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Ruses de l'humain dans un monde rusé

250 pages
Face aux mutations du monde, l'homme contemporain n'échappe pas aux menaces nouvelles ou anciennes. Dans ce climat où les systèmes de référence les mieux établis sont fragilisés, comment chacun arrive-t-il à préserver son identité, voire sa survie ? A mesure qu'il prend conscience des entrelacs qui l'enserrent et des dynamiques violemment opposées qui l'écartèlent, l'homme doit développer son autonomie en rusant avec ses propres ruses et avec celles des autres.
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Sous la direction de Jacques Mier1TIont

Ruses de l'humain dans un monde rusé: identités, unité, complexité

L'Hartnattan

Cet ouvrage a été réalisé avec le concours du Centre d'Étude et de Recherche sur la Famille (Paris).

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-03154-8 BAN: 9782296031548

INGENIUM
Collection dirigée par Georges Lerbet et J ean-Louis Le M oigne
« Car l'ingenium a été donné aux humains pour comprendre, c'est-à-dire pour faire» Ainsi G. Vico caractérisait-il dès 1708 « la Méthode des études de notre temps», méthode ou plutôt cheminement ces chemins que nous construisons en marchant que restaure le vaste projet contemporain d'une Nouvelle Réforme de l'Entendement, une réforme qui retrouve cette « étrange faculté de l'esprit humain qui permet de conjoindre » pour comprendre et inventer en formant des projets. Rendre intelligibles les expériences humaines où s'entrelacent connaître et agir, comprendre et faire, entrelacs qui constituent le fondement des « sciences d'ingenium ». La collection INGENIUM veut contribuer au redéploiement

contemporain des « nouvelles sciences d'ingénierie» - que l'on appelait naguère sciences du génie - en les enrichissant de multiples
expériences de modélisation de situations complexes. Expériences que praticiens et chercheurs construisent dans tous les domaines de la tragique et passionnante aventure humaine, en s'imposant cette « obstinée rigueur» dont témoignait déjà Léonard de Vinci.
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La série « Les Classiques de la Collection INGENIUM » veut rendre aisément accessibles des ouvrages plus anciens qui ont contribué et contribuent encore à notre intelligence de la complexité.

Collection
Ouvrages déjà parus

INGENIUM1

Marie-J osé AVENIER, (2000). Ingénierie des pratiques collectives. La cordée et le quatuor. Jacques MIERMONT, (2000). Les ruses de l'esprit ou les arcanes de la complexité. Bruno TRICOIRE, (2001). La médiation sociale: le génie du tiers. Jean-Louis LE MOIGNE, (2001). Le Constructivisme, Tome 1. Les Enracinements. Jean-Louis LE MOIGNE, (2002). Le Constructivisme, Tome 2. Épistémologie de l'interdisciplinarité. Michel ROUX, (2002) Inventer un nouvel art d'habiter, le réenchantement de l'espace. François KOURILSKY(Dir.), (2002). Ingénierie de l'interdisciplinarité. Un nouvel esprit scientifique. Jean CLENET, (2003). L'ingénierie des formations en alternance. Jean-Louis LE MOIGNE, (2004). Le Constructivisme, Tome 3. Modéliser pour comprendre. Georges LERBET, (2004). Le sens de chacun. Frédérique LERBET-SERENI (Dir.), (2004). Expériences de la modélisation, modélisation de l'expérience. André DEMAILLY, (2004). Herbert Simon et les sciences de conception. Jean CLENET & Daniel POISSON (Dir.), (2005). Complexité de la formation et Formation à la complexité. Jacques MIERMONT, (2005). Écologie des liens. Entre expériences, croyances et connaissances. Evelyne ANDREEWSKY & Robert DELORME (Dir.), (2006). Seconde cybernétique et complexité. Rencontres avec Heinz von Foerster. Pascal ROGGERO, (2006). La complexité territoriale: entre processus et projets. Philippe BOUDON, (2006). Conceptions épistémologie et poïétique.
1Les ouvrages de la collection Ingenium sont présentés de façon détaillée sur le site du Réseau Intelligence de la complexité, http://www.mcxapc.org/ouvrages.php ?a==indexingenium

Teresa AMBROSIO & Frédérique LERBET-SÉRÉNI, (2007). Les sciences de l'éducation à la croisée des chemins de l'autoorganisation. Julien MAHOUDEAU, (2007). Médiations des savoirs et complexité. Le cas des hypermédias archéologiques et culturels. Les Classiques INGENIUM

Ruth Canter KOHN & Pierre NEGRE, (2003). Les voies de l'observation. Georges LERBET, (2005). Le flou et l'écolier.

Liste des auteurs
Antoine Barrière Psychiatre, Praticien Hospitalier, Thérapeute familial, Unité Clinique Camille Claudel, Vigneux-sur-Seine, Fédération de Thérapie Familiale, Villejuif. André Demailly Maître de conférences de psychologie sociale (à la retraite), Université Paul Valéry de Montpellier. Gérard Donnadieu Ancien Professeur à l'Université Paris I, Professeur de théologie des religions à l'École Cathédrale, Secrétaire général de l' Association Française de Science des Systèmes (AFSCET). Jacques Miermont Psychiatre, Praticien Hospitalier, Coordonnateur de la Fédération de Thérapie Familiale, Villejuif, Président de la Société Française de Thérapie Familiale. Marika Moisseeff Ethnologue et Psychiatre, Chargée de recherche au CNRS, Laboratoire d'anthropologie sociale. Bertrand Troadec Maître de conférences, Département de Psychologie du Développement, UFR de Psychologie, Université de Toulouse-Le Mirail.

