’est aussi très important.
L’inconvénient avec cette qualité de relation est qu’il y a des moments où vraiment je m’emmerde avec des gens avec lesquels je n’aurais pas vécu ce sentiment avant. C’est l’envers de la médaille : lorsque je ressens une superficialité dans les rapports entre les gens, ça me prend aux tripes. Ma sensibilité s’est accrue et je ressens autrement les choses. C’est un peu ce que je disais l’autre jour dans une réunion à propos des « grandes oreilles » et cela rejoint mes deux thèmes du début : la qualité et la difficulté. La qualité des « grandes oreilles » est essentielle, mais c’est parfois encombrant et difficile de tout entendre. La « grande oreille » amplifie tout, aussi bien ce que l’on préférerait ne pas entendre. »
Là, Martine me faisait part de la façon dont elle se sentait reliée à elle-même et comparait avec ce qui se passait auparavant. Sa fonction de sensation 9 a émergé et s’est développée. Elle peut en parler avec la conscience de son corps, les postures de ce dernier lui sont devenues intelligibles. Les messages non verbaux délivrés par les positions de la tête et des membres sont indicatrices de sens… Ce que Martine a repéré ici, nous le verrons dans « la relation centrée » 10 avec les attitudes corporelles correspondantes.
Avec sa fonction sentiment 11 qui s’est développée, elle discerne maintenant où elle se situe et développe sa capacité d’écoute avec beaucoup de sensibilité. Son expression « des grandes oreilles » définit cette nouvelle capacité d’écoute. Se percevant mieux elle-même, elle perçoit dans le message de l’autre une information qui restait auparavant inconsciente. Mais le revers de la médaille lui fait apparaître une sensibilité à des choses qu’elle supportait inconsciemment avant.
Martine sent grandir son exigence qui va l’amener à prendre conscience de la nécessité de se protéger. Se protéger est à entendre dans le sens de prendre soin de soi dans la relation. Elle n’entre plus dans l’arène pour se défendre.
La position de défense va avec l’ego, c’est la plus courante dans notre culture. Celle-ci se vit couramment avec les attitudes tutélaires 12 que nous verrons plus loin.
Écoute Centrée En Soi, ORientée sur l’Autre et le Monde
Ce dont parle Martine en rapport avec sa nouvelle écoute correspond avec son nouveau champ de perception. Elle peut maintenant dans sa nouvelle disponibilité apercevoir une multiplicité d’informations dans le présent. Tout entre en ligne de compte dans sa nouvelle capacité d’actualisation : ce qui est verbalisé, le silence, l’environnement, et le message du corps.
TOUT ENTRE EN LIGNE DE COMPTE
• Notre capacité d’actualisation
Cette capacité d’actualisation détermine notre degré de disponibilité dans l’instant : c’est « ici » que je suis et « mains-tenant » 13 (et « en toute éternité », diraient les moines zen).
Mon potentiel de vie conscient est disponible dans le présent. Mon ancienneté est transformée en expérience dans laquelle je peux puiser pour m’adapter au mieux dans le présent. Je suis réellement disponible. Cette forme de présence est un accueil vigilant et vibrant dans l’accueil des mots, de la voix et du geste de celui que j’écoute et que je tends à accueillir dans la totalité de son mystère singulier.
Et simultanément, dans cette pleine forme de disponibilité, je distingue mes propres limites dans mon espace intérieur et j’accepte sans jugement ce qui s’y passe. Ainsi peut résonner en moi l’écho à l’expression de l’autre avec ma propre résonance sans confusion. L’écoute alors met en lumière et déchiffre la trame d’une partition possible, alors que celui qui la joue peut ne pas en avoir conscience. Si on compare cette manière d’être à un instrument bien accordé, il devient une expression vivifiante, un rayonnement.
L’écoute entre aussi dans le rôle de l’animateur (formateur) qui doit mettre en relief les différences d’expression des participants. Elle engendre une dynamique particulière facilitant dans le même temps l’évolution de plusieurs participants.
