TRAITEMENT D

TRAITEMENT D'UNE CRISE EN MILIEU PROFESSIONNEL ET ASSOCIATIF

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Description

Lorsqu'il y a dysfonctionnement dans une entreprise, le recours aux cabinets de consultants est de plus en plus fréquent. Mais dans certains cas, très conflictuels, les problèmes de relations humaines ne peuvent être traités que de façon thérapeutique. Dans une entreprise à but humanitaire, cette thérapie est d'autant plus délicate que tous les membres s'étaient rassemblés pour une même action avec le même idéal. Aussi cette étude analyse-t-elle les mécanismes en jeu dans les crises, scissions, scandales que l'on peut observer régulièrement dans les groupements associatifs, politiques, services publics, etc.

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Ajouté le 01 septembre 1999
Nombre de lectures 226
EAN13 9782296394476
Langue Français
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TRAITEMENT D'UNE CRISE EN MILIEU PROFESSIONNEL ET ASSOCIA TIF
ou
le gué sur le torrent de l'envie

Collection Psycho-Logiques dirigée par Philippe Brenot et Alain Brun

Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho-Logiques.

Dernières parutions

Jean-Marie ROBINE, Gestalt-thérapie. La construction de soi. Nathalie GIRAUD EAU, Le sida à l'écran. Evelyne BERTIN, Gérontologie, psychanalyse et déshumanisation... P. A. RAOULT (sous la dir. de), Souffrances et violences: psychopathologie des contextes familiaux. Mathieu BEAUREGARD, LafoUe de Valery Fabrikant. Geneviève RAGUENET, La psychothérapie par le conte. Michèle DECLERCK, Le schéma corporel en sophrologie et ses applications thérapeutiques. Françoise MAURY, L'adoption interraciale, 1999. Nicole LEGLISE, L'enfant du milieu ou comment être seul dans une fratrie de trois, 1999. Noureddine BOUATI, Chronopsychologie des personnes agées, 1999. Chantal HURTEAU MIGNON, L'Émergence du Magique dans la Pensée, 1999.

1999 ISBN: 2-7384-8184-1

@ L'Harmattan,

Henri Perret

TRAITEMENT D'UNE CRISE EN MILIEU PROFESSIONNEL ET ASSOCIA TIF
ou le gué sur le torrent de l'envie

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION PREMIÈRE PARTIE - LE ROMAN KLEINIEN 1. L'enfant imaginaire 2. Du néant à l'omnipotence 3. La première histoire d'amour, ou de la relation fusionnelle à la relation duelle 4. La première crise et son premier effet: "le clivage" et le morcellement 5. La Phase maniaco-dépressive, ou "l'accès" à la sagesse 6. La réparation ou le "Happy-End" DEUXIÈME PARTIE ENTREPRENDRE AVEC ET CONTRE L'AUTRE

9

21 25 31 37 41 49

1. Le passage du gué, ou l'oeuvre d'une vie et les tourbillons de l'envie 2. La possession de mots et de biens, contre l'angoisse du néant 3. La passion, ou la jouissance mortelle 4. Le double rôle du bouc émissaire, ou la position schizo-paranoïde 5. La position "up", ou la pathologie maniaco-dépressive 6. Les deux égoïsmes, ou l'envie et la gratitude 7

57 67 75 83 93 103

TROISIÈME PARTIE DIAGNOSTICS SUR UN GROUPE PROFESSIONNEL 1. Groupe et organisation 2. L'Entreprise toute-puissante 3. Les symptômes névrotiques de l'Entreprise 4. L'imposture de la communication, et la solitude du dirigeant 5. La possibilité d'intervention 6. Les symptômes psychotiques dans le monde du travail 113 117 121 127 131 135

QUATRIÈME PARTIE UN GROUPE PROFESSIONNEL "HUMAIN" 1 . Encore un problème d'identité 2 . Le mythe groupaI 3 . La crise interne 4 . La secte, contre la dépression 5 . Traitement de la crise 6 . La confusion, pire que le conflit
CONCLUSION EPILOGUE

145 147 151 155 161 167 173 179

ANNEXE:

MÉTHODE DE TRA VAli

181

Les mots suivis du symbole (*) sont repris dans le glossaire en fin de document

8

INTRODUCTION Un groupe qui s'est réuni autour des mêmes idées, dont tous les membres s'entendent sur le même projet, donne une image unique de puissance et d'efficacité. Et pourtant, il peut connaître une crise. Les membres de ce groupe vont alors consacrer l'essentiel de leur énergie à s'entre-déchirer, parfois jusqu'à la mort de l'entreprise. Et, paradoxalement, le fait que le projet soit social ou humanitaire peut rendre cette crise encore plus explosive. Il est cependant possible d'arrêter ce processus, voire de le prévenir. C'est ce que nous allons démontrer dans cette étude. * Actuellement, les systèmes de communication et d'information ne cessent de se développer, dans l'entreprise comme ailleurs. Ils n'apportent pourtant pas de solution aux crises qui surviennent dans le monde du travail. Parfois la surenchère semble même donner aux conflits une dimension paroxystique, et dépasse le cadre de l'entreprise concernée par son effet sur l'économie du pays. 9

