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Sexualités & Photographie

De
250 pages
Les nouvelles visibilités des corps dans les images photographiques ont révolutionné les regards aux XXe et XXIe siècles. En effet, les artistes ont engagé une véritable crise de la représentation avec leurs photographies des sexes et des sexualités. Ainsi, la photographie semble avoir déplacé le point limite de la normalité, laissant apparaître des points de vue jusque-là refoulés.
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Sexualités&PhotographieCollection Eidos
dirigéepar
MichelCostantini&FrançoisSoulages
SérieRETINA
ManueladeBarros, Duchamp&Malevitch. Art&Théoriesdulangage
EricBonnet(dir.),LeVoyage créateur
MichelGironde(dir.),Lesmémoiresdela violence
FrançoisSoulages(dir.), La ville&lesarts.ApartirdePhilippe Cardinali
SériePhotographie
MichelJamet, Photos manquées
PanayotisPapadimitropoulos,Lesujetphotographique
FrançoisSoulages(dir.), Photographie&contemporain
FrançoisSoulages&JulienVerhaeghe(dir.), Photographie, médias&capitalisme
MarcTamisier, Sur la photographie contemporaine
MarcTamisier, Texte, artetphotographie.Lathéorisationdelaphotographie
SérieGroupeE.I.D.O.S.
MichelCostantini(dir.), Ecce Femina
MichelCostantini(dir.), L'Afrique,lesens.
Représentations,configurations,défigurations
GroupeEIDOS, L'imageréfléchie.Sémiotique et marketing
PascalSanson&MichelCostantini(dir.),Le paysage urbain
MarcTamisier&MichelCostantini(dir.),Opinion, Information,Rumeur,Propagande.
Parouavec lesimages
Hors Série
MichelCostantini(dir.),Sémiotiquedu beau
MichelCostantini(dir.), La sémiotique visuelle:nouveaux paradigmes
BibliothèqueVISIO1,BibliotecaVISIO1,LibraryVISIO1
Comitéscientifiqueinternationaldelecture
LesProfesseursAnikoAdam(UniversitéPázmányPéter,Piliscsaba,Hongrie),
PilarGarcia(UniversitéBellasArtes deSéville,Espagne),Yasuaki Kawanabe(UniversitédeTsukuba,Japon),
AlbertoOlivieri(UniversitéFédéraledeBahia,Brésil),PanayotisPapadimitropoulos(Universitéd’Ioanina,Grèce),
SilviaSolas(UniversitédeLaPlata,Argentine), FrançoisSoulages(UniversitéParis8,France),
RodrigoZanuga(UniversitéduChili,Santiago,Chili)
Publiéavecleconcours
deRETINA.International, RecherchesEsthétiques&ThéorétiquessurlesImagesNouvelles&Anciennes,
dePEI, Philosophie&Esthétiquedel’Image,Catherine Couanet
Sexualités&PhotographiePhotographiedecouverture:
AngèleLebert: Fragments autobiographiques,polaroïd,2009
©adagp
©L’Harmattan,2011
5-7,ruedel’Ecole-Polytechnique,75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978-2-296-55519-8
EAN:9782296555198Introduction
La proposition ne ditquelque choseque
dans la mesure où elle est image.
1Ludwig Wittgenstein
Cetessaitente de saisir et d’accompagner le mouvementdes corps
sexués vers leursimagesphotographiques.Cette approche n’excède paslecorps
de celle quiécrit, elle esttendue en soietpoursoi. Pourtant,laréflexion se
mène dans la rencontreavecles autres subjectivitésimagées et imageantesqui
offrent auxregards lesphotographies et quidonnent à la vueleurobjet. À
traverscecorps à corps, l’intime s’aperçoitetorigine le politique en deslieux
marquéspar la pluralitédes passages privés et publics,pornographiqueset
érotiques, divisés et distincts,collectifsetindividuels,normaux et moraux,bons
ou mauvais, uniquesoudiffus, subversifsoutransgressifs,colonisés ou libres,
sado ou maso… Le motassocié à sessensindiceraune Érotiquedes images
photographiques.
Ainsi, dans la tension entredes territoires physiques- masculin et
2 3féminin, queer et straight –,des territoiresgéographiques – États-Unis, Europe
– et desterritoires imaginaires – artistique et photographique -, les
revendications descorps affirmerontles sexualités et formerontles images.
Celles choisies pour ce corpus ne sont pour autant passoumisesaux discours.
Marquées parl’artistique, ellessedérobent à l’empriselittérale du verbepour
montrerqu’elles montrent,justement,cequi se cachehabituellementdes
regards: le sexe.Elles sont ce quiéchappe auxdiscoursetconstitue une
poétique de l’Érotique. Abordant le continent pornographique,ces écritures des
sexesmontrentprécisément qu’elles échappent tout en s’insérant dans une
économiedes désirs quiest celle de l’artetdeson marché,maiségalement du
politiqueetdeses visibilités. Ellesouvrent à la problématiquedelavisagéité du
sexe et de sonhumanité. Ce territoire de l’Érotique, loin de se limiter à un
érotisme phallocentré, recouvre desproblématiques artistiquesethumaines
plurielles. En effet, essayer d’accéder à ce point nodaldes désirs quesontles
imagesdes sexes, c’estaccorder la question de l’origine et desnaissances à celle
dessexualitésetdupolitique.Encesens, c’estune Érotiquedes images
photographiquesqui se dévoilera au fildespages.
1 Ludwig Wittgenstein, Tractatuslogico-philosophicus (1922),trad. de l’allemand parG.-G.Granger,
Paris, Gallimard, 1993, p. 54, (4.03).
2 Queer signifie bizarre,anormal, pédé.
3 Straight indique la norme hétérosexuelle.
7L’espace quiest entre lescorps induit le politique.Ainsi, les
géographies sexuellesqui situentles corps, associées auxterritoires imaginaires
desreprésentations, cristallisentdes enjeux politiques.Decefait, unepremière
question estamorcée:sousquelleforme l’intime du corpsnourrit-il desenjeux
politiquesdansles imagesphotographiques?
Qualifiantl’altérité,lafemme en sonsexeouvrira d’abordles portes de
l’intime pour ensuitedécouvrird’autres corpsetd’autres genres.Pourcefaire,
le premiermouvement apporteraavant toutechose unedéfinitiondel’image
afin de préciserles imagesphotographiques.Une fois celaposé, les
photographiesdesexedefemmesnousregarderont sous leur formelaplus
offerteetlaplus osée en vuedecomprendrecequi pourrait s’apprécier comme
une structureduregard. Convoquant la subversion et la transgression deslois,
lesopérateursdétermineront aussi lesimages à traversleursexualité.C’est ainsi
que cet objetdudésir sera observé à la fois dans le viseur d’homme
hétérosexuel,maiségalement à traversl’expériencedefemmes-artistes aux
sexualités passeulement hétéronormées.Grâce à cette nouvelle visibilité des
corpssexuésetdes sexualités qu’obligent lesphotographies, d’une situation de
edivision dessexes propre au début du XX siècle, nous passerons à une
esituation de distinction desgenres à la findecemême XX siècle. En effet, le
système politiquedominant,qui reposait surlelienhétéronormé,masculin-
féminin, voit sescoordonnées déplacées et repensées.Cedéplacements’opère
sous la pression de revendications citoyennes, et àtraverscequi osemaintenant
se montrer: l’Imagedusexedelafemme.Qualifiée d’Imageavecungrand
«I»,cette représentation désignelasourcedes enfantements symboliques,
imaginaires,réelsetartistiques.Ainsi, lesartisteshétérosexuels,homosexuels,
lesbiennes,interrogent àtraversleurs images photographiqueslepoint d’origine
desreprésentations etdesdésirs.
