EELV : lettre de Marie Bové
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Conseillère sortante en Aquitaine, elle ne devrait pas figurer sur les listes de mouvement pour les régionales, en décembre.

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Publié le 12 mai 2015
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Langue Français

Exrait

A l’intention des adhérents EELV de la région Aquitaine, Poitou-Charentes, Limousin Copie à Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale Copie à Stéphane Saubusse, secrétaire régional Aquitaine Copie à Murriel Podovani, secrétaire régionale Limousin Copie à Didier Coupeau, secrétaire régional Poitou-Charentes Chèr-es toutes et tous, Dans cette période pré-électorale mouvementée je vous écris ces quelques mots afin de vous exprimer mes vives inquiétudes sur les orientations de notre famille politique et vous indiquer la route que je m’apprête à suivre dans les semaines qui viennent. Aucun de vous n’est visé à titre personnel, l’humiliation n’est pas ma religion. Non, je souhaite vous alerter sur une erreur politique qui a été commise dans notre région en Aquitaine. Une erreur qui résonne comme la marche silencieuse du cortège funéraire d’Europe écologie. Aujourd’hui c’est le nom « Bové » que l’on enterre après celui de Cohn Bendit, Lipietz, Mamère, Blandin, Simon, Denigot, Saïfi… et de nombreux autres qui ont porté un projet politique européen et citoyen pour l’écologie. Epurer pour mieux rassembler Le mois de mai est d’ordinaire celui de la fête de l’Europe, mais j’observe dans notre famille politique que le grand ménage de printemps en vue des régionales de 2015 a la préférence. La logique de l’appareil, c’est la logique de l’appareil. Et quand on est un parti politique comme les autres, on applique la même recette: on préfère la consigne du clan à la discussion politique. C’est froid, net et sans bavure. Quel est l’objectif ? Question naïve… placer les copains à n’importe quel prix, cela va de soi. Mais certains adhérents du mouvement n’ont pas vu cette réalité mortifère, bien souvent par manque d’information ou par abus de confiance. D’autres se sont retrouvés isolés et n’ont pas pu stopper cet engrenage infernal. Dans ce contexte, inutile de vous préciser que ma candidature était montrée du doigt. Depuis 2009-2010, le désir de revanche (qui peut s’expliquer de façon rationnelle sur des divergences de stratégies) s’est intimement mêlé à celui de la vengeance et de la rancœur. Comment ai-je osé imposer ma candidature en 2009 sans l’extrême-onction de l’appareil des Verts ? Comment ai-je osé imposer un mix des listes à 50% de la société civile et des régionalistes en position éligible ? Comment ai-je
osé incarner un électorat en mon nom ? Comment ai-je osé m’exprimer en mon nom dans la presse ? Comment ai-je osé prendre position, par la liberté de mes votes, en séance plénière du Conseil régional? Comment ai-je osé bousculer les règles traditionnelles du parti avec le projet de la coopérative politique ? Comment ai-je osé aider mon père pour son investiture aux Européennes de 2014 ? Comment ai-je osé organiser un meeting électoral et citoyen avec Bertrand Cantat ?… L’autonomie c’est plus facile entre nous Avouez que les motifs ne manquent pas pour me pendre haut et court. Et c’est ainsi que le 11 avril les adhérents de la Région Aquitaine/Poitou-Charentes/Limousin ont choisi leur binôme tête de liste à Angoulême. Un mois plus tard les adhérents de la Gironde ont choisi leurs 12 premiers candidats du département. Sans surprise, le parallélisme des scores est édifiant. J’ai payé le prix fort du « tout sauf Marie Bové ». Boucherie préméditée à grand renfort de bulletins de vote pré-remplis : exit ma candidature à la tête de liste régionale et ème ème rebelote à Bordeaux en me rétrogradant à la 5 place femme, soit la 10 place sur une liste ordonnancée à parité en Gironde. Mais le problème n’est pas tant de m’avoir explosé la figure en deux rafales. Le vrai problème, c’est celui du ricochet des balles : celles qui touchent les électeurs. Alors, de deux choses l’une : soit le score des prochaines élections régionales importe peu pourvu que les protégés du parti soient élus. Auquel cas, ce n’est pas la peine de