Une nouvelle société solidaire
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Description

Pour sortir de la crise morale, politique, économique et écologique mondiale, voici une proposition sérieuse d'un projet de société élaboré à partir du Solidarisme des années 1900. L'auteur nous convie à réaliser ensemble ce projet à l'image d'une construction de la maison de nos rêves, une maison solide, aux lignes harmonieuses et dans laquelle il fera bon vivre.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juillet 2014
Nombre de lectures 6
EAN13 9782336352169
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Ignace Pittet

Une nouvelle
société solidaire
Par un nouveau contrat social

Une nouvelle société solidaire









Une nouvelle société solidaire
Par un nouveau contrat social






















































Ignace Pittet













Une nouvelle société solidaire

Par un nouveau contrat social































































































Du même auteur
Chez le même éditeur

Paysan dans la tourmente. Pour une économie solidaire,
Coll. « Biologie, Écologie, Agronomie »,
Préface de Paul Germain, 2004.


















© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-03306-8
EAN : 9782343033068



Introduction



Cetravail est le résultat de dix ans de réflexion, de recherche
et de tâtonnements. Il est surtout le fruit d’une inspiration
survenue en 2003 lorsqu’une amie de Paris, Professeur
d’Economie à la Sorbonne, m’adressa un livre visant au
1
développement d’unemondialisation humaniste . Ce livre me
révélait l’existence d’un mouvement politique complètement
nouveau pour moi, leSolidarisme.Celui-ci, au tournant du XXe
siècle,voulait instaurer une voie moyenne entre le libéralisme
(qui livrait les faibles aux puissants) et le socialisme (qui
entendait abolir le droit de propriété, pour eux intangible)…Il a
inspiré la plupart des lois sociales empreintes de justice et de
générosité, telles que les retraites ouvrières et paysannes, les
assurances sociales, le repos hebdomadaire obligatoire, les
congés payés, etc.
Pour moi, cette révélation d’un tel mouvement, né d’un
foisonnement d’idées sociales à partir des théories de Joseph
Fourrier ou de Karl Marx, fut à l’origine d’un projet vertigineux
capable de me propulser dans une longue aventure
intellectuelle.
Al’origine de cette passion personnelle, il y eut celle d’un
chercheur désireux de ressusciter cet instrument de renouveau
politique appeléSolidarisme, Marcel Ruby. Celui-ci fonda le
Centre Solidariste de Parisdont il devint le président.
Jedevins moi-même suffisamment passionné par la
proposition du Centre «de lutter pour une mondialisation
humaniste en actualisant le Solidarisme d’hier» pour
qu’aussitôt, je me mette à l’œuvre à la suite d’un certain succès local de


1
Marcel Ruby (sous la direction de),Une mondialisation humaniste,
L’Harmattan, Paris 2003.
7

1
mon premier livre . Comme j’en témoignais dans cet ouvrage,
les luttes entamées et conduites jusqu’au bout dans mon travail
professionnel m’avaient suffisamment aguerri pour tenter de
mener à bien cette nouvelle entreprise.
Envoici donc les résultats. Il s’agit, bien sûr, d’une première
étape où des principes ont été définis, des outils sélectionnés et
des plans établis pour réaliser ensuite, ensemble, la construction
d’un édifice solide et harmonieux, inséré dans un cadre de
nature vivante et diversifiée, selon les règles écologiques les
mieux établies au sein de l’univers.
Toutau long de cet ouvrage, je donnerai quelques références
bibliques. Ma formation en est la cause. Je n’ai pas étudié
d’autre Livre qui ait forgé la foi des peuples à part celui de la
Nature. Mais rassurez-vous, j’en arrive, en conclusion, à la
nécessité d’une morale et d’une expression purement laïques en
ce qui concerne la vie sociale et politique. Si la foi, quelle
qu’elle soit, contribue à l’unité de la vie intérieure et fortifie la
personne en vue d’un engagement extérieur, les différentes
formes religieuses entraînent le plus souvent de graves
divisions. Dans mon cas personnel, ma foi constitue la clé et le
moteur essentiel de mon engagement pour un monde nouveau.
C’est pourquoi, je ne puis m’empêcher d’en révéler les sources.
Jen’hésiterai pas à parler de moi-même, de mon vécu. Je ne
suis certes pas un économiste, ni un politicien, mais la théorie
ne suffit pas. Rien ne vaut sa propre expérience et ses propres
constatations pour faire une bonne analyse de la situation et
étudier les moyens de s’en sortir ou de la transformer. La force
de conviction – se convaincre soi-même pour convaincre les
autres – se forge avant tout par ses réalisations personnelles et
ses actes plutôt qu’avec de belles paroles.
Ainsi,parvenu au terme de plusieurs ébauches et arrivé à la
retraite, en octobre 2009, j’ai emmené avec moi ce projet de
construction d’une société idéale dans une longue marche de
trois mois à travers la France et la Belgique jusqu’à Bruxelles.
Cette démarche originale m’a permis, à travers montagnes et
vallées, dans les campagnes et les cités, de confronter mes idées

