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Une anthropologie des adoptions en Colombie

328 pages
En 2015, la Colombie se situait au deuxième rang mondial des adoptions françaises à l'étranger. Comment l'acte d'abandon prend-t-il sens pour une femme dont la grossesse n'a pas été désirée ? Selon quels critères l'État colombien définit-il l'adoptabilité d'un enfant ? Quelles sont les modalités d'implication de la famille d'accueil dans ce maternage transitoire ? Quel est le rôle des parents adoptants dans la construction identitaire de l'enfant ? Cette anthropologie politique de l'adoption en Colombie fait la richesse de ce livre.
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États pour sa déInition et sa mise en œuvre. Cette pratique de l’adoption
n’a pas été désirée ? Selon quels critères l’État colombien déInit-il
famille d’accueil dans ce maternage transitoire ? EnIn, de quelle manière
analysés avec Inesse par l’auteure à partir d’un corpus méthodologiquement
Amandine DELORD
UNE ANTHROPOLOGIE DES ADOPTIONS EN COLOMBIE
Amandine DELORD Entre rencontres, ruptures et expériences : la dynamique des liens de parenté dans la circulation d’enfants
EN COLOMBIE
A R E C H E R C H E S M É R I Q U E S L AT I N E S
Préface d’Agnès FINE
UNE ANTHROPOLOGIE DES ADOPTIONS EN COLOMBIE Entre rencontres, ruptures et expériences : la dynamique des liens de parenté dans la circulation d’enfants
Recherches Amériques latines Collection dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chassin
La collectionRecherches Amériques latinespublie des travaux de recherche de toutes disciplines scientifiques sur cet espace qui s’étend du Mexique et des Caraïbes à l’Argentine et au Chili.
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Amandine DELORDUNE ANTHROPOLOGIE DES ADOPTIONS EN COLOMBIE Entre rencontres, ruptures et expériences : la dynamique des liens de parenté dans la circulation d’enfants Préface d'Agnès FINE
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11784-3 EAN : 9782343117843
PRÉFACE
Les lecteurs qui s’intéressent à l’adoption et plus généralement aux questions de parenté et de genre trouveront dans l’ouvrage d’Amandine Delord une riche ethnographie pour alimenter leur réflexion. L’auteure a mené dans plusieurs régions de Colombie des enquêtes intensives pendant plus de sept ans, au moment même où le champ de l’adoption se transformait de manière radicale. En effet la Colombie s’est dotée dans les années 1970 d’organismes étatiques de protection de l’enfance, sur le modèle des systèmes occidentaux, alors qu’auparavant la gestion de l’enfance délaissée était régulée de manière traditionnelle : quand des parents rencontraient des difficultés pour élever leurs enfants (décès, maladie, séparation, travail, migration, pauvreté extrême), ils les confiaient pour quelques semaines, quelques mois ou de longues années, à une grand-mère, une tante, une sœur aînée, ou même à une voisine. Ces femmes étaient considérées par les enfants comme des deuxièmes mères, le fait même d’élever un enfant, de le nourrir étant au cœur de la maternité. Cette tradition desmadres de crianzaverbe (du criar, élever, nourrir) et des transferts d’enfants d’un foyer à l’autre existe toujours dans les milieux populaires, comme a pu le constater l’auteure. La loi colombienne reconnaît d’ailleurs cette adoption de fait en autorisant sa légalisation si les intéressés sont demandeurs et si certaines conditions sont réunies. Mais le plus souvent, dans ces adoptions temporaires ou de longue durée, l’État et le droit sont absents, les arrangements se faisant au sein d’un milieu d’interconnaissance. Les personnes qui ont ainsi changé plusieurs fois de foyer disent volontiers qu’ils ont eu plusieurs mères, sans occulter le moins du monde l’importance de celle qui les a mis au monde. Amandine Delord a reconnu dans cette pratique celle que l’anthropologue américaine Claudia Fonseca avait observée dans les classes populaires brésiliennes et analysée dans de très nombreux