Préface
Dans un monde en plein bouleversement, les auteurs réunis dans ce qui suit se livrent à des explorations interdisciplinaires de l'humain, dans un but d'échanges contradictoires et de façon prospective: autant de manières de jongler avec les chausse-trapes de leurs engagements personnels, trajectoires professionnelles, recherches cliniques et fondamentales. L'entreprise est née d'un atelier que j'ai coordonné lors du colloque de Cerisy sur l'Intelligence de la complexité, sous l'égide de Jean-Louis Le Moigne et d'Edgar Morin, le 27 juin 2005, avec la participation de Bertrand Troadec, de Gérard Donnadieu et d'André Demailly. L'ouvrage s'est ultérieurement étoffé grâce aux contributions d'Antoine Barrière et de Marika Moisseeff, au texte nettement développé d'André Demailly, et au chapitre conclusif rédigé par mes soins. Chaque auteur est parti d'une expérience singulière tirée de ses relations avec ses semblables et avec soi-même pour effectuer une démarche fortement ancrée sur des échelles de temps variées. Ceci permet de visiter tour à tour la théorie de l'évolution, les origines et le développement de l'attachement, les effets des contacts culturels, la cybernétique des interactions entre politique, économie et religions, les phénomènes de métissage, de racisme et de sexisme, les formatages sociaux générés par la révolution informatique et internet, les relations complexes entre gènes et signes. Que de rencontres potentiellement explosives! Comment en effet confronter les hypothèses de la sélection naturelle, de la genèse des espèces, de l'émergence de l'autonomie personnelle, des « différences» des cultures et des options religieuses, du métissage des rencontres entre hommes du désert et consommateurs de super-marchés, du formatage informatique et de la résurgence de conduites totémiques, de la rémanence et de la mutation des gènes et des signes à une époque où le village planétaire doit gérer de nombreuses menaces sans précédent? En initiant un projet que j'appelle, faute de mieux, éco-éthoanthropologique. Celui-ci tente d'éviter les impasses du modèle bio-psycho-social qui se révèle peu opérant face à l'extrême dif-

xii

Préface

ficulté d'articuler les apports de la biologie, de la psychologie et de la sociologie: en ne respectant pas la subtilité fonctionnelle des « circuits complets de l'esprit» (G. Bateson), ces cloisonnements disciplinaires créent des artefacts dans l' archi tecture du vivant. Ils maintiennent étanches les niveaux de son organisation, privilégient le statu quo des transmissions au détriment de l'invention, et maintiennent infranchissable le dualisme du corps et de l'esprit. On postulera plutôt ici que le symbole le plus abstrait reste une production mentale tributaire de transformations matérielles et énergétiques, faisant entrer en résonance l'ensemble de ses niveaux d'organisation et des contextes où il se révèle efficient. Sur bien des points, et même sur l'essentiel, les coauteurs
-

dont moi-même - n'ont pas été d'accord entre eux : tel est

l'un des enjeux de ce projet éco-étho-anthropologique! Ils m'ont pourtant donné leur accord - dans la mesure sans doute où je suis d'accord avec ceux qui ne sont pas d'accord avec moi - pour participer à l'entreprise. . . J'ai fini par ne plus être du tout d'accord avec moi-même, et cela m'a pris plus de temps que prévu pour que je m'autorise à finaliser cet ouvrage. Pour autant, cette éco-étho-anthropologie ne se contente pas de gérer les accords et les discordes entre coauteurs, ou de soi à soi. Elle propose de visiter autrement les relations enchevêtrées qui caractérisent les identités personnelles, familiales et sociales. L'évolution du vivant se traduit en effet chez les vertébrés par l'émergence conjointe du lien interpersonnel, du soin parental, de la défense du territoire: sur ce plan, la famille est moins le fondement de l'organisation sociale qu'une forme d'organisation qui complexifie les processus de reproduction et de relation interindividuelle: elle surgit avec l'apparition de comportements de reconnaissance mutuelle des individus. La famille contribue à la différenciation du soi, c'est-à-dire à la construction de la personnalité et à l'autonomisation des personnes. Sur le plan anthropologique, les processus économiques, politiques, religieux reposent sur des principes organisationnels qui ne sont pas une simple émergence des systèmes familiaux: ceuxci n'apparaissent pas comme le fondement de la société, mais plutôt comme une modalité particulière d'organisation sociale qui participe à la construction de l'identité et des appartenances. Il existe pourtant des relations enchevêtrées entre les systèmes fami-

