Théorie/Epistémologie/Littérature

Théorie/Epistémologie/Littérature

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Ce numéro est consacré à des essais concernant la théorie, l'épistémologie et la littérature. Un certain nombre d'entre eux incluent des questionnements sur le postmodernisme et la relation entre la rationalisation et la résistance. Comment analysons-nous le "réel", et comment arrivons-nous à un savoir acceptable? Si la littérature est prise en compte comme un fait social parmi d'autres, il n'y a aucune raison pour que les sociologues ne lui accordent pas la même attention qu'ils devraient accorder à d'autres faits mais en tenant compte de sa spécificité propre.

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Ajouté le 01 avril 2010
Nombre de lectures 203
EAN13 9782296250871
Langue Français
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OPUS 15



Œuvres, Publics, Sociétés GDR CNRS OPUS

OPuS

Sommaire / Table of Contents Théorie/Épistémologie/Littérature Theory/Epistemology/Literature
É d i t o r i a l Jeffrey A. HALLEY Where Does Theorizing Culture Begin? MICHAEL BROWN 7 17

Habitus et Modernité Günther Anders, Hannah Arendt et Theodor W. Adorno : interprètes de Kafka 35 DAGLIND SONOLET Raymond Williams & Bruno Latour: ‘Formalism’ in the Sociology of Culture and Technology PAUL JONES Epistémêsis et altérité Pour une socio-anthropologie du processus de cognition FLORENT GAUDEZ

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Varia
Imperialism and Reflexivity in the Sociology of Art David INGLIS De la vocation artistique à la précarité : devenir professeur de danse jazz Sébastien FLEURIEL La concurrence des adhésions. Nietzschéisme et surréalisme chez André Masson David VRYDAGHS 115

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Fiches de lecture
Textes réunis par Catherine DUTHEIL-PESSIN et Yvonne NEYRAT, Hommages à Alain Pessin « Un sociologue en liberté » Ewa Bogalska-Martin Dick HEBDIGE Sous-Culture, Le sens du style Hervé Glévarec « Dick Hebdige, l’empire des signes et la pensée vintage » DICK HEBDIGE, Sous-culture. Le sens du style Philippe Le Guern Terrains et Travaux n° 13, « Art et politique » Sofian Beldjerd 189

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Agenda

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ÉDITORIAL

C

d’OPuS est consacré à des questionnements qui concernent la théorie, l’épistémologie et la littérature. Un certain nombre incluront des essais sur le postmodernisme et la relation entre la rationalisation et la résistance.
E NUMÉRO

Ces thèmes que nous avons choisis pour ce premier numéro pourront étonner les lecteurs : à première vue en combinant des thèmes qui sont mieux séparés, ou qui ont un lien ténu avec la sociologie de l’art et de la culture. En sociologie en général, en incluant la sociologie de l’art de la culture, il y a eu, pour s’approprier une observation de Paul de Man utilisée dans un tout autre contexte, une certaine « résistance à la théorie » institutionnelle. Pour le traduire pour nos objectifs en il faut substituer ci-dessous les mots « sociologique » à la place de « littéraire ». Qu’y a-t-il de si effrayant au sujet de la théorie littéraire pour que cela provoque de telles résistances ou de telles attaques ? Cela renverse des idéologies enracinées en révélant le mécanisme de leurs travaux… ; cela renverse le canon établi des œuvres littéraires et renfloue la frontière entre le discours littéraire et non littéraire1. La même chose s’applique aux questions concernant l’épistémologie. Elles ont affaire à la base avec comment nous analysons le « réel », et comment nous arrivons à un savoir acceptable. L’épistémologie est souvent considérée soit comme trop philosophique pour la sociologie soit comme une distraction pour la
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P. de Man, The Resistance to Theory, Minneapolis, MN., U. of Minnesota. Press, 1986, p. 11.