Remettant en question lesdiscoursetles cultures dominantes,les
imagesdusexeféminin et leursexpositionsinterrogent lesgenres
photographiquesetsexuels.Sortant de l’ombre, l’Imageorigine lesimageset
affirmelarelation entreles corpssexués. Pourtant,certainesimages
photographiques, prises parfois dans la répétitiondumythe sidérant de la
Gorgone, se révéleront aussipotentiellement porteusesdecequi nie la relation
et fondebienplutôtunrapport entre lescorps.Lepolitique se chargera alors
d’un sens totalitaire. Contraignantles corps à une exhibition de surface,il
annihilera l’intimepourformulerl’extime du corpsféminin. Entrerelationet
rapport, la violencedes termes de la guerre desimagessoulignera la tension
entre le sensible et l’intelligible,leregardetlavue,lesymptôme (artistique) et
sonanalyse clinique,lepouvoir et le contre-pouvoir, sommetoutelepoétique
et le politique.
C’est, alors, une topiquedes genres querévéleracelieudel’Érotique.
En effet, cette Érotique, quisedistingue à traversles expériences sensiblesdes
corpsetdeleurs images, réunit lespointsdevue même dissemblables. De la
reproduction à la duplication, l’artistique transcendant le culturel,cesontles
8générationsentantque telles quisereformulerontavecles photographies.
Découvrant doncladiversité desformes, la question tout d’abordénoncée au
singuliertrouveraune évidente pluralitédanslasuite de la réflexion:sous
quellesformesles intimesdes corpsnourrissent-ils desenjeux politiquesdans
lesimagesphotographiques?Alorsque le premiermouvement descorps vers
lesimagesphotographiques détermine un lieu en lequel l’Érotiquesecompose,
le deuxième mouvementdes imagesversles corpsinsistera surles coordonnées
temporellesdel’Érotique. L’organisationdes discoursetdes visibilités s’ajustera
dans le tempsprésent desprisesdevue et dans le tempsdifféré des
représentations. Le pointd’altérité,précédemment constitué autourdel’image
du sexe de la femme, trouvera sa coïncidenceavecd’autres corpssexués-
masculins notamment -etd’autres sexualités -sadomasochisteségalement.
« Lesautres»reformulent lesvisibilités. Dans la transformation de sesmythes,
« l’autre» requalifie le fantasme et restitue le sexe à sa nation.Ainsi,les
représentationsréalistesdel’altérité dans lesimagesphotographiques
accompagnentlamiseenévidencedefacteurs culturelsdominants, comme
celui du langage. Le corps, dans une auto-génération, se transforme,se
transpose, se requalifie en sonsexe, en sesgenres. « Trans-genres », lesimages
photographiquescomme lescorps sexués tententd’atteindre à l’origine des
images. Le renversementpolitique passepar un renversement temporel et
chronologique.Les temporalités dessujetssesuperposent, se décomposentet
se déclinentsur le mode de la naissance. Lescorps sexués,prisenleurs
sexualités,naissent à eux-mêmes à traverslavisibilité faite de leursactions,de
leurspratiques.Laquestion attenante à l’œuvre estexistentielle:c’est celle qui,
de la vie à la mort,marquelecycledes révolutions.Lemythe bourgeois et
phallocratique desdominations se découvre détourné pour une pratique S/M.
Queer,les corpsserevendiquent;poétiques,ils se montrent,que ce soit dans la
pratique sadomasochiste d’une communauté ou dans le rituelsacréd’un
autoportrait.
Lessériesphotographiques ritualisent le temps. Lescorps transsexuels,
asexués, en voie de l’êtreouencoursdedéfinitionexposentunnouveau point
d’origine.Aidésdelascience ou handicapés parcelle-ci- du voir au détriment
du regard-les corpspolitiquessontprisdansladialectique du rationneletdu
sensible.Recouvrant le territoiredel’intimeetdel’extime, lesphotographies
laisseront ainsisurgirleurs procèsenrévélantleurobjet. Le sexe de la Nation
française s’exposera,alors, recouvrant la problématique du pouvoir et de la
sexualité. Lescorps traversent maintenant le cadre humaniste de la
représentation et laissent entrevoir la chute à venir de l’ancien empire occidental
de l’image.
Pour une révolutiondes regardsHenri Maccheroni, AugusteBelloc,
ZoeLeonard,Vanessa Beecroft, Clérambault, Orlan,Francesca Woodman,
Robert Mapplethorpe,Matthew Barney et quelques autres encore soutiendront
ce champdel’exploration. Plus qu’unmotif, le sexe,les sexes, lessexualités
désordonneront le sens desdiscoursetlesensdes pouvoirs, intimant de cette
9façon lesformesdel’échange.Auprixdelaliberté,les artistes composerontun
nouveau sens desnaissances.Del’Histoireaux histoires, de la création à sa
visibilité,delarelation à sa réalité, et du désir à sonobjet,lepoint d’origine des
regardsetdes naissances s’ajustera en sesimages. Desdeuxmilleportraits du
sexe d’une femmed’Henri Maccheroniaux figurationstrans-genresdeMatthew
Barney, lescorps sexués traverseront le cadre de la représentation afin de
refigurerleurmouvement.Larésistancedel’Érotiqueaux dominations
idéologiquesdégagerales photographiesd’une littéralité,qui pourrait limiter
leur portée, afin d’accéder auxsensiblesetaux visages.
Participant de cette pratique de l’Érotiquequiaété et quiest la mienne,
lesrencontres avec lesartistessontadvenuesavecévidence, à la fois dans un
esprit de corpsetégalement dans le corpsd’unesprit. Le corpsaccordaparfois
donné lieu à un entretien, avec HenriMaccheroni et Orlan, ou à une rencontre
nonenregistrée avec ZoeLeonard et LarryClark.Danstous lescas,letexte des
lectures n’a en rien fermélarechercheetclos le débat.Dans tous lescas,lesexe
desimagesn’a en rien donnéune finalitéaux écrituresetoubliéles ébats. Dans
tous lescas,les rencontresavecles artistes n’ontenriensubjuguél’œuvre et
détourné lesphotographies.Danstous lescas,les percepts ontconduit,
éconduitetreconduitles images.Accompagné desmotsdeWittgenstein et de
Bergson, quiinvitent à la lecturedes chapitresdupremieretdudeuxième
mouvement, le délicieuxparadoxe du sujettente de démêlercequi du sensible
se distingue de l’intelligible,cequi du corpsseconfond en l’esprit,etcequi du
système peut se « désystématiser», ou encore ce quidelamatière peut
s’adjoindreauvirtuel.C’est là,encette échappéeartistique, quelesensse
1montre« encore » point imaginairedes visions.