Préface

xiii

liaux et les systèmes sociaux: les processus économico-politiques et religieux des communautés sociales privilégient les structures familiales qui assurent leur fonctionnement; réciproquement, les structures familiales impriment leurs marques sur les rapports économiques, l'exercice politique du pouvoir, les croyances idéologiques et religieuses. Comme on peut ainsi le constater, ces phénomènes de sélection et d'émergence, apparemment antinomiques, se combinent et s'articulent dans la préhistoire et dans l'histoire des liens (A. Barrière), dans l'épistémologie des relations intercuturelles (B. Troadec), dans les effets du métissage (M. Moisseeff), dans les relations entre croyances religieuses et contextes économico-politiques (G. Donnadieu), dans la mutation des mythes sociétaux (J. Miermont), dans les stratégies de tromperie et de ruse (A. Demailly). Ils renvoient au « double processus stochastique» décrit par G. Bateson: celui de l'évolution des espèces, celui des raisonnements abductifs des individus confrontés aux situations singulières et incertaines. Par ailleurs, l'appréhension de ces diverses dimensions des actions humaines oblige l'examinateur, nécessairement humain lui aussi, à procéder selon trois démarches non exclusives d'enquête: une démarche objectivante où ce qui est observé est considéré comme un « objet naturel» distinct de cet examinateur; une démarche de reconnaissance intersubjective, où le système observant interfère avec le système observé; enfin une démarche prospective, où les observateurs-acteurs co-évoluent en fonction de leurs projets. L'âme humaine a une propension à s'orienter vers un certain nombre d'attracteurs à fortes potentialités psychopathologiques : la dépression, la persécution, la mission, la scission, la tromperie, la déception, l'addiction, etc. Leurs remèdes relèvent de l'éducation, de l'édification, de l'élaboration, de la police, de la justice, de la médecine, de la religion. Ces attracteurs psychopathologiques sont particulièrement sollicités dans les moments de crise et de bouleversements sociaux, amplifiant les tendances de l'humain au dédoublement, à l'aliénation, à l'éparpillement de soi. Pris dans ces entrelacs, écartelé par des dynamiques violemment opposées, l'humain, en s'auto-observant, risque alors de se dédoubler et de se tromper sur lui-même et sur autrui. Dans le monde animal, les phénomènes de tromperie, de déception, de falsification des signaux semblent caractériser les relations

xiv

Préface

entre espèces, ainsi que les relations entre congénères chez les primates supérieurs. L'homme en vient à redoubler cette falsification à un méta-niveau, c'est-à-dire à falsifier cette falsification: cefaisant, il développe son autonomie en se jouant de ses propres ruses, de celles des autres et de celles des écosystèmes dont il dépend vitalement. L'humain ruse avec les ruses du monde dont l'humain fait partie: tel est un des sens possibles à ce projet écoétho-anthropologique. Jacques Miermont 9 avril 2007, Paris.

1
Antoine

Attachements, rituels déritualisations
Barrière

et

L'homo sapiens est-il un véhicule pour gènes égoïstes un animal émancipé des lois de l'évolution?

ou

La théorie de l'Évolution telle qu'elle est formalisée à ce jour rend compte de nombreux mécanismes régissant le vivant. Le principe de sélection en reste le cœur, même si depuis Darwin, la conceptualisation en a changé, en particulier grâce aux apports de la génétique. L'hypothèse dominante actuelle est que la base de la sélection, la cause ultime serait la survie du gène. Cette hypothèse quoique puissante, semble pourtant ne pas expliquer avec pertinence bon nombre de comportements animaux et humains. En examinant la phylogénèse des comportements d'attachement, et plus généralement des comportements de ritualisation, apparaîtra la nécessité de concevoir une nouvelle perspective évolutive, étayée par la description d'un cas clinique psychiatrique. Une telle perspective est envisageable grâce à la théorie générale des systèmes, en particulier la théorie des systèmes dynamiques, à travers les concepts de champs de forces, de vecteurs et d'attracteurs.

Méthodologie
Théorie de l'évolution,

évolutionniste
de reproduction

stratégies

Pour comprendre comment la phylogenèse d'un comportement chez l'être vivant peut être construite, il est nécessaire de reprendre les principes de la méthodologie évolutionniste. La théorie de l'évolution, née avec Darwin (1859) s'est considérablement complexifiée dans l'après guerre avec les travaux de Huxley (1949), Dobzansky (1970), Mayr (1970) donnant naissance à ce qui est maintenant appelé la théorie synthétique de l'évolution. Plus récemment, les travaux de Dawkins (1976) mais aussi de Kimura