rassembler des électorats aux horizons divers. Cela suit une logique. Soit le score à réaliser doit dépasser 10% afin de mieux négocier une fusion de listes ou de se maintenir au second tour. Auquel cas, il est nécessaire de rassembler des électorats. Cela, c’est une autre logique. Force est de constater que le scénario de l’entre-soi a eu la préférence en Gironde sur le refrain de l’autocongratulation. Le club Survivors a été désigné dans la même sensibilité, dans la même catégorie socioprofessionnelle, avec le soutien des mêmes chefferies… Le logo du parti et la campagne COP21 permettront peut-être de dépasser les 5% à 8% en décembre prochain ? Malheureusement pour les Survivors girondins, le nom « Bové » signifie quelque chose pour les citoyens, quelque chose qui ressemble au mot « écologie ». Les résultats des élections européennes l’attestent. Il en va de même pour les représentants des mouvements régionalistes (Occitans ou Basques) ou certaines personnalités du tissu associatif, de la sphère économique ou du monde culturel. Dommage: quel sera le choix des électeurs? J’en prends acte. Le syndrome des végétariens en proie au cannibalisme a triomphé. L’uniformisation idéologique, le théâtre des postures, le langage atrophié, le patriotisme local, le mépris… ont pris le dessus. « Je suis de gauche », « je prends mes responsabilités », « j’ai bu dans le verre d’eau de René Dumont » ou toute autre tenue de camouflage n’a pas suffi à dissimuler ce triste spectacle.
Allez, prends soin de toi! Enfin un petit mot qui se veut gentil. Ou presque. Enceinte de six mois, nombreuses sont les félicitations, les anecdotes amicales… et de temps à autre la phrase qui tue: « prends soin de toi » ou, plus croustillant, « un enfant c’est une chance, ne serait-ce pas le moment de passer à autre chose ». Traduction: pour mes proches, il s’agit d’un message affectif pour m’épargner stress et souffrances. Pour les autres, une bonne façon de me faire quitter le plancher de la politique. En effet le statut de l’élu ignore tout de l’émancipation des femmes. Et choisir d’être maman en assumant une fonction politique n’a rien d’une cure thermale. Les congés maternité, cela n’existe pas: la future maman peut simplement obtenir un « mot d’absence » (16 semaines) enregistré par l’administration de la collectivité. Comprenez un absentéisme ne pouvant faire l’objet d’une sanction s’agissant des séances plénières ou des commissions. Quant à un remplacement par un élu suppléant pour le suivi des dossiers (le suivant de la liste électorale par exemple), ce n’est pas possible. Enfin, concernant les aides pour la garde d’enfant les jours de présence dits obligatoires dans l’exercice d’un mandat, le décret d’application de la loi votée en mars 2015 n’a pas encore été publié. Et oui, le statut de l’élu c’est un statut pour les hommes… à peine adaptable aux femmes ménopausées. La parité dans toutes les collectivités, c’est une avancée pour la démocratie. Mais faut-il encore accueillir toutes les femmes, et notamment celles qui ont un enfant en bas âge. Sans mesures adéquates, c’est la stigmatisation assurée et la non-représentation d’une génération de femmes sur les bancs des assemblées. Si je vous dis tout cela, c’est que je suis l'imbécile de service sur-mesure : femme, élue, bientôt maman et sans emploi salarié (licenciée en 2009). Le RSA en janvier 2016 est une hypothèse, la fin de mes reversements d’élue (345 euros/mois au parti) c’est une décision effective à compter de ce mois-ci. Pour terminer ce courrier, je tiens simplement à vous signifier que les motivations de mon engagement dans la vie politique en 2009 ont du plomb dans l’aile. A mon sens, enfoncer la forteresse de l’entre-soi devient une nécessité absolue pour éviter de se prendre le mur à la vitesse de la LGV. C’est pourquoi dans les jours qui viennent, je participerai à un appel pour un rassemblement des citoyens qui souhaitent unir leurs forces dans la diversité. Solidaires et écologistes, nous pouvons bâtir un nouveau contrat social pour les générations à venir : nous venons toutes et tous de quelque part, choisissons où nous souhaitons aller demain. Sans haine ni rancune, Marie Bové
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