Toutes lesimagesphotographiquesnesontpas reçues; ne trouvant pas
leur adresse,elles tombentparfois dans le silencedelacensure ou dans le bruit
desprocès. C’est « entre»les corpsque lesimagessontprises- ou pas- afin de
nouerleliensymbolique, imaginaire, et artistique quisecompose autour du réel
despratiques.Ainsi, j’espère que, dans le perpétuelmanque et la certaine
incomplétude,cequi suit pourra se saisir et se perdre pour se retrouveretse
recevoir à nouveau.
1 JacquesLacan, Encore Le Séminaire livreXX, Paris, Le Seuil, 1975.Bien que dans les pagesqui
suiventlePhallus- symbolepsychanalytique-cède sa place à l’Image- symboleartistique -, le
point de jouissance et sa reconductionparledésir, « encore »,resterontprégnants tout au long du
développement.
10Premiermouvement
LAFEMMEChapitre1
L’approche
Il est clair que l’éthique ne se laisse pas énoncer.
L’éthique est transcendantale.
(Éthique et esthétique sont une seule et même chose.)
1Ludwig Wittgenstein
Afin d’approcherune Érotiquedelaphotographie, un premier
territoire aété circonscritautour de quatre corpsphotographiques:celui
d’HenriMaccheroni,d’AugusteBelloc,deZoe LeonardetdeVanessaBeecroft.
Réunis ensemble,ils produiront une tension entre ce quisedéfinira commeun
corpsintime:l’image du sexe de la femme, et ce quis’actualisera commeun
corpsextime:la« publicité»dusexedelafemme.Pour cela, le choixdeces
quatre artistes et de leur sériephotographiquereposesur le motifdeleur
écriturephotographique: le sexe de la femmeentantque symbole de
génération.Lasignifiance de ce termeportera la réflexionafindecomprendre
ce quisejoue de l’intime descorps à l’image du politiquedes individus. Et
également, afin de saisir ce quisedéfaitdupolitique et s’imposedel’étatique
dans la négation de l’intimeet la valorisationdel’extime.
Pour avancer une réponse, il sera nécessairededécliner lesoccurrences
de ce « sexe». Tout d’abordorgane, puisgenre,lesexeseraprisdansunréseau
de significations culturelles. Symbole,ilseradoncunfacteur artistique créateur
d’une Érotiquedanscertaines imagesphotographiques. Soulignons,déjà,lefait
quetoutes lesreprésentations du sexe de la femmeneparticipent pasdecette
Érotique. Dans le but de démontrercela, il faudradoncdifférencierl’érotisme
de l’Érotiqueetsituerlepornographique.
Lesdéfinitions de l’image,del’intime, descorps et du politique,
produitesdanslechapitrepremierserviront à appuyer cette perception.Ainsi,
« image,corps et politique»serontles troisaxesqui ouvriront cet essai. C’est à
partir de cet ombilicque pourra se circonscrire un territoiredelarelation qui
permettrapar la suitededécouvrirune problématisation descorps sexués et de
leursimages.
1 Ludwig Wittgenstein, Tractatuslogico-philosophicus (1922),trad. de l’allemand parG.-G.Granger,
Paris, Gallimard, 1993, p. 110, (6.421).
13Lesimages
1« Ce quel’image figure estson sens »,écrit Ludwig Wittgenstein. Cette
phrase offreunpotentielinfini d’interprétationssur le sens que contiendrait
l’image même.Lacoïncidenceentre la formeetlefonddel’image yest
probablement déterminante. De cette façon,les photographies quiseront
convoquées dans lespages quisuivent situeront une problématique. Mais,pour
en venir à ce moment de la réflexion quiferaémerger un véritableproblème
artistique et politique,ilfautd’abord en passer parunpoint de définition de
l’image.Eneffet, ce qu’est avanttout une image photographique: c’estune
image.Maisqu’est-cequ’uneimage ?
Telque l’énonce Wittgenstein,l’image estfigureenson sens.Elleest le
sens du mondeaux choses,elleest le sens figuré et elle va,trèscertainement,se
révéler êtrelelieudelarelation. Pour comprendrecela, il faut remonter à ce qui
pourrait qualifierl’origine de l’image. À ce niveau,l’Antiquité grecque apparaît
commeunmomentparticulièrement effectif.Mais, en quoi l’image en sa toute
première définitionqualifierait-elle ce quesontles imagesaujourd’hui?Afinde
parcourir ce chemin quipourra nous menerdel’image en sonavènement,aux
imagesphotographiques en leur évènement,jevaistoutd’abord revenir à ce
tempsdetransitionquidéclaral’image.
eEn effet, au V siècleavant notre ère,l’idole cède la place à l’image.
C’estune nouvelle visibilité donnéeaucorps qui suggère alorsdenouvelles
réalités.Tandisque l’idole-sansforme ressemblante-présentaitl’invisible,
l’image – dont le corpshumainest un modèle-est représentation exposéedans
le temple au cœur de la cité.Cette nouvelle formed’expositiondécouvre un lieu
dontlateneurartistiqueserévéleralargement empreintedepolitique.Pointde
jonction entreleprivé et le public,l’image va s’avérer êtrelelieudel’intime.En
ce sens,l’intime estcequi touche à la fois le privédes regardsetlepublicdes
visions. L’intime estdonccette surface et cette profondeur quifontl’image. À
cestade, ce quivaêtredécouvert, c’estprécisémentlarelation qu’estl’image.
L’idole: lien entrelevisible et l’invisible
En Grèce antique, le passage de l’idole à l’image estcertainement
signifiant de ce quelareprésentation metenœuvre desespaces et descorps
dans unesociété.Eneffet,latransformation de l’objet-idole en imagesoulève
desquestions de présence et de représentation.Car ce querecouvre cet objet
qu’estl’idole estune présentation.Comme le souligneJean-Pierre Vernant,
l’idole se rencontre dans un premiertemps avec l’eidōlon archaïque. Antérieur à
2l’image,l’eidōlon archaïquepossède troismodesd’apparition surnaturelle.Il
peut se manifestersousforme de fantôme,apparition suscitée parundieu,
1 Ibidem,p.40, (2.221).
2 Jean-PierreVernant, Figures, idoles, masques,Paris,Julliard,1990.
14phásma.Ilpeutaussi prendrelaforme d’un songe, óneiros.Ouencoreserévéler
en tant que psuchaé desmorts ou eidōla kamonton,fantôme desdéfunts. L’idole
archaïqueappartientdefait à cette manifestation de l’invisible.Ellefaitvoir
l’invisible. Eidōlon archaïque, elle incarne ce qu’elleprésente. En même temps
1qu’ellemanifeste la présenceréelle,ellesignifie une irrémédiable absence .
