Vision anthropologique et sociologique
75 pages
Français

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Description

Au sommaire de ce numéro : Le déterminisme technologique : un paradigme controversé de la sociologie des médias et de la communication (Anicet Laurent QUENUM) ; La promotion de l'esprit d'entreprise à l'université de Yaoundé 1 10 ans après. Regard d'un sociologue (Samuel-Béni ELLA ELLA) ; Difficultés liées à la gratuité des soins d'accouchement chez les usagers et les praticiens au CHU de Bouaké (Côte d'Ivoire) (Bah Jean-Pierre KOUAKOU, M'bra Kouakou Dieudonné KOUADIO et Cynthia Mélissa KOUMA) ; L'Aide Publique au Développement : une gangrène à s'en débarrasser (Joachim TEDIE) ; Sociologie de la politique nationale genre du Cameroun : acquis et défis majeurs du début du xxie siècle (Samuel-Béni ELLA ELLA)

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 04 novembre 2019
Nombre de lectures 1
EAN13 9782336885070
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Titre
LES CAHIERS DE L’IREA
N° 34 – 2019


Revue de l’Institut de recherches et d’études africaines
(IREA)






Vision anthropologique et sociologique
Copyright












© L’Harmattan, 2019
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
www.editions-harmattan.fr
EAN epub : 978-2-336-88507-0
Comité scientifique
Monsieur François-Xavier AMHERDT (Faculté de théologie de l’université de Fribourg), Monsieur Dominique YANOGO (UCAO-UUA d’Abidjan), Konan Jérôme KOUAKOU (CRD), Tanden Joseph DIARRA (UUBA/UCAO), Jean Robert TCHAMBA (université de Dschang), Dia Édith COULIBALY née TRAORÉ (université de Ouagadougou), Windpagnangdé Dominique KABRE (université OUAGA Il), Pétillon Muyambi DHENA (université de Kisangani-RDC), Pierre Samuel NEMB (Universite de Maroua), Innocent FOZING (université de Yaoundé I), Kengne FODOUOP (université de Yaoundé I), Gabriel NYASSOGBO (université de Lomé), Monsieur Moussa OUEDRAOGO (coordonnateur de projet de développement – B F), Maurice BAZEMO (université de Ouagadougou), Sindani KIANGU (université de Kinshasa – RDC), Alphonse Sekré GBODJE (université Alassane Ouattara de Bouaké-RCI), Augustin COLY (.L.S.H/U.C.A.D – Dakar/Sénégal), Effoh Clément EHORA (université Alassane Ouattara, Côte d’Ivoire), Edmond BILOA (université de Yaoundé I), Mounkaila Abdo Laouali SERKI (université Abdou Moumouni de Niamey), Faloukou DOSSO (université Alassane OUATTARA – RCI), Ilango-Banga Jean-Pierre LOTOY (université de Kinshasa – RDC), Albert MULUMA MUNANGA (université de Kinshasa – RDC), Kouakou Appoh Énoc KRA (université Félix Houphouët-Boigny de Cocody – RCI), Ram Christophe SAWADOGO (université de Ouagadougou), Roch YAO GNABELI (université FHB d’Abidjan – RCI), Issa A. MOUMOULA (université de Koudougou), Joseph YAO (l’université de Cocody), Fodé NDIAYE (Banquier professionnel), Pierre Samuel NEMB (Université de Maroua Yaoundé Cameroun), Justin KOFFI, Gbaklia Elvis KOFFI, Philémon MUAMBA, Apollinaire CHISHUGI CHIHEBE (Université Officielle de Bukavu – RD Congo).
Comité de lecture
Hammou HAIDARA (Consultant international indépendant), Pierre MOUANDJO (Univ. Catholique d’Afrique centrale), Paulin POUCOUTA (Institut Catholique de Yaoundé), Judicaël BOUKANGA (Doctorant), NDoumy Noel ABE (université Alassane Ouattara-RCI), Matthieu FAU-NOUGARET (Conseiller des Présidents des universités Publiques du Burkina Faso), Dieudonné Kalindyé BYANJIRA (université de Kinshasa – RDC), Pierre FONKOUA (université de Yaoundé), Jean Paulin KI (OCADES‐Dédougou), Jérôme KOUNDOUNOU (Global Water Initiative-Afrique de l’Ouest), Louis Bernard TCHUIKOUA (université de Yaoundé 1), Sindani KIANGU (université de Kinshasa), Kouakou Siméon KOUASSI (université Félix Houphouet-Boigny. Abidjan-Cocody), Désiré ATANGANA KOUNA (université de Yaoundé I), Gérard Marie NOUMSSI (université de Yaoundé I), Diané Véronique ASSI (l’université Félix Houphouet-Boigny. Abidjan-Cocody), Pierre-Claver ILBOUDO (École Supérieure d’Interprètes et de Traducteurs – Ouagadougou), Vincent Davy KACOU OI KACOU (grand séminaire Saint-Paul d’Abadjin-Kouté – RCI), Jean-Claude SHANDA FONME (Directeur exécutif du Centre africain de politique internationale), Emmanuel KABONGO MALU (IPGC), N’guessan Jérémie KOUADIO (université Félix Houphouët-Boigny de Cocody), Adou APPIAH (université de Bouaké/Côte-d’Ivoire), Jean-Claude ANGOULA (Prêtre spiritain camerounais), Omar NDOYE (université Cheikh Anta Diop de Dakar), Amouzou Essè AZIAGBÉDÉ (professeur titulaire des universités – Togo), Dieudonné ZOGNONG (université de Tromso – Norvège), Louis Hervé NGAFOMO (université de Yaoundé I), Hamadou ADAMA (University of Ngaoundéré – Cameroun), Patrice TOE (Institut du développement rural (IDR)/Bobo-B F), Bertin G. KADET (l’école normale supérieure d’Abidjan – RCI).
