DO NOT TOUCH #3
120 pages
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DO NOT TOUCH #3 , magazine presse

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Revue d'art et d'esprit de l'océan Indien

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Date de parution 07 décembre 2021
Langue Français
Poids de l'ouvrage 29 Mo

Exrait

D i r e c t r i c e d e l a p u b l i c a t i o n I s a b e l l e M o t c h a n e - B r u n
D i r e c t e u r d e c r é a t i o n J e a n - L o u i s F l o c h
D i r e c t e u r a r t i s t i q u e e t p h o t o g r a p h e J . D . M a x w e l l M a r i e
Tr a d u c t e u r R o b e r t F u r l o n g
É d i t e u r A r t M é d i a P r o d u c t i o n s I m m e u b l e L e s M i r a b e l l e s , r o u t e L a S a l e t t e , G r a n d - B a i e . I l e M a u r i c e T . M a u r i c e : + 2 3 0 5 7 1 2 9 4 6 9 T . F r a n c e : + 3 3 6 7 4 7 8 1 2 7 2
I S S N 1 6 9 4 - 3 7 0 8
R E M E R C I E M E N T S
D N T –D o To u c hN o t t o u s e t t o u t e s d e : n ’ a u r a i t e x i s t é j a m a i s e t c r é a t i v i t é c o n f i a n c e l a l e s a n s l a t a l e n t , a u t e u r s , a r t i s t e s , p h o t o g r a p h e s , p a r t e n a i r e s . Q u ’ i l s e n s o i e n t s i n c è r e m e n t e t c h a l e u r e u s e m e n t r e m e r c i é s .
C O N T R I B U T E U R S A u t e u r sM a r e k A h n e e , B é n é d i c t e A u v a r d , D o m i n i q u e B e l l i e r , J o s e p h C a r d e l l a , T h i e r r y C h â t e a u , Yu s u f K a d e l , D a n i e l L a b o n n e , A v i n a a s h I . M u n o h u r , M i c h è l e R a k o t o s o n , S e r g e G é r a r d S e l v o n , A m a l S e w t o h u l , C a r l d e S o u z a , D i d i e r W o n g . A r t i s t e s S t é p h a n i e D e s v a u x , D j u n e i d D u l l o o , L i n F e n g m i a n , S o l e n n F l o c h , F l o o x , K h a l i d N a z r o o , A l i x L e J u g e , N e e r m a l a L u c k e e n a r a i n , S k i z o f a n , E v a n S o h u n P h o t o g r a p h e s T h i e r r y H o a r a u , R o m a i n P h i l i p p o n , K e t a k i S h e t h
PA R T E N A I R E S
L a r e p r o d u c t i o n , m ê m e p a r t i e l l e , d e s t e x t e s e t d e s p h o t o g r a p h i e s p u b l i é s d a n s c e t t e r e v u e , e s t s t r i c t e m e n t i n t e r d i t e s a n s l ’ a c c o r d é c r i t d e l ’ é d i t e u r
ISABELLE MOTCHANE-BRUN D i r e c t r i c e d e l a p u b l i c a t i o n
ÉDITO | #3
« Nous n’aurons jamais trop de ces ers esprits qui jugent, critiquent et résistent. Ils sont le sel de la cité. » Alain,Propos d’un Normand, tome I.
Si résister est un acte de survie, il me semble alors que nous sommes entrés dans une ère de résistance. Résistance au chan-gement climatique, au néolibéralisme, à la globalisation dans ce qu’elle a d’arbitraire.
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L’art n’a pas seulement une fonction esthétique. Dans l’en-tretien qu’il nous a accordés, Ashish Beesoondial, directeur artistique du Caudan Arts Centre, l’arme :« Par essence, tout travail artistique est politique ».« Qu’il le veuille ou non, l’artiste fait un choix quand il crée et ce choix est inuencé, voire dicté par ce qui se passe au niveau social, politique, économique, etc. »Faire œuvre de création est un acte de résistance. Lin Fengmian, considéré comme le pionnier de l’art moderne chinois, dont nous consacrons plu-e sieurs pages à l’occasion du 30 anniversaire de sa disparition, en a fait l’amère expérience pendant la Révolution culturelle. Ainsi que le raconte son neveu, le photographe mauricien Philip Lim, il fut accusé d’être un « Peintre noir », emprisonné, ses tableaux soumis à la censure.