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Sociologie de l’Art

recherche, comme s’il n’y avait pas de principe commun aux « sciences humaines » mais seulement des disciplines balkanisées en sous spécialités. Dans une veine similaire, les sociologues ne sont pas à l’aise à l’égard de la littérature comme thème sociologique, en anticipant le danger de tomber dans une distinction plus ancienne est suspecte entre la culture légitime et la culture populaire et le danger est de faire une incursion sans garantie dans une autre discipline. Mais si la littérature est prise en compte comme un fait social parmi d’autres, alors il n’y a aucune raison pour les sociologues de ne pas lui accorder la même attention qu’ils devraient accorder à d’autres faits, à condition de le faire avec un sens approprié par rapport à sa propre spécificité. Michael Brown, dans « Où commence la culture à visée théorique ? » attire notre attention sur les notions reçues plus statiques de culture et de théorie, de l’idée que la théorie et la culture constituent ensemble une pratique. Cela nous enjoint à repenser le concept du social comme le cours normal des activités qui contrastent avec une structure de l’action, et ainsi comme quelque chose qui est toujours et déjà en mouvement et qui ne prend jamais forme comme une unité ou une formation. Dans « Habitus et modernité », Daglind Sonolet interroge les interprétations de Kafka par Günther Anders, Hannah Arendt et Theodor W. Adorno. Ainsi, elle pose la question de savoir à quel degré le concept d’habitus de Bourdieu est utile pour une analyse de la réception littéraire. Paul Jones, dans « Raymond Williams et Bruno Latour : ‘‘formalisme’’ dans la sociologie de la culture et de la technologie », utilise la critique par Williams du formalisme dans les études littéraires dans le but de critiquer le travail de Latour, sur la base de ce qu’il est formaliste ouvertement et conformiste à l’exception de ses travaux récents, ce qui nous promet une nouvelle direction.
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Éditorial

Dans « Epistémêsis et altérité : Pour une socio-anthropologie du processus de cognition », Florent Gaudez explore les connexions entre le savoir et la littérature, en argumentant que la dimension sociale des travaux artistiques est une production du savoir. Le texte littéraire peut ainsi être étudié comme tout autre « acteur » dans la société. Dans la rubrique « Varia », David Inglis, nous offre « la politique et la réflexivité en sociologie de l’art ». Cet article argumente en faveur de plus de réflexivité dans la sociologie de l’art, plaidant pour une critique sociologique des critiques sociologiques de l’art, et plus particulièrement pour une interrogation de ce qui est tenu pour établi dans ce qu’affirment les disciplines reconnues. Tous les articles ont trait à au moins deux parmi les trois thèmes de la théorie, de l’épistémologie et de la littérature, en tant qu’ils mettent au jour des problèmes ou des lacunes ; toutes ces contributions mettent au défi les idées reçues et tentent de les dépasser. Le comité de lecture de ce numéro, placé sous la direction de Jeffrey A. Halley était constitué de :
Jean-Louis Fabiani (EHESS, France et Central European University, Budapest, Hungary), Stefano Harvey (University of London, London, UK), Louis Kontos (John Jay College of Criminal Justice, CUNY, New York, USA), Jacques Leenhardt (EHESS CNRS, Paris, France), Randy Martin (New York University, New York, USA), Bruno Péquignot (Université Paris 3, Sorbonne nouvelle, France).

Je voudrais tous les remercier pour leurs contributions méticuleuses. JEFFREY A. HALLEY

Director, Laboratory for the Sociology of the Arts, Culture, and Communications (SACC), Artworks, Publics, Societies – OPuS 2 International, The French National Center For Scientific Research, University of Texas San Antonio, USA 9

ÉDITORIAL

T

HIS NUMBER of Opus is devoted to issues concerning theory/epistemology/literature. A following number will include essays on post-modernism and the relationship between rationalization and resistance.

The themes we have chosen for this first number might strike readers, at first glance, as combining things that are best kept separate, or that are only tenuously relevant to the sociology of art and culture. In sociology in general, including the sociology of art and culture, there has been, to appropriate an observation of Paul de Man in regard to another context, that there has been a certain institutional “resistance to theory.” To translate for our purposes, substitute below the words “sociological” for “literary.” What is it about literary theory that is so threatening that it provokes such strong resistances and attacks? It upsets rooted ideologies by revealing the mechanism of their workings...; it upsets the established canon of literary works and blurs the borderlines between literary and non-literary discourse. 2 The same applies to questions concerning epistemology. These deal, at base, with how we analyze “the real,” and how we arrive at acceptable knowledge. Epistemology is often considered either too philosophical for sociology or a distraction from research, as if there are no common principles to the 'sciences humaines' but only balkanized disciplines and
2 P. de Man, The Resistance to Theory, Minneapolis, MN., U. of Minnesota. Press, 1986, p. 11.