La catégorie du double que présente l’idole estune catégorie
psychologique.Ellerévèle une organisation mentalepropre à l’époque.Ainsi,
l’organisationd’une sociétésetouche.Double,présencedecequi n’est paslà,
l’objetsacréouidole esteneffetprivéedes regardscar tenue dans un espace au
2privilège d’une familleoud’ungroupe.Ellemarquecependant le tempset
l’espace réel parles rituels lorsdesquelselleest sortie,lavée, vêtue, dévêtue,
promenée. Elle estfaite à la fois pour êtreportéeaux regardsettenue dans
l’ombre. Elle n’est paslelienentre l’espace privédanslequelelleest tenue et
l’espace publicdanslequelelleest rendue visible.Mais, elle est à l’articulation
du visible,ici et maintenant, et de l’autremonde,celui de l’invisible.C’est entre
ces deux univers, réel et irréel,palpable et impalpable, quel’idole crée le
passage.
L’idole relève d’une cosmologie bienparticulière.Sansressemblanceet
sans êtreréalisée de mains humaines, sa formeest liée à ce quiladétermine
dans sonorigine:par exempleunmorceau de bois issu de teloutel arbreet
désignépar le dieucomme sacré. Ainsi, concernant l’idole, l’apparencen’est pas
objetdepréoccupation.Plusque surface,ellesuggère avanttout une
profondeur.Privéedes regards, car tenue à la discrétiond’une familleenun
espace privé, elle n’est sortie querituellementpourcréer le passage. Ce n’est
equ’auV siècleavant notre ère queson régime de visibilité va se soumettre à
une nouvelle prérogative quejenomme:celle de l’intime.
L’image: lieu de l’intime
eLe VIII siècleavant notre ère se distingue parl’avènement de la
efiguration et le V siècleavant notre ère signale, quant à lui, le passage du
symbole à l’image.Lepassage du ritueldu« cacher-montrer»,danslequelse
tenait l’idole, à l’expositiondel’image dans le lieu de cultequ’est letemple porte
une nouvelle publicité et donneunnouveau corps à l’objetdefiguration. Non
seulementl’imagese constituedansune imitation mais,enplus,ellesedistingue
parlefaitqu’elleestmaintenantexposée dans letemple au cœur de la cité.
Le dieuest dorénavantre-présenté à l’image du corpshumain idéalisé.
De plus,placée dans le temple,son image se trouve doncenunpoint de
1 Jean-PierreVernant, « Imageetapparence danslathéorie platonicienne de la mimêsis», in
Journaldepsychologie normale et pathologique,Paris,PUF,1975,pp. 137-138.
2 Jean-PierreVernant, « Du double à l’image», in MytheetPenséechezles grecs (1965),Paris,la
Découverte,1990, p.343. L’idole « n’est pasfaite pour êtrevue.Laregarderc’est devenir fou».
15jonction bienparticulier.Entre l’espace privéetl’espace public, l’image se tient
maintenant. Elle rend visible la relation.Elleest la relation entre privéetpublic.
Elle n’ouvreplus le passageentre deux mondes – le visible et l’invisible comme
le faisaitl’idole-elleest devenue le lieudelarelationensavisibilité. Elle
montre ce quiétait privédes regards. À traverscet état de monstration
s’identifie l’intime:lieuoù la relation entre privéetpublic estvisible.L’image
sort du privépourentrerdanslepublic, sans y êtretout àfait. Elle estencelieu
intermédiaire, le temple,territoire de l’intime.Elleest à la surface de sa
profondeur.
C’estcelaqui se dégage de spécifiquedansl’image et c’estcelaqui
soutiendra cette réflexion. L’image,dontlaforme et lesdéfinitions varientselon
lesépoques,anéanmoinspourparticularité d’êtrel’expression de l’intimeau
sens où se représente une relation entre l’espace privéetl’espace public. Les
corpssontaucentredecette représentation,etledésir de voir,deconnaître, de
comprendre lescorps ne fera ques’amplifier au coursdes siècles.Les
techniques et lestechnologiessontdes moyensdecroire à la possible capture
ou à la possible percée de la chair, mais une choseest importante à retenir :
c’estque l’image artistique perd de sonsenssielleest éprouvée commeun
moyen.L’image artistique estune finensoi, elle estlarelation.
La photographieanalogique:cequi obsède la vision
Dans un moment pluscontemporain, cette définition de l’image,point
de relation et lieu de l’intime, se déclinesur un mode photographique.C’est ce
quivaseconsidérermaintenant, car de l’image à l’image photographiqueles
représentationsdes corpssetransforment. Cetessaiactualise une
problématiqueliéeaux corpset à certainesdeleurs photographies.Toute
l’attention du développement estdoncici accordéeaux corpssexuéshumains
car leur histoireetleurs empreintes participent de ce quiobsède la vision.Ainsi,
surlemodeanalogique puisnumérique, le tempsphotographiqueorganiseles
regards.
Cette empreintedumonde et de sa lumière queNicéphore Niépce
réalisadès1826 grâce à un procédéd’héliographie, suggère une série
d’expérimentations. Le pointultime en serait la reproduction du visible.Son
eperfectionnement à la finduXIX sièclepermetmême l’impression haptique
avec la stéréoscopie.L’appel auxsensest évident.Ils’agit derendreles percepts
parune image quiempreinteles choses au monde grâce à la lumière et à un
support chimique.Toutdoits’impressionnerdelavue,tout,oupresque.En
effet, l’œil agit, pris dans la logiquecartésienne de sa fonction;maisc’est aussi
le regard quivise. Loin d’êtreuniquement ce pointgéométral,l’organedelavue
s’accompagned’unautreœil.Cetœil estl’œil du désirouregard. « L’objetd’où
161dépend le fantasme auquel le sujetest appendu […], estleregard»,explique
JacquesLacan.Unregarddontlaspécificité estdenejamaispouvoir totalement
saisir sonobjetdedésir.Unregardqui n’est pasvumaisqui se conçoit « par
2moiimaginé au champdel’Autre».Unœil,donc, quiengage le sujetdansun
mouvementdedésir vers autrui.
Là se trouve la signifiancedelavision. En effet, ce quiespère se
capturer à l’image ce n’est peut-êtrepas tant le mondeetses objets réelsque cet
objetdudésir,insaisissable,auquellefantasmeest appendu. C’estlepoint
d’origine descorps quiseveutvoir:ledésir.C’est l’espoir d’arriveraupoint de
3naissancedulangage quis’attend. Dans l’ombredelachambre noire,les corps
parentauxsedessinent et leur acteorigine les êtres.Commeyainsisté Sigmund
Freud, la scène originaireest « un élémentqui manque rarement dans le trésor
desfantasmes inconscientsqu’onpeutdécouvrircheztous lesnévroséset
probablement chez tous lesenfants deshommes».Évènement quipeut être de
la portée du mythemaisqui estdéjà là,avant toutesignification apportée après
coup. Cette scène interdite au regard de l’enfant estpeut-êtrecequi se met
excessivement en jeudanslaprise de vueetdanslavue desimages
photographiques. Le viseur,tel un trou de serrure,impose la posturedu
regardeur, la perfection technique leurrant toujours le sujetsur sonimprobable
butin.