1
Paysan dans la tourmente. Pour une économie solidaire,
L’Harmattan, 2004.

8

à la réalité du terrain. 1500 kilomètres et trois mois de
rencontres et de réflexions pas à pas m’ont permis de revenir
encore plus fort et plus convaincu.
La«voie moyenne», celle du Solidarisme renouvelé, sera
plutôt, à mes yeux, la VOIE SUPÉRIEURE, un chemin
conduisant les hommes vers un état social mieux agencé et
mieux organisé, dont j’ai essayé de tracer les contours. Il me
paraît devoir établir un système au même titre que le
capitalisme ou le communisme, mais constitué par des valeurs
supérieures.
Dansson ouvrage sur «l’ordre marchand» qui triomphe
dans notre société actuelle, l’économiste Hervé Hutin définit
très bien ce qu’est un système par rapport à un ordre.Le
système, dit-il,est unensemble cohérent d’éléments. Cette
cohérence est assurée par une logique commune qui structure
1
ces éléments. » . L’ordre, par exemple l’ordre fasciste, s’impose
de façon pragmatique, inéluctable et d’une manière coercitive.
LeSolidarisme, tel que je le propose, constitue un vrai
système, non totalitaire ou coercitif, mais global et convivial. Il
repose sur une idée, une base solide, celle de la solidarité, mais
il englobe tous les aspects d’une vie en société. A l’heure de la
mondialisation moderne et de ses dangers, les hommes ne
peuvent être que solidaires. Les peuples, surtout, doivent établir
des liens de solidarité car, aujourd’hui plus que jamais, leur
destin est lié. Pour se sauver, l’humanité en désarroi a besoin de
s’organiser à partir de qualités supérieures durables comme
l’amour et la fraternité et toutes les valeurs républicaines mises
en œuvre selon un vrai fonctionnement démocratique.
Sile Solidarisme a pu être récupéré par des mouvements
politiques (d’extrême droite surtout), la vision écologique
d’aujourd’hui nous éloigne de tout repli nationaliste et
xénophobe si nous suivons les traces du principal fondateur du
mouvement solidariste, Léon Bourgeois, Prix Nobel de la Paix
en 1920 et sa philosophe politique exprimée dans un livre
intituléSolidarité(1896).


1
Hervé Hutin,Le triomphe de l’ordre marchand, L’Harmattan, Paris
2011, p.13.

9

Letitre de mon ouvrage proposé à votre lecture peut vous
paraître prétentieux. Il s’est imposé à moi au dernier moment,
faute de mieux pour attirer votre attention… Pourquoi cette
nouvelle forme de société que j’ose vous dessiner ne
déboucherait-elle pas sur un nouveau Contrat social qu’il
s’agira ensuite d’appliquer avec le plus grand sérieux mais aussi
dans la joie et l’enthousiasme d’un univers métamorphosé?
L’avenir commence aujourd’hui: en marche les humbles de la
terre !

10

1


Méthode et principe de base



Ledébut du deuxième millénaire aura été marqué par une
série de crises très graves de notre société mondialisée. Elles
ont toutes frappé les plus grandes puissances des siècles
derniers. Celles-ci en ont ressenti une profonde humiliation, car
elles ne s’attendaient pas à un tel ébranlement sur leurs bases
réputées solides, à l’abri de toute épreuve.
Lapremière de ces crises, la plus symbolique, fonctionna
comme un détonateur sur une masse explosive constituée par un
système économique et politique dont la prépondérance avait
fini par s’imposer à toute la terre après la chute du
communisme, le système capitaliste fondé sur la toute puissance de
l’argent. Ce fut l’attentat du 11 septembre 2001.
Pourla première fois, la nation la plus forte du monde
pendant toute la durée du XXe siècle subit une attaque
inattendue sur son propre sol et avec sa propre technologie
civile détournée de ses fins pour atteindre des cibles
symboliques soigneusement choisies par les auteurs d’une
nouvelle guerre.
Profondémenthumiliée par cet affront, cette nation s’est
retrouvée unie comme jamais autour de son président et de son
équipe de «néoconservateurs »,grands-prêtres de l’idéologie
néolibérale teintée de christianisme, pour assurer la puissante
réaction que l’on connaît.
La deuxième crise est intervenue en 2007, à la suite des
efforts guerriers d’une sorte de nouvelle croisade, mais aussi, à
mon avis, comme conséquence d’un affaiblissement
économique dû à cette idéologie fondée sur l’affranchissement de
toute règlementation et sa soumission à la seule règle d’une
concurrence effrénée à l’intérieur des nations comme entre les