Sommaire
Éditorial
Blaise BAYILI
Le déterminisme technologique : un paradigme controversé de la sociologie des médias et de la communication
Anicet Laurent QUENUM
La promotion de l’esprit d’entreprise à l’université de Yaoundé 1 10 ans après. Regard d’un sociologue
Samuel-Béni ELLA ELLA
Difficultés liées à la gratuité des soins d’accouchement chez les usagers et les praticiens au CHU de Bouaké (Côte d’Ivoire)
Bah Jean-Pierre KOUAKOU, M’bra Kouakou Dieudonné KOUADIO et Cynthia Mélissa KOUMA
L’Aide Publique au Développement : une gangrène à s’en débarrasser ?
Joachim TEDIE
Sociologie de la politique nationale genre du Cameroun : acquis et défis majeurs du début du XXI e siècle
Samuel-Béni ELLA ELLA
Éditorial
D’entre de jeu, Dr Anicet Laurent QUENUM, Enseignant-chercheur à l’Université Libre du Burkina clame que dans l’effort de reconstitution de l’héritage séculaire laissé par les grands penseurs et pionniers des sciences de l’information et de la communication, le devoir de mémoire impose de s’attarder sur l’œuvre du Canadien Marshall McLuhan pour autant que les idées de ce chercheur sont prémonitoires, car ayant prédit en son temps l’avènement d’un « village planétaire » . Et de fait, McLuhan est le père d’une théorie qui prône et postule la primauté du déterminisme technologique dans l’explication de l’évolution des sociétés. Par déterminisme technologique, entendons l’attitude intellectuelle qui consiste à croire que la technologie détermine essentiellement ou premièrement l’organisation sociale et le comportement humain.
McLuhan était déjà habité par cette conviction que la qualité du message et donc de la relation humaine sera profondément marquée par le progrès technique, alors même que les technologies de l’information et de la communication n’étaient qu’à un stade rudimentaire. On le constate bien, aujourd’hui, plus que jamais, les faits semblent, à bien des égards, lui donner raison à en juger simplement par la prégnance de l’outil technique dans les transactions collectives de nos sociétés actuelles fortement immergées dans le tout communicationnel.
Suite à cette analyse, Dr Anicet Laurent QUENUM tire la conclusion que pour le bien de l’humanité, décideurs politiques, acteurs sociaux et créateurs de tous bords devraient travailler solidairement à ce que les connaissances et techniques extraordinaires dont dispose le monde actuel servent véritablement à repousser les frontières de la misère et de la souffrance humaines, à réduire les servitudes, la vulnérabilité et les caprices de la nature et à procurer une meilleure qualité de vie au plus grand nombre, car pour lui, tout l’enjeu, pour la société, réside dans la possibilité de guider la technique en fonction des besoins sociaux et de la laisser évoluer pour ouvrir de nouveaux horizons, tout en veillant à ce que la technique réponde à quatre critères écologiques fondamentaux : soutenabilité, durabilité, limitation des risques et respect des équilibres naturels. Mais, pour lui, tout cela devra se faire de manière éclairée, car il ne s’agit pas de pousser à l’extrême l’euphorisme technologique au point de faire de la technologie une fin en soi, mais plutôt d’ouvrer de façon à réconcilier la technologie et le social dans une alliance dont le but ultime serait d’affranchir l’homme de diverses contraintes socio-économiques.
Au final, remarque Dr Anicet Laurent QUENUM, les technologies de l’information et de la communication, dans leur essor fulgurant, ont acquis un pouvoir extraordinaire sur les dynamiques sociales, d’où une foule de nouveaux comportements qui voient le jour dans l’espace public et privé et dont la maîtrise échappe aux acteurs sociaux, soulevant ainsi une problématique qui ne va pas sans rappeler le débat controversé autour du déterminisme technologique qui est convoqué à travers cet article pour chercher à comprendre qui, de l’outil technologique ou de la société, a primauté sur l’autre dans la manifestation et l’explication de changements sociaux profonds qui affectent des secteurs aussi variés que la communication, la vie citoyenne, la sécurité, l’éducation, le commerce, etc.
Sur un tout autre plan, celui de la promotion de l’entreprise, Dr Samuel ELLA ELLA, maître de conférences à l’université Yaoundé 1, nous livre une riche réflexion à travers son article intitulé « La promotion de l’esprit d’entreprise à l’université de Yaoundé 1 10 ans après. Regard d’un sociologue ».