Une âme de saumon
Lorsque nous avons choisi le thème de la résistance pour le numéro 3 de DNT, nous étions à mille lieues d’imaginer qu’un virus allait masquer nos manières de vivre, ériger des gestes bar-rières et fermer les frontières. Un virus auquel il nous faudrait résister vaille que vaille. Raison pour laquelle nous n’avons pas pu paraître en 2020 et qui nous oblige cette année à envisager une édition numérique. Ironie de l’histoire, nous ne nous dou-tions pas non plus que le titre de la revue « Do Not Touch » allait prégurer le monde d’aujourd’hui qui nous somme de garder nos distances toutes aaires cessantes !
Résister, contester, s’opposer, c’est en quelque sorte prendre le monde à rebrousse-poil, nager à contre-courant. Faire en-tendre une voix diérente, voire discordante dans le concert silencieux de la majorité. Mais n’est pas saumon qui veut ! Oser exprimer publiquement un avis contraire, c’est prendre le risque d’être banni de la communauté et jugé pour outrecui-dance. Or, depuis le berceau, on nous apprend à nous fondre dans la masse. Comme les loups, nous avons besoin d’un chef de meute. Chef de famille, chef de clan, chef de service, chef d’entreprise, chef de parti, chef suprême, nous passons de l’un à l’autre sans rechigner, habitués que nous sommes à suivre le mouvement. C’est tellement plus confortable de penser comme tout le monde, d’autant plus aujourd’hui où, celui qui remet en cause une armation ocielle est immédiatement taxé de complotiste !
Et pourtant, il y a ceux qui résistent. À l’envahisseur. À l’oppres-seur. À l’ordre établi. Comme nous les envions dans le secret de notre conscience, ceux qui osent s’engager hors des sentiers battus. Nous avons besoin d’eux parce qu’ils font bouger les lignes. Et parmi eux, il y a les artistes.
Résistons donc avec Carl de Souza et son appel à retrouver l’art de vivre des îles indianocéaniques ; avec Fanio Skizofan qui nous implore de tenir pour notre dignité et notre liberté ; avec Michèle Rakotoson qui nous rappelle «qu’il y a toujours un moment où les peuples disent non, où ils ne veulent plus entrer dans des engrenages de mort, où ils choisissent la vie, tout simplement ». Résistons à l’accélération du temps avec la photographe indienne Ketaki Sheth, prenons des chemins de Traverse avec les Réunionnais Thierry Hoarau et Romain Philippon. Alors, oui, résistons. À la médiocrité ambiante, au nivellement par le bas des popula-tions, à l’uniformisation culturelle, aux dogmes du totalitarisme intellectuel d’où qu’il vienne. Pour une fois, retrouvons notre âme de saumon !
DNT | #4
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SOMMAIRE | #5
Édito Une âme de saumon– Isabelle Motchane-Brun, directrice de la publication
Parti Pris Résistance
812 14 17 20 22 28 34 36 42 44 47
Maudrigosa !– Carl de Souza De la résilience à la résistance– Avinaash I. Munohur Les Marrons, combattants de la liberté – Thierry Château Résistance– Alix Le Juge Bam Cuttayen, poète de la fragilité– Marek Ahnee Interview d’Ashish Beesoondial : « Chaque pays produit des pièces de résitance » – Dominique Bellier Skizofan, jongleur de mots et d’image– Dominique Bellier Lettre à Isa– Michèle Rakotoson Deux photographes au cœur d’un village– Dominique Bellier Science, résistance et arrogance– Daniel Labonne Bot à Bote– Stéphanie Desvaux « Bolom Nwel »– Yusuf Kadel
Nomade 48Tout change et rien ne change– Joseph Cardella
Arts
52 58
6264 72
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Evan Sohun ou les expérimentations de « Toudims »Wong– Didier Curateur, un démiurge du monde de l’art ?– Serge Gérard Selvon
LIN FENGMIAN LA CHINE HORS LES MURSRencontre avec l’occident– Bénédicte Auvard Mon oncle, le « peintre noir »Lim– Philip
Djuneid Dulloo : « Galer, lager, maler »– Serge Gérard Selvon
Liérature 86Notes de Chine– Amal Sewtohul
Photographie90Ketaki Sheth : Portraits indiens– Isabelle Motchane-Brun
Do you speak English? 97Cahier traduction
EN COUVERTURE : LIN FENGMIAN Nu.Encres sur papier, 68 x 68 cm, années 80
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PARTI PRIS | #7
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CARL DE SOUZA A u t e u r
« Maudrigosa ! », chœur collectif de textes et d’images d’artistes et d’auteurs à paraître prochainement, est né d’une douleur, d’un cri de colère et de résistance de l’écrivain Carl de Souza, face à l’inanité du monde dans lequel nous vivons. Un appel à retrouver ses marques, son vivre-ensemble et surtout sa capacité à rêver !