11

nations elles-mêmes par la libre circulation des marchandises et
des capitaux.
Cette crise fut, aux Etats-Unis, la crise dessubprimes,
l’éclatement de la bulle immobilière qui jeta à la rue des
milliers de petits propriétaires incapables de payer leurs dettes
avec lesquelles on avait fait des produits financiers à risque
dont la valeur s’est révélée très toxique (toxic assets). Les
conséquences de ces manœuvres financières étendues au monde
entier fut la grave crise bancaire de 2008 puis la crise
économique qui s’ensuivit.
Mais cette crise économique existait déjà à l’intérieur et à
l’extérieur, surtout dans les pays développés, comme en Europe,
incapables de résister au raz de marée des marchandises à bon
marché expédiées par des puissances émergentes dont les
salaires et les cotisations sociales restent au plus bas niveau. La
crise bancaire et son influence sur l’économie réelle renforça ce
phénomène d’effondrement des emplois productifs et le
développement des inégalités sociales.
La dernière phase fut la crise de la dette en 2011. Elle affecta
surtout les pays développés. Aux Etats-Unis, le président
Obama obtint le relèvement du plafond de la dette autorisée ; en
Europe, les Etats, la Banque Centrale et le FMI durent jouer aux
pompiers pour arrêter l’incendie provoqué par les marchés
financiers, surtout dans les Etats du Sud où la crise sociale
s’aggrave.
Bref, la situation est semblable à celle de 1929, mais
accentuée par le phénomène de la spéculation. Les pauvres ne
peuvent pas vivre indéfiniment au-dessus de leurs moyens avec
des cartes de crédit et les classes moyennes en continuant
d’emprunter quand les plus riches s’amusent à spéculer et
s’enrichissent à leurs dépends.
En 2013, cependant, l’économie des Etats-Unis semble se
relever d’une manière assez spectaculaire, grâce à l’énergie
produite par l’extraction du pétrole et du gaz de schiste et grâce
auMade in the USA. Lafabrication revient avec le relèvement
du coût des transports internationaux et la hausse des salaires et
des charges en Chine mais surtout avec les nouvelles
technologies.?Manufacturing is back-but where are the jobs

12

(l’industrie est de retour, mais où sont les emplois?), titre le
1
magazineTimesur sa page de couverture .
En effet, la nouvelle technologie s’est développée d’une
manière merveilleuse avec la robotisation
:3-D-printing(imprimante en trois dimensions) ouadditive manufactering,
fabrication dirigée par ordinateur. C’est ainsi qu’en Suisse, un grand
industriel et homme d’affaires d’origine américano-libanaise,
Nicolas Hayek, est devenu le sauveur de l’industrie horlogère.
Dans l’un de ses ateliers, par exemple, il n’y a plus besoin
d’ouvrières ;un seul technicien suffit pour la fabrication des
montres à la cadence d’une toutes les neuf minutes.
En France, également, un fabricant de chaussettes, Jacques
Marie, dans les Vosges, a cessé de travailler pour la marque
Dim afin de réaliser uniquement dumade in France, vendu plus
cher, mais entièrement français (sauf la matière première, sans
doute). Avec cette nouvelle technologie assistée par ordinateur,
il suffit de six minutes pour en tricoter une et quarante-cinq
secondes pour le façonnage et l’étiquetage.
« Maisoù sont les emplois? »,interrogent les auteurs de
l’article du Time. Je rajouterai aussi une autre question: que
devient l’homme dans ce système? Plus de travail à la chaîne
avec ses gestes répétitifs : tant mieux ! La machine le remplace,
progrès indéniable. Les emplois sont très qualifiés dans la
programmation, surveillance ou maintenance et dans le secteur
recherche et développement. Mais qui dirige l’ensemble et à qui
les profits sont-ils distribués ? A ceux qui détiennent la finance.
La réponse à cette question de l’homme et de son autonomie
en tant que personne reconnue dans sa dignité et dans sa liberté
créatrice me semble primordiale. Dans ce contexte, il nous faut
choisir entre le modèle de société totalitaire où nous restons des
robots au bénéfice d’une élite de dirigeants fortunés et puissants
et le modèle d’une société d’hommes libres et égaux vivant
dans un esprit de fraternité et d’entraide.
Avec le progrès technologique, nous arrivons devant un
choix à faire. Ou bien nous choisissons les petites structures
diversifiées et la qualité de vie, une vie où l’homme n’est plus
esclave du travail en attendant la retraite; ou bien nous nous

1
Time, 22 avril 2013.

13

laissons entraîner toujours plus dans le système des grandes
compagnies et d’une société concentrationnaire et inégalitaire.
Ce deuxième modèle de société nous conduit directement à
la forme décrite par George Orwel dans son ouvrage intitulé
simplement1984.Dès 1949, il voyait poindre cette nouvelle
société sans âme où chacun est contrôlé et surveillé. Le
communisme n’a pas réussi à aller jusqu’au bout de sa concrétisation.
Mais le capitalisme pourrait la mener à bien avec ses caméras
de surveillance et ses fichiers informatiques.
Dans son développement ultime, ce système a engendré un
ordre, l’ordre marchand. Il incite l’individu à consommer une
multiplicité de produits qu’il ne fabrique plus lui-même et dont
il croit avoir absolument besoin. La frustration de ceux qui ne
peuvent se les procurer, faute d’argent, les pousse à user de
violence pour s’en approprier, d’où la multiplication des vols et
des agressions. Pour se défendre, le système doit s’armer de
plus en plus, établir partout des clôtures et des systèmes de
vidéosurveillance. Le secteur de la sécurité connaît un
développement fantastique, mais quelle passion peut avoir un
agent de sécurité pour son travail ?


Nécessité d’un vrai changement


Un tel système, qui vise à la consommation et non à la
création avec une logique de plein emploi, ne pourra subsister
longtemps. Alors que l’on ne s’y attendait pas, le mur de Berlin
est tombé, le rideau de fer s’est écroulé. La soif de liberté a été
la plus forte. Mais aujourd’hui, celle-ci, la liberté de
consommer, ne satisfait plus l’homme. Face à la montée vertigineuse
des inégalités, à la multiplication des personnes nécessiteuses
ou démunies, les banques alimentaires, les « restos du cœur » et
toutes les institutions caritatives ne suffisent plus à conjurer le
malheur de notre société.