2

Attachements, rituels

et déritualisations

(1983) et Gould (1996) sont venus poser des questions à ce jour encore débattues (gène égoïste, neutralisme, saltationisme). Le vivant est régi par le principe de l'évolution c'est-à-dire de la descendance avec modification continue des espèces dans le cadre d'un processus d'ajustement à leur environnement: ce processus d'évolution implique un transformisme et une spéciation. Le processus d'ajustement est connu sous le nom de sélection naturelle, c'est à dire de capacité optimale pour un organisme à survivre dans un milieu donné et à assurer sa descendance. Il a été retenu de Darwin que la sélection naturelle assurait la survie des plus aptes; cette formulation était erronée car elle appliquait à l'individu ce qui était opérant au niveau de l'espèce c'est à dire une population donnée. Néanmoins là aussi la notion de survie de l'espèce était un concept recelant des pièges et des incohérences. Ainsi l'hypothèse actuelle dominante suppose que l'évolution a pour cause ultime(<< ultimate causation») la survie des gènes (Dawkins, 1976). Dans la mesure où Darwin ne connaissait pas les lois de l'hérédité et les probabilités, il ne lui a pas été possible de rendre compte de manière cohérente de la diversité des phénotypes rencontrés au sein d'une espèce: c'est du fait des mutations aléatoires génomiques (Mayr, 1970) qu'au sein d'une espèce donnée plusieurs phénotypes coexistent et se maintiennent (alors qu'en s'en tenant à un strict darwinisme, au fil du temps les espèces devraient avoir une unicité phénotypique telle qu'elle serait en totale contradiction avec les données de l'observation). En postulant que l'évolution opérait au niveau de l'espèce (Dawkins, 1976) il devenait envisageable de rendre compte des comportements altruistes concernant la reproduction. Mais en même temps les mécanismes sous-jacents restaient obscurs. C'est en supposant que les individus sont des vecteurs de gènes qu'il est devenu possible de comprendre les comportements reproductifs, en termes de bénéfices et de coûts, expliquant aussi bien les comportements altruistes que les conflits parents/enfants. En effet c'est au niveau de la parenté (donc du patrimoine génétique commun, donc de la transmission de gènes) que les stratégies reproductives s'établissent. Ainsi, dans certains environnements, il peut être plus intéressant de s'occuper de plusieurs neveux et nièces que d'un seul enfant (plusieurs neveux et nièces posséderont à eux tous plus de gènes qu'un seul enfant). À l'inverse, une fois les enfants devenus adultes, l'intérêt des parents et des futurs parents peut devenir divergent, dans la me-

Méthodologie

évolutionniste

3

sure où continuer à se reproduire pour les parents est plus intéressant qu'encourager la reproduction de leurs propres enfants (les petits enfants n'auront en effet qu'un quart des gènes de leurs grands- parents) . Cladistique et arbre phylétique

C'est sur la base des mécanismes évolutifs qu'il est possible de construire un arbre phylétique (Lecointre & Le Guyader, 2001). Cette construction repose sur l'étude de la formation et de l'évolution des espèces, à partir de la comparaison des fossiles, des espèces vivantes et des molécules. La systématique phylogénétique est la science de la classification, elle permet de créer des arbres qui indiquent les niveaux de proximité entre espèces ainsi que les moments où elles ont divergé. Parmi les outils de comparaisons utilisées pour cette étude on retiendra la recherche des organes ou des comportements similaires au sein des arbres. Ces similarités peuvent avoir deux causes: similaires parce qu'issues d'un ancêtre commun et dans ce cas il s'agit d'homologie, similaires parce que « réinventées » à nouveau (et dans ce cas il n'y a pas de parenté phylétique) et appelées homoplasie. L'homoplasie correspond souvent à une fonction pouvant procurer un avantage sélectif important comme par exemple l'aile inventée à trois reprises au moins (chez les insectes, les oiseaux et les mammifères). Rappelons aussi que le principe de l'ontogénèse qui résume la phylogenèse peut être très utile dans la recherche phylogénétique, dans la mesure où certaines structures embryonnaires sont proches des structures primitives (comme par exemple les arcs branchiaux chez l'embryon humain). Dans le cas particulier d'une phylogenèse du comportement d'attachement, il faut différencier l'empreinte (Lorenz, 1965) de l'attachement (Bowlby, 1969), justement parce que ces deux comportements sont probablement homoplasiques. En effet, en observant les arbres phylétiques, nous pouvons constater que les oiseaux sont loin des mammifères quoique les deux fassent partie des tétrapodes (embranchement regroupant tous les animaux qui possèdent quatre membres). C'est donc en suivant l'arbre phylétique que nous pourrons observer l'histoire de notre propre système d'attachement mais aussi ses fonctions au regard des comportements homologues et homoplasiques.

4

Attachements,

rituels

et déritualisations

L'exaptation,

ou les vertus

du bricolage

Dernier concept utile, quoique encore controversé: l'exaptation (Dennett, 1995, Gould, 1996) qui correspond à l'utilisation d'un caractère sélectionné par la sélection naturelle dans une fonction qui elle, ne l'a pas été. L'exemple classique de l'exaptation est la plume des oiseaux dont la fonction initiale (sélectionnée ) était l'isolation thermique. La probabilité qu'un organe ou un comportement soit exapté est d'autant plus grande qu'il est complexe. Ce concept fait encore l'objet de controverses dans la mesure où certains évolutionnistes le considèrent comme contradictoire avec les principes de sélection naturelle. Cependant, d'autres y voient la première étape de la sélection naturelle qui procède par bricolage (Dennett, 1995). Comme il sera vu plus loin, la probabilité pour que les fonctions actuelles du comportement d'attachement ou encore des ritualisations soient le fruit d'une exaptation est grande. Pièges philosophiques de la théorie de l'évolution