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En amont du poème
En juillet 2020 en pleine pandémie, Maurice recevait en son anc un dard venu de nulle part : le vraquierWakashiovenait se cher dans la barrière de corail de Pointe d’Esny. À quelques encablures de ce qui reste de l’épave métallique duDalblair(échoué en 1902) témoin d’une scène importante de mon dernier romanArtefact. J’acceptais de contribuer un poème à un collectif intituléÉcrire, peindre peut-être ?en mémoire de cette catastrophe écologique et humaine (plusieurs personnes perdirent la vie par la suite au cours de
« Une île ? Que dis-je poignée d’îles plutôt jetées à la mer par cruelle Histoire dans l’œil du cyclone renaît l’espoir d’un continent océanique puzzle pas à vendre ni à céder les amis les potes on les accueille la maison on ne la leur cède pas Maurice-Rodrigues-Chagos-Agalega... Maudrigosa ! »
Dans le même temps, je refusais d’aller recevoir – après m’en être déclaré reconnaissant – une décoration nationale qui m’était octroyée pour services rendus dans les domaines de l’éducation, du sport et de la littérature, souvent perçus comme irréconciliables mais, demeurant en ce qui me concerne, au cœur de l’activité plurielle humaine. Ce ne fut pas une décision prise de gaieté de cœur, et j’étais pleinement conscient, qu’à mon tour, je blessais nombre de personnes qui voulaient sincèrement m’honorer. Mais la vie n’est pas faite de choix faciles, surtout par cette époque de grands bouleversements. Pour ma part, il s’agissait pratiquement de survie, d’éviter à mon tour le naufrage, de demeurer cohérent avec les valeurs que je prône. Et en termes « sportifs » de ne pas me désunir comme l’athlète qui prend mal l’obstacle…
Fallait-il cette piqûre pour que je prenne pleinement conscience de ce qui nous arrivait, nous les habitants, de cette île qui, souvent, ne fait pas la part belle aux autres ?
Notre continent océanique, je l’ai d’abord découvert dans un éblouisse-ment, il y a quelques années sur une carte géographique dressée à des ns pédagogiques et libellée « Mauritius Ocean-State ». Elle était punaisée dans un bureau de ministère et quand je l’avais cherchée à nouveau pour la consulter, enroulée et empoussiérée sur une vieille armoire, elle attendait penaudement d’être mise à la poubelle. L’idée de se réclamer d’un « État-Océan » avait déjà fait son temps dans les préoccupations politiques et les manœuvres administratives.
