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Villes et métropoles algériennes

De
290 pages
André Prenant (1926-2010) a été un grand pédagogue, formateur, transmetteur de savoir, passeur de connaissances entre les deux rives de la Méditerranée. Géomorphologue de formation, il a glissé de la géographie physique à la géographie humaine en découvrant l'Algérie coloniale dans les années 1948-49. Cet ouvrage en son hommage offre une réflexion assez large des problèmes urbains en Algérie à différentes échelles de la ville et à travers des regards disciplinaires multiples.
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Groupe de Recherches sur le Maghreb et le Moyen-Orient (GREMAMO)
VILLESETMÉTROPOLES ALGÉRIENNES
Hommage à André Prenant
Coordonné par Sid-Ahmed SOUIAH et Chantal CHANSON-JABEUR
Villes et métropoles algériennes
CAHIERS DU GREMAMO Comité éditorial Amor BELHEDI, géographie, Université de Tunis Nora BENALLEGUE, histoire, Université d’Alger Anissa BOUAYED, histoire, CESSMA/MUCEM Omar CARLIER, histoire, CESSMA, Université Paris Diderot Chantal CHANSON-JABEUR, histoire, CESSMA, Université Paris Diderot Jacques COULAND, histoire, Université Paris 8 Mohamed AL DBIYAT, géographie, IFPO/Damas, GREMMO Éric DENIS, géographie, CNRS, Géo-Cités, Paris 1 Abdelmajid DJENANE, économie, Université de Sétif Elisabeth LONGUENESSE, sociologie, CNRS, GREMMO Patrick RIBAU, géographie, CESSMA, Paris Sid-Ahmed SOUIAH, géographie, Université de Cergy-Pontoise GREMAMO (Groupe de Recherches sur le Maghreb et le Moyen-Orient) Laboratoire CESSMA (Centre d’Études en Sciences Sociales sur les Mondes Africains, Américains et Asiatiques), UMR IRD 245 Responsables : Chantal Chanson-Jabeur et Sid-Ahmed Souiah Groupe pluridisciplinaire à dominante histoire et géographie, à compétence linguistique, concerné par l’ensemble des pays arabes et leurs proches voisins du Moyen-Orient. Ses thèmes de recherche privilégiés sont :  L’État et les services publics  Les villes et les équipements urbains  La mobilité et les transports  Les phénomènes migratoires  Les représentations identitaires  Conflits et Territoires au Moyen-Orient et au Maghreb
Groupe de recherches sur le Maghreb et le Moyen-Orient (GREMAMO) Cahier n°22 Villes et métropoles algériennes Hommage à André Prenant Coordonné par Sid-Ahmed Souiah et Chantal Chanson-Jabeur
Avec le soutien du laboratoire CESSMA et de l’université Paris 7 - Diderot Mise en page : Sophie Renaud/Amedition © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05886-3 EAN : 9782343058863
Cahier du GREMAMO n°22 Villes et métropoles algériennes Hommage à André Prenant INTRODUCTION
Ses amis et collègues universitaires de part et d’autre de la Méditerranée furent profondément attristés par sa perte. Eminent géographe, engagé dans la résistance quand la France était sous occupation allemande et militant pour l'indépendance algérienne dès la fin des années 1940, il décède le 26 novembre 2010 à Paris à l’âge de 84 ans. Un premier hommage lui a été rendu le 17 mai 2011 par le GREMAMO (Groupe de Recherche sur le Maghreb et le Moyen-Orient du Laboratoire SEDET de l’Université Paris-Diderot devenu Laboratoire CESSMA depuis 2014) auquel il était rattaché depuis sa création. Cette journée d’étude, organisée en hommage à l’homme, à l’enseignant-chercheur et au militant, n’a pas été simple à réaliser. L’itinéraire et la vie d’André Prenant ont été si denses et si multiples que pour témoigner de la richesse de son itinéraire à la fois passionné et passionnant, les organisateurs ne pouvaient se satisfaire d’un hommage monolithique, en ne privilégiant qu’un des aspects de sa personnalité et de ses activités. Trois axes furent retenus dans la mesure où ils correspondent le plus à son action :
- d’abord, André Prenant dans son rôle de pédagogue, de formateur, de « transmetteur »de savoir, ce qu’il a fait toute sa vie et notamment pendant près de 40 ans où il a préparé des générations de futurs géographes à l’agrégation. En tant qu’enseignant, il a été un passeur de connaissances, notamment entre les deux rives de la Méditerranée, nombre de ses collègues algériens tout particulièrement lui en savent gré. Cet axe, nous l’avions intitulé :Lecture du géographe.