• Notre position corporelle
Ce mouvement « animant » se produit dans ce que j’appelle : « l’écoute centrée en soi et orientée sur l’autre et le monde», Andrée Schlemmer donne cette remarquable description 14 :
Ce changement de position, le passage de la position « passive » à la position « éveillée », qui est une sorte de culbute, est vécu comme un mouvement réel, un mouvement intérieur, soutenu et rendu précis par une position corporelle correcte : un ajustement exact au niveau de la taille – le dos n’est plus rigide et affaissé, il se redresse de lui-même – un léger recul, une élongation, tous ces mouvements fins et nets en réponse aux courants de vie qui viennent par le sommet de la tête et par la base de la colonne vertébrale. Cet étirement-dégagement s’est fait par le souffle et par la présence de ce qui, au-delà des limites personnelles, résonne jusque dans notre for intérieur.
Cette position « d’éveil » est aussi la position réceptrice/émettrice.
Cette description correspond à la « position centrée » en Soi lorsqu’elle est physiquement ressentie. Cette position centrée a un intérêt immense qui va bien au-delà de l’écoute et je propose la découverte du centrage dans toutes les sessions que j’anime, quel que soit leur but.
Nous y reviendrons lorsque nous mettrons l’accent sur la relation centrée.
Dans cette position d’éveil ou centrée, je trouve la sécurité qui se dégage de certaines illusions. Je découvre dans la relation présente, que dire à l’autre que « je l’ai bien compris » ne signifie pas que je l’ai réellement bien entendu. L’autre n’a pas eu l’écho qui prouve une telle affirmation. Là se trouve la source des « mal-entendus » de notre vie.
• Un lieu juste en soi
L’expérience du « lieu juste en soi » se repère. Lorsque « j’y suis », je me sens accordé à un diapason de résonances. La musique de la voix porte les mots qui me parviennent. Les conditions de la naissance d’une parole vivifiante sont réunies. Cette expérience se vit à deux et ce poème tente de l’évoquer :
Pèlerins ensemble
Où sommes-nous allés ?
Où est le lieu ?
À un moment ton regard
Me l’a montré
J’ai fait un pas avec toi
À un moment ta main
Me l’a dit
Nous avons fait un autre pas…
À un moment j’ai dansé
Et au-dedans j’ai vu
Chacun en soi et ensemble
À un moment ta voix en écho
Me l’a renvoyé et
J’ai prononcé une parole
À un instant tu t’es sentie libre
À mes côtés
Plus de but où aller…
Nous étions chacun « chemin »
Et ensemble
Nous avons avancé en « nous »…
À partir de ce lieu juste, ma parole naît et devient l’expression d’une écoute dynamique dans une conjonction du sensible et de l’intelligible.
Lorsque je me ressens en ce lieu, il se développe un espace dans mon corps : le corps que j’habite dans sa réalité physique et spirituelle. Ce lieu d’écoute en soi conditionne la juste distance dans la relation à l’autre. Celle-ci est en rapport avec l’espace extérieur. Suivant que deux personnes s’assoient côte à côte ou face à face en étant proches ou séparées par un bureau, elles détermineront une forme relationnelle différente qui influera l’écoute, nous reprendrons cette question plus loin.
Se dresser, ce n’est pas s’élever : ni dans la verbalisation, ni dans le mouvement physique, ce n’est pas synonyme. De même, celui qui se plie n’est pas celui qui se courbe… Le « tiens-toi droit » et le « garde à vous » ne signifient pas se ressentir vraiment bien ‘debout’. Notre manière de nous tenir debout détermine notre relation au monde. Elle révèle notre incarnation suivant que nous nous identifions à notre corps ou non selon nos croyances.
• Les conditions matérielles
Nous venons de voir l’importance de la position corporelle physique, mais il est encore un autre aspect dont il faut tenir compte ; les conditions matérielles de la rencontre, le confort, l’environnement, les sièges, l’absence ou la présence de tables, les formes, etc., rien n’est neutre. Tous les éléments sont porteurs d’effets et demanderont une vigilance particulière.