Cette carte réveillait chez moi des choses qui allaient chercher leur source très loin dans mon enfance. La profession de mon père ocier de police lui avait valu quatorze aectations de part en part du pays, Rodrigues inclus. Quatorze maisons dont je garde le précieux souvenir, en particulier, l’une d’entre elles en bord de mer à Port-Mathurin et d’un sentiment de liberté sans doute inspiré par la proximité de l’océan. J’avais cinq ans. À la sortie de l’école lilliputienne logée jusqu’à dernièrement dans d’anciens baraquements de la Seconde Guerre mondiale, j’étais autorisé à traverser Port-Mathurin pour aller rejoindre un ami qui habitait à l’autre bout de ce qui était encore un village. J’avais même poussé dans la direction opposée jusqu’à Anse-aux-Anglais pour récupérer un jouet, minuscule moulin à vent en bambou, et un autre jour, vers la montagne, en traversant une mare aux oiseaux migrateurs, disparue depuis au prot d’une gare routière. Mais ces dernières excursions avaient lieu sans
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manœuvres maritimes). Mais aussi pour rendre hommage à une immense solidarité humaine déclenchée au milieu de la léthargie sociale alors que foisonnent les piqûres de rappel en multiples doses ! Dans ce poème que j’intitulais « Maudrigosa », je plaçais les vers suivants :
la permission maternelle, ce qui me valut quelques désagréments, car tout le monde se connaissait et on avait prévenu mes parents de mes incartades. Ils ne s’en ousquèrent que très moyennement car ils mesuraient pleinement, par rapport à Maurice, la parfaite sécurité de la vie sur cette île voisine qui vivait portes ouvertes.
Un transfert ultérieur de mon père poète-faux-ic me mit en contact avec l’autre étendue essentielle à mon existence, les champs de canne, ceskaro-kannde Piton que ma mère citadine avait en horreur. Et les ls de laboureurs si compétents en ce qui concernait la terre et le vivant, au contact de qui, à laPiton Government School,la meilleure école primaire que j’aie connue, les premiers germes d’une vocation de biologiste se révélèrent.
C’est aussi dans ce village du Nord que je devins incidemment « Maudrigosien ». Une opération des amygdales m’avait cloué au lit durant plusieurs semaines et j’avais épuisé tous les livres disponibles de la maison, ainsi que mes parents se relayant à mon chevet pour me calmer ! Ma mère institutrice grâce à qui mes sœurs et moi rattrapions les changements d’école, jeta sans grand espoir, à côté de moi, un vieil Ardill cartonné :A School Geography of Mauritiusqui n’était pas encore au programme de quatrième mais dans lequel elle comptait m’embarquer dès la prochaine rentrée des classes. Ce manuel ne me quitte-rait plus. J’y découvris les cartes pour la première fois : Maurice avait donc une forme et nous pouvions nous y situer, même perdus dans cette plaine du Nord, où ma mère se morfondait, loin de sa famille qui habitait dans la ville plus civilisée de Quatre-Bornes, et de mon lieu de naissance, Rose-Hill. L’île Rodrigues (à trois jours de bateau mais dont elle ne s’était jamais plainte) y gurait aussi ! La « dépendance » avait la forme d’un bonhomme chargé d’on ne savait quel fardeau. Et puis des îles plus au nord de l’océan Indien, fers à cheval ou poignées de confettis (selon ma mère de moindre importance car il en serait peu question aux examens).
Au l des pages de l’Ardill, les rivières se mirent à couler du plateau central, les pics à s’élever en bordure de cet immense cratère primordial, et les guir-landes de récifs me livrèrent nos lagons. Une trentaine d’usines marquaient le territoire ainsi que des routes et des tracés de chemin de fer... De Piton, on aperçoit les îles du Nord : celles contournées par les navires sur les routes maritimes vers l’Europe, ou l’île Ronde dont, chargés de sacs d’oiseaux, revenaient des massacreurs que les gabelous de mon père arraisonnaient.
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DNT | #10
Maudrigosa !
La carte me permit de débusquer derrière ce cône qui est en fait un cratère, l’île aux Serpents, invisible depuis Piton ! Adulte, je découvrirais l’île Ronde, sa ore et sa faune uniques, et y mènerais des biologistes en herbe dont cer-tains se retrouvent aujourd’hui à la tête de grandes entreprises mauriciennes. M’accompagnerait dans cette excursion, mon ancien prof du Collège Royal, le regretté Karl Mülnier, celui-là même qui allait me guider plus tard dans l’exploration sous-marine des épaves de la bataille navale de Mahebourg, et par son tempérament, m’inspirer mon premier romanLe Sang de l’Anglais!