D’entrée de jeu, l’auteur ELLA ELLA affiche que dans tous les pays du monde, l’entrepreneur est un créateur de la richesse et des emplois et que, de ce fait, lutter contre la pauvreté consiste à promouvoir l’entreprenariat tous azimuts pour sortir les masses du chômage. C’est une telle donne qui a donné lieu à l’institution depuis l’année académique 2007-2008 à l’université de Yaoundé 1 d’un cours en Master 1 et intitulé « Techniques de communication et de création d’entreprises (TCE) », autour de l’« objectif : un étudiant, une entreprise, un emploi ». Mais, une enquête menée dans la filière sociologie révèle qu’un seul groupe d’étudiants de la promotion 2010-2011 a créé une entreprise de consultance qui fonctionne tant bien que mal. Dès lors un problème se pose ; celui de savoir qu’est-ce qui explique de tels piètres résultats et, conséquemment, pourquoi l’enseignement des « TCE » ne multiplie-t-il pas l’auto-employabilité des diplômés de sociologie de l’UY1. Telles sont les questions auxquelles l’auteur se propose de répondre à travers son article tant au plan théorique que celui méthodologique.
Du point de vue théorique, l’auteur inscrit résolument sa réflexion dans le champ de la « nouvelle approche de la recherche pour le développement » de l’Afrique qui invite à une « recherche en partenariat », laquelle articule les « savoirs théoriques » (élaborés à l’université) et les « savoirs d’action » (élaborés hors de l’université), pour permettre au chercheur d’avoir une expérience à la fois théorique et pratique qui empêche de tomber dans deux pièges classiques : une théorisation ou une formalisation stérile des problèmes et un pragmatisme réduit à un catalogue de recettes pratiques.
Au plan méthodologique, l’auteur a recueilli ses informations à travers l’observation indirecte et les entretiens semi-directifs informels réalisés avec une vingtaine d’étudiants et sept jeunes promoteurs d’entreprises, choisis dans le cadre d’un échantillon stratifié. Une brève présentation des résultats réalisés par les entreprises lui a permis ensuite d’orienter son analyse vers une brève définition de la notion d’entreprise et, enfin, de présenter une typologie des entreprises et des techniques de création et de management scientifique des entreprises dans le contexte camerounais.
Au terme de son étude, Dr Samuel ELLA ELLA constate que jusqu’ici les diplômés de la filière sociologie n’ont créé qu’une seule entreprise qui fonctionne passablement, et que cela s’explique par la forte « théorisation » des savoirs reçus et par la sinuosité des procédures de création d’entreprises en contexte camerounais. Par ailleurs, il remarque, d’une part, que la formation dispensée à l’université en la matière n’insiste pas assez sur les « savoirs d’action » et, d’autre par, que la procédure de légalisation d’une entreprise commerciale peut encore prendre au moins 18 jours au Cameroun, malgré l’existence des structures de simplification des formalités d’entreprises (CFE, CFCE) ainsi qu’un délai officiel de trois jours indiqué dans les textes. L’auteur tire ainsi la conclusion que la formation des étudiants de sociologie aux « TCE » ne sera bénéfique que si, d’une part, les apprenants y reçoivent des connaissances pertinentes (« savoirs théoriques ») et opératoires (« savoirs pratiques ») sur l’environnement des entreprises au Cameroun ainsi que sur les techniques de management technocratique et sociologique des entreprises et, d’autre part, que si le Cameroun améliore son classement Doing Business . C’est là, clame l’auteur, le prix à payer pour que l’« objectif : un étudiant, une entreprise, un emploi » ne reste pas un slogan creux, et pour que la masse des diplômés de la filière sociologie puisse s’auto-employer et sortir du chômage déguisé qui sévit actuellement au Cameroun. Telle est, martèle l’auteur EELLA ELLA, l’enjeu de la nouvelle pédagogie universitaire , qui est axée sur l’aptitude de l’étudiant à créer de la richesse , en vue de relever le taux national d’auto-insertion professionnelle des diplômés.
Ainsi, à travers son article, l’auteur, à l’heure de la recherche de l’« émergence » tous azimuts, s’est donné pour objectif de contribuer à la promotion de l’esprit d’entreprise dans la filière sociologie de l’université de Yaoundé 1 (UY1), où le taux d’auto-insertion professionnelle des diplômés formés aux « techniques de communication et de création d’entreprises (TCE) » depuis l’année académique 2007-2008, reste très faible et, ainsi, booster l’auto-employabilité des diplômés de sociologie.
Difficulté pour difficulté, d’autres auteurs KOUAKOU Bah Jean-Pierre, KOUADIO M’bra Kouakou Dieudonné et KOUMA Cynthia Mélissa de l’université Alassane OUATTARA nous en parlent dans un autre contexte certes, à travers leur article intitulé « Difficultés liées à la gratuité des soins d’accouchement chez les usagers et les praticiens au CHU de Bouaké (Côte d’Ivoire) ».