Une autre caractéristique liée au mode de communication actuel, c'est que l'on préfère parler de systèmes et d'organisations plutôt que de groupes humains avec leurs complexités et particularités. (Pour que l'information soit très complète, il faut bien qu'elle soit un peu simplifiée ...) L'ennui, c'est que lorsque le mécanisme grippe, la crise, elle, ne peut pas être traitée de façon systématique, les événements et comportements ne répondant apparemment plus à aucun critère rationnel. C'est pourquoi, même si la mode est à la vision collective et à la généralisation des problèmes, nous allons les considérer à l'échelle individuelle, avant d'analyser ce qui déclenche les réactions et mouvements de groupe. Et à l'image très répandue de la galère nous préférerons celle d'un gué, que chacun doit passer comme il peut, en s'agrippant à des rocs qui devraient permettre de se tenir dans une position stable avec un minimum de dignité. Nous nous pencherons ici sur la pratique de toute activité en partant du principe que, même si elle n'a pour certains qu'une fonction alimentaire, elle est, en tant que dépense d'énergie productrice, un passage apparemment possible de ce gué. Sans prétendre apporter "la" solution à tous les problèmes de la société actuelle, cette approche nouvelle va porter un éclairage différent sur les crises institutionnelles en s'attachant aux mécanismes psychologiques en Jeu. Toute activité va donc être considérée ici comme 10

une tentative, plus ou moins consciente, pour dissiper définitivement nos angoisses fondamentales. Nous pouvons décrire ces angoisses par ce qu'elles nous font ressentir et nous incitent à faire, mais il est impossible de les nommer si ce n'est en terme négatif: notion de manque, menace, impression de danger extrême... C'est la raison pour laquelle nous devons avoir recours à ce langage métaphorique du gué. Nous poumons appeler cela aussi "angoisse d'être aspiré", "d'être dissous par un manque", "un manque d'amour et de vie", autrement dit le sentiment d'être anéanti dans l'oubli et le vide. Mais cela reste dans le domaine de l'ineffable, d'autant plus que l'origine de ces angoisses, leur source vient essentiellement de ce que nous avons vécu aux premiers jours de notre vie, alors que nous n'avions pas le moindre langage. Par contre, là où cela devient vraiment plus concret, c'est lorsque, durant le passage de ce gué composé de notre activité, nous sommes envahis par l'envie, autrement dit, la haine. L'envie est entendue ici dans le sens du ressentiment haineux face au plaisir de l'autre. C'est le désir retourné contre lui-même. Nous allons voir que c'est la satisfaction de pulsions de mort, forces qui, comme les pulsions de vie, sont présentes dans chacune de nos

actions, mais qui, elles, sont bien difficiles à assumer
'"

Si le torrent est donc le flux violent de toutes nos tendances débridées, le gué sera d'autant plus glissant que 11

nous refuserons de prendre en compte ces dangers, bien réels, eux. Cela peut se produire d'autant plus facilement que la source de ces dangers, l'instinct de mort, est le plus souvent refoulé. De fait, nous constatons qu'il y a deux sortes d'angoisses opposées: les saines, qui nous poussent à agir et nous laissent quelque répit lorsque cette action est plutôt réussie. Et puis il y a les autres, celles qui nous envahissent tellement que nous sommes paralysés, ou même poussés à agir de façon aberrante. 1. C'est donc par une approche psychanalytique que nous arriverons aux mécanismes pathologiques de la crise et à la possibilité de la résoudre. Nous nous sommes inspirés des découvertes de Mélanie KLEIN(*), psychanalyste qui s'est distinguée par une théorie particulièrement intéressante, non seulement sur la source de nos angoisses, mais aussi sur le caractère mortifère de l'envie. Elle est partie du principe que nous avons eu, dans les tout premiers jours de notre vie, une relation avec le monde extérieur tellement archaïque et irréelle, autrement dit tellement folle, que nous avons connu, à ce moment-là, les grandes angoisses psychotiques, c'est-à-dire relevant d'une pathologie mentale grave. Et si ce "drame" en cinq actes, que nous allons relater, a eu normalement une fin heureuse, il a quand même laissé des traces, voire des fêlures qui peuvent donner lieu:
- soit à des violences extrêmement destructrices,

12

dans le feu de la passion, - soit à des effondrements moment dépressif.