- Géomorphologue de formation, André a souvent raconté comment il avait glissé de la géographie physique à la géographie humaine, en découvrant l’Algérie coloniale dans les années 1947-1949. A cette époque, conseillé par Jean Dresch, son expérience à Béchar et dans le désert algérien en compagnie d’un dromadaire et de son chamelier, lui a ouvert mille horizons et dans le même temps que la géographie humaine, l’approche de la colonisation à travers plusieurs champs disciplinaires. André Prenant avait compris très tôt que la colonisation était multisectorielle et ne pouvait s’analyser qu’en croisant un certain nombre de disciplines. C’est ainsi que
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nous avons voulu approcher le scientifique dans son rapport ou sa confrontation avec d’autres disciplines. Nous avions nommé cet axe :André Prenant et les sciences sociales. - Mais bien sûr, nous ne pouvions pas omettre non plus les combatsqu’il a menés du dehors et du dedans de sa vie professionnelle en tant que très jeune résistant pendant la seconde guerre mondiale, syndicaliste universitaire, communiste, foncièrement anticolonialiste, et avant tout humaniste. Ce troisième axe fut intitulé :Militance, résistance et anticolonialisme Cette journée d’étude fut couronnée de succès et de nombreux collègues ont accepté de participer à cet hommage, certains venant de loin, soit en présentant une communication, soit par leur présence en intervenant dans les débats ou pour apporter des témoignages. Certains, qui n’ont pas pu se déplacer, ont envoyé un texte qui fut distribué sous forme de fascicule. Par ailleurs, il faut rappeler que notre groupe de recherche a bénéficié pour la préparation de cette Journée de la complicité et de la collaboration de Michèle Prenant, son épouse. Évidemment, à la fin de cette journée, nous n’avions pas épuisé toute la richesse et les multiples facettes d’une vie si dense et si bien remplie. Et c’est pour cette raison que nous avons arrêté le principe de consacrer un numéro des Cahiers du GREMAMO en hommage à André Prenant
Nous avons souhaité que cette publication traite desvilles et métropoles en Algérie, parce qu’il aimait ce pays et qu’il a publié de nombreux travaux de recherche sur les villes algériennes, durant la période coloniale et après l’indépendance du pays. Il est resté fidèle à ce pays jusqu’à son dernier souffle, dans ses convictions, son engagement et ses travaux universitaires.