Selon nos trois auteurs, jusqu’en 1978, l’État ivoirien a opté pour la gratuité des soins, mais cette politique a été progressivement abandonnée en raison de son coût onéreux pour les finances publiques et parce que porteuse d’un double déséquilibre d’une part entre Abidjan et les villes des provinces et, d’autre part, entre les zones urbaines et rurales. Parallèlement, la Côte d’Ivoire a adhéré à plusieurs objectifs et principes au plan international pour affiner et conduire sa politique sanitaire nationale.
Dans ce contexte, la santé maternelle et infantile représente à la fois un indicateur et un facteur essentiel de développement socio-économique et humain pour autant que ce pays enregistre un taux de mortalité maternelle de 610 pour 100.000 naissances vivantes.
C’est dire combien cette situation connait une réelle gravité, gravité accentuée par les crises post-électorales de 2002 et 2010. Au regard de ce tableau bien sombre, la Côte d’Ivoire a ciblé en priorité l’OMD5 (Objectifs du Millénaire pour le Développement, objectif 5) « améliorer la santé maternelle » avec ses deux cibles à savoir « réduire de trois quarts, entre 1990 et 2015, le taux de mortalité maternelle » et « rendre accessible la médecine procréative universelle d’ici à 2015 ». Il s’agit prioritairement, en effet, de sauver la vie des femmes et également d’accroître leur bien-être économique et social.
Dans ce cadre et dans le souci d’assurer une réduction de la mortalité maternelle et néonatale et des risques de complication de l’accouchement, le gouvernement a instauré la politique de gratuité des soins d’accouchement. Malheureusement cette volonté pose des difficultés dans son application, notamment chez les usagers ainsi que chez les professionnels de santé au sein des différents centres de santé et particulièrement au Centre Hospitalier et Universitaire (CHU) de Bouaké. Or, justement, ces difficultés d’application pourraient gravement compromettre l’atteinte des objectifs d’amélioration de la santé maternelle et infantile au CHU de Bouaké. Que faire ? C’est pour face à cette situation et à cette question cruciales que les auteurs du présent article se sont donné pour objectif de se pencher sur les contradictions existant entre la politique de gratuité ciblée des soins d’accouchement et son application effective au CHU de Bouaké. Pour cela, les questions suivantes ont orienté leur recherche et qui sont :
– Quels sont les déterminants de la gratuité des soins d’accouchement ?
– Comment la gratuité des soins d’accouchement est-elle perçue par les acteurs ?
– Quelles sont les difficultés liées à l’application de la mesure de gratuité des soins ?
– Quelles sont les implications de la gratuité des soins d’accouchement sur les bénéficiaires ?
Il s’agit, au final, d’abord d’identifier les principaux déterminants de la gratuité des soins d’accouchement, d’analyser ensuite les perceptions des acteurs en lien avec la gratuité des soins d’accouchement et, enfin, de faire ressortir les principales difficultés liées à l’application de la mesure de gratuité des soins et à déterminer les implications de la gratuité des soins d’accouchement sur les bénéficiaires.
Le but de l’étude est, au final, de permettre d’assurer le suivi-évaluation de la politique de gratuité d’exemption ciblée des soins d’accouchement en vue, sinon d’éliminer, du moins de réduire les obstacles à sa mise en application dans les structures sanitaires pour autant que cela permettra non seulement d’instaurer un climat de confiance mutuelle entre les populations et le personnel soignant, mais également de contribuer à l’atteinte du point 3 des Objectifs de Développement Durable.
En voilà qui soulève une autre question cruciale, celle de l’aide publique que TEDIE Joachim, Master en Développement International a décidé d’appréhender.
M. TEDIE Joachim, constate que les États africains naissent pour l’ensemble dans un contexte bien particulier, celui de l’après-guerre, de la guerre froide et plus immédiatement de la conférence de Bandoeng du 18 au 24 avril 1955. Au cours de cette période bien agitée, la question du développement a structuré les débats internationaux et cristallisé l’attention de ces nouveaux pays.
Dans cette lancée, l’aide au développement constitue un outil bien conçu et brandi à la face des États africains comme étant la solution magique qui devait résoudre du jour au lendemain les problèmes de développement économique comme les donneurs eux-mêmes ont témoigné ses vertus dans le cas de l’Europe occidentale et dans une certaine mesure en Corée du sud. Le hic est que les conditions dans lesquelles les Occidentaux ont été aidés, y compris la Corée du Sud, ne sont pas les mêmes dans lesquelles ces autres pays en développement le seront. Et de fait, l’aide développée dans ces années 1950-1960 s’est révélée irréaliste, car visant à combler trois gaps, à savoir : le gap des ressources domestiques, le gap des payements extérieur et le gap des compétences, alors que justement, aucun de ces objectifs de l’aide n’a pu être atteint. En cela, M. TEDIE Joachim tire la conclusion que l’aide au développement est plutôt une propagande occidentale qui avait pour seul dessein le maintien de ces peuples colonisés dans un état de sommeil continuel, afin de trouver le temps de continuer le pillage des ressources amorcé dès la fin du 15 e siècle.