Il faut remarquer que le darwinisme et la théorie synthétique de l'évolution peuvent induire certains pièges philosophiques tels que le finalisme, l'anthropocentrisme et le totalitarisme. En effet le glissement est rapide entre l'examen des caractères adaptatifs, leur fonction et la formulation en termes finalistes; cela induit la perception de l'évolution comme un principe téléologique qui exprime avec des formulations du type: « l'évolution à donné un long cou à la girafe ». L'évolution est une propriété résultante des systèmes vivants, c'est parce qu'il y a possibilité de mutation qu'apparaît une évolution dont la conséquence est la survie de l'organisme. Ce piège du finalisme apparaît très vite et spontanément, surtout quand il s'agit de l'être humain. Toute modélisation qui prendrait en compte ce finalisme ne pourrait qu'aboutir à une réduction absurde (Voir le modèle de Belsky plus loin dans le texte). Le second biais possible voit l'être humain comme aboutissement de l'évolution considérée comme un processus de progrès graduel et de complexification. Contrairement à ce qui est souvent dit depuis les contemporains de Darwin, nous ne sommes pas l'accomplissement de l'évolution (le sommet). Car bien que très

spécifiques - du fait du langage et de la culture - nous ne sommes
pas intrinsèquement plus complexes que les autres organismes, ni

Méthodologie

évolutionniste

5

mieux adaptés que bon nombre d'organismes simples (les bactéries en particulier). La complexification est une des conséquences possibles des processus d'évolution parmi d'autres (Dennett, 1995, Gould, 1996) (la diversité ou la mutabilité par exemple). Dans la continuité de cette conception deux visions du monde s'opposent: l'une religieuse où l'homme est vu comme hors nature par essence; l'autre matérialiste - mais finalement identique - où l'homme est vu comme nouveauté totale du fait de l'émergence mais par là même, totalement libéré des contraintes évolutives. Les modélisations qui s'appuient sur ces principes aboutissent à un déni de nature: la plupart des sciences humaines contemporaines sont prises dans ce biais comme la psychanalyse par exemple. Un autre point problématique surgit quand la théorie de l'évolution sert de base à une éthique de l'humain, car cela implique une prétendue transcendance de la sélection naturelle contre laquelle il serait criminel de lutter sous peine de voir l'espèce s'éteindre. Ce genre de dérive a servi de base aux théories racistes et eugénistes du xxe siècle, mais existent encore chez les tenants de la « deep ecology» par exemple, où cette fois-ci l'homme n'étant qu'un animal parmi d'autres, son devoir est de programmer sa propre disparition devant le constat de son incapacité à respecter les autres formes de vie. Troubles genèse de l'ontogénèse versus troubles de la phylo-

C'est ainsi que la question de la pathologie est particulièrement délicate dans le cadre de l'évolutionnisme: en effet la cause ultime étant la réplication des gènes, bon nombre de causes intermédiaires et de symptômes nous paraissent pathologiques alors qu'ils sont adaptatifs (Stevens & Price, 2000). Plusieurs niveaux peuvent être ainsi proposés: - les maladies par déficit (sélectivement négatives) qui correspondent à la perte (ou l'absence) d'une fonction essentielle comme par exemple la trisomie 21, l'autisme, les séquelles d'infections etc. - les maladies mal adaptatives, qui correspondent à des configurations adaptatives adéquates à l'environnement d'adaptétude évolutionniste mais pas à l'environnement contemporain (anorexie mentale),

6

Attachements, rituels

et déritualisations

- les maladies par coût, ou encore par « contrainte structurelIe», c'est à dire celles dont les formes partielles sont adaptées mais pas les formes complètes (cas de la personnalité paranoïaque versus la paranoïa, de la drépanocytose hétérozygote versus la forme homozygote), ou liée à la conception même de l'organe (par exemple, le coût de la bipédie est la sciatique lombaire). À partir de cette classification, il est clair que la médecine n'est pas évolutionniste et ne doit pas l'être, car elle gère des individus et non des gènes (Troisi & Macguire, 2002). La souffrance est un paramètre essentiel du soin, alors qu'elle n'a pas forcément de valeur négative au regard de l'évolution. De la même manière, la survie des individus qui auraient été victimes d'une sélection négative est la base éthique nécessaire et propre à notre humanité (A. Troisi & M. Macguire, 2002) - phénomène que l'ont retrouve aussi chez nombre de singes (F. de Waal, 2001).

Phylogenèse

de l'attachement

L'étude du comportement d'attachement mérite d'être précisée en partant de sa phylogenèse, par la comparaison de comportements similaires retrouvés au sein de diverses espèces.

Comportements

homoplasiques

: araignées

et insectes

Il n'est évidemment pas possible de parler de comportement d'attachement chez les arthropodes. Cependant, les cas de recherche de la mère (ou du père parfois) et de l'utilisation de son corps comme base de sécurité ne sont pas rares (scorpions, araignées) (Suomi, 1999). La protection contre les prédateurs n'est pas forcément l'élément sélectif dominant dans ces cas, il est associé à tous les périls possibles dont les aléas nutritionnels: un tout petit prédateur immature n'a que peu de chances de trouver des proies, rester sur sa mère c'est non seulement se protéger, mais aussi se garantir un accès à de la nourriture.