Beaucoup ont analysé les causes de ces crises et de la
situation catastrophique à laquelle nous sommes parvenus.

14

D’autres se sont indignés et se sont mis à occuper des places,
depuis Madrid, Tunis ou Le Caire, jusqu’à Wall Street, mais,
sans la proposition d’un plan sérieux et précis de construction
d’une nouvelle société, toutes ces réactions n’aboutissent à rien.
Des gouvernements corrompus et même des dictatures peuvent
tomber, des mouvements réactionnaires viennent prendre la
place libérée pour y imposer leur morale d’un ancien temps.
Car il s’agit bien, à la base, d’une crise morale engendrant
une crise sociale, économique et politique. A cela s’ajoute la
crise écologique. Partout, dans tous les pays, la logique du
profit a miné toutes les couches de la société. Partout le
commerce s’est développé jusqu’à l’hypertrophie car, dans le
système actuel, on gagne plus à acheter et revendre plutôt qu’à
produire. Partout les importations de produits bon marché de
certains pays asiatiques se sont multipliées. L’artisanat a
fortement régressé et l’agriculture locale a été négligée.

A la base de tout ce processus fonctionnant comme un cercle
vicieux se trouve le principe de l’avidité, ou cupidité. Dans
l’une de ses lettres, notre ami Jack, celui qui nous avait
accueillis, Chantal et moi, chez lui, en Californie, nous parlait
de cegreed commed’une fatalité. Pour lui, ma tentative de
promouvoir un autre système est vouée à l’échec. A la même
époque, Joseph E. Stiglitz, Prix Nobel d’Economie, écrivait son
ouvrage intituléLe triomphe de la cupidité,à propos de la
1
crise .
Cet économiste de renommée mondiale est convaincu de la
nécessité d’un «nouvel ordre capitaliste». Il faut redonner sa
place à l’Etat, réformer les structures et surmonter la crise
morale pour aboutir à une nouvelle société en laquelle on puisse
placer sa confiance.
A mon sens, cette cupidité, inscrite au cœur de l’homme, est
devenue une addiction au même titre que l’alcool quand son
usage n’est plus contrôlé. Elle fonctionne comme un véhicule
dont on a supprimé les freins. Si elle n’est pas mortelle pour
l’individu, ses conséquences se révèlent désastreuses pour la


1
Le triomphe de la cupidité, Les Liens qui Libèrent, Paris 2010.

15

société. Comme un cancer, injustice et inégalités se développent
et provoquent tous les désordres rapportés par les médias.
Cependant, pour moi, il ne suffit pas de remettre des freins
au véhicule ou un pilote aux commandes. Il s’agit de changer de
véhicule. On ne répare pas un engin mal conçu qui se trouve au
bord de l’effondrement. On ne va pas réformer le capitalisme ;
les efforts tentés pour réformer le communisme n’ont pas
abouti, sauf en Chine où l’on a remplacé un moteur poussif
(« Mettonstout en commun») par le moteur capitaliste (le
« Enrichissez-vous ! »,mot d’ordre de Deng Xiaoping) tout en
maintenant le même système de commande autoritaire.
Levrai changement sera donc un changement de véhicule,
l’abandon du capitalisme pour instaurer un système nouveau
adapté aux besoins d’une société mondialisée du XXIe siècle
pour le bonheur de l’Homme et le bien-être de la planète Terre.
Avant d’en exposer les caractéristiques et d’en proposer la
construction, je voudrais revenir aux origines de la crise et au
principal signe des temps marquant l’entrée dans le nouveau
millénaire, l’attentat du 11 septembre 2001.

Lapremière cible visée par les auteurs de l’attentat fut
précisément un symbole du grand commerce international, le
World Trade Center (Centre du Commerce Mondial). Le
symbolisme en était d’ailleurs souligné par une sphère
imposante de deux tonnes placée en 1971 au pied des deux
tours jumelles. Elle était censée représenter « un monde devenu
meilleur par le développement du commerce mondial». Ce
monument fut replacé six mois plus tard sur le site de la
catastrophe. Le monde est-il vraiment devenu meilleur ?
Dans un message au peuple des Etats-Unis, quatre ans après
les événements, Oussama Ben Laden avait voulu justifier son
action par «un grand sentiment de rejet de l’injustice et une
forte détermination à punir les injustes» (par rapport aux
Palestiniens et suite à l’invasion du Liban par Israël).
Les citoyens de cette grande nation se sont-ils interrogés à
propos de cette guerre terroriste qui s’est encore amplifiée dans
le monde ? A part les interventions armées dans le style
actionréaction, les pouvoirs politiques ne semblent pas avoir
beaucoup réfléchi aux différentes causes possibles d’une telle

16

violence à leur encontre ou sur une éventuelle remise en
question nécessaire.
Un professeur d’Arvard, riche de cinquante ans de pratique
en pédiatrie, en tire au moins les conséquences de cette
manière :
Depuis l’attentat du Word Trade Center, les classes
moyennes ont réalisé qu’elles ne pourraient pas offrir à leurs
enfants l’avenir parfait qu’elles pensaient avoir bâti pour eux..
Dans le monde qui s’est révélé le 11 septembre, il faut
choisir entre deux options, soit continuer de transmettre à nos
enfants l’esprit de compétition, d’agressivité qui leur permettra
de s’adapter individuellement à un monde plus dur. Soit les
éveiller à une conscience planétaire, à l’esprit de partage et
d’équité. Nous sommes sur le point de basculer. La générosité,
la confiance ou la peur; ce choix sous-tend les relations
parents-enfants dès les premières minutes de la vie.