Il avait fait connaissance avec l’Algérie de septembre 1947 à avril 1948, grâce à une mission du CNRS pour préparer un DES de géographie physique dans le Sud Oranais, complété par une étude urbaine de la ville de Béchar. Mais André Prenant y découvre l’injustice de la colonisation française en Algérie: « L’étude physique, dans ce pays, m’avait paru vaine tant qu’y régnerait le seul souci des colonisateurs de tirer parti de leur domination des colonisés…c’est pourquoi j’étais passé à la géographie humaine et avais demandé ma mutation à Alger en 1949. ».Il fut affecté au lycée Gautier, un lycée bourgeois d’Alger. De son expérience de professeur de géographie à Alger, il retient un élément qui confirme la domination coloniale : « Sur près de 1000 élèves, j’ai eu à peine 50 vrais Algériens…». Lorsqu’il relève, durant ses cours au Lycée Gautier d’Alger,l’effet néfaste sur les huertas d’Andalousie de l’expulsion des Morisques par Philippe II, il eut droit à un article dans le journalL’Echo d’Algerpour lui rappeler qu’on
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ne peut lui confier des jeunes Algériens (d’origine européenne) pour leur inculquer un complexe d’infériorité à l’égard des « Arabes ». En 1953, l’étude sur Sétif parue dans lesAnnales de Géographie, dresse un tableau édifiant sur cette ville de l’Est intérieur de l’Algérie, crééeex nihilo par l’administration militaire en 1847 : «Ville d’abord typiquement coloniale, excluant des rues orthogonales de son enceinte, les indigènes de la région…Ce n’est qu’après le sénatus-consulte de 1863 qu’apparaît, sur son territoire communal englobant pourtant 20.000 ha, un retour des Musulmans, en partie comme ouvriers agricoles, sur leurs anciennes terres ».Tout était dit : André Prenant dénonce la spoliation des terres et la ségrégation ethnique dont a été victime le peuple algérien.En 1956, dans un article pour la revueEconomie et Politique, André Prenant fait une analyse de « La dépendance de l’Algérie et les finances françaises », dénonçant les méfaits de la colonisation en Algérie, en démontrant que les finances publiques issues de la métropole servaient plus à la répression qu’au développement de l’Algérie. Cet engagement était peu courant en France, deux années après le déclenchement de la lutte armée algérienne en 1954. Toujours en 1956, dans un article signé par André Prenant et Yves Lacoste dansLa Pensée, les deux auteurs exposent de façon remarquable le drame algérien et font le procès de la colonisation française qui «loin de rapprocher les deux pays, n’a fait que les engager sur deux voies diamétralement opposées…». L’ouvrageAlgérie, passé, présent : le cadre et les étapes de la constitution de l’Algérie actuelle, publié aux Editions Sociales en 1960 par André Prenant, André Nouschi et Yves Lacoste et préfacé par Jean Dresch, dresse une analyse historique et socio-économique de ce pays qui ne pouvait qu’accabler le système colonial en vigueur.
Dès l’indépendance algérienne, en juillet 1962, André Prenant revient en Algérie pour faire de la recherche et participer à la formation universitaire. Il contribue à la réflexion pour la mise en place du premier recensement de la population et du logement de l’Algérie indépendante (1966). En 1975, il réalise une importante étude qui fait le point sur l’urbanisation en Algérie entre 1966 et 1975 et qui guide l’Office National des Statistiques (ONS, Algérie) à préparer le recensement de 1977. Les travaux qu’il réalise jusqu’à l’âge de 80 ans sur l’Algérie et le monde arabe sont nombreux, notamment en collaboration avec Bouziane Semmoud : développement industriel, croissance urbaine, mais également un ouvrage sur le Maghreb et le Moyen-Orient publié aux Editions Ellipses.
Ce numéro 22 desCahiers du GREMAMOouvert aux chercheurs de la jeune génération, implique aussi quelques enseignants-chercheurs seniors. S’agissant d’une thématique qui traite de la question urbaine en Algérie, ce Cahier commence par l’article d’André Prenant sur Sétif publié en 1953 dans lesAnnales de Géographie, revue que nous remercions ici d’avoir accepté sa réédition dans cette publication.
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Dans cette première partie intitulée « Héritages et mutations récentes », Abdel Madjid Djenane, économiste à l’université de Sétif, fait une relecture de cet article et aborde l’évolution de la ville 60 ans après. Nadir Boumaza offre une réflexion générale sur la ville algérienne 50 ans après l’indépendance. Najet Kasdallah, jeune docteure en géographie examine l’action volontariste de l’Etat algérien et ses effets sur l’encadrement territorial et la hiérarchie des villes (loi rang-taille et théorie des graphes), un travail qu’elle a accompli dans le cadre duFSP Bourgs et Villes intermédiaires en Algérie et en Tunisie.