Phylogenèse

de l'attachement

7

Comportements Lissamphibiens

homoplasiques et sauropsides

chez les tétrapodes

L'embranchement des tétrapodes (Lecointre & Le Guyader, 2001) comprend tous les animaux possédant quatre membres, c'està-dire les lissamphibiens, les lépidosauriens, les chéloniens, les oiseaux, les crocodiliens et les mammifères. Les phénomènes d'empreinte ne sont connus que dans le super-ordre des oiseaux (Lorenz, 1965). En revanche dans le super-ordre des crocodiles il existe un comportement maternel de soins (Suomi, 1999), tandis que la présence d'un système d'empreinte n'est pas démontrée. Par ailleurs l'ovoviviparité est présente chez certains urodèles comme la salamandre (Dopazo & Korenblum, 2000) qui peuvent porter leurs œufs et les faire éclore dans une cavité interne. Ce mécanisme permet le développement des petits dans la mère et dans ce cas ils sont peu nombreux. Il s'avère que ce genre de mode reproductif (homoplasique par rapport aux mammifères) existe dans le cas où l'environnement est tout spécifiquement difficile (moyenne et haute montagne pour la salamandre par exemple). Ce sont donc les faibles ressources alimentaires et les conditions climatiques rigoureuses qui justifient ces modes reproductifs. D'ailleurs, dans les milieux riches et non rigoureux, pondre des centaines d'œufs dont l'immense majorité sera mangée n'est pas plus problématique que d'être pleine et ralentie. En revanche, dans certaines conditions écologiques (grenouilles arboricoles) (Suomi, 1999) les œufs peuvent être portés sur le corps et les petits rester sur la maman au stade de larve, voire lorsqu'ils sont petits. La prédation joue là sûrement un rôle déterminant dans ce type de comportement dans la mesure où ces cas sont rencontrés en milieu forestier tropical, où nourriture et conditions climatiques sont optimales. Les comportements d'empreinte sont connus et bien décrits chez les oiseaux (Lorenz, 1965). On observe une période sensible (assez courte), une capacité innée à préférer la Gestalt propre à l'espèce, et une irréversibilité du phénomène jusqu'à la maturité. Néanmoins, une empreinte anormale ou absente induit une difficulté de socialisation et une incapacité à trouver un partenaire pour la reproduction (Fisher Mamblona, 2000). Cette empreinte s'inscrit dans la logique de la couvaison et de l'immaturité des nouveau-nés: rester près des parents leur garantit nourriture, pro-

8

Attachements,

rituels

et déritualisations

tection et leur permet le chant ou le vol. Les mammifères

divers apprentissages

comme par exemple

marsupiaux

Un autre cas de proto-attachement, cette fois-ci homologue, est celui des marsupiaux. Il illustre très bien comment l'attachement chez les mammifères est une suite logique au développement intra-utérin (Lecointre & Le Guyader, 2001). Les marsupiaux ont un développement intra-utérin bref suivi d'une migration dans une poche où ils restent jusqu'à ce qu'ils aient atteint un certain stade, en se nourrissant à des mamelles conçues à cet effet: il y a là un proto-attachement, le petit restant au niveau de la base secure maternelle pour finir par en sortir, mais y retourner dès que l'exploration semble présenter des dangers.
Comportements homologues chez les mammifères

Les mammifères présentent donc tous des comportements d'attachement, dont l'importance et la durée varient selon le degré de maturité à la naissance, la vitesse de développement ainsi que le niveau d'organisation sociale. Outre la dimension de protection et de soins que cela implique, l'attachement est aussi un système sélectionné pour la socialisation ultérieure et la recherche de partenaires sexuels. Rappelons ici que l'enjeu n'est pas la protection de l'individu en soi, ni celle de l'espèce, mais la plus grande pérennisation possible des gènes. L'attachement, par certaines de ses caractéristiques, peut par exemple favoriser la survie des gènes à travers le maintien d'une structure sociale dérivée de celui-ci (cas des moutons où la brebis dominante est la plus vieille femelle, et le reste du troupeau, des parents plus jeunes) (Bowlby, 1969). L'attachement de d'immaturité chez les primates: allongement de la pério-

L'attachement chez les primates est maintenant très bien documenté (Suomi, 1999). Les primates non humains naissent immatures et se développent lentement, leur socialité est hautement complexe, leurs prédateurs peu nombreux. L'attachement prend ici toute sa valeur de structure comportementale autorisant la mise en place des apprentissages sociaux qui permettront à l'individu de maximiser ses chances de survie et de reproduction

L'attachement

chez l'homme

9

ultérieurement. Néanmoins, il faut souligner que dès l'apparition d'une structure sociale complexe, celle-ci devient elle-même un environnement générant ses propres contraintes sélectives. Cela implique qu'un comportement se met à devoir répondre aux contraintes sélectives imposées par la vie en groupe, l'attachement joue ainsi un rôle important dans la sélection sexuelle. Par ailleurs et parallèlement à l'attachement, la capacité d'imitation chez les grands singes est très importante, cette capacité joue à la fois pour les apprentissages (sociaux et cognitifs) et la synchronisation des états affectifs (de Waal, 2001).