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Sociologie de l’Art

subspecialties. In a similar vein, sociologists are uneasy in regard to literature as a sociological topic, anticipating the danger of falling into an older and suspect distinction between “high” and “low” culture, and the danger of making an unwarranted incursion in another discipline. But if literature is a “social fact” among others, then there is every reason for sociologists to give it the same attention they would give to other such facts, but to do so with an appropriate sense of its specificity. Michael Brown, in “Where Does Theorizing Culture Begin?” shifts our attention from more static received notions of culture and theory, to the idea that theory and culture jointly constitute a practice. This entails rethinking the concept of the social as a course of activity in contrast to a structure of action, therefore as something that is always and already in motion and that never takes form as a unity or formation. In « Habitus et Modernité, » Daglind Sonolet interrogates the interpretations of Kafka of Günther Anders, Hannah Arendt and Theodor W. Adorno. In so doing, she raises the question of to what degree Bourdieu’s concept of habitus is useful for an analysis of literary reception. Paul Jones, in “Raymond Williams & Bruno Latour: ‘formalism’ in the sociology of culture and technology,” uses Williams’ critique of formalism in literary studies in order to criticise the work of Latour, on the basis that it is covertly formalist and conformist, except for his recent work, which holds out a promise of a new direction. For Florent Gaudez, in « Epistémêsis et altérité: Pour une socio-anthropologie du processus de cognition », explores the connections between knowledge and literature, in arguing that the social facts of the artwork are a production of knowledge. The literary text can be studied as any other ‘actor’ in society.
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Éditorial

Pour la rubrique “Varia,” David Inglis, nous offre « La Politique et Reflexivité en la Sociologie de l’Art ». This article argues for more reflexivity in the sociology of art, arguing for a sociological critique of sociological critiques of art, and especially for an interrogation of taken for granted disciplinary assumptions. All of these articles touch on at least two of the three themes of theory, epistemology, and literature, as they relate to problems or lacunae, and all of them challenge received ideas and attempt to go beyond them, Le comité de lecture de ce numéro, placé sous la direction de Jeffrey A. Halley était constitué de :
Jean-Louis Fabiani (EHESS, France et Central European University, Budapest, Hungary), Stefano Harvey (University of London, London, UK), Louis Kontos (John Jay College of Criminal Justice, CUNY, New York, USA), Jacques Leehhardt (EHESS CNRS, Paris, France), Randy Martin (New York University, New York, USA), Bruno Péquignot (Université Paris 3, Sorbonne nouvelle, France).

I want to warmly thank all of them for their meticulous contributions.
Director, Laboratory for the Sociology of the Arts, Culture, and Communications (SACC), Artworks, Publics, Societies – OPuS 2 International, The French National Center For Scientific Research, University of Texas San Antonio, USA

JEFFREY A. HALLEY

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Théorie/Épistémologie/Littérature Theory/Epistemology/Literature

Were Does Theorizing Culture Begin?
Michael BROWN, Northeastern University, Boston, USA mikebrown29@rcn.com
Ou commence la theorisation de la culture ? Résumé : Cet essai dépend de 4 propositions. En premier, une théorie de la culture n’est possible que sur la base d’une théorie du social. Deuxièmement, une théorie du social n’est possible qu’a l’intérieur des limitations d’une conception radicalement historiologique d’une socialité qui semble, mais ne peut pas être, universelle et qui, de ce fait, défie la description, et la caractérisation, statiques de “structure”, “inertie,” et “sédimentation”. Autrement dit : le social est toujours irrépressible et en mouvement. Troisièmement, une conception de ces limitations n’est valide qu’au degré ou la théorie se trouve dans son propre objet. Quatrièmement : pour que cela soit concevable, il faut faire une distinction radicale entre la théorie (en temps que prétendu produit), et l’activité théorique, celle-ci étant une instance de cette socialité même qui est l’objet présumé de la théorie. Il s’ensuit de ces propositions que la signification habituelle de “la théorie”, par exemple, “la théorie de la culture”, est
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Michael B ROWN

une extrusion momentanée et sujette a révision, et une objectivation, qui se nie elle-même, de l’activité dite de la “théorisation”, qui est évidemment elle-même profondément sociale. humaines.

Mots-clés : culture, théorie, activité, socialité, affaires

Where Does Theorizing Culture Begin? Summary: This essay is informed by four propositions. First, a theory of culture is possible only on the basis of a theory of the social. Second, a theory of the social is possible only within the limitations of a radically historiological conception of a sociality which appears to be but cannot be universal, and which therefore defies state description and characterization in terms of structure, inertia, and sedimentation. That is, the social is always irrepressible and in motion. Third, a conception of those limitations is valid only to the extent to which theory finds itself in its object Fourth, to conceive of this requires a radical distinction between theory (as ostensible product) and the activity of theorizing, the latter being an instance of the very sociality which is presumably the object of the former. It follows from these propositions that what we usually mean to refer to as “theory” as in the “theory of culture,” is a momentary extrusion and tentative and self-negating objectification of the course of the activity signified by “theorizing,” which course is itself immanently social. Keywords: culture, theory, activity, sociality, human affairs.