Plus près de la côte, dans le lagon, s’étend l’île d’Ambre sur laquelle s’échoua leSt. Géran
Les cartes de géographie et les dessins de biologie me permirent de garder contact avec l’art de la représentation, contre lesquels les sciences butèrent maintes fois. Car notre éducation largement binaire m’imposa des choix douloureux et ce fut souvent dans la plus grande clandestinité (délicieuse, avouons-le) que je dus franchir certaines frontières. Celles qui cloisonnent les matières scolaires certes, mais surtout compartimentent des domaines essentiels aux diverses facultés humaines. Celles qui fracturent la nécessité et la soif de vivre autant dans sa tête par le biais de l’intellect, que dans son cœur par celui de l’aect.
Ils ne furent pas nombreux à réagir à mon appel.
« Maudrigosa ! »
Le premier fut JMG Le Clezio qui comprit l’enjeu et suggéra que tous se rallient à la cause – curieusement, le prix Nobel avait le même sursaut qu’une jeune slameuse, Doralie Lebrasse qui, à l’autre extrême de la notoriété, se voyait bien délant dans la capitale t-shirts et banderoles à l’appui !
Mais qu’allions-nous revendiquer ? Où exactement le bât blessait-il, à quels endroits de nos « récifs personnels » étions-nous atteints ?
Un échange avec l’écrivaine Ananda Devi avait lieu pratiquement au mo-ment de ces questionnements. Curieusement, ce dialogue se tenait lors de la parution de mon roman le plus contesté, le plus engagé et probablement le plus poétique, aux États-Unis.Kaya Daysavait touché le traducteur Jerey Zuckerman ainsi qu’une maison d’édition reconnue, Two-Lines Press, plus de vingt ans après les émeutes qui suivirent la mort du chanteur de seggae, Joseph Reginald Topize, dit Kaya.
Ce livre témoigne, non pas du décès de celui qui fut emprisonné pour avoir fumé un joint lors d’une manifestation publique, mais de l’extrême confusion qui, embrasant le pays, faillit le scinder en deux. Il fut mal compris par ceux
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qui attendaient une biographie de Kaya, qui méritait certainement qu’on s’attarde sur sa vie. Mais ce n’était pas mon propos.
De ces échanges, naissaient le projet « Maudrigosa ! » – je mets un point d’exclamation à ce qui est d’abord un cri… De douleur, en premier lieu certes, mais se transformant en cri d’appel, de ralliement, de revendication.
L’appel fut lancé à d’autres, écrivains, universitaires, journalistes, plasticiens de s’exprimer. D’orir des paroles et des images à nos compatriotes qui n’en pouvaient plus de promesses creuses, de discours en l’air voire de mensonges. Qui se trouvaient en manque de rêve et d’espoir.
Car en amont du foisonnement de propositions politiques qui naissent chaque jour dans la situation actuelle tant au niveau local qu’à l’international, le rêve a disparu.
Il a disparu pour céder la place à des copier-coller, recettes piquées à des pays qui ont résolu leurs problèmes à leur façon – souvent admirablement. Le rêve cède la place à des impératifs nanciers imposés par des puissances traditionnelles ou émergentes, la magie de notre vivre-ensemble – imparfait mais combien signicatif au moment où des intolérances de toutes sortes montrent leur visage haineux tant en Europe qu’en Afrique ou en Asie, sources de notre peuplement. Et je ne parle pas de ce continent de l’autre côté de la planète qui accueille mesJours Kayaaujourd’hui, dans la foulée de la revendication Black Lives Matter.
Oui, une colère essentielle et salutaire est à l’origine de ma démarche, et sert de carburant à la publication du beau-livreMaudrigosa !qui est, plutôt qu’un collectif, davantage un chœur de ces créatifs, venant du plus profond de leur être, eux qui portent leur terre natale partout où ils vont.
Aujourd’hui, notre pays doit retrouver ses propres marques en ce qui concerne sa manière de vivre et d’exister quitte à renier des normes issues d’autorités sociales, politiques ou même morales, externes à notre réalité. Et cela vaut pour tous les peuples du monde. Le nôtre doit passer de l’enfance – un demi-siècle c’est peu dans l’existence d’un pays libéré – à un autre stade de développement. Il n’appartient qu’à nous de nous l’orir.
Mont Piton Septembre 2021
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