Dans le présent article, M. TEDIE Joachim fait le point sur ces gaps théoriques à combler par l’aide au développement. Pour cela, il examine ce qui fait problème, passe en revue les initiatives échouées pour l’amélioration de l’aide, pour finalement évoquer quelques pistes plus ou moins élaborées par la doctrine et susceptibles de constituer des alternatives pour les pays africains en particulier, et les pays sous développés en général pour autant que jusque là, l’aide publique au développement n’a fait que désintégrer les économies des pays bénéficiaires. Pour M. M. TEDIE Joachim, le contexte politique et économique mondial des années 70 et 80 ayant changé, l’aide publique au développement repose aujourd’hui non sur des motivations morales ou sur une pure philanthropie, mais sur des intérêts bien plus importants que le bien-être des pays bénéficiaires, de sorte que nous assistons à la perpétuation d’un système économique colonial caractérisé par une domination du centre sur la périphérie, qui constitue l’ultime dessein de cette aide publique au développement. Autrement dit, nous assistons à une sorte de jeu à somme nulle dans lequel les bénéficiaires sont les grands perdants au détriment des donateurs qui en sont les vrais gagnants.
C’est pourquoi, poursuit notre auteur, l’aide doit permettre d’explorer de nouvelles bases de développement de la coopération et, pour cela, l’issue la plus pertinente et la plus réaliste, mais la plus osée et la plus difficile serait la déconnexion pure et simple à l’aide, en s’appuyant sur les alternatives que constituent l’attrait des Investissements Directs Etrangers et surtout sur les transferts des migrants vers les pays d’origine.
Du global, allons au particulier que constitue le cas du Cameroun en matière de politique nationale à travers un article du Dr Samuel-Béni ELLA ELLA, intitulé
« Sociologie de la politique nationale genre du Cameroun : acquis et défis majeurs du début du XXI e siècle »
Si, pour certains, le genre renvoie à la construction sociale du sexe , par opposition au sexe biologique, pour d’autres, il désigne spécifiquement le système inégal des rapports sociaux de sexe . C’est dans ce dernier sens que l’auteur définit la politique nationale genre (PNG) , comme l’ensemble des mesures prises et des actions entreprises progressivement par les pouvoirs publics, afin de réduire les inégalités de genre ou de rééquilibrer les rapports sociaux de sexe . Pour ce faire, il convient de jeter un regard critique sur la société camerounaise, pour savoir ce qui est déjà fait et ce qui reste à faire pour parvenir au rééquilibrage des rapports sociaux de sexe ou à la réduction des inégalités entre les hommes et les femmes à une portion congrue, ce d’autant plus que le Cameroun gagnerait au moins deux points de croissance si les ressources féminines, très faiblement prises en compte jusque-là, étaient équitablement associées à la formulation et à l’exécution des politiques, stratégies, programmes et projets de développement. Autrement dit, la question se pose de savoir, quels sont les acquis et les défis majeurs de la PNG du Cameroun en ce début du XXI e siècle ? C’est pour répondre à cette préoccupation que l’auteur de cet article mène une réflexion sociologique qui s’inspire de l’observation sociologique (indirecte, directe et participante) réalisée dans et sur les sociétés camerounaises, aux lendemains de l’entrée en vigueur des objectifs du développement durable (ODD).
Au terme de cette réflexion et d’une analyse consistant en une sociologie critique de l’implémentation de la PNG du Cameroun , l’auteur montre qu’il existe encore un net décalage entre les discours politiques et les pratiques. Et de fait, malgré les mesures de discrimination positive , malgré la ratification de la CEDEF et du Protocole de Maputo, malgré les 12 points critiques de la Plate-forme de Beijing 1995 et malgré la lutte incessante de plusieurs associations et ONG féminines pour la réduction des inégalités de genre , force est de constater que les sociétés camerounaises restent encore marquées par les valeurs et normes patriarcales et sexistes créées par les sociétés traditionnelles , lesquelles Valeurs et normes sexistes empêchent les leaders féminins de participer réellement à la gestion de la cité en accédant massivement aux espaces de pouvoirs (conseils municipaux, parlements, administrations et autres organes exécutifs, justice, syndicats, instances religieuses) pour exercer de cette façon une véritable influence sur la législation et les politiques publiques de développement . Ces valeurs et normes patriarcales dirigent le Cameroun et le structurent en fonction des besoins du patriarcat ou de la « domination masculine ».
C’est pourquoi, conclut l’auteur de cet article, la socialisation juridique de la femme et son autonomisation réelle constituent bel et bien le prix à payer pour que le développement intégrant le genre en général, et que la PNG, en particulier, deviennent de moins en moins virtuel (le) au Cameroun.