La vigilance, création d’une nouvelle spontanéité
• Intégration d’une vigilance
Le conducteur fait attention à la route, à l’itinéraire, aux imprévus codés ou non, mais également à son tableau de bord. La vision de la route n’exclut pas l’attention aux cadrans. Suivant les moments, un cadran peut être préférentiellement surveillé, sans que les autres soient exclus. Par exemple, si je suis sur la réserve d’essence, mon attitude de conducteur est modifiée.
Si une partie de mon énergie est orientée sur une condition matérielle défectueuse, elle ne sera pas investie aussi facilement dans une pleine disponibilité à la conduite du véhicule.
• Création d’une nouvelle spontanéité culturelle
Après un certain entraînement, le sens de la conduite s’acquiert et s’intègre en automatismes qui s’adaptent au véhicule conduit. Il s’agit ensuite de réunir les meilleures conditions de présence pour que les connexions du conducteur fonctionnent au mieux…
Lorsque la connexion d’écoute est en place, elle entre également dans une forme cultivée de l’instinct qui s’exerce comme un nouveau sens.
L’écoute maternelle intuitive qui réveille le parent au moindre bruit de l’enfant malade est comparable.…
Cette connexion est liée au phénomène « d’impression du corps », impression s’entend ici comme celle d’un disque matriciel. Or la mémoire corporelle peut contenir de l’énergie. Le but de l’analyse bioénergétique de Loewen, consiste à la libérer lorsqu’elle est bloquée. Cette mémoire fonctionne depuis que nous sommes conçus. Tant qu’elle n’est pas libérée, l’information persiste dans le corps après le renouvellement des cellules dans le cycle de 7 ans.
Lorsqu’une impression nouvelle nous « touche », à l’occasion d’un événement ou d’une thérapie, elle se libère.
Cette impression matricielle sera source d’une expression libératrice lorsque les conditions d’écoute sont réunies. Il restera à découvrir comment l’intégrer dans un nouvel équilibre de vie.
Expression et impression sont les phases d’une dynamique qui prend source aussi dans la mémoire du corps. Cette mémoire participe à une image de nous-mêmes.
Dans notre langage, le suffixe pression se trouve précisément dans des termes qui ont un rapport avec l’écoute. Ainsi la liberté d’expression n’existe pas sans lieu d’écoute, et elle est remise en cause par l’ oppression. Quelle liberté d’ expression pourrait exister si nous sommes branchés sur table d’écoute ? Lorsqu’il y a oppression, il n’y a plus de lieu d’écoute et l’être ne peut plus évoluer…
Avec la table d’écoute, quelqu’un nous juge : nous ne pouvons plus nous exprimer librement et évoluer… Une relation d’écoute peut me sortir de la dépression et de la situation oppressante. Lorsque l’espace et le temps sont trop retreints, les conditions d’écoute disparaissent.
Cet espace et ce temps sont à cultiver en conscience dans une attitude d’écoute. La protection de cet espace de vie culturelle, influe sur l’évolution.
Par le relai de notre fonction sentiment nous discernons de mieux en mieux l’équilibre vécu dans l’écoute. Avec le corps peu à peu nous nous relaxons, nous quittons l’avachissement pour nous mettre debout et c’est seulement là que nous allons vers une écoute consciente de nous-mêmes.
• Passage de l’acte réflexe à l’acte conscient
Le passage de l’acte réflexe à l’acte conscient permet de modifier la forme de notre expression, et de notre impression, qui sont liées toutes deux à la forme de notre écoute.
L’acte suivant va permettre d’intégrer une nouvelle forme plus juste qui se fondera sur une nouvelle spontanéité culturelle qui n’est plus l’ancien automatisme.
La recréation consciente de « la position centrée juste en soi » est simple dans son phénomène vécu et paraît complexe en explication, Nous arrivons au monde avec l’archétype du centrage à vivre vers la verticalisation. Cette impression en soi est présente dans une conscience primaire. psycho-physique qui préside nos premiers pas sur terre. Nous nous coupons de cette première conscience dans notre système éducatif.
Mais notre corps en garde la mémoire et à tout moment la reconnexion est possible.
