Revue africaine n°6

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Revue de réflexion et d'étude, Revue Africaine est un lieu de débat et un support d'expression pour les chercheurs travaillant sur l'Afrique. Le lecteur y trouvera aussi bien des réflexions sur "le texte littéraire africain" ou "la crise du savoir en Afrique" que sur les "migrations et l'interculturalité" au Maghreb ou la "part d'Afrique chez l'Afro-Américain".

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Date de parution 01 juillet 2013
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EAN13 9782296540118
Langue Français

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REVUE AFRICAINE
H
LETTRES, ARTS, SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES
H
N°6
Coordonné par David Vigneron et Roger Nguema-Obame
REVUE AFRICAINE
LETTRES, ARTS, SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES
NUMÉRO 6 Coordonné parDavid Vigneron et Roger Nguema-Obame Financé par la Fondation Gabriel Péri
FIKIRA
REVUE AFRICAINE LETTRES, ARTS, SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES Revue semestrielle éditée par L’Harmattan et publiée par Fikira 6mai 2013 Bacary SARRLe texte littéraire africain : dynamiques et enjeux interculturels................... .7 Boubé NAMAIWAMigrations et interculturalité : le mouvement des idées du Bilad es-Sudan vers le Maghreb ........................................................................................... 17 Babacar Mbaye DIOPRéflexions sur deux théories de l’art africain : la Négritude (Senghor) et la Traversée (Bidima)................................................................................ 37 Moussa HAMIDOU TALIBILes valeurs et principes des traditions des sociétés ouest-africaines : pour une culture mondiale de la paix ............................................................ 53 Samba DIAKITÉDe la crise du savoir en Afrique : du soupçon au dévoilement..................... 67 Nathalie LOISONQuelle part d’Afrique chez l’Afro-américain ?............................................. 83 Moustapha TAMBAL’Islam soufi au Sénégal............................................................................. 103 Romaric Franck QUENTIN DE MONGARYASUne société contre l’école au Gabon. Regards critiques sur un système éducatif en panne de 1990 à nos jours ........................................................ 115 Résumés des articles............................................................................. 141
FIKIRA
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00468-6 EAN : 9782343004686
Comité de direction :Mamoussé DIAGNE – Romuald FONKOUA – Jean-Godefroy BIDIMA Rédacteurs en Chef: Babacar MBaye DIOP - Doudou DIENG Secrétaire administratif: Alexandre DEHAIS Membres du Comité de Rédaction: Cheikh Moctar BA, Abou Bakry KÉBÉ, Roger NGUÉMA-OBAME, Alexandre DEHAIS, Oriane LETOURNEUR, David VIGNERON, Céline BADA, Bacary SARR, Kae AMO, Albert LESSOUA, Nathalie LOISON, Fernand PISSANG KELLER, Christine RODIER. Membres du Comité Scientifique: Mamoussé DIAGNE, Paulin HOUNTONDJI, Jean-Godefroy BIDIMA, Bernard ZONGO, Romuald FONKOUA, Roger SOMÉ, Pape NDAO, Odile BLIN, Michel LESOURD, Fabienne LECONTE, Jean Pierre DOZON, Diadié DIAW. Membres correspondants Algérie: Mohamed Rafik BENAOUDA Bénin:Laure Clémence CAPO-CHICHI Canada(Université de Moncton) : Corina CRAINIC Côte d’Ivoire:Elvis KOFFI Sénégal: Mame Birame N’DIAYE Suisse: Christine Rodier Adresse:FIKIRA-Revue Africaine– Université de Rouen, M. U. 2, Place Émile Blondel - 76130 MONT-SAINT-AIGNAN. – FIKIRA, mai 2013 – tous droits réservés – Site web: http://www.revueafricaine.com
REVUE AFRICAINE DE LETTRES, ARTS, SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES Revue d’étude et de réflexion,Revue Africainecherche à promouvoir les Lettres, les Arts, les Sciences Humaines et Sociales. Les textes publiés dansRevue Africaineles opinions de leurs expriment auteurs et n’engagent pas la responsabilité de la rédaction. REVUE AFRICAINEune publication de FIKIRA, association (de loi est 1901) qui a pour but de vulgariser la pensée africaine et d’aider les jeunes chercheurs à publier leurs travaux. Revue Africaine n°6 mai 2013
L ET E X T EL I T T É R A I R EA F R I C A I N : D Y N A M I Q U E SE TE N J E U XI N T E R C U LT U R E L S B a c a r y S A R R
