Témoin n°4
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Description

Pourquoi avoir choisi telle ou telle nouvelle matière ? On demande sans cesse à l'école d'enseigner de nouvelles matières, de la sécurité routière à l'informatique en passant par l'écologie. La question qui nous est posée est fondamentale. Pourquoi avons-nous collectivement choisi de privilégier certaines matières dans différents niveaux d'enseignements – l'école, le collège, le lycée ?


De même, parce que les enfants sont assiégés par les images et qu'ils participent eux-mêmes au monde de l'image, on doit envisager de donner une éducation à l'image, en s'ouvrant notamment aux nouvelles technologies de l'information. Mais il serait suicidaire de privilégier ces nouveaux apprentissages au détriment de la capacité de lire des textes un peu complexes et de savoir écrire correctement une dizaine de lignes. C'est bien l'une des contradictions entre apprentissage et école de masse…


L'innovation a tué le respect comme la folie de la communication a fini par tuer la transmission. En réalité, notre société a fini par oublier qu'il y avait du vertical dans la vie. Il y a des gens qui savent et d'autres qui ne savent pas. Quand on communique, on parle d'égal à égal tandis que dans la transmission il y a celui qui sait et celui qui ne sait pas… Le questionnement posé est celui de notre civilisation et l'école est bien entendu au centre de cette interrogation.


Ce sont quelques-uns des thèmes de réflexion abordés par les intervenants dans ce débat sur l'éducation pour demain…

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2002
Nombre de lectures 4
EAN13 9782876235779
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0064€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Introduction
La gauche et l’école, un mariage prometteur pour une désillusion promise !
Bertrand Delais
Les origines de la gauche française contemporaine se situent clairement autour de deux combats, celui de l’instruction et celui d’une République laïque. L’instruction a toujours été considérée en France comme l’apprentissage des moyens de la liberté. Cette vocation à la fois humaniste et universelle a mis l’école au centre du questionnement social. Elle est peu à peu devenue un épicentre de la gauche.
Les Français entretiennent depuis longtemps un rapport fait d’admiration et de rancœur avec l’institution scolaire. L’école est à la fois un objet d’inquiétudes collectives, de désirs insa-tisfaits et de projections en tous genres. Tout le monde a un avis sur l’école. Elle est progressivement rendue responsable du chômage, de la montée de l’incivilité dans la jeunesse ou de l’échec scolaire. L’école demeure le miroir de notre société. Elle est donc naturellement au cœur du projet politique et plus
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singulièrement de la gauche. Elle s’est confondue historique-ment avec l’aventure républicaine, le combat laïc avant de sombrer avec la crise identitaire de la gauche française.
L’aventure républicaine. e Les débuts de laIIIRépublique sont ceux de l’avènement d’une démocratie parlementaire et viennent consacrer les nom-breuses avancées en matière d’enseignement depuis la révolu-tion. La loi Falloux en 1850 avait obligé l’ensemble des communes de plus de 800 habitants à se doter d’une école. Quelques années plus tard, la loi proposée par Victor Duruy ouvrira les portes de l’instruction aux jeunes filles et étendra l’obligation d’avoir une école aux communes de plus de 500 habitants. Mais ces avancées suscitent néanmoins de vives et légitimes réactions. Le clergé conserve un droit de regard et l’obligation d’ouvrir des écoles lui permet d’étendre encore son influence dans certaines provinces.
La gauche républicaine croise dans son ensemble la cause sco-laire et la question de l’instruction au moment du ministère Ferry. C’est indéniablement l’heure de gloire de l’idéal répu-blicain appliqué au combat de l’école. C’est depuis cette date que l’instruction est libre, gratuite et obligatoire pour les enfants de 7 à 13 ans. Plus tard, cette obligation sera étendue à e 16 ans. Mais le combat républicain de cette fin deXIXsiècle est d’abord celui d’instituteurs qui s’opposent à l’om-niprésence sur les consciences de l’Église catholique. Ces républicains que l’Église désigne d’un doigt vengeur comme des mécréants sont également accompagnés des francs maçons ou des pasteurs. Les archives de la Ligue de l’Enseignement
Introduction
: la gauche et l’école/17
témoignent du rôle éminent joué par des pasteurs ou d’illustres familles protestantes, les Flammarion, dans la constitution de bibliothèques communales et dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture pour des jeunes filles tenues éloignées de l’ins-truction.
Les républicains remplaceront l’enseignement religieux laissé à l’époque à la libre appréciation des familles et laïciseront le personnel des écoles. Cette période historique, qui s’inscrit e dans les débuts de laIII, vient consacrer en France la République. Mais si le combat pour la République apparaît victorieux et donne naissance à son école, il est un autre combat qui, lui, doit être prolongé : celui de la laïcité. Pour l’école de la République, la définition de la laïcité demeure problématique. Sans doute parce que ce combat s’était confondu avec la lutte pour la République.
L’aventure laïque. Le combat des républicains, des radicaux et des socialistes e sous laIIIRépublique trouve son apothéose en 1905 avec la séparation de l’Église et de l’État. Mais cette indéniable vic-toire va invariablement provoquer une crise identitaire de la laïcité que l’on découvrira beaucoup plus tard à l’occasion des deux septennats de François Mitterrand.
1974 constitue une année charnière. La défaite de François Mitterrand cette année-là coïncide avec une victoire idéologique de la gauche dans le droit fil de mai 1968. Le Président Giscard d’Estaing comprend la nécessité d’accompa-
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gner l’élan réformateur qui traverse le pays. Il légalise l’a-vortement et achève la laïcisation du pays en calquant la légis-lation des mœurs sur celle des pays protestants. La sphère de l’intime n’est désormais plus régentée par des diktats religieux confortés par l’absence de lois républicaines. La loi devient créatrice de liberté. Insensiblement, Valéry Giscard d’Estaing a achevé la laïcisation de la France. Désormais, l’Église n’exerceplus sur les consciences le même magistère. Mais cette indéniable avancée a aussi modifié le rapport entretenu avec la loi par l’ensemble des Français.
C’est cette relation renouvelée à la norme législative et la crise identitaire de l’idéal laïc qui se révéleront lors des deux man-dats de François Mitterrand. La victoire de mai 1981 avait d’abord été l’aboutissement de la longue et constante ascension du Parti socialiste. Les enseignants sont nombreux à militer au PS. Pour eux, l’heure de la constitution d’un grand système d’enseignement laïc semble avoir sonné. En 1982, lorsque Alain Savary entame ses discussions pour construire un système d’enseignement laïc, il le fait avec un double souci : ne pas rallumer la guerre scolaire et trouver la voie du compromis avec les partisans de l’école privée. Il ne parviendra à rien de tout cela, pris en tenaille entre les surenchères du Comité National d’Action Laïque et des parti-sans de l’école libre qui dénonceront le caractère liberticide d’une loi qui encadrerait de manière plus stricte l’enseigne-ment privé. La guerre scolaire est lancée et elle s’achèvera par une défaite totale au lendemain de la manifestation de Versailles qui réunira plus d’un million de personnes.