Aux actions malfaisantes ou terroristes dont nous voyons les
images chaque jour à la télévision ou dans les journaux, il faut
certes une réaction. Il faut prendre des mesures. Mais savoir
aussi remettre en question nos comportements et notre société.
La conclusion du Professeur Brazelton par rapport au 11
septembre me fait penser à l’injonction de Jésus, dans
l’Evangile. Après la chute de la tour de Siloë, à Jérusalem, causant la
mort de dix-huit personnes, et l’annonce de l’exécution de
terroristes galiléens dans le temple par Pilate, le gouverneur
romain, Jésus répond à ceux qui l’interrogent sur ces
événements : «Si vous ne changez pas de mentalité, vous
périrez tous pareillement.» (Luc 13 ; 5).
La vraie traduction du termemetanoèté,de la langue
grecque dans laquelle ces écrits nous ont été transmis, est celle
de «changez de mentalité». Il s’agit d’un changement de
pensée, ou de façon de penser (metanoia). Tel est, pour moi, le
premier changement à opérer. Voilà ce que je voudrais
développer dans ce chapitre.
Cet appel à un changement de mentalité intervient en
conclusion d’un passage sur l’importance de regarder les signes des
temps. Aujourd’hui, nous pouvons nous apercevoir que des
événements de plus en plus nombreux nous conduisent vers la

17

nécessité d’un changement. Mais ce changement ne peut
consister à remettre quelques règles ou à injecter un peu d’huile
dans les rouages d’un système vicié à la base. Si le système
actuel fonctionne sur le vice de la cupidité, il s’agit de refonder
un autre système basé sur la vertu. Il ne fonctionne pas en cercle
fermé sur nos égoïsmes mais dans le sens d’une ligne montante,
celle de la fraternité universelle faite de générosité et de
solidarité.
Pour agir sur la société et la guérir de ses malheurs, on doit
d’abord en connaître les causes. La cupidité, le désir de
s’enrichir, la soif du profit sont les différents aspects de la
même cause. Elle s’exprime dans l’économie du monde par la
compétition, la concurrence libre et sans entrave, la croissance
matérielle à tout prix avec des pôles de compétitivité et des
structures industrielles et financières de plus en plus puissantes.
Pour changer en profondeur cette société, il faudra donc agir
en profondeur en supprimant ces causes de malheurs:
remplacer l’avidité ou la cupidité par la joie de créer ensemble,
remplacer la compétition par la coopération, abandonner la
recherche du toujours plus par celle de la qualité en tout, surtout
dans les relations humaines, vouloir avant tout la dignité de
chacun et le bonheur de tous.


La méthode homéopathique


Pour guérir la société, nous pouvons utiliser les méthodes
d’analyse modernes fournies par les sciences et acceptées en
toute modestie. Elles ne sont pas la vérité éternelle, elles sont
limitées et souvent cloisonnées. La pensée unique est
dangereuse, mais le regard d’ouverture pluridisciplinaire et surtout
pluriculturel peut nous amener à un vrai changement.
Cependant, pour guérir la société actuelle du mal qui la
ronge et la menace, je propose la méthode homéopathique. On
la définit vulgairement par «la guérison du mal par le mal»,
mais la définition n’est pas exacte. Il s’agit plutôt d’une
guérison par le «semblable »suivant la formule latine:
«similia similibus curantur». C’est l’inverse de la méthode

18

classique héritée du médecin grec Hippocrate dont la formule
est :contraria contrariis curantur, c'est-à-dire : les choses
contraires doivent être soignées par les contraires.
Actuellement, les gouvernements et la plupart des
organismes internationaux (ONG, institutions humanitaires),
n’utilisent que cette dernière méthode pour lutter contre la
misère. On pense pouvoir la résorber par l’argent.Mais,
l’argent étant à l’origine du problème, celui-ci ne fait que
s’accentuer.
La crise économique actuelle nous révèle encore plus la
misère dans notre univers mondialisé. Tous les gouvernants
pensent pouvoir guérir la pauvreté sociale et la misère par la
richesse, donner de l’argent ou mieux, dire simplement
«enrichissez-vous »,ou encore «travaillez plus pour gagner
plus ! ».
On injecte des liquidités pour guérir le système financier
malade de boulimie qui suscite des crises à répétition. La
finance étant pour l’économie l’équivalent du sang pour le
corps humain, on a simplement pratiqué des transfusions.
Comme on a fait des transfusions sanguines à un ami alcoolique
lors de deux arrêts cardiaques (Il faut bien que l’entreprise
hospitalière tourne). Mais cet ami, on ne l’a pas guéri, on a
prolongé sa vie. On lui a tout simplement permis de souffrir
plus longtemps, surtout moralement.
Dans l’Evangile, il est très souvent question d’argent. Mais
pour s’en débarrasser, s’en libérer. C’est la condition du salut,
la condition du bonheur. La méthode évangélique est la
méthode homéopathique par excellence : guérir la misère par la
pauvreté : « Bienheureux les pauvres ! Malheur aux riches. Va,
vends tout ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, puis viens
et suis-moi. Tu auras un trésor dans le ciel. ». Ce conseil n’était
pas donné à tout le monde, mais à ceux qui étaient appelés à
être les témoins de cette radicalité de la bonne nouvelle d’un
monde nouveau.
Cette méthode est homéopathique parce que la misère n’est
pas guérie par son contraire, à savoir la richesse, mais par son
semblable, à savoir la pauvreté ou, pour employer un terme plus
positif, la sobriété. Il existe une similitude entre misère et
pauvreté, mais la pauvreté peut être une libération quand elle