Blaise BAYILI
Le déterminisme technologique : un paradigme controversé de la sociologie des médias et de la communication
Anicet Laurent QUENUM Enseignant-chercheur à l’Université Libre du Burkina
Introduction
D ans l’effort de reconstitution de l’héritage séculaire laissé par les grands penseurs et pionniers des sciences de l’information et de la communication, le devoir de mémoire impose de s’attarder sur l’œuvre d’un personnage dont le nom ne peut être oublié, puisqu’il s’agit du Canadien Marshall McLuhan. Les étudiants en journalisme, d’hier et peut-être un peu moins aujourd’hui, ont tous appris à connaître les idées prémonitoires de ce chercheur qui a prédit l’avènement du « village planétaire » . McLuhan est le père d’une théorie qui prône et postule la primauté du déterminisme technologique dans l’explication de l’évolution des sociétés. « Par déterminisme technologique, on entend l’attitude intellectuelle qui consiste à croire que la technologie détermine essentiellement ou premièrement l’organisation sociale et le comportement humain » (Attallah, 1989, p. 290). Certes, il y a beaucoup à redire sur ses thèses qui n’ont pas eu les faveurs des cercles universitaires, mais malgré tout, « aucune bibliographie en sciences de la communication, aussi minimaliste soit-elle, ne pourrait faire l’économie des travaux de M. McLuhan. Cela même si le théoricien canadien des médias devait se retrouver dans le peloton de tête des auteurs les plus critiqués de la discipline » (Oumar Kane, 2016, consulté le 30 novembre 2018).
Alors que les technologies de l’information et de la communication n’étaient qu’à un stade rudimentaire, McLuhan était déjà habité par cette conviction que la qualité du message et donc de la relation humaine sera profondément marquée par le progrès technique. Aujourd’hui, plus que jamais, les faits semblent, à bien des égards, lui donner raison à en juger simplement par la prégnance de l’outil technique dans les transactions collectives de nos sociétés actuelles fortement immergées dans le tout communicationnel !
État des lieux d’une théorie controversée : tenants et aboutissants
Le débat est loin d’être bouclé entre ce qui ressemble de si près à l’éternelle querelle sur l’antériorité de l’œuf et de la poule. Il est même plus que jamais relancé devant les nouveaux usages de la technologie au sein de la société, à la fois théâtre et témoin d’une sorte d’ivresse communicationnelle.
1.1 Entre la technique et le social : querelle de préséance ?
Au cœur de ce débat sur le déterminisme technologique, surgit une curiosité qui remet en selle la controverse autour du caractère autonome de la technique obéissant à sa propre logique interne ou encore celle de l’antériorité de la technique au progrès social et induisant du coup la question centrale de la présente réflexion que nous formulons en ces termes : est-ce le boom du téléphone portable apparu au début des années 90 et qui a aujourd’hui inondé et submergé le quotidien du citoyen qui a induit la boulimie communicationnelle observée partout dans l’espace public et privé ? Ou s’agirait-il à l’inverse, du besoin incompressible de communication et des transactions multiformes qui l’accompagnent qui ont généré et continuent d’alimenter l’ingéniosité technologique sans limites des temps modernes ? Autrement dit, le boom technologique qui est venu révolutionner les outils ainsi que les modes de partage et de sociabilité humaine est-il vraiment venu en réponse à une demande sociale, à un besoin objectif, à une attente en souffrance ?
À travers cette réflexion, un intérêt particulier sera accordé au cas spécifique du téléphone portable, en l’occurrence les smartphones et le phénomène massif d’addiction aux réseaux sociaux pour lesquels il semble pertinent de faire un lien avec les nouvelles dynamiques psychosociologiques de la communication et leur impact sur la relation sociale. Entre la boulimie communicationnelle observée dans l’espace public et l’ingéniosité fulgurante de l’offre technologique, lequel a préséance sur l’autre ? En clair, dans quelle mesure le déterminisme technologique peut-il servir de grille d’appréciation de tels phénomènes sociaux ? En substance, nous aimerions pouvoir dire, par exemple, si c’est l’Internet qui a créé un changement social ou si c’est le développement et le changement des sociétés qui ont amené à l’avènement de l’Internet.
D’emblée, et de façon tout à fait unanime, les spécialistes s’accordent sur une perception du déterminisme technologique qui, fondamentalement, postule une relation causale entre le progrès technologique et le progrès social. La théorie elle-même se décline sous deux principaux postulats suivant lesquels : a) le progrès technique déterminerait l’évolution sociale ; b) la technique serait antérieure au changement social et existerait de façon autonome. Cette notion de l’autonomie est tout aussi manifeste dans la lecture que fait Danielle Charron (1997, p. 102) du postulat déterministe qui « conçoit les nouvelles technologies comme un point de départ antérieur à toute société ; elles sont là tout simplement autonomes ou tout au plus, le produit d’un esprit génial, se développant selon leur propre rythme, suivant leur propre logique » . Pour être encore plus explicite, le déterminisme technologique se fonde sur la conviction que la société n’influence pas la technique qui, par sa logique propre, tire plutôt son évolution d’elle-même ou de la science. Feenberg Andrew (2004, p.48) ne le pense pas moins, et renchérit l’idée selon laquelle « le destin de la société semble dépendre au moins partiellement d’un facteur non social qui agit sur elle sans subir lui-même d’influence en retour » .