La problématique de la littérature africaine contemporaine s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique complexe. Elle est d’autant plus difficile à appréhender que l’ampleur du champ et son articulation sont constamment traversées et mues par des forces difficilement saisissables en raison de l’intrication de différents phénomènes qui interagissent et interfèrent dans l’espace littéraire du texte. Saisir le texte littéraire africain dans ses fondements multiples et son tissage relationnel, et interculturel, tel sera notre propos dans cette étude. Mais au préalable, dans la visée d’un questionnement sur un tel objet, faudrait-il faire une approche des contextes d’émergence, des conditions de sa production, ce qui est censé être son « lieu de parole » et ce qui s’y déploie afin de comprendre la portée de cette multiplicité et cette complexité du texte littéraire ? La littérature africaine est engagée depuis dix siècles (les contacts de e l’Afrique avec les populations nord-africaines remontent au XI siècle) dans des processus de heurts, d’agrégats interculturels et de sédimentation de savoirs constamment actionnés par le mode d’installation d’historicités, en perpétuelles négociations conflictuelles avec les épistémès culturelles d’horizons variés et multiples ou bien des configurations hypo-culturelles, 1 pour citer Papa Samba Diop , symptomatiques de la modernité à l’œuvre 2 dans le texte.PeulsTierno Monénembo, support de notre réflexion, de s’articule et fonctionne depuis les profondeurs de cette situation interculturelle inaugurale, disjonctive qui s’organise et prolifère à partir de trois foyers culturels en contact et dans des rapports conflictuels : le paganisme, l’islam et la culture occidentale. En effet, cette étude s’attachera aussi à montrer comment, par le biais d’une narration complexe à tonalité épique parfois prolifique, s’appuyant fortement sur l’histoire culturelle et politique des Peuls et de l’actuelle Guinée Conakry, Monénembo explore les substrats identitaires de ses personnages dans leur opacité et l’expérience de leur mémoire collective, qui révèlent toutes les turbulences d’un monde dans lequel le réel et l’histoire bégayent à retrouver leur cohérence.
* Université Cheikh Anta Diop de Dakar. 1 . Nous empruntons le terme « hypo-culturelle » à Papa Samba Diop, précisément dans son livreArchéologie du roman sénégalais, Paris, L’Harmattan, 2010. 2 . Monénembo Tierno,Peuls, Paris, Éditions du Seuil, 2004.
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Champ théorique et problématique conceptuelle Il peut paraître difficile de tenter une approche théorique de la littérature africaine, tellement les démarches et les visées critiques, qui travaillent à son articulation, ouvrent de plus en plus sur des dissonances et des impasses épistémologiques. Nous n’avons pas l’intention de faire ici, il faut le dire tout de suite, l’historiographie de la critique littéraire africaine ; le contexte ne s’y prête pas, ni de porter un jugement de valeur sur telle lecture critique ou système de pensée, encore moins de faire la cartographie de la production des œuvres. Un constat nous paraît tout de même évident aujourd’hui. Le réel africain dans toutes ses figures ou figurations littéraires, la réalité africaine dans toute sa matérialité et ses manifestations symboliques défient de plus en plus les cohérences du discours critique, transcendent les formalités génériques ou taxinomiques. De sorte qu’écrivains, penseurs ou critiques et lecteurs sont constamment interpellés dans leurs postures et leurs certitudes épistémologiques et sommés de reconsidérer leur matériau discursif et herméneutique d’une part, d’autre part, la profusion de formes littéraires atypiques (ou de plus en plus métissées) remet en cause les postulats et visions essentialistes du texte africain. Un essentialisme que Georges Ngal dénonçait déjà il y a quelques années en évoquant l’ambiguïté des positions de la Société Africaine de Culture (SAC) dans une lettre datée de 1970, et qui collait aux œuvres littéraires africaines une étiquette ou une spécificité et au critique un profil culturel qui en justifiait son aptitude à les comprendre et les analyser : «La prise de position de la SAC comporte un certain nombre de postulats. Elle pose l’existence d’un patrimoine artistique