écrits depuis le milieu des années 1980. Cette dernière a mis en évidence comment ce placement provisoire d’enfants a pu donner lieu à de terribles malentendus. Les mères confiaient leurs enfants dans les orphelinats, en pensant les reprendre lorsque leur situation matérielle s’améliorerait. Or s’implantaient au même moment des politiques publiques de protection de l’enfance, en particulier l’adoption nationale et internationale telle qu’elle est pratiquée dans le monde occidental, qui ont considéré ces enfants placés en orphelinat comme abandonnés donc adoptables. Certains d’entre eux furent ainsi adoptés sans que leur mère comprenne réellement le caractère définitif de cette adoption. Amandine Delord saisit l’adoption en Colombie dans une situation de transition comparable. Elle mène ses enquêtes précisément pendant les années où flambe la demande d’adoptions au niveau international. Or la Colombie et la France figurent dans le peloton de tête des pays respectivement donateurs et donataires d’enfants adoptés. Ce qui explique d’ailleurs l’intérêt d’Amandine
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Delord pour cette thématique. Alors qu’elle séjourne dans ce pays, elle est inopinément sollicitée pour être traductrice dans un processus d’adoption d’enfants colombiens par des parents français. Sa place d’interprète lui permet de s’intéresser aux différentes étapes vécues par les adoptants dans leurs relations avec les services de protection de l’enfance colombiens (ICBF) et de développer des liens étroits et amicaux avec quelques familles adoptives, ce qui lui donne un poste d’observation privilégié pour l’étude du processus vu du côté des adoptants. Un poste d’observation, mais aussi d’action, comme elle le développe avec une grande réflexivité. Cette place lui permet aussi d’observer les modalités de fonctionnement du système étatique de protection de l’enfance à travers son organisme national (ICBF), très largement influencé par les modèles occidentaux. Elle est donc amenée à analyser les interactions entre les différents acteurs de l’adoption : les parents adoptants, l’État, les familles d’accueil et les familles de naissance. Chacun d’entre eux agit en fonction d’une logique qui lui est propre et se confronte aux autres, dans des rapports de pouvoir que l’auteure met en lumière. Ceux-ci peuvent être facilement objectivés, car il existe en Colombie un système de classement des populations par revenu fiscal (strates 0 à 6). Un classement repris par les habitants dans leurs interactions quotidiennes. Or tous les enfants « donnés » en adoption sont issus des strates 0 à 1, toutes les mères decrianzaen lien avec l’ICBF appartiennent à la strate de 1 à 3, tandis que les parents adoptants sont tous issus des strates 4 à 6 ou bien étrangers issus de pays du nord. Au sommet de la hiérarchie, donc l’État et ses professionnels, surtout des femmes, qui gèrent l’ensemble du processus de l’adoption avec la force de la loi et de l’administration. Ces personnes traitent avec les adoptants colombiens des strates élevées de la société d’une part, les adoptants étrangers d’autre part, les uns et les autres ayant suffisamment de ressources pécuniaires pour pouvoir adopter. Ces deux groupes présentent un point commun, il s’agit dans la majorité des cas de couples stériles qui désirent avoir un enfant bien à eux. C’est donc la forme juridique de l’adoption plénière qui leur convient le mieux, celle qui est pratiquée par les organismes d’adoption. L’enfant doit être préalablement abandonné pour qu’il puisse être adopté. Mais et c’est là un des aspects les plus intéressants de son travail, Amandine Delord enquête également sur les autres acteurs de l’adoption, ceux que l’on ne voit généralement pas dans les recherches en sciences sociales, d’une part les mères de naissance, d’autre part les familles d’accueil dans lesquelles sont placés les enfants sous la responsabilité étatique de l’ICBF, en attendant soit de revenir dans leur famille d’origine, soit d’être adoptés. Il est très rare qu’une recherche sur l’adoption se soit donnée pour objectifs et ait réalisé une enquête sur les interactions entre ces trois acteurs et c’est là une des qualités premières de ce travail. Le texte permet de mesurer de manière vivante l’intensité et l’intériorisation des relations de pouvoirs dans le système de l’adoption. Les mères de naissance, Amandine Delord a su les trouver, ce qu’il faut saluer, car cela n’a pas été simple, et elle a su les écouter. Elles sont issues des