Ajusté à cela, un fait mécanique estpropre à la création d’une
photographie argentique.Cefaitprovientdecet objet, de cette chambrenoire,
de cet appareil photographique.Delois physiques, mathématiquesmaisaussi
chimiquesilest donc égalementquestion. La scienceetses démonstrations
permettent l’actephotographique.Lorsdelaprise de vue, le ou la photographe
appuie surledéclencheur. Il ou elle,placé(e) derrière sonviseur, fait face au
corpsbientôtimpressionné surlapellicule.Deuximagesseconfondentenune
seule: celle de l’état réel du corpsphotographiéetcelle,beaucoup plus
difficilement discernable,delarelation quia existé à ce moment-là,danscette
pièce-là,entre les êtres mis en présence.Dansuntemps précisetdéjà disparu,
4s’organise ce quipeutsenommerunévènement photographique . Évènement
5éphémère car bienqu’exposé surlapellicule-unreste demeure -cemoment
6précisdelarencontren’est plus.Cette mort queconvoque Roland Barthes ,
1 JacquesLacan, Le Séminaire. LivreXI. Lesquatre concepts fondamentaux de la psychanalyse (1964),
Paris, Le Seuil, 1973,p.78.
2 Ibidem,p.79.
3 SigmundFreud, Mitteilung eines derpsychoanalytischen TheoriewidersprechendenFalles vonParanoia,
1915, G. W, X,p. 242; S.E.,XIV,p.269; Fr.,p. 8.
4 Philippe Dubois, « Le coupdelacoupe. La questiondutemps dans l’acte photographique » in
Lescahiers de la photographie n° 8, L’Acte photographique, Paris, A.C.C.P.,1983, pp.60-61.
5 FrançoisSoulages, Esthétique de la photographie (1998),Paris,Nathan/ HER, 2001, p. 115.
6 Roland Barthes, La chambreclaire,Gallimard, Éditionsdel’Étoile/ Gallimard/LeSeuil, 1980, p.
119.
17concernant la photographieetses objets,peutsecristalliserautour de l’acte
photographique même.Cedéclenchementnepourra plusjamaisavoir lieu dans
lesmêmescirconstances.Lelieu, le temps, la scène,sontpassés. Dans ces
circonstancesprécisesleréférentphotographiqueétait là,iln’a pasété inventé,
soncorps n’est passeulement imaginaire. Il estreconnaissanced’unréel et,
simultanément,pertedesonobjet.
La photographieanalogique peut doncs’appuyer surdes faitsprécis: une
scienceoptique, une chimie,unobjetmécanique de transfert, un sujetréel,un
temps, un lieu et un organe.L’organe, celuidelavue,semblepouvoir tenir une
double fonction.Eneffet,ilest l’œil quivoit sonobjet et en même tempsqui le
regardedanslechamp nonplus visuel mais de la vision.Sur ce point retenons
ce quePierre Fédida énonce : « Ainsil’excessive érogénéisation de l’organe de la
vueest nonseulement responsable de la défonctionnalisation de la vision au
servicedelaconscienceetdumoi,maiselleentraîne de plus une véritable
1 2assimilationdecet organe de la vue à l’organe génital ».Laréférence à Freud est
explicite, cette Augenangst,cette angoisse auxyeuxrévèle une correspondance
possible entre l’œil,leregardetlapulsion sexuelle.Cette correspondance,
poussée à l’extrême,peutfrapper lescorps de cécité.Ainsi, retenons queparmi
elespathologiesreconnuesetclassifiées au XIX siècle, soit au moment où la
photographie prendson essor, se trouve l’hystérie.Encesens, il estintéressant
de noterlacomplémentaritéqui fait se rencontrer le photographe, le médecin
3psychiatreetlemodèle hystérique.Aucoursd’une criseprovoquée parson
médecinetdansunconflit intérieurviolent,l’hystériquepeut être aveuglée tout
en dévoilant soncorps.C’est le contraireduphotographe quifaitdesonœil
l’outil de son êtreaumonde.Lecontrat nécessite quel’uns’offre au regard et
quel’autresoitlà pourregarder.
Dans la continuité de l’œil,l’appareilphotographique- telune prothèse
-est déclenché, mis en mouvement, activé. Il faut convenir de cette spécificité :
l’œil cristallise, l’œil regarde. L’œil et ce qu’ilsupposederegards sont au centre
du dispositifdel’actephotographiqueetpar la suitedeson exposition.C’est de
façon exacerbéeque l’organe de la vueest appelé à travailler pour les
photographes.Cette vision sesuspendaux objets réels,mais c’estunautreobjet
qu’ellecherche.Leprétexteest la mise. Accéder à ce point nodaldes désirs,au
désirmême.Accéder et voir l’image première,source desenfantements. Ce qui
se chercheseperddèsqu’ilcroit se trouver. C’estjustement dans la perteque le
processusdedésir peut toujoursrecommencer.L’image photographique
analogique ne peut se substituer au réel.Ellenepeutque créer la vision.Privée
desregards l’autrescène se suggère,etpossiblesdes regards, lescorps se
rencontrent. L’image photographiqueest à la jonction de l’intérieur et de
l’extérieur. Elleaaussi ceci de spécifiquequ’elleexorbiteles regardsetqu’elle
1 Pierre Fédida, « L’angoisse auxyeux» in Paroù commence le corpshumain,Paris,PUF,2000,pp.
61-80.
2 SigmundFreud,Œuvrescomplètes X, trad.coll.,Paris,PUF,1993.
3 GeorgesDidi-Huberman, Invention de l’hystérie,Paris,Macula, 1982.
18stigmatise parexcèscette pulsion d’où dépend le fantasme.Laphotographie, en
sonexcèsdevision, espère voir puis montrercepoint ombilical au fondement
duqueltouts’organise.
Ainsi, l’image produite de mains humainesest le lieu de l’intime à la
fois parson mode d’exposition et parson objetdereprésentation. L’image dans
sonintériorité,c’est l’image psychique commesource, avec tout ce quecela
suppose d’imaginaireetdesymbolique.Son extériorité,c’est sa formeréelle.La
photographie analogique participe de cette définitiondel’intime avec ceci de
spécifiquequ’elles’entretientdudésir «fou» de découvrirlecorps.Accolée à la
pulsion scopique,elleattend d’accéder à cet objetdontellenepourrait capturer
lescontoursqu’aurisquedes’évanouir.L’image photographique guette,jouit,
prend. Elle estuncorps en soidontlasurface estlaprofondeur. L’image
photographique offre, montre,approche. En elle réside l’intime,enelles’attend
une représentation originaire. De cette imagefondamentalequi motive le
photographe, la photographie analogique tentel’expérienceetlavisibilité.
Empreintedelasurface, elle mêle reproduction desformesetimpression du
sensible.Image en soi, elle estlieudel’intime.Elleest cet état intermédiaire.
Telleune peau quirecouvre leschairs, la photographie fait image de son
intériorité. Elle estlarelation. Exposéeoupubliée, elle estvisible surcemode
en ces lieuxintermédiaires quesontses espaces d’exposition.Pourtant,ilexiste
une autreforme photographiquedontlacommercialisation plus contemporaine
metpeut-êtreenquestioncemoderelationnelreconnudansl’image
photographique analogique:c’est l’image photographiquenumérique.