Dans la seconde partie, « Les métropoles, centralités et nouvelles périphéries », Abdelmadjid Bouder, maître de conférences à l’université des Sciences et Techniques Houari Boumediene (USTHB, Alger) examine l’étalement urbain de la capitale algérienne et dresse un bilan de l’urbanisation, de la période coloniale à la situation récente. Tahar Baouni, maître de conférences à l’Ecole Polytechnique d’Architecture et d’Urbanisme (EPAU, Alger), aborde les différents instruments de la planification urbaine d’Alger sur au moins quatre décennies et en souligne les dysfonctionnements. Safi Belili, jeune docteur en géographie, traite des problèmes d’urbanisation récente à Alger où des morceaux de villes mondialisées inspirés du modèle anglo-saxon, véritables « greffes urbaines » issues des investissements originaires des pays du Golfe Persique, prennent corps et nous questionnent sur les frontières à la fois sociales et physiques qu’elles impriment dans la ville. Ahmed Hamdaoui, maître-assistant au département d’Architecture et d’Urbanisme de l’université des Sciences et Techniques d’Oran et Sid-Ahmed Souiah, professeur émérite à l’université de Cergy-Pontoise et membre du GREMAMO, interrogent la question du patrimoine urbain hérité de la période coloniale. Fouzia Bendraoua, chercheure associée au GREMAMO, propose une évaluation du Plan Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme de la ville d’Oran (PDAU) par confrontation avec la ville réellement fabriquée. Elle pointe du doigt le décalage en la ville projetée et la ville réelle et met en relief les risques urbains et le non respect du règlement d’urbanisme. Malika Touati, enseignante-chercheure au département d’Architecture et d’Urbanisme de l’université des Sciences et Techniques d’Oran, propose une analyse de la périphérie Est de la ville d’Oran, particulièrement caractérisée par la multiplication de différentes formules de logement ; les principales nouveautés sont la création des logements sociaux participatifs (LSP) et celle du système de la location-vente. Elle analyse aussi le processus de formation de ces tissus urbains et tente d’évaluer la qualité urbaine dans la périphérie récente d’Oran. Un groupe d’enseignants-chercheurs de l’université d’Annaba (Laala Boulbir, Anissa Zeghiche et Kadour Boukhémis) apportent un éclairage précis sur les logiques de gestion publique de l’offre foncière économique et les transgressions à la réglementation dans la ville d’Annaba.
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Dans la troisième partie, « Urbanisation, transports et patrimoine urbain » Nourreddine Messahel, maître de conférences en Economie à l’université de Sétif et Sid-Ahmed Souiah, présentent les transformations de la ville d’El Eulma. Cette étude a également été réalisée dans le cadre du FSP Bourgs et villes intermédiaires en Algérie et en Tunisie. Ville intermédiaire affirmée, elle est représentative de ce type de croissance urbaine à la fois étonnante et singulière car rien ne la prédestinait à un tel essor, ne serait-ce que par sa localisation, à l’ombre d’une ville nettement plus importante, Sétif. Au lieu de végéter et de rester sous l’emprise de Sétif, El Eulma a su saisir les opportunités offertes par le libéralisme économique du milieu des années 1980 pour se développer et se positionner, par ses fonctions commerciales, dans le système urbain de l’Algérie orientale. Abdelhakim Kebiche, maître de conférences à l’université de Sétif et Chantal Chanson-Jabeur, co-coordinatrice du GREMAMO, apportent une réflexion sur le projet de tramway à Sétif. Au regard de plusieurs exemples méditerranéens, les auteurs examinent ce mode de transport qui pourrait assurer une meilleure accessibilité aux ressources de la ville et améliorer ainsi l’offre de transport collectif dans cette ville. Lakhdar Yamani, architecte-urbaniste au département d’Architecture et d’Urbanisme de l’université des Sciences et Techniques d’Oran, analyse le rôle des acteurs et les logiques d’urbanisation mises en œuvre dans la ville côtière de Mostaganem, située dans l’Ouest algérien. Karima Messaoudi, maître de conférences à l’université de Skikda, explore la question de la requalification urbaine à travers l’étude du centre historique de Skikda, entre 1994 et 2012, à l’initiative des pouvoirs publics et la participation des habitants. Ce numéro en hommage à André Prenant offre ainsi une réflexion assez large des problèmes urbains en Algérie à différentes échelles de la ville, saisis selon différentes thématiques et à travers des regards disciplinaires multiples. Chantal CHANSON-JABEUR et Sid-Ahmed SOUIAH
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