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milieux les plus pauvres, tout à fait au bas de la hiérarchie sociale. Leurs témoignages sont très intéressants : ces femmes ont d’autant moins le désir de garder leur enfant que leur grossesse survient dans un moment de relative solitude, à la suite d’une relation imposée, ou plus ou moins désirée. Le plus souvent, l’abandon de l’enfant suit leur propre abandon par un compagnon. L’avortement est illégal et dangereux et ces femmes l’envisagent avec répulsion, tant la maternité est valorisée dans leur monde social. Il faut donc une conjonction de malheurs, pauvreté et délaissement, pour qu’elles abandonnent leur enfant, pratique très mal vue dans leur entourage. L’auteure révèle avec finesse leur ambivalence. Le système de l’adoption les saisit lorsqu’elles se trouvent exclues de la solidarité élémentaire que procure la conjugalité ou plus généralement l’entourage familial. En leur assurant une prise en charge financière pendant leur grossesse et leur accouchement, en leur offrant une perspective honorable consistant à « donner » leur enfant et non pas à l’abandonner, l’ICBF exerce sur elles une relation de pouvoir relativement consentie. Les enquêtes ethnographiques avec lesmadres de crianza, montrent que le système de l’ICBF ne fonctionne que grâce au travail gratuit de ces femmes de milieu modeste, mais un peu plus aisé que celui des mères de naissance, qui se voient confier par l’ICBF des enfants en attente d’adoption ou devant retourner chez leurs mères de naissance. C’est un travail qui répond à un modèle qu’elles connaissent bien pour l’avoir elles-mêmes souvent vécu dans leur enfance, ou pour l’avoir pratiqué avec quelqu’un de leur parenté, celui de la prise en charge temporaire d’un enfant, et qui leur procure, non pas un emploi (pas de contrat, pas de salaire), mais une gratification psychologique et morale, ainsi que de petits avantages pécuniaires. L’ICBF leur fournit en effet quelques aides matérielles pour couvrir les dépenses liées à la prise en charge de l’enfant. Ces femmes se considèrent comme mal comprises, dominées et maltraitées par l’organisme qui leur confie des enfants. Il leur ôte ce qui fait la valeur de la relation entre mère de naissance et mère decrianza, à savoir des relations égalitaires, de la reconnaissance, un pouvoir de décision sur l’éducation de l’enfant. Parfois les relations qui s’instaurent entre les parents d’accueil et leurs enfants lorsqu’ils résident longtemps ensemble sont créatrices d’un véritable lien de filiation qui rend d’autant plus insupportable la séparation imposée brutalement par l’ICBF en cas d’adoption de l’enfant. Il faut souligner que les enquêtes entre ces différents acteurs sont une vraie victoire de l’ethnologue. En effet, l’organisation même de l’adoption en Colombie, calquée sur le modèle occidental de l’adoption plénière, fait que les mères de sang, les mères d’accueil et les adoptants sont censés ne jamais se rencontrer, l’État s’interposant de manière efficace pour éviter tout contact entre eux. Le cloisonnement et le secret entre ces personnes sont organisés dans le but d’éviter toute fraude ou tout trafic d’enfants. En réalité, c’est la mise en œuvre d’une politique étatique de protection de l’enfance qui organise le transfert de l’enfant et des droits parentaux des parents de naissance aux parents adoptifs. Ce qui implique de faire de l’enfant un être sans attache et
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