Les tenants de cette approche considèrent alors que « les inventions surgissent par elles-mêmes, indépendamment de la société, et sont hors du contrôle humain. On pourrait utiliser une métaphore et dire que la technologie est comme la météo : il fait beau ou il pleut aujourd’hui, c’est un fait sur lequel nous n’avons aucune prise et qui est totalement indépendant de la société ». (M.Morisset-Fénery, F. Skalli, K. Zarrouck, 2003/2004, p.5). On n’est donc pas loin de penser que c’est la technique qui dicte la marche et le rythme du progrès social et qu’en fait, la première serait la mesure du second. Telle est en réalité la compréhension que l’ensemble des auteurs partage au sujet du concept du déterminisme technologique, mais il n’est pas superflu d’y ajouter celle-ci qui procède plus exactement d’un souci d’insistance :
Dans tous les cas, l’argument consiste à considérer que, par sa seule présence, l’objet technique influence le social, dans une logique causale où le premier est la variable indépendante et la seconde, la variable dépendante. Cet argument en suppose un second souvent implicite : l’évolution technique serait autonome ou indépendante de l’organisation du social, car produite dans une dynamique essentiellement interne (la technique produit la technique). Dès lors, l’analyse porte sur la nature des changements produits, la technologie étant considérée comme une boîte noire, le sociologue, l’historien ou le philosophe n’ayant pas réellement de prise pour en comprendre le développement.
(Pierre Doray, Florence Millerand, 2015, p. 66-69)
1.2 « Le message, c’est le médium » : un tonnerre dans le ciel de la communication
Pour bien appréhender cette théorie, il sied de convoquer les tenants et plus particulièrement, celui par qui fait figure de pionnier dans la théorisation du déterminisme technologique ; en l’occurrence l’économiste historien, Harold Innis (1894 – 1952), qui fonda après la Deuxième Guerre mondiale, l’École de Toronto. Au départ, il s’agissait pour lui « de chercher un lien entre, d’une part, l’existence et l’utilisation de technologies et de modes de communication et d’autre part, des caractéristiques de la société considérée. L’idée était donc de ramener l’étude des sociétés et des civilisations à l’examen des technologies et des phénomènes de communication (François Heinderyckx, 1999, p.73). Il s’est en effet employé à démontrer l’importance de l’impact des évolutions technologiques sur les sociétés.
Avant le fondateur de l’École de Toronto, il y a eu Karl Marx (1818 – 1883), qui est également cité parmi les grands théoriciens de l’approche du déterminisme. On retient de lui le principe selon lequel l’évolution technique est le facteur primordial de l’évolution des sociétés ; ce qui exigerait des institutions sociales des efforts d’adaptation aux impératifs d’ordre technique. Concernant toujours les marxistes, « leur déterminisme économique est en réalité un déterminisme technologique, car, pour Karl Marx, le genre de système économique et social qu’adopte toute société est inévitablement déterminé par son système de production » , constate Victor C. Ferkiss (1977, 30).
Mais, c’est avec Marshall McLuhan (1911-1980) que le débat autour du déterminisme technologique eut un écho retentissant faisant de lui la figure emblématique de ce mouvement de pensée. Le chercheur canadien doit son aura scientifique à sa célèbre formule « le message, c’est le médium » qui a fait l’effet d’un tonnerre dans le ciel des sciences de l’information et de la communication. En termes clairs, McLuhan professe que le média est le message et ce n’est pas le contenu qui modifie les sociétés mais son mode de transmission ou son canal de diffusion. En d’autres termes, le chercheur canadien a voulu signifier que la façon dont un message est émis importe plus que le contenu du message. En effet, dans la logique mcluhanienne relayée par André Akoun (1977, p.113), « les sociétés ont toujours été remodelées bien plus par la nature des médias par lesquels les hommes communiquent que par le contenu de la communication ».
De cela, suit encore que le message est le médium. Évidemment, l’on est au début des années soixante (1964) et la communauté universitaire découvre quelque chose d’insolite dans sa volonté d’expliquer l’évolution des cultures 1 par les médias. McLuhan (2001, p.37) n’en démord pas : « le vrai message, c’est le médium lui-même, c’est-à-dire, tout simplement, que les effets d’un médium sur l’individu dépendent du changement d’échelle que produit chaque nouvelle technologie, chaque prolongement de nous-mêmes, dans notre vie ». Embouchant la même trompette , Lise Boily et Marcel Chartrand (2012, p.18) adhèrent eux aussi à l’idée que « ces technologies sont de véritables extensions de l’être humain. Ce sont des moyens puissants pour penser le monde et se penser avec un sens du dépassement et d’autodétermination par opposition au poids des institutions ». De quoi conforter le chercheur canadien qui proclamait déjà bien des années plus tôt et avec force illustrations que
toutes les technologies tendent à créer un nouvel environnement humain. Ce sont le papyrus et l’écriture manuscrite qui ont créé l’environnement social qu’évoque pour nous le monde antique. L’étrier et la roue ont créé des environnements uniques dont l’influence a été énorme. Les environnements technologiques ne sont pas simplement d’inertes contenants d’êtres humains : ce sont des processus actifs qui refaçonnent également les êtres et les autres technologies. (Mc Luhan, 1967, p. 7-8)
Les interprétations soulevées par cette théorie passée à la postérité sont légion, avec des variantes de style qui n’enlèvent rien à la singularité du discours de Mc Luhan sur le rôle fondateur des médias dans la structuration des cultures : « l’important n’est pas tant le message que le massage exercé par les médias sur nos modes de perception du monde sensible et de la réalité humaine. Plus largement, les modes de transmission de la culture influencent la culture elle-même ». (François Heinderyckx, 1999, p.74). La démonstration à certains égards peut paraître séduisante si l’on considère que
Historiquement, le développement du chemin de fer a provoqué un bouleversement profond des modes de travail, des loisirs et de l’urbanisation, et ce, dans toutes les régions et quelle que soit la nature de ce qui était transporté (certaines lignes ont été développées pour le transport de passagers, d’autres pour des marchandises, des matières premières, etc.). Le chemin de fer représente le média ; ce qu’il transporte, le message ; si bien qu’il apparaît que c’est l’implantation du chemin de fer, beaucoup plus que ce qu’il transporte qui engendre le bouleversement. L’important, c’est le média. Le message, c’est le média . (François Heinderyckx, 1999, p. 74).