L'attachement
L'attachement

chez l'homme

pour J. Bowlby

La découverte du processus d'attachement chez l'être humain a représenté une avancée dans l'étude du comportement humain dans la mesure où pour la première fois une méthodologie scientifique non exclusivement expérimentale permettait d'objectiver un comportement. En effet jusqu'à cette description, seule la psychologie expérimentale avait pu utiliser une méthode scientifique avec cependant un biais majeur: l'artificialité des situations d'étude. C'est ainsi que la référence à l'éthologie représentait une avancée importante, ce d'autant plus qu'elle impliquait l'introduction des principes découlant de la théorie de l'évolution, ne serait-ce que par le recours à l'éthologie comparée et donc l'inscription de l'être humain dans le cadre général du vivant. Bowlby (1969) a ancré le comportement d'attachement chez l'homme dans la phylogenèse de deux manières: - en s'intéressant à ses origines, en particulier grâce aux travaux sur l'empreinte de Lorenz (1965), puis sur les travaux réalisés par les Harlow (1961, 1962) auprès de singes rhésus,
- en s'intéressant aux fonctions évolutionnistes de ce comportement. Pour reprendre ce qui a été écrit plus haut, il faut souligner que l'empreinte chez l'oiseau et l'attachement chez les mammifères sont homoplasiques, ce qui explique sûrement pourquoi, après avoir calqué les schémas de mise en place de l'attachement sur ceux de l'empreinte, Bowlby s'en est éloigné à la lumière des observations (en particulier quant à la notion de période sensible).

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Attachements,

rituelset déritualisations

Toujours dans le cadre de la comparaison avec le monde animal, il a émis l'hypothèse que ce comportement dans le cadre initial de l'environnement d'adaptétude évolutionniste avait pour fonction la protection contre les prédateurs. Cette première fonction a une dimension intuitive évidente: si les petits restent à côté de leur mère, ils ont moins de chance d'être victimes d'un prédateurl. Cependant la question est plus complexe car les petits des mammifères sont surtout très immatures à la naissance, c'est-àdire intrinsèquement dépendants de leur mère au moins voire du groupe, pour toutes les fonctions vitales (nourrissage, régulation thermique, apprentissage de l'environnement). Par conséquent, il est douteux que l'attachement ait une fonction spécifique de protection contre les prédateurs, comme l'illustrent les exemples précédemment cités. Par ailleurs Bowlby avait élaboré sa théorie en fonction de la sélection de l'individu et non de ses gènes, ce qui a pu bloquer la compréhension de certains phénomènes (altruisme en particulier). Ainsi, cette brève phylogenèse de l'attachement nous montre qu'il s'agit d'un comportement ayant une valeur sélective élevée, comportement précocément exapté au service de la socialisation, des apprentissages et de la reproduction. Par ailleurs, Bowlby a mis à mal la théorie freudienne des pulsions en montrant que l'organisation du lien et des premières représentations n'était pas le plaisir alimentaire lié à la succion du sein, mais la succion non nutritive de celui-ci, contribuant à l'attachement. À partir de l'étude des patterns d'attachement chez l'homme, on observera la manière dont fonctionne l'attachement et quelles sont ses fonctions sur les plans phylogénétique et ontogénétique. Les patterns d'attachement

Les données actuelles décrivent trois patterns d'attachement qui se mettent en place dés le sixième mois pour ensuite suivre une maturation particulière (Bowlby, 1969; Miljkovitch, 2001). Ces patterns donneront naissance chez l'adulte à des modalités singulières de relation à l'autre ainsi qu'a des Modèles Internes
1L'explication par la prédation se pose d'ailleurs en des termes similaires pour le développement intra-utérin du petit mammifère. L'apparition de l'utérus fut-elle liée à cette pression de la prédation? Il est probable que non, car ce mode de reproduction semble plutôt avantager la mère en lui épargnant des pontes massives et donc des dépenses énergétiques importantes.

L'attachement

chez

l'homme

Il

Opérants (Fonagy, 1997) qui sont des organisations cognitivoaffectives particulières. Le premier pattern, encore appelé « secure», correspond à une manière de rechercher la relation au donneur de soins (le plus souvent la mère) caractérisée par un recours tranquille à la base protectrice que représente le donneur de soins permettant une exploration méthodique de l'environnement. Le second pattern, appelé « anxieux-évitant» ou « insecure», correspond à un bébé qui sait qu'il ne peut pas vraiment compter sur un donneur de soins très disponible et qui développe une stratégie basée sur un recours minime et peu démonstratif au donneur de soins, tandis que les comportements exploratoires seront assez pauvres et solitaires. Le dernier pattern, appelé « anxieux-ambivalent», correspond quant à lui à une modalité relationnelle fondée sur la crainte de la défection du donneur de soins, le recours à ce dernier sera fréquent, les signaux hyper-amplifiés, les conduites exploratoires timides. Chaque pattern est le fruit d'un tempérament et d'une configuration familiale, il est une adaptation optimale à une situation donnée. Selon les cultures, les époques et les conditions sociales, la fréquence des trois patterns varie. Il est à noter que deux autres patterns ont été décrits, mais cette fois ci comme des pathologies: le pattern « désorganisé» qui fait suite à des traumatismes majeurs et une catégorie « indéfinissable» . Le rôle de l'environnement
Environnement artificiel et néoténie