La photographienumérique:image de l’image
Soutenue,comme l’image analogique,par une pulsion scopique,l’image
photographique numériquesemble, pourtant,poser sous une nouvelle formela
question de l’origine et de sonobjet.Eneffet,l’image numériquefonctionne
surlemodedeladuplicationetnon plus de la reproduction.Participant d’une
nouvelle ère technologique,laduplication estbeaucoup plus empreintede
publicité quenel’était l’imageanalogique.Sansaltération et sans perte, ces
imagespeuventsedupliquer à l’infini. C’estcerefus de la pertequi interroge.
Mêmesmaistoujours autres,les imagesphotographiquesnumériquessemblent
êtresur la bonnevoie pour réaliser le fantasme de la capture.Latoujours plus
grande capacité à généreretdiffuserces imagesquestionnesur ce quiveutse
voir et surcequi se donne à voir publiquement. L’image photographique
numériqueseconçoit donc commeunmodededuplication dontlanature
même estdedoublerl’image photographiqueanalogique:elleest image de
l’image.Sans êtretout à fait la même,elleenmime l’instance. Néanmoins, elle
ne s’empreintepas de la lumière et de l’ombredes corpssur un même mode
chimique car elle estune re-présentationvirtuelle.Les corpsdelaphotographie
19analogique-négatif, développement, support papier-perdent de leur matière
avec la photographie numérique.
Si lesimagesnumériques retiennent autrementl’attention, c’estparce
qu’elles ne paraissent plus se situerencet espace-tempsparticulier de l’intime
où privéetpublicserencontrent. Ellesapparaissent surunmodeplutôt
« extime ». De ce fait, le lien entre le privéetlepublic, entre lescorps sexués à
l’image et ceuxqui regardentles images, va progressivement se déterminersur
un mode rapporté et chiffréplutôtqu’analogique et relationnel. Remarquons,
tout d’abord, quel’œilletondel’appareilphotographiqueest le plussouvent
remplacé parl’écran et sa visibilité offerteaux regardsdetous. Un premier
mode d’expositionexistedèslaprise de vue, dans l’expérience même de l’acte
photographique. À celas’ajoute le fait qu’une part importanted’imagesvenant
du cercleprivé se trouve diffuséesur Internet en dessituationsditespubliques,
accessibles à tous, à traversnotammentles blogs, Facebook,etc.. Plus qu’une
relation,laphotographienumérique se définirait peut-êtrecomme un rapport
comparatif entre lescorps et leur duplicata numérique. Lescorps,les corps à
l’image,les corpsdel’image s’interrogent et s’informent. Le genre
photographique serait, dans ce temps, soumis à une autredéfinition issuedes
avancéestechnologiquesetdes nouvellesdiffusionsqu’offre lasphèrepublique.
Commel’écrit Rosalind Krauss : « C’estque ce changement de laforme
desimagesqui constituent de plus en plus notreenvironnemententraîne avec
luiunchangement dans la structuredominantedelareprésentation, et qu’à son
tour celaaurapeut-êtredes conséquences surles processussymboliqueset
1imaginaires eux-mêmes».Eneffet, ce quisetravaille de la photographie estce
point fixe, voirefixé, dans le tempsetl’espace, ce point duquelles corpsfont
imagesetsontimages. Leschairsviventles imagesetles imagesfontles chairs.
La photographiea pour particularité de permettrelamultiplication desimages.
Avec ceci de spécifiquepourlaphotographienumérique qu’ellepeutprovenir
de différentes sources numériquescomme lesimagesvidéopar exemple. Son
identité estpolymorphe. À nouveau image de l’image,lenumériquenecontient
plus le processusphotographiqueclassiquemaisilenmime leseffets.Ilen
imite la formesansenavoir la nature.Lasignifiancedeces imagesest celle
d’une nouvelle publicité.Alors, ce nouveau système d’existencedel’image
induitpeut-êtreune symbolique et un imaginairedéjà en coursde
transformation.Cequi fait de la question de l’origine et du désirdevoirl’image
fondamentale,une autrevision. C’estjustement cette tension entrelemodèle de
l’analogique – la relation-etleréférentdunumérique- le rapportchiffré-qui
sera analysée dans lespages suivantes à partir de différentes séries
photographiques. Ainsi, il sera possible de comprendre ce quel’existence et la
visibilité desimagesphotographiques révèlent de l’intimedes corpsaujourd’hui
et du politiquequi luiest attenant.Lepassage du modèle à sa photographieet
de la photographie en tant que modèle,indiquera un sens descréationsqui
tentedetransformerleréel à partir desimages.
1 RosalindKrauss, Le photographique,trad.Marc Bloch et Jean Kempf, Paris, Macula,1990,p. 87.
20Mais,avant d’atteindrecepoint de la réflexion il faut d’abord
approchercequi fondeles corps. Ainsi, corpsintimesoupas,ils pourront se
définir et s’associer plus précisémentaux imagesphotographiques et à leur sens
politique.
Lescorps
« De même quenousnesavonspas ce quec’est qu’unesprit, nous
ignoronsceque c’estqu’uncorps:nousvoyonsquelquespropriétés; mais quel
estcesujet en quices propriétés résident?Iln’yaque descorps,disaient
Démocrite et Épicure; il n’yapoint de corps, disaientles disciplesdeZénon
1d’Élée».Cette remarque de Voltaire,tirée de son Dictionnaire philosophique,laisse
entendrequ’unproblème jouxte la définitionmême du corpsqui estdéjà une
interprétation du monde. La surface quinous fait corps, c’estcette peau dont
lescapillaritésordonnent nossensations. La sensationest un fait inaliénable,
souligne Épicure: « Car,que lescorps soient,c’est ce qu’attesteentoute
occasion la sensation même,qu’ilest nécessairedesuivrepourconjecturer avec
2l’aide du raisonnement,l’inévident ».Lecorps estalors le point de départ,la
source desreprésentations à venir.C’est à partir de luietdeses sensations que
ce quel’auteur antiquenomme lesprolepses pourront exister. La prolepseou
prénotion,est l’indicedujugement vrai.Elleborde l’opinion de sonétat
critique.Sil’opinion s’accorde à la prolepse, alorsl’opinionest juste.
Le corpsdonc, en sessensations, estl’ombilicautour duqueltoutun
monde se reçoit. Il estunmoyen de percevoir,d’interpréter,d’imaginer, de
supposer. Lesimagesque l’esprit produit, ou que l’organe perçoit,sontissues
dessensations. Ellessontancrées en le corps. Ainsi, le corpsproduitdes images
perceptivesenson sein et reçoit desimagesprojectives en sa surface.En
somme, tout estcentralisé parl’âme,insiste Épicure:«À la suitedecela, il faut
considérer, en se référant auxsensationsetaux affections – car c’estainsique
l’on obtiendralacertitude la plus ferme – quel’âme estuncorps composéde
finesparties,répandues à traverstout l’agrégat, ressemblant fort à un souffle
mélangé à une certaine proportion de chaleur, tantôtsemblable à l’un tantôt à
l’autre;[…]C’est tout celaque manifestent lesfacultés de l’âme,aussi bienles
affectionsque l’aisance à se mouvoir,les pensées et tout ce dontlaprivation
3nous fait mourir ».Aucentreducorps humain se trouve l’âme.Loin d’être
4incorporelle, elle estlecœur du corps.Lecorps s’impressionne de la matière
1 Voltaire, Dictionnairephilosophique (1764),Paris,Gallimard, 1993,p.210.
2 Épicure, Lettres,maximes, sentences,trad. J.-F.Balaudé,Paris,LivredePoche,1994.