19

n’est pas subie, mais choisie par souci d’égalité pour qu’il n’y
ait plus de misère, pour entrer déjà dans cet état social équitable
où la misère, avilissante pour l’homme, doit être éradiquée.
Cette libération est source de vraie joie.
Bien sûr, on s’est toujours sorti du problème posé par les
exigences de Jésus au sujet de cette voie de pauvreté en
préférant le texte de Matthieu où Jésus parle du bonheur pour
les «pauvres en esprit» ou les «pauvres de cœur» sans
abandonner les richesses. L’Evangile de Luc utilise un langage
plus direct : « Heureux, vous les pauvres : le Royaume de Dieu
est à vous. » (Lc 6.20), et un peu plus loin : « Mais malheureux,
vous les riches: vous tenez votre consolation. Malheureux,
vous qui êtes repus maintenant : vous aurez faim! (Lc 6 ; 24-25)
D’après les exégètes, Luc était médecin. Donc un lettré de
l’époque et non un simple guérisseur. Il a écrit, dans un premier
livre, les faits concernant Jésus puis, dans un deuxième, il a
raconté la suite des événements, les « Actes des Apôtres » et la
vie des premiers chrétiens. Est-ce consciemment qu’il relevait
avec précision les faits et faisait apparaître plus clairement les
paroles de Jésus concernant la guérison des maux de son
époque ?
Un médecin homéopathe de notre quartier, rencontré un jour
au cours d’un voyage en train, m’a éclairé sur le
fonctionnement de l’homéopathie. En réalité, disait-il, on ne sait pas très
bien comment elle agit. Je fus très surpris de l’apprendre. Le
traitement fonctionne lorsque le remède est approprié et avec de
très petites doses. Parfois même avec des « simples » comme on
appelle parfois les plantes médicinales.
On pourrait ainsi caractériser d’« écologique » cette méthode
de guérison puisqu’elle a un rapport avec la nature. On ne saisit
pas toute la richesse du fonctionnement de la nature et de sa
capacité de guérison et de régénération. Mais en la
reconnaissant, pourquoi ne pas transposer la méthode homéopathique
dans le domaine des activités humaines en rapport avec la
nature et sur le plan de la guérison sociale et économique ?
En Afrique, par exemple, ou au Bengladesh, la méthode des
petites doses marche. On peut citer la méthode agro-écologique
de Pierre Rabhi au Burkina Faso ou celle de l’agronome belge
Pierre Gevaert au Sénégal, les méthodes ancestrales de Seda et

20

Tiyéda auTogo : diplômés universitaire en France, ce couple
togolais a fondé, voici quarante ans, le Centre International de
Développement Agro-Pastoral (CIDAP). Des Africains se
prennent en main avec des puits, des cultures et des plantations
d’arbres ;des moyens simples sont développés et multipliés.
Alors les gens ne cherchent plus à s’expatrier pour trouver du
travail en Europe.
Au Bengladesh, grâce au système des microcrédits et des
banques Grameen, instauré par Muhammad Yunus, Prix Nobel
de la Paix pour cette innovation, des gens, surtout des femmes,
entreprennent de petites réalisations à taille humaine. Ainsi
l’économie se développe grâce à l’esprit d’entreprise à la base,
à travers de petites structures familiales ou gérées d’une
manière communautaire et démocratique.
Tout cela vaut mieux que les grandes réalisations instaurées
grâce aux capitaux étrangers déversés par la Banque Mondiale
ou le FMI: ils sont accompagnés d’exigences de rentabilité et
de restructurations selon le modèle capitaliste des grandes
nations ; ils favorisent les plus riches et détruisent le tissu social
en créant de plus grandes inégalités.
Vous direz que la finance a créé la richesse actuelle de la
Chine et engendré sa puissance économique. Mais sur le
milliard de Chinois qui vivent dans cet immense sous continent,
combien en profitent réellement ? Comment la personne est-elle
considérée et respectée ? Et quel degré de pollution a généré ce
développement extraordinaire! Quel accroissement de l’aridité
de la terre autrefois plus fertile. A tel point que le territoire d’où
le soja tire son origine, ce pays dont il était une plante
traditionnelle cultivée pour sa nourriture, ce grand pays est
devenu importateur de cet aliment, spécialement pour nourrir
les animaux. On a voulu copier les Occidentaux devenus grands
mangeurs d’animaux nourris de plus en plus par les rations de
maïs et de soja. Or, cette alimentation moderne exige au moins
sept fois plus de terre agricole pour un résultat qualitatif,
diététique et sanitaire contestable.
En langage profane aujourd’hui, avec la méthode
homéopathique cela donnerait l’équation suivante : la pauvreté chasse
la misère, et non pas, la richesse chasse la misère. Joseph

21

1
Stiglitz l’aclairement reconnu dansLa Grande Désillusion: la
théorie libérale des retombées (letrickle downen anglais ou le
« ruissellement »en français), ça ne marche pas; la
mondialisation ne marche pas! Et l’on voit bien comment la richesse
des pays du Nord et celle générée dans les pays émergents par
les principes économiques occidentaux créent des déséquilibres
énormes et provoquent la misère dans une grande partie de la
population des pays du Sud.