Se fondant sur une telle perception du dyptique « message-médium », doit-on par analogie, considérer que les contenus des plateformes internet sont d’un intérêt moindre par rapport à internet lui-même en tant que média ? Autant il paraît difficile d’avancer une réponse péremptoire, autant il est devenu courant de constater que chez certaines catégories d’internautes et autres conditionnels des réseaux sociaux, l’addiction éprouvée à l’égard de cet outil est moins le fait de l’utilité ou de la qualité des messages échangés que de l’obsession d’être dans l’air du temps ; soit encore l’obsession de voguer sur une galaxie technologique qui prospère et confère une sensation de connexion à la modernité. Entre la quête de satisfaction d’un besoin réel de communication et l’attachement passionnel au médium, il n’est pas toujours aisé de définir lequel joue un rôle déclencheur. Mieux, McLuhan va jusqu’à définir l’évolution des médias comme facteur explicatif principal, déterminant, de l’histoire humaine, qu’il divise en trois grandes périodes selon le média qui y domine : la civilisation de l’oralité, la civilisation de l’imprimerie (la galaxie Gutenberg) et la civilisation de l’électricité (la galaxie Marconi).
2. Le déterminisme technologique : entre enthousiasme et désillusion
D’un bord idéologique ou intellectuel à l’autre, les arguments ne manquent pas ; d’un côté pour affaiblir la théorie du déterminisme technologique et de l’autre, pour valider et célébrer sa pertinence. Mais, à tout le moins et au regard du virage technologique amorcé aux quatre coins du globe depuis plusieurs décennies, le village planétaire prédit par McLuhan n’aura pas été qu’une vue de l’esprit.
1.2 Promesses en double teinte du village planétaire
À bien des égards, McLuhan est perçu comme ce visionnaire qui a voulu avoir raison trop tôt sur certaines questions face auxquelles l’opinion de son temps était quelque peu en retrait. Ce qui, du coup, ne lui a pas valu que des couronnes puisque sa théorie a fait l’objet des critiques les plus acerbes. En voici un témoignage éloquent : « Les approches Mcluhaniennes – et celles qu’on désigne parfois comme École du déterminisme technologique – ont suscité de la part de nombre de sociologues, un rejet dont la vigueur fut à la mesure de l’enthousiasme qu’elles provoquèrent auprès d’autres chercheurs ». (Community Research since Lazarsfeld, Public Opinion Quaterly, 1951, vol n°5).
Mais, force est de remarquer qu’il y a d’abord eu véritablement le temps et le ton de l’enthousiasme, lequel se justifie pleinement aux yeux de la marche du monde et c’est un juste témoignage rendu à McLuhan que de rappeler qu’il est ce chercheur ayant historiquement mis en avant que « les processus de communication électronique, diffusant avec une extrême rapidité d’un bout à l’autre du globe, rapprochent les hommes, au point de transformer la planète en un village global » (Jérôme Bourdon, 2000, p.33). Une prouesse technologique que l’on doit à internet, qui dès 1992 a consacré la triple alliance entre le téléphone, la télévision et l’ordinateur, rendant possible, grâce au TCP (Transmission Control Protocol / Internet Protocol) 2 , une connexion entre deux ordinateurs postés chacun à n’importe quel point du globe terrestre. N’est-ce pas ce dont avait rêvé McLuhan trente ans plus tôt, lui qui « entrevoyait déjà un monde où n’importe qui, de n’importe où, peut accéder à n’importe qui ou à n’importe quoi, grâce à des réseaux reliant entre eux les médias les plus divers ». (Francis Balle, 1999, p. 171).
Le moins qu’on puisse dire est l’évolution rapide des technologies de l’information et de la communication a déjà si fortement impacté les dynamiques sociales qu’il n’est plus cohérent de conjuguer au futur le village planétaire de McLuhan. « Nous y sommes » s’est d’ailleurs exclamé Francis Balle (1999, p.

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