3 Ibidem,p.164, (63).
4 Aristote, De l’âme,Paris,Flammarion, 1993, p. 195, (II, 12, 424-25). On peutrelire à ce propos
Aristote qui fait du cœur l’organe internedutoucher (423b23),maisqui fait aussi du cœur le
siège de tous les sens,ilenconstruitl’unité(II, 10, 656a16-28).
21desautres corpsalentour et en rend l’existence à traverslaperception. Seul le
vide estincorporeletoffre l’aisancedes mouvements pour lescorps.Mais, le
corpsalors qu’ilest percept, estaussi objetdesensationspourd’autrescorps.Il
estaussi image. Sa surface fait l’image.Elleest le contactpossible.Elleest la
relation.Lecorps estdoncunlieuenlequels’inscrit le monde.Ilest,enson
intériorité, producteur d’images sensiblesetd’imagesabstraites. Il estenson
extériorité: imagepourles autres corps. Il peut êtreensafonction lieu des
discoursetdes actes.Lieud’expression de l’intime: il estimage.
Le corpsest au monde,voici un fait. Le corpsest un monde,envoici
un deuxième.Comment l’un en miroir de l’autresepeuvent-ils concevoir?
Loin dessensationsetdeleurs visions « épicuriennes»,Descartesinvite à visiter
leschosesmatérielles.Cen’est plus la sensationqui conduitles imagesenleur
cœur:jesens, doncjesuis. Mais bienplusune conception métaphysique qui
fait du « je pense»,un «je suis»: « Je fermerai maintenantles yeux,je
boucheraimes oreilles,jedétourneraitousmes sens,j’effacerai même de ma
pensée toutes lesimagesdes choses corporelles, ou du moins,parce qu’à peine
celasepeut-il faire, je lesréputerai commevainesetcomme fausses; et ainsi
m’entretenant seulementmoi-même,etconsidérant monintérieur,jetâcherai
1de me rendrepeu à peuplus connuetplusfamilier à moi-même ».La
conception qui naîtdelaconnaissancepeutproduire un discoursautravers
duquellecorps estpensé et nonplussenti.Ceque la perception et la sensation
manifestaient de certain avec Épicuresetrouve, dans cette vision cartésienne,
nié parlaconception etsondiscours.
Et de fait, au furetà mesure dessiècles,les discoursont éténombreux
à entourer le corps, à le confondre, à le comprendre, à «l’incomprendre»,à le
définir, à lui donnerunstatut, unenature, uneculture.Lecorps humain n’a
jamais étéunlieuvide et vacant. Ilasouvent étéremplidesignifications et de
règles.L’autorisant, l’interdisant, le montrant,lecachant.Le corpsest un lieu de
connaissances scientifiquesetunlieupolitique.Ilest ditetsedit en tant que
relation puisqu’ilest image. Imagepourles autres,image en soietensurface. Il
estaussi une partie du réel.Ilest producteur d’autres corps. La pénétration d’un
sexe en l’autrepeutdonnerlieu à la génération et à la jouissance. Ce quioccupa
et occupe toujoursprofondémentles esprits: c’estdoncnon seulementle
fonctionnement organique de cet ensemble quesontles corpssexués, mais c’est
aussi ce quiles fait se toucherensurface ou en profondeur:ledésir.Ainsi, à
essayer de définir le désir, il pourrait s’écrirequ’ilsemanifeste dans un
mouvementqui conduitsimultanément lescorps et lesesprits.Bienque
toujoursmanqué et jamais définitivement atteint,l’objet du désirsupporte le
fantasme du sujet. C’estprécisément cette impossible capture de l’objetque
formule la création àtraversson désirtoujoursreconduit.
1 Descartes, Méditationsmétaphysiques,Paris,Garnier-Flammarion, 1979, p. 97.
22Lesdiscours surles corpssexués
Le désirest peut-êtrecepoint où tous lesdiscourssur le corps
achoppent.Ainsi, la religion,lascience, lesenseignements - à partir desquels
évaluations, technicité et technologiessontmises en place-ont tentéd’inféoder
lescorps.C’est à traversles mots,etleurs règles,que la norme estaussi
l’expression d’un pouvoir. Le clonage, l’imagerienumérique, lesprogressions
scientifiquessontdéterminéspar cette volontéd’améliorer le corps, de lerendre
plus performant,plusfonctionnel,maispeut-êtremoins désirant et doncmoins
libre. Contraindreles corpsjusqu’enl’espace le plusprivé desregards n’est pas
echosepropreauXXI siècle. L’Histoiredelasexualité écritepar Michel Foucault
edémontre cette organisationetendémonte lescorrélats jusqu’auXX siècle.
Jusqu’aupointoù,semble-t-il,une certaine limiteest atteintequi nécessite une
nouvelle dispositiondelapenséesur lescorps : «La psychanalysevient
s’insérer en ce point:à la fois théoriedel’appartenanceessentielledelaloi et
du désirettechniquepourlever leseffetsdel’interditlàoù sa rigueurlerend
1pathogène ».Lathéorie psychanalytique de Sigmund Freud apparaîtraitlà
commeunlevierévitant l’asphyxie.Bienplusque cela,elledeviendraavec
JacquesLacan unmode de penser le langageetson désir.
eOr,alorsque naîtlapsychanalyseauXIX siècle, lescorps hystériques
sous l’œil du photographe et surlastimulationdupsychiatreexcèdent leurs
limites et exposent ce quihabituellementseprive desregards.Lecontrat
imaginairequi lielepatient au médecins’intriguedecetémoin: le photographe.
eSyndromedeleurépoque,ils semblent au XXI sièclelaisserlaplace à leur
extrémitéentermesdedésir:l’anorexie. Dans un cas-l’hystérique- le corps
s’offre et se soutient d’un désirqui excède l’autre. Cela,lepsychiatresur son
théâtredes corpsphotographiéslethéorise. Dans l’autrecas-l’anorexique- les
corps, au contraire, refusent le désir. Ilstentent non paslaretenue et la
captation de l’autre, mais sonrejet à l’extérieurdusystème symbolique.La
négation du désirs’exposeavecl’anorexie. La structuresequestionne et le
couple sciences médicales et corpscharnelss’interroge.Dansles deux
situations, cette instance du corpsditedysfonctionnanteetpathologique se
révèle à traversl’image et notammentl’image photographique, psychiatrique au
e eXIX siècleetpublicitaireauXXI siècle. Pensonsaujourd’hui à ces publicités
quiuniformisentetvantent la jouissancedecorps quidépensent et se
dépensent. L’état narcissiquedelasociété obligeles sujets à s’interrogersur le
désirdevoiretlesdiscourspsychiatriquestentent d’en organiser lesens.