Faite en conscience, elle devient une reconnaissance en Soi dans le présent et prend une valeur initiatique. Cela peut être vécu comme une expérience de renaissance. Une nouvelle perception du monde prend place. Nous nous relions avec un instinct phylogénétique et spirituel.
Nous réalisons ici que l’apprentissage (voire l’initiation) à l’écoute de l’Autre et du Monde, passe aussi par le « corps vécu », relié à l’illimité entre terre et ciel.
Cela s’inscrit dans une orientation vers la découverte de Soi et de l’Autre, chacun allant sa propre individuation 15 .
Pour créer un tel climat d’écoute, « Cela me demande de laisser tomber mon propre masque » déclarait, Jack, responsable d’un service important d’entreprise.
Ce masque ou « persona »( 16 ) fait écran dans la découverte de l’autre dans sa singularité. N’est-il pas aussi la porte qui ouvre vers notre propre mystère ?
• En conclusion…
Vivre l’écoute dans cette position juste c’est se sentir responsable de sa réponse dans le sens anglais du terme « respons » qui inclut la responsabilité.
Cette disponibilité se ressent physiquement dans une croix d’énergies entre vertical et horizontal. L’orientation vers l’autre se manifeste dans l’horizontale et la conscience en soi qui est alignée dans la verticale. Les propres sentiments de « l’écoutant » n’interfèrent pas dans la relation.
Il y a écoute de l’autre avec lucidité sur ses propres sentiments qui, de ce fait, n’interfèrent pas inconsciemment dans la relation.
Prenons l’exemple de Mabinka 17 : Mabinka, d’origine magrébine était arrivée en France quelques années plus tôt avec son mari et ses deux enfants.
Peu de temps après la naissance de son troisième enfant, elle doit être hospitalisée pour un cancer du sein. Elle me raconte comment elle s’est sentie réifiée par le choc d’un refus implicite et inconscient d’écoute par le médecin chef de service.
Alitée, peu après l’opération d’ablation de son sein, elle voulut profiter de la visite matinale de Madame Onco (pseudonyme), chef du service oncologique, pour lui demander des nouvelles de ses enfants. Elle eut pour toute réponse « Ne vous inquiétez pas ». Puis elle vit le personnage reculer à pas de loup, et la porte se referma doucement derrière elle * . Nous verrons plus loin les hypothèses que l’on peut faire sur un tel comportement, apparemment plein de bonnes intentions du médecin.
Voyons avant ce qu’a vécu Mabinka avec une telle réponse.
« Je sentis comme une chape de plomb qui me tombait dessus… » Cela devait durer 2 ans pendant lesquels elle resta déprimée et alitée.
L’envie de renaître et de vivre se déclencha grâce à la rencontre d’une autre femme. Mabinka, maigre et le crâne nu, se trouvait alors dans une chambre à deux lits. La mère de sa nouvelle compagne vint en visite. Elle demanda à Mabinka qui elle était.
Un être humain accueillant venait de lui adresser la parole en lui demandant qui elle était. Simplement en reconnaissant sa présence… Après 24 mois, le voile qui dissimulait sa détresse se relevait.
Mabinka se sent regardée avec un regard qui l’accueille. Elle est reconnue par des paroles. En plus une main chaleureuse venait de se tendre vers elle. Au-delà de ses barrières culturelles, elle existait enfin dans ce lieu pour quelqu’un. Elle venait d’être délivrée de la sidération provoquée par le Médecin. Madame Onco était sans doute compétente dans sa pratique conventionnelle de la médecine mais incapable d’assumer une relation d’écoute avec ses malades. Elle était sans doute davantage préoccupée par les symptômes, les diagnostics, les techniques médicales, les objectifs du service, la rotation des lits etc. L’effet salutaire du deuxième choc permit par la suite à Mabinka de découvrir l’importance de la relation humaine. Après plusieurs stages d’écoute cesoram , une conscience nouvelle lui permit de retrouver son centrage et de se libérer de sa barrière culturelle. Une autre vie commençait pour elle.
4 . René A. Spitz, De la naissance à la parole , Paris, Puf, 1968.