sans fond dans un

Nous aurons donc une approche bien différente de celle des "audits" et consultants que nous voyons proliférer autour des entreprises en difficulté. Car face à une situation de crise, nous nous adresserons à des individus qui souffrent dans Je groupe auquel ils appartiennent, et en premier lieu, à leur dirigeant qui aimerait peut -être comprendre, avant d'appliquer un plan de restructuration ou toute autre mesure radicale. II. Nous allons voir comment tout individu qui souffre, ou craint de souffrir dans sa relation avec autrui, va essayer de se protéger tout en gardant une bonne image de lui-même. Et nous retrouverons les différentes "scènes" du drame kleinien, transposées dans la vie d'adulte, lorsque sa personnalité souffre d'une pathologie sousjacente ou d'une situation particulièrement éprouvante. Par contre, nous verrons que, lorsqu'il s'agit de réactions collectives, leur "archaïsme" n'a rien d'exceptionnel. Et notre étude va même permettre de comprendre leurs mécanismes malgré leur aspect parfois complètement irrationnel. III. Un groupe professionnel peut souffrir non seulement:
- de symptômes névrotiques, qui ne sont pas mortels

malgré la gêne importante qu'ils provoquent (des accidents de travail répétés, un absentéisme contagieux, 13

des inhibitions perturbant le fonctionnement ... etc. )
- mais aussi, nous le voyons tous les jours, de maux

entraînant son effondrement dans un fracas dramatique. On en attribue souvent la cause à des éléments extérieurs, au contexte économique et mondial. Ici nous nous pencherons sur les causes internes, pour proposer une méthode de traitement de certains symptômes. Ce ne sera pas une panacée contre tous les conflits naturels de la vie. Cela pourra même être douloureux dans le sens où il faudra peut-être faire le deuil d'une certaine "toutepuissance" manifestée dans beaucoup d'entreprises actuelles. Leurs dirigeants devront en tous cas renoncer à passer ce torrent de l'envie sans se "mouiller". Cela nécessitera la construction d'un gué plus sûr. Il faudra envisager un autre type d'institution. (Nous concevons ici le terme d'institution dans ses deux sens, c'est-à-dire l'action par laquelle on institue, et la chose instituée). IV. D'ailleurs, les dirigeants qui cherchent à se "réaliser" dans des domaines comme le militantisme politique, associatif, humanitaire, ou encore dans le "sponsoring" d'une activité sportive, artistique ... sont de plus en plus nombreux. Cela nous a conduits à étudier les problèmes internes à ce type de structures. Mais pendant que le gouvernement s'intéresse à la situation fiscale de ces institutions qu'il faut considérer comme des entreprises, (elles totalisent quand même un chiffre d'affaires d'environ deux cents milliards ...), des crises, parfois sur fond de scandale, bouleversent complètement ces édifices fondés pourtant sur des valeurs 14

humaines incontestables. Leur importance et leur renommée (l'A.R.C., la grande loge maçonnique, l'O.N.D., des partis politiques ... ) ne font qu'accroître le désarroi des acteurs et la désolation des spectateurs sympathisants. C'est la raison pour laquelle l'objet ultime de cette étude est de montrer pourquoi ce secteur non-lucratif est plus particulièrement exposé à un certain type de crises et qu'un traitement efficace est quand même possible.

*

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PREMIÈRE PARTIE

LE ROMAN KLEINIEN

Affirmer que le tout début de notre vie s'est passé exactement comme dans ce roman, à savoir dans le même ordre, avec les mêmes pensées et réactions serait abusif. Mais les entorses infligées à la vérité ne se situent pas du tout dans la démesure des propos. En effet, de même que la réalité dépasse parfois la fiction, ici ce drame serait plutôt "à l'eau de rose" à coté du film d'horreur et de passions que nous avons dû vivre. Nous en aurons la preuve lorsque, pour concrétiser ces scènes, nous évoquerons le comportement pathologique d'enfants qui n'ont pas pu connaître la fin heureuse de cette histoire. Ce qui, par contre, a été "arrangé", c'est l'ordre chronologique et l'enchaînement des différents stades atteints. Cette reconstruction est fondée sur l'étude clinique des pathologies psychotiques. Nous constatons en effet que tout se passe comme si cette histoire avait tendance à se répéter dans cette suite logique et avec les fantasmes que nous allons évoquer. C'est ce qui permet de mieux comprendre les mécanismes de réactions paroxystiques et aberrantes. Cela donne un sens à des attitudes apparemment irrationnelles. Et si nous commençons par ce "roman", c'est parce que nous constatons qu'un groupe en crise, entité dépourvue de langage élaboré, peut être assimilé à un être animé des fantasmes les plus archaïques.

* 19