Mais,les discourssur lescorps sexués ne sont passeulement ceuxd’un
pouvoir ou ceuxd’une intellection quipeutfaire l’effet, parailleurs, d’un
e econtre-pouvoir.Car,duXIX au XXI siècle, d’autres discoursont pu
progressivement s’énoncer en place publique.Les corpsitinérantsentre l’espace
1Michel Foucault, Histoire de la sexualité.LaVolonté de savoir,Paris,Gallimard/NRF,1976, p. 170.
23privéetl’espace publicont réclaméetparfois obtenu uneautrereconnaissance.
Ce ne sont plusseulement desdiscourssur lescorps sexués quisesontavancés
mais ce sont lesdiscoursdes corpssexués. «Nous ne prônons pasla
représentation desfemmesparce qu’iln’yapoint de différencesentre hommes
1 eet femmes ; mais plutôt à causedeladifférence qui lessépare »,expliquait au XIX
sièclelaféministe MillicentFawcett. Unereconnaissancecitoyenne aété
attribuéeaux femmes et,decefait, l’espace publics’est décloisonné.La
nouvelle visibilité descorps aengagé d’autres mouvements et d’autres
revendications.Les personnesont petit à petitréclaméunautredroit et une
autrefonction. Lescorps maintenus dans la privationdes regardsont entrepris
de se rendre visiblesetdesemontrer autrementqu’en leur sexe.Ainsi,lelieu
privéoù lesfemmesétaient tenuesenleurtravail familialdeprocréation s’est
ouvert.Détachées de leur sexe,comme d’une contrainte, ellesont pu participer
visiblement à l’organisation de la sociétéetaujourd’huidelavie politique.
Commel’a soulignéHannahArendt,alors qu’enGrèce Antiquelafemme se
tenait dans la privationdes regardsetl’homme libreoccupait la scène publique
2 eafin de penser au mieux le politique,auXX sièclelafemme sort de l’espace
privéetparticipedu politique.
eParailleurs, à lafinduXX siècle, d’autres corpsque ceuxidentifiéspar
leur sexe biologique se sont revendiquésd’une visibilité.Cesontles corpsqui
ontinterrogé lescatégoriesdegenre communément reconnuescomme
masculin ou féminin. C’estaux États-Unisque sont apparues lesrevendications
du queer gender [le genrebizarre,anormal,homosexuel]. Lessujetsseveulent
autres en leur genreetenleursexeetnon plus déterminéspar une identitédont
la seulevariation estconstruitesur un mode binaire masculin-féminin.
Revendicationsdegroupesetdesujetsgay, lesbiens ou hétérosexuelstout
3simplement opposés à une pensée straight . Cescorps dontles sexualités ne
s’identifient pasaumodèle hétéronormatif dominant souhaitent une nouvelle
reconnaissance et visibilité dans la société. Ainsi, émerge une pensée trans-
genredes corpsetdeleurs sexualités.Lerégime politiquedominantet
hétérocentré estdénoncé commeune cultureetnon plus assimilé à un état
naturel. Voicicomment EveKosowskySedgwickdéfinit leschoses:« le terme
“Queer” signifie en soiune transversalité-ilvient de l’indo-européen racine -
twerkwe,qui recoupe aussilegermain quer (transversal), le latin torquere (tordre),
l’anglais athwart [entravers]… Le sens immémorial que queer représente estanti-
séparatisteentantqu’anti-assimilationniste. Incisif, il estrelationnel, et
4étrange ».Encréantcette identité trans-catégorielle,une nouvelle lisibilité et
visibilité descorps à traversles discours lestransformentcertainement.Une
1 Thomas Laqueur, La fabrique du sexe.Essaisur le genreenOccident (1990),Paris,Gallimard, 1992, p.
215.
2 Hannah Arendt, Qu’est-ceque la politique?(1950-1955),trad. de l’allemandpar Sylvie
Courtine-Denamy,Paris,LeSeuil,1995.
3 Monique Wittig, La penséestraight,trad. Marie-Hélène Bourcier,Paris,Balland,2001. La
traduction de « straight»peut êtrecelle-ci:hétéronormatif.
4 Eve Kosofsky Sedgwick, Tendencies,London, Routledge,1994,p.12.
24autrepublicité descorps aujourd’hui estacquise,particulièrement en territoire
américain. Lescorps, à traversleur(s) sexualité(s) et leursimages, deviennent le
lieud’énonciation d’un contre-pouvoir,anti-assimilationniste.Dansun
mouvementtransversal descultures, lesidentitéssereformulent. Le lien qui
réunit les États-Unis et l’Europe ne laisse,heureusement, pasindemnelevieux
continent de toutes ces revendications et manifestations. Ce quiremet,là-aussi,
en questionun état cultureldominant lescorpssexués.
Ce quitransparaîtradonc à traversles différentsdiscourssur lescorps
et leur(s)sexualité(s)- quecesoit lesdiscoursdupouvoir,corps politique
dominant et recherches médicales pour un corpshumainplus performant;ou
du contre-pouvoir,citoyensregroupés en communautés- c’estque le corps
chercheenson genreune redéfinition. Hybridation,duplication, nouvelle
eidentité sexuelle,auXXI sièclelecorps et sesimagesn’ont plusd’évidence. Ce
sont lesrelationsentre lessexes quiserepensent ouvrant à de nouvelles
figurations.
La découverted’unsens
Dans l’intimitédes corpslaproblématique se noue donc. L’intime s’est
révélé,dansunpremiertemps,lieudel’image.Ilsesoutient d’une visibilité
attenante à l’espace privéetà l’espace public. Alorsque le privés’identifie à
traverscequ’enprécise Hannah Arendt, «la privationtient à l’absencedes
1autres »,lepublic, lui, peut se circonscrire commeunterritoireoù justementse
tiennent lesautres. L’image,lieudel’intime,est à la jonction de ces deux
espaces,ilenest le pointderelation. Sesformessontvariées et lescorps sexués
en sont,eux-aussi,une desexpressions. Le corpsn’est passeulement contenu
dans le privéoudanslepublic,ilest surtoutcepoint de relation.Ilest cette
surface visible au traversdelaquelles’enfoncentles regardsetn’effleurepas
seulementlavue.Ilest ce quipeutsepriverdes autres et ce quipeutsetenir
avec lesautres.Ilpeut être le signifiant d’une relation simultanéedel’unen
l’autre.
L’image estcet espace-tempsentre privéetpublic.Elleest la transition.
Le corpssexué estaussi cela.Pas seulementcela, mais égalementcela. Il est
aussi cet état intime de lui-même auxchoses. Il estintérieur,intériorité,et
extérieur, surface. Il estlavoix parlaquelleilénonceson état d’êtreetde
potentiels sexuels. Il se découvre commecréateur. Il veut quecette visibilité
qu’ilest soit participative d’un acteetd’undiscours. C’estenlasphère publique
qu’il revendique sondroit à êtrecequ’ilest et passeulement ce qu’iln’est pas.
Le voir s’estdéjà l’entendre du privéoù il s’énonce.Lecorps peut faire
maintenantsaproprepublicité.Ilveut êtrel’image de ce qu’ilest.L’image
1 HannahArendt, Conditiondel’homme moderne(1958),Paris,Calmann-Lévy, 1983,p.90.
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