* Cesora dans l’ancienne édition, avec cesoramil s’agit de la même attitude développée à un niveau de conscience plus vaste
5 . Voir fonction de discernement .
6 . Voir chapitre VI : Le sens est proche « d’avoir une bonne portée », « être bien portant ».
7 . Voir chapitre VI .
8 . Nous n’avons d’ailleurs pas la liberté de ne pas changer : de tonte façon nous changeons sans cesse, avec ou sans notre accord… Ne serait-ce qu’au point de vue biologique en effet, toutes nos cellules (à part celles du cerveau) sont complètement renouvelées en 7 ans. Notre liberté se situe dans le choix que nous pouvons faire de mûrir, au lieu de pourrir ou de nous dessécher… Voir chapitre XVI .
9 . Voir les fonctions .
10 . Voir le § suivant et le chapitre III .
11 . Voir la fonction sentiment .
12 . Nous sommes tous centrés avec une dominante, et l’attitude égoliqtie, c’est-à-dire centrée autour du moi, correspond aux attitudes tulélaires.
13 . On peut ressentir quand on se tient les mains, le sens qu’avait le mot « mains-tenant » au Moyen-Âge… Il s’agissait d’un « mains-tenant » qui demandait une présence au sacré, qui peut être vécue dans la relation, ou dans le port d’un objet de culte, et que peut encore retrouver le prêtre, à le condition qu’il habite son corps… Voir chapitre X : L’écoute d’une classe .
14 . Andrée Schlemmer, Vivre mieux et guérir par les couleurs , Albin Michel, 1991.
15 . L’individuation est le processus décrit par C. G. Jung, qui consiste à construire une structure indivisible, inseccable, unique dans notre différence, et reliée au tout.
16 . Persona qui est à l’origine du terme de « personne » provient de personare = par où résonne le son en grec. Persona désignait un masque antique rigide, derrière lequel l’acteur pouvait à la fois se dissimuler et se révéler. Ce masque fait résonner le son du divin qui se manifestait dans un rôle.
17 . Je reprends cet exemple cité dans l’Ecoute une voix vers la confiance paru au Souffle d’Or.
* Cette réponse du Chef de Service montre comme pour beaucoup de médecins, une grande fragilité cachée par un savoir. Il s’agit d’une orientation médicale conventionnelle préoccupée de combattre les virus sur le champ de bataille représenté par le patient. De plus le Chef de Service médical est souvent préoccupé « et soigne sa notoriété ». Le système compétitif oblige à avoir de bons résultats statistiques pour obtenir des crédits pour le service.
Chapitre II Les attitudes dans la relation
Les attitudes se comprennent mieux lorsque nous concevons les différentes fonctions du conscient avec lesquelles nous nous adaptons au monde.
Ces fonctions donnent forme à notre perception, notre langage. La même expression change de sens avec la tonalité de la voix, l’intention, l’attitude et provoque chez celui qui écoute, des images différentes.
Nos attitudes sont aussi en rapport avec notre part d’ombre. L’ombre est une métaphore et aussi un concept jungien. Elle est présente en chacun de nous. Elle est aussi indissociable de la lumière que la part inconsciente du conscient. Ainsi les fonctions qui ne sont pas sorties de l’ombre nous dérangent au lieu de nous servir. Lorsque la fonction sentiment reste dans l’ombre, les possibilités d’autonomie sont illusoires. La naissance du « je suis » passe par sa « co-naissance » et son développement dans une relation à l’autre. Les attitudes sont des manières d’être en relation et en fonction de leurs orientations, elles s’accordent ou non avec les intentions.
Les fonctions du conscient et les tempéraments
Nous avons eu un exemple de la fonction sentiment, moteur de l’autonomie avec Martine au chapitre I. Voir les fonctions, nous permettra ensuite de mieux cerner les « attitudes » rogériennes.