Le principe d’humilité


Leprincipe moteur d’un vrai développement respectueux de
l’environnement et véritablement efficace dans la durée est le
principe d’humilité et de simplicité. Principe écologique et
biologique, il est à la base de la méthode homéopathique. Cette
dernière rend le médecin modeste car il ne domine pas
entièrement le fonctionnement de la nature. C’est pourquoi, elle
fait l’objet de beaucoup d’opposition.
Le mot «humilité »vient du latin humus, le sol, la terre.
Principe par excellence, la terre est la base, l’origine de toute
vie animale et végétale. Sans la terre, l’homme n’existe pas;
sans la terre, l’homme meurt. Ni l’homme, ni les animaux, ni
aucun être vivant ne peut vivre « hors sol » car toute nourriture
tire son origine du sol. Le récit biblique des origines de
l’homme indique la vraie vocation de l’homme placé dans le
jardin d’Eden, celle de cultiver le sol et de le garder (Genèse 2 ;
15).
Le mot « humanité » vient de cette même racine, « humus »,
la terre. Malheureusement, aujourd’hui, le progrès a entraîné
l’homme à un tel degré de sophistication de sa vie qu’il se
trouve beaucoup trop éloigné de la nature, de la terre et de ses
bienfaits. Non seulement cette déconnexion par rapport à la
nature lui provoque des maladies nouvelles nécessitant
beaucoup de remèdes et de traitements, mais elle met la planète en


1
Joseph E.Stiglitz,La grande désillusion, Fayard, Paris 2002

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danger, détruit les équilibres sociaux et, surtout, fait perdre de
vue le sens de la vie sur la terre.
Grave question philosophique: notre vie a-t-elle un sens?
Quel rôle joue l’humain par rapport à la nature? Grâce aux
découvertes scientifiques et à sa prise de conscience d’être doué
de raison, l’homme a cru tout savoir et, par là-même, tout
dominer. Mais le véritable savant s’aperçoit qu’il ne sait rien
par rapport à la complexité de l’univers et de la vie dans le
cosmos. Il apprend l’humilité. On commence à reconnaître plus
généralement cette vérité que des penseurs isolés comme
Arnaud Desjardins ont affirmé depuis longtemps avec
clairvoyance et fermeté: «un monde qui devait être rationnel
est devenu déraisonnable…Le recours à la raison devait
permettre à l’humanité de sortir du monde obscurantiste des
croyances, des opinions religieuses et des conceptions
1
mythologiques.»
Devant tant de mystères, le vrai philosophe ne peut se
gonfler d’orgueil et nous asséner de vaines paroles. Il ne peut
que revenir au sens premier de la philosophie qui est l’amour de
la sagesse. Telle fut la démarche de Voltaire à la fin de sa vie
dans un siècle marqué par la découverte de la rationalité.
Devant tant de malheurs à travers le monde, il a cherché une
réponse. Après le terrible tremblement de terre de Lisbonne, il
en est venu non pas au retrait sur soi-même, mais à l’humilité.
L’humilité la plus concrète démontrée dans sa conclusion de
Candide, le conte philosophique devenu un best-seller de son
époque.
Dans la grave crise de sens que rencontre l’homme
aujourd’hui, revenir à l’école de la sagesse est une attitude de
simplicité et d’humilité. Elle seule pourra engendrer un plus
qualitatif à notre vie d’homme et d’homme social.

Une concrétisation de ce principe d’humilité sera
essentiellement le choix de petites structures et de moyens simples
pour toutes nos activités. Le choix du secteur primaire agricole,
comme activité principale de l’homme et comme secteur

1
Arnaud Desjardins,Science sans conscience, citation de la revue
Alliance pour une Europe des Consciences, juillet 2010

23

premier et essentiel se fera avec obligation de partage de la
terre, priorité au respect de l’environnement et de la santé,
développement de la pluriactivité et de la biodiversité avec
utilisation de techniques simples qui favorisent la vie de la terre.
Ce choix des petites structures comme les entreprises
familiales ou les petites coopératives va de pair avec le
développement des échanges locaux et non plus celui du grand
commerce.
Ceci ne veut pas dire qu’il nous faut renoncer aux échanges
intercontinentaux pour bénéficier des richesses des autres
nations, mais les étendre aussi aux valeurs culturelles et
philosophiques et surtout en venir à des échanges équitables
entre partenaires égaux pour une satisfaction des besoins
essentiels que le plus pauvre doit pouvoir satisfaire:
scolarisation, habitat, structures de communications etc.
Il est urgent de passer d’une société marchande et de ses
fausses valeurs à une société conviviale. Il est urgent d’établir
les valeurs humanistes au-dessus des valeurs matérielles. Il est
urgent de choisir les petites structures à taille humaine, plutôt
que la grosse machine qui écrase la terre, qui supprime des
emplois et qui rend l’homme victime d’un nouvel esclavage.