L'homme se différencie nettement des autres primates sur deux points:
- l'importance de la dimension artificielle de son environnement où les contraintes sociales remplacent les contraintes environnementales naturelles, le langage participant de ce phénomène (Darwin, 1880; Lorenz 1965; Dennett, 1995; Stevens & Price, 2000) . - la néoténisation (l' homo erectus a été le premier ho mini dé à présenter des caractères néoténiques francs il y a un million d'années environ) (Lorenz, 1965; Penin et al., 2002) dont le grand

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Attachements,

rituels

et déritualisations

allongement de la période d'immaturité fait probablement avec la persistance de traits anatomiques juvéniles toute Environnement hostile et prédation

partie, la vie.

Comme cela a déjà été cité pour les autres animaux, le comportement d'attachement n'est pas maintenu uniquement pour sa fonction de défense contre les prédateurs qui est en fait secondaire, mais bien plus pour ses fonctions de vecteur de la socialisation, de recherche du partenaire et de maternage, et aussi de facilitateur des apprentissages. La fonction de défense contre les prédateurs est secondaire pour deux raisons principales: dans les premiers mois, seuls les donneurs de soins et par extension le groupe peuvent procurer un protection efficace du fait de la totale immaturité du bébé, d'autre part le comportement d'attachement implique une prise d'autonomie croissante dès l'âge de deux ans, où là encore seuls les adultes peuvent prévenir d'un danger. Tout au plus paraît-illicite de dire que le comportement d'attachement limite les comportements exploratoires en milieu non familier et en ce sens limite des prises de risque non perçues comme telles par le bébé (dangers physiques autant que prédateurs). Quant aux « prédateurs humains», rappelons qu'ils utilisent des stratégies de camouflage (familiers de l'enfant, par exemple associés à une éventuelle position d'autorité) ou de rapidité (rapt) et de force (violence). Ces dernières stratégies sont d'autant plus utilisées que l'enfant est grand, et sont donc peu sujettes à la dimension spatiale de l'attachement. Les fonctions de l'attachement
parentales

Reproductionet fonctions

Les rôles de l'attachement dans la rencontre avec un partenaire et dans les soins donnés aux enfants sont bien repérés grâce à de nombreuses études, chaque pattern d'attachement paraissant être une stratégie adaptée à des conditions environnement ales données (Belsky, 1999; Miljkovitch 2001). Une absence d'attachement dans les premières années de la vie est d'ailleurs un lourd handicap pour tout ce qui touche aux relations intimes, ainsi d'ailleurs qu'aux apprentissages.

L'attachement chez l'homme Apprentissages

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Une caractéristique apparemment majeure de l'attachement est le maintien actif des figures d'attachement qui entourent les petits face à un environnement nouveau pour lequel ils ne sont pas encore outillés physiquement et cognitivement. Ainsi, ce qui était déjà important chez les mammifères le devient encore plus chez l'humain: il s'agit de la facilitation de l'apprentissage. L'attachement, en maintenant proches les figures d'attachement, puis les adultes entre eux, permet aux processus spécifiques de l'apprentissage de se développer à partir des capacités de « mirroring » par exemple (Grammer et al., 2002) : des observations neurobiologiques montrent que certains neurones corticaux présents chez les singes et les humains activent chez un sujet observant les mêmes neurones que ceux activés chez le sujet observé. Le mirroring serait donc un mécanisme crucial dans les apprentissages moteurs en créant chez l'observateur une simulation neuronale d'un acte qu'il réalisera éventuellement lui-même. Par ailleurs, des études semblent indiquer que ce phénomène de mirroring serait plus général et rendrait ainsi compte des phénomènes d'empathie et de capacité à accéder à l'intentionnalité de l'autre. L'être humain est un animal social, hautement organisé, utilisant le langage et doté de capacités d'apprentissages importantes qui lui permettent de manipuler des concepts. Sa néoténie joue un rôle majeur dans ces caractéristiques en augmentant sa capacité crânienne, en allongeant la période d'apprentissage (en fait sur toute sa vie), en majorant les phénomènes d'attachement. En effet, l'immaturité implique l'activation des phénomènes d'attachement et de soins. Or notre morphologie faciale et crânienne immature même à l'âge adulte contribue sûrement à maintenir ces processus d'attachement (Lorenz, 1965). Par l'intermédiaire de ces processus, c'est une interrelation affective permanente qui est maintenue avec les modèles internes opérants que cela implique.
Modèles Internes Opérants et théorie de l'esprit

Fonagy (1997), en s'appuyant sur les modèles cognitivistes et les données de la psychologie du développement, postule que la proximité avec la figure d'attachement détermine la formation d'une théorie de l'esprit. En fonction du type d'attachement, cette théorie de l'esprit prendra des formes différentes, celle-ci étant à son tour déterminante dans la création de la fonction réflexive.