Jung 18 a révélé l’existence de quatre fonctions fondamentales potentiellement présentes dans la singularité de la psyché de chacun. En travaillant sur notre développement personnel, notre individuation, nous développons ces fonctions, lorsque les fonctions les plus faibles ne sont pas prises en compte, elles tombent dans l’inconscient à un niveau primitif et deviennent nocives en s’opposant à nos intentions. Ces quatre fonctions sont à notre disposition pour nous incarner dans ce monde. Une grande partie des troubles psychiques dont souffre l’humanité provient du développement inégal de ces fonctions.
La fonction pensée et la fonction sentiment sont des fonctions qui sont à la source de nos jugements et sont dites « rationnelles. Les fonctions sensation et intuition sont des fonctions de perception dites « irrationnelles ». Ces quatre fonctions suivant les tempéraments peuvent se reconnaître dans notre fonctionnement avec 8 repères de types ou tempéraments psychologiques. Attention il s’agit de repères et non de classification, on peut comparer ces repères à des pôles d’attractions ou des filtres. Par exemple en face d’un même spectacle il y a celui qui va être sensible à la représentation du drame, celui qui va y voir seulement une mauvaise mise en scène, celui qui va applaudir au jeu de son acteur idéal, celle qui va s’effondrer dans une émotion ou encore va rester complètement froide et trouvera que le jeu des acteurs est déplorable et celui qui interroge le sens d’un tel spectacle ou encore trouvera que ce genre de représentation n’est pas rentable à l’heure actuelle en pensant que le public n’est pas prêt à voir ce genre de spectacle.
La signification habituelle des mots pensée, sentiment, sensation, intuition, ne recouvre pas tout à fait le sens que leur donne Jung,
Ces quatre fonctions pourraient s’imaginer comme des organes psychiques à notre disposition pour nous adapter au monde… Notre volonté va utiliser son énergie pour animer ces fonctions innées. Elles font partie de notre potentiel psychique en arrivant au monde. Nous allons appréhender spontanément une situation plus spécialement avec une fonction plutôt qu’une autre. L’éducation qui suit va la favoriser ou la contrarier… « Voyons Hugues tu n’y penses pas on a jamais eu d’artistes dans la famille et tu sais que ton père compte sur toi pour reprendre l’entreprise… » Hugues est né avec un tempérament orienté vers une sensation extravertie et en seconde position une pensée introvertie alors que son père est un penseur extraverti, pragmatique et sa mère est un sentiment extraverti… Nous ne pouvons pas développer ici les fonctions Jungiennes cela représenterait un livre à lui seul… Il existe une excellente approche de cette question dans « l’Ame et l’écriture de Ania Teilhard. Ainsi lorsque la fonction en premier se tourne vers l’intériorité on la dit introverti ou à l’inverse elle sera extravertie lorsque le regard est tourné en premier vers le monde intérieur. La dominante occidentale est extravertie alors que l’orientale va vers l’introversion…
La dominante dans la Science au caractère réductionniste actuel relève de la pensée extravertie alors que la Science quantique relève davantage de la pensée introvertie… il est dangereux de croire que l’une ou l’autre des fonctions doit être développée de façon unilatérale, et encore moins érigée en valeur universelle… Ainsi, quelqu’un comme Robespierre, dans la logique d’une fonction sentiment absolue (il n’avait sans doute pas conscience qu’il s’agissait de son propre fonctionnement, qui n’était pas généralisable…), est entré dans une logique inexorable, sacrifiant tout à un « idéal », allant jusqu’à couper les têtes de tous ses opposants… Il s’agit ici d’un dirigeant qui veut ériger en système universel ce qui n’est que son propre mode de fonctionnement, dont il n’a pas conscience… C’est un peu comme si le monde d’un pôle qui s’oriente sur l’étoile polaire, ne voulait pas reconnaître celui de l’autre hémisphère qui s’oriente sur la Croix du Sud. En effet, si celui qui est au pouvoir n’a pas conscience de son mode de fonctionnement et de la fonction qui domine en lui, il est pris, possédé, par la logique de cette fonction au lieu de la maîtriser… Une fonction sentiment archaïque, inconsciente, s’accorde avec tous les intégrismes, et une fonction pensée archaïque donne le rationalisme. De toute façon, dans les deux cas, il s’agit d’un « isme »…
À un niveau individuel, le problème se pose aussi : par exemple une intelligence brillante peut être au service d’un individu socialement très destructif. Nous en voyons souvent des exemples dans notre presse quotidienne.