Remplacer les systèmes du XXe siècle


Ce principe de base et cette méthode d’action que je
préconise pour guérir et transformer la société malade de sa
démesure doivent aboutir à une structuration toute nouvelle et
radicalement différente. Il s’agit, en fait, d’un nouveau système
à mettre en place.
Les deux grands systèmes qui ont caractérisé le monde
moderne sont le capitalisme et le communisme. Ils ont favorisé
un développement extraordinaire de l’économie après le
système féodal du Moyen-âge. Ce dernier avait un mode
de fonctionnementfortement hiérarchique et pyramidal.
Cependant,dans certaines villes se faisaient sentir des
tendances à des organisations plus libres et indépendantes par

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rapport au pouvoir central des grands seigneurs. Souvent le
mouvement corporatiste des métiers suscitait une organisation
plus horizontale des villes libres. Par exemple, en Allemagne,
les villes de la Hanse ou, plus au Sud les villes nouvelles qui se
sont appelées du nom de «ville libre» (Freiburg im Breisgau,
au nord de Bâle ou Fribourg à la frontière linguistique de la
Suisse Romande). Ou Genève après la Réforme de Calvin.

Le système capitaliste fondé sur la possession privée du
capital financier et des moyens de production s’est développé
surtout à partir des grandes découvertes du XVIe siècle. Des
richesses extraordinaires affluent vers l’Europe non seulement à
partir de l’Amérique, mais aussi de l’Asie, grâce au
développement de la marine à voile. Le commerce prend un essor
considérable grâce à la création des grandes compagnies et
favorise le progrès technique et la transformation des biens dans
les centres de manufacture.
Au cours des siècles, on voit alors se développer une
économie fondée sur la liberté du marché, la propriété privée
des capitaux et des entreprises et l’exploitation des travailleurs
au service de ces entreprises. Des réactions se font sentir, vite
réprimées, non seulement contre les conditions de travail, par
exemple chez les canuts, ouvriers des soieries, mais aussi, en
Angleterre, contre la mécanisation qui supprime des emplois et
rend l’homme esclave de la machine (révolte des luddites).
Ces révoltes intervenues au début du XVIIIe siècle ainsi que
le sort des travailleurs suscitent toutes sortes de réactions
d’intellectuels qui proposent des systèmes différents ou celui
d’un pape Léon XIII qui condamne l’exploitation des
travailleurs, mais ne remet pas en question les bases du système
capitaliste.
Celui-ci est remis en cause le plus fortement, en France, par
les idées de Proudhon et en Allemagne, puis en Angleterre par
celles de Marx et Engels dans Le Capital et dans le Manifeste
du Parti Communiste. Pour eux la propriété des moyens de
production revient aux travailleurs.
La concrétisation de ces idées de mise en commun dirigée
par l’Etat s’est caractérisée un peu partout par une dictature des
appareils de gouvernement. Elle a abouti à une concurrence

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acharnée des deux systèmes et à l’équilibre de la terreur entre
deux mondes cloisonnés (guerre froide).
La chute du communisme a pu constituer une preuve assez
claire de l’échec des idéologies fondées sur les espoirs d’égalité
et de justice. Cependant cet immense espoir qui a soulevé les
populations les plus pauvres ne peut pas être ignoré ni négligé.
L’espérance au cœur de l’homme dans sa dignité et son
épanouissement ne doit pas rester vaine. C’est pourquoi les
causes des échecs doivent être prises en compte et d’autres
formes de société mises en chantier.
D’abord, on constate que les deux systèmes prédominants du
XXe siècle se sont caractérisés par leur gigantisme, par leur
esprit matérialiste et leur esprit de puissance. Un nouveau
modèle ne doit pas exclure la force, mais une force de caractère,
force de la Vérité et force de l’Amour. Il ne devra pas exclure
l’esprit universel, la mondialisation, la coopération entre les
peuples, mais se réaliser d’abord à petite échelle.

Des expériences de mise en commun et même de
communisme ont été réalisées dans l’histoire, par exemple dans
l’esprit de l’Evangile. Ainsi, à Jérusalem, les premiers chrétiens
ont accepté le message de Jésus en vendant leurs biens et en
mettant tout en commun. Ils formaient des communautés
idylliques selon les Actes des Apôtres. Mais de violentes
persécutions menées par le futur apôtre Paul les ont dispersées
dans les campagnes environnantes où elles ont seulement
survécu.
Pour les sauver, Paul et Barnabé ont dû organiser une
collecte auprès des communautés de Grèce et de Macédoine.
Cette collecte nous valut une très belle théorie de l’égalité de la
part de Paul comme nous le verrons plus loin.
Une autre forme de communisme chrétien a été instituée par
les Jésuites au Paraguay en pleine période de développement du
capitalisme après la conquête espagnole et portugaise de
l’Amérique du Sud au XVIIe et au XVIIIe siècle. Elle fut la
plus longue période d’expérience d’une forme de société
communiste dans l’histoire puisqu’elle a duré environ 150 ans.
Par les Jésuites, l’Evangile s’est incarné dans l’aventure
merveilleuse des «réductions »décidées par la couronne

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