Voyage africain. Souvenirs d'un expatrié en mission humanitaire

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Français
92 pages
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"...J'avais très envie d'abandonner toute cette mondanité, en cherchant un boulot quelconque dans un pays lointain. Finalement, une compagnie canadienne me proposa un poste de pilote au Kenya, que j'ai accepté sans trop réfléchir. Depuis lors, je me suis mis à rêver..."

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Date de parution 01 mars 2012
Nombre de lectures 64
EAN13 9782296485723
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

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L’Harmattan en Afrique
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DOMINIQUE BERTONI
VOYAGE AFRICAIN SOUVENIRS D’UN EXPATRIÉ EN MISSION HUMANITAIRE (Kenya, Soudan, République Centrafricaine, République Démocratique du Congo)
L’Harmattan 5-7 rue de L’École Polytechnique - 75005 Paris
Traduction de l’italien et mise en page réalisées par L’Harmattan Italia (Turin)
www.editions-harmattan.fr
© pour l’édition française L’Harmattan, Paris, 2012 ISBN: 978-2-296-54696-7
© pour l’édition originale italienne intitulée Viaggio africano. Vivere e lavorare nel continente nero D. Bertoni et Alcyone Casa Editrice, Roma 2010
SOMMAIRE
INTRODUCTION,Piero Gavioli
PROLOGUE
MON DERNIER NOËL AVEC LE PÈRE NOËL
Chapitre I LE KENYA
Chapitre II LE SOUDAN
Chapitre III LA RÉPUBLIQUE
CENTRAFRICAINE
Chapitre IV LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
ÉPILOGUE
IMAGES
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À Davide, mon fils
À Stanley, Derek et Peter du ghetto qu’ils puissent vivre ensemble dans
de Korogocho : une Afrique meilleure
INTRODUCTION
PIEROGAVIOLI (directeur du Centre Don Bosco « Ngangi » à Goma)
Histoires d’enfants à Lumumbashi, quartier de Kasungami. Les filles de Da Katy
Dans l’Afrique traditionnelle, la croyance en la sorcellerie (c’est-à-dire aux influences maléfiques) constitue un systè-me d’autoréglementation sociale assez efficace. Par exem-ple, on pourra accuser de sorcellerie tout individu qui s’en-richit sans partager ses biens avec son groupe d’appartenan-ce. Par conséquent, l’inculpé devra payer une amende (et, de cette façon, redistribuer la richesse qu’il a accumulée) ou bien risquera la mort (et, ensuite, sa richesse sera répartie parmi les membres de sa communauté). En cas de calamité, famine ou épidémie, l’accusation de sorcellerie permet d’é-liminer des bouches inutiles à nourrir, les plus faibles, bien évidemment.
***
Da Katy est une femme de 30 ans qui vit à Lumumbashi, dans la paroisse de Don Bosco. En tant que mère adoptive, elle gère un orphelinat pour les petites filles que leurs familles chassent en les soupçonnant de pratiques de sorcel-lerie. Da Katy a sauvé de la rue, nourri et soigné dizaines de gamines abandonnées. À plusieurs jeunes filles qu’elle a adoptées, Da Katy a posé deux questions précises : « Comment décrivez-vous, aujourd’hui, votre expérience passée ? Quels sont vos projets pour votre avenir ? »
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Je vais reproduire ci-dessous leurs réponses, en respectant le style oral qu’elles ont employé en s’exprimant en langue swahili. Les récits des gamines coïncident entre eux en ce qui se réfère aux souvenirs dramatiques des tortures subies, de l’exclusion dont elles ont été les victimes et par la frai-cheur de leurs rêves d’adolescentes… Je propose leurs réflexions, de forme anonyme, à ceux qui nous soutiennent dans notre travail de rééducation, par leurs prières, par leur amitié et par leur aide financière. J’ajoute que nous nous efforçons de dérouler ce travail en suivant les préceptes de Don Bosco.
K. a 15 ans et fréquente la quatrième année de l’école élé-mentaire. Elle a été la première des gamines accueillies par Da Katy. Elle est encore tourmentée par le souvenir de son passé : sa grand-mère qui lui aurait transmis ses pouvoirs néfastes en lui donnant à manger une tranche de viande ensorcelée ; la mort de ses petits frères ; la désagrégation de sa famille. Pas à pas, elle cherche cependant de se reconstruire une existence meilleure.
— Je pense à ma vie d’autrefois. Je regrette ce que j’ai fait. J’ai ce sentiment surtout quand les vacances scolaires approchent. On nous demande : qu’est-ce que vous allez faire pendant cette période ? Où allez-vous passer les fêtes de Noël, du Jour de l’An, de Pâques ? Est-ce que vous ver-rez vos parents ? Ces questions sont pour moi comme un bulldozer qui fouille dans mon passé en éclairant mon exis-tence de l’époque. Rien que de mauvais souvenirs. J’ai brisé la vie de ma mère : on me dit qu’elle habite maintenant dans le Kasai (région à 100 km de Lumumbashi), avec sa famille d’origine. Elle n’a plus d’en-fants, de mari, de vêtements ou de nourriture suffisante. C’est une femme encore jeune, elle a 33 ans, mais elle a vieilli précocement, par ma faute. Mon père a disparu une 8
année après avoir quitté ma mère. Par la suite, on a retrouvé son corps dans la brousse. Sa famille prétend que c’est ma faute. Je me sens seule, seule comme la langue dans la bou-che. Pourquoi m’est-t-il arrivé tout cela ? Seulement parce que j’avais mangé quelque chose chez ma grand-mère. À la maison, on me considérait comme un monstre, un être à éli-miner à tout prix. J’étais une fille sale, maigre et je ne savais ni lire ni écrire. Ici, par contre, je suis une personne humai-ne, ici on veut que je fasse ma vie. Je mange à ma faim, je dors et je vais à l’école. Je travaille aussi dans le potager, en apprenant à piocher et à cultiver. Je joue et je parle avec tout le monde. Je vais à la messe et je fréquente le catéchisme avec les autres jeunes du quartier. Je suis tellement conten-te, que je voudrais rester ici à jamais, en terminant mes étu-des, en me mariant par la suite ou bien en travaillant pour gagner ma vie.
A. a 16 ans et vient juste de commencer un cours d’alpha-bétisation. Elle est arrivée à la paroisse la nuit du 24 décembre, il y a deux ans, comme une sorte de cadeau de Noël ! Au début mystérieuse et se tenant sur la défensive, elle s’est ouverte peu à peu et s’est développée physique-ment et sous le profil psychologique. Il y a encore peu de temps, sa famille ne souhaitait pas la voir, mais, le 24 décembre dernier, sa mère est venue la chercher. A. va res-ter avec Da Katy mais pourra désormais passer ses vacan-ces chez sa mère.
— À ma vie d’antan, je ne pense plus. Errer par ici et par là, dormir sous les étalages d’un marché ou me nourrir comme un porc : je me sens suffoquer à l’idée de revivre tout cela ! Je sais que j’ai fait beaucoup souffrir les autres par mes bêtises, mais, moi-même, j’ai souffert le plus, je crois. Maintenant je me présente bien aux yeux des gens. J’ai grandi, j’ai eu mon premier cycle menstruel et tout est 9