Lorsque la fonction sentiment, qui est à la source du sens éthique, reste à l’état inculte, dans l’ombre de l’inconscient, elle fera partie des forces inconscientes par lesquelles l’individu sera possédé. Ce dernier justifiera rationnellement son comportement destructif pour garder un pouvoir sur les autres.
Ainsi un responsable de service, par son comportement, peut contaminer psychiquement les personnes qui l’entourent et déstabiliser ses collaborateurs avec une attitude très séduisante.
La différenciation de chaque fonction relève autant d’une action culturelle que d’une thérapie, l’une n’excluant pas l’autre. 19 Ce processus de différenciation de la fonction pourrait s’imaginer comme la croissance d’un « organe psychique » augmentant le champ de conscience et la créativité dans un nouvel équilibre. C’est en quelque sorte une instance organismique.
Pour bien situer les 8 types psychologiques de Jung je reprends « Le Dîner des types psychologiques », illustration imaginée par Ania Teilhard. Nous imaginerons une réception où ils se trouvent tous réunis :
C’est le type sentiment qui reçoit, naturellement. C’est une femme charmante, bien potelée, très féminine, comme aimait à les peindre Renoir ; la dilatée du Dr Corman, la vénusienne de l’ancienne classification. Extravertie, très sociable... C’est une maîtresse de maison parfaite. Jolie, aimable, habile, elle crée autour d’elle une atmosphère de bienveillance et de chaleur agréable.
Sa conversation n’est pas spécialement intéressante, elle reproduit souvent les opinions de son mari et de son père, du prêtre de la paroisse ou de la radio sans y ajouter autre chose que des émotions personnelles. Chose curieuse son jugement, sa critique sont souvent durs, injustes et destructeurs.
C’est sa pensée sa fonction inférieure, qui lui joue des tours.
Sa maison est arrangée avec un goût raffiné et sa cuisine est excellente, car son mari est gourmet net esthète et demande un luxe discret. C’est un type sensation introverti . Il est expert en tableaux anciens et collectionneur d’objets d’art. Comme sa fonction auxiliaire est la pensée, il possède une bibliothèque splendide. Ses auteurs préférés sont Huysmans et Oscar Wilde, car il se retrouve dans leurs œuvres. Il est aussi taciturne que sa femme est bavarde. Cette réunion lui déplait; il ne comprend pas pourquoi l’on invite tous ces gens sans intérêt qui le tirent de la solitude délicieuse de son cabinet de travail. Mais il admet que sa femme organise une vie sociale, car il sait par expérience qu’elle excelle dans l’art de recevoir. Elle lui fournit le côté extraverti, ouvert au monde extérieur qui lui fait défaut.
Il reçoit ses invités avec une distinction un peu froide et lointaine, et serre la main de l’avocat à la mode (le type pensée extravertie qu’il dédaigne en lui disant « au revoir » au lieu de lui dire « bonjour ». Acte manqué que sa femme essaie d’effacer avec une gentillesse redoublée.
L’avocat est arrivé le premier. Il est bien adapté à la vie, il a passé ses examens d’une façon brillante, il aborde une carrière politique pleine d’avenir. Quoique jeune, il s’est acquis une certaine célébrité d’orateur, son jugement est clair, sa logique parfaite, il sait persuader le public par la force de ses arguments – qui sont toujours fondés sur des faits. La pensée abstraite l’intéresse moins. La sensation étend sa fonction auxiliaire, il a du sens pratique, et de bonnes qualités d’organisateur. Ses jugements s’appuient essentiellement sur des facteurs venant de l’extérieur, c'est-à-dire sur des valeurs qui lui sont transmises par la tradition, le milieu, l’éducation. L’intellectuel extraverti s’oriente en effet d’après des données objectives.
Cette forme de pensée est la plus connue, la plus généralement admise en tant que pensée .