et littéraire africain. Mais, d’une manière floue, elle semble dénier aux non africains l’aptitude à interpréter correctement ce patrimoine. Ce qui met en cause, indirectement, la possibilité d’une communication interculturelle, ou ce qu’on appelle les universaux transculturels, c’est-à-dire les éléments symboliques permettant aux hommes qui relèvent d’une culture de 3 communiquer avec ceux qui relèvent d’une autre culture».Si nous considérons la genèse du texte africain au miroir de l’aventure socio-historique et culturelle de l’Afrique, on peut toujours établir et situer les points et les zones de détermination que cette aventure imprime sur le texte. Autrement dit, la société agirait sur les formes du texte et en orienterait 4 la structure . Au regard de cette assertion, la longue dynamique et constante mutation des sociétés africaines élaborerait les conditions de possibilité de genèse d’une hybridité fondatrice du texte africain. Qui plus est, on connaît 3 . Ngal Georges,Création et rupture en littérature africaine, Paris, L’Harmattan, 1994, p.108. 4 . Nous faisons référence à l’étude d’Aron Paul et Viala Alain,Sociologie de la littérature, Paris, Puf, coll. Que sais-je, 2006 précisément aux pages 108-109.
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la corrélation socio-historique et culturelle qui existe entre les fulgurantes poétiques d’Édouard Glissant et l’histoire des Caraïbeset qui débouchent sur son fameux Traité du Tout-monde,une espèce de mémoire dynamique et prospective des cultures et des langues en contact à partir des mécanismes du métissage, de la créolisation : «Ce qui s’est passé dans les Caraïbes et que nous pourrions résumer dans le mot de créolisation nous en donne l’idée le plus proche possible. Non seulement une rencontre, un choc (au sens ségalien du terme), un métissage, mais une dimension inédite qui permet à chacun d’être là et ailleurs, enraciné et ouvert, perdu dans la montagne et libre sous la mer, en 5 accord et en errance».Un tel phénomène de heurts et d’agrégats d’univers culturels à la base de toute la poétique de Glissant ne peut-il fournir à la littérature africaine un matériau conceptuel et théorique lui permettant de se penser en tant qu’entité autonome dans ses dispositifs institutionnels et ses dynamiques de création ? Mais une telle posture critique ne court-elle pas le risque de tomber dans un déterminisme socio-culturel ? Georges Ngal dit en ce sens:«Une théorie littéraire voit le jour quelque part, dans un univers socio-culturel qui la fonde, la justifie, aussitôt la tentation d’en faire un modèle 6 universel se profile à l’horizon».Mais à partir de ce moment, la critique ne court-elle pas le risque de s’enliser dans cette espèce de mimétisme dont parle Justin Bisanswa :« abordant des textes africains, la critique serait-elle condamnée à être « mimétique », lisant l’œuvre littéraire uniquement dans 7 sa relation avec le monde réel ? » . Ce postulat est aussi valable pour qui s’attache à élucider les fondements épistémologiques qui articulent les formations discursives et les discours de savoirs produits sur la littérature africaine, depuis plus d’un demi-siècle. C’est en ce sens que les oppositions binaires « tradition/modernité », souvent maintenues pour la commodité de leur usage, doivent être repensées et relativisées, dans la mesure où ce qui apparaît comme tradition aux yeux du critique, tout comme à ceux de l’écrivain, est fondamentalement traversé par des circulations, des interférences et influences diverses et qui en font une scène, un terrain, un carrefour de savoirs, de matières culturelles, par conséquent de création et transformation dynamique. Hélène Tissières, analysant les relations, interrelations et circulations entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, affirme à cet effet : « Les contacts d’ordre géographique, économique et politique ont donné naissance à d’innombrables entrelacs culturels, sociaux et philosophiques
5 . Glissant Édouard,Poétique de la Relation, Paris, Gallimard, 1990, p. 46. 6 . Ngal Georges,Création et rupture, Ouvr.cité, p. 104. 7 . Bisanswa Justin,Roman africain contemporain. Fictions sur la fiction de la modernité et du réalisme, Paris, Champion, Coll. Unichamps-Essentiel, 2009, p. 13.
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