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Were Does Theorizing Culture Begin?

Donde empieza la teorizacion de la cultura ? Resumen : Este articula depiende de cuatro proposiciones. Primero: una teoria de la cultura no es posible sino en la base de una teoria de lo social. Segundo: una teoria de lo social no es posisble sino a dentro de los limites de una concepcion radicalmente historiological de una socialidad que parece, pero no puede ser, universal, y por eso resiste a la descripcion y a la caracterisacion estaticas de “estructura”, “inercia”, y “sedimentacion”. O : lo social siempre es irrepresible y siempre cambia. Tercero: una concepcion de estas limitaciones no es valida sino tanto como la teoria se encuentre en su propio objeto. Cuarto: para que sea esto imaginable, se necesita hacer una distincion radical entre la teoria (como el producto aparente) y la actividad de la teorizacion, pues esa es una instancia de esta misma socialidad, la cual es el objeto presumado de la teoria. De estas proposiciones sigue que la significacion habitual de “la teoria”, como por ejemplo “la teoria de la cultura”, es una extrusion momentanea, y sometida a revisiones, y una objetivacion, que se niega a si misma, de la actividad de la “teorizacion”, la cual es profundamente social. Palabras clave : cultura, teoria, actividad, socialidad, asuntos humanos.

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Were Does Theorizing Culture Begin?
PREFACE

In what follows, I assume that older mainstream views of culture still insinuate themselves into our discourses even though much of what is theoretical about them is either rejected out of hand or used despite the embarrassment of finding oneself without credible conceptual options. Two things follow. One is that when we speak of culture, as if about a topic or a fact, theory fails us; the other is that it is only by working through the contradictions of the older views, not by showing their inadequacy to one topic or another, that we can begin to think about what theorizing “culture” might look like and what “human affairs” might look like in the light of that sort of theorizing. I will argue that what it might look like is what thinking about Marx’s “society of the producers” might look like. I will discuss some of the obstacles theory needs to overcome and some resources for recovering an idea of “sociality” adequate to the task. Along the way, I examine a distinction between “theory” and “theorizing.”
THE ARGUMENT Until recently, the received concept of “culture” varied between two poles of conceptualization, so far as it was intended to apply to quintessentially modern societies rather than, as earlier, to societies thought of as “pre-modern.” The first identifies normatively qualified expressive forms in which a society is thought to accommodate to its historically determinate material conditions. It is the nature of these forms, as theorized, to surpass their initial conditions. As such, they constitute a more or less definite but nevertheless malleable representational field
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Michael B ROWN

the discourses of which must be thought of as immanently metaphorical and therefore essentially untranslatable. This field can be further specified as constituting the symbolically reflexive aspect of action – in other words, internal, in contrast with external, relations. It therefore accounts for all socially valid identities, or, more generally, agency-dependent particularities. In this regard, the “symbolic aspect of action” is not a matter of content. It refers to the fact that everything delineated as discrete actions, or instances of agency, implicate other such actions. Consequently, all actions must be considered as mutually referential, where referentiality is open rather than closed and, therefore, essentially ambiguous. That is, no reference is complete, and agency cannot be conceived of on the basis of definite units of analysis. In this regard, the very ideas of “action” and “practice” entail a sense of a purely relational social reality. This allows for two rather different conclusions, difficult to connect. One is that social forms must be thought of as essentially incomplete ensembles, and the other is that social action can be thought of as situated conduct oriented by the conduct of an “other.” To the extent to which this view is rigorous, the “other” cannot be someone in particular until it refers to “anyone at all,” and this is not adequately translated simply as the “generalized other.” To the extent to which the “other” is a specific particular, the two conclusions cannot be reconciled. The conception of social action as action in regard to the conduct of a specific other or others cannot provide for the mutual reference on which it nevertheless depends; and any attempt to specify ensembles as units of analysis begs the question of agency. The first pole, then, posits a reality betrayed by most research that has been done under the classifications, “social action,” “culture,” the arts, “organization,” and “social formation.” I will return to it in the course of examining the second pole.
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