Nominé au prix P.J. Redouté 2015

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Extrait de "Le jardin sauvage ou jardin naturel, le fameux Wild Garden"

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Publié le 07 mai 2015
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Langue Français
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William robinson
Malgré son retentissement, les multiples éditions, les nombreuses essai liminaire
et traduction citations dans les ouvrages français sur l’art et la décoration des jardins,
Florence andrél’ouvrage du journaliste et jardinier William robinson, The Wild Garden,
dont la première édition paraît à Londres en 1870, n’était jusqu’à ce jour
Le jardin sauvage pas disponible en français.
Florence andré, non seulement nous livre la traduction de cette œuvre ou jardin natureL
majeure de l’histoire de l’art des jardins, mais la resitue dans son contexte
historique, culturel, sociétal, tant britannique qu’européen tout en le fameux
ouvrant des perspectives sur l’avenir.
Wild gardenLe Jardin sauvage était révolutionnaire en son temps, il reste
incroyaeblement pertinent pour les jardiniers et paysagistes xxidu siècle. dans
o
notre période de doute et de questionnement, son approche pragmatique,
dominée par un véritable souci d’esthétisme et son approche naturaliste William robinson
permettant un mode d’intervention plus à l’écoute de la nature fait de ce essai liminaire et traduction
Jardin sauvage un modèle pour des paysages véritablement durables.
Florence andré
William robinson (1838-1935) a émigré d’irlande et a travaillé rapidement
dans les plus grands jardins anglais. La personnalité robinson de et son énorme
énergie personnelle lui ont permis de devenir l’un des jardiniers, rédacteur et
journaliste les plus accomplis de son époque, il est souvent désigné comme le
epère du jardin anglais. gravetye Manor (West sussex), domaine du xvi siècle
existant encore aujourd’hui, était pour lui un véritable laboratoire qui lui
permit de développer et d’affner le concept de jardin sauvage.
angliciste de formation, Florence andré a partagé sa vie profession -
nelle entre l’enseignement de l’anglais, du français langue étrangère
(FLe) et l’histoire des jardins.
Historienne des jardins, elle a consacré sa recherche aux liens
eentre le monde anglo-saxon et la France à la fn du xix siècle en
matière de jardins à travers les personnalités de William robinson
et Édouard andré.
Présidente et fondatrice de l’association Édouard andré, elle a coor -
donné divers événements autour de l’œuvre de son aïeul; elle a par
ailleurs participé à de nombreux articles et colloques.
Prix : 27 € demeurant en t ouraine, elle a créé un jardin devenu depuis 25 ans
son lieu d’expérimentation.
9 791093 104027 PGwww.editions-petitgenie.fr
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Le jardin sauvage ou jardin natureL
le fameux Wild gardenLe Wild garden – Qu’est-ce que le Wild garden ?
Les premières traces de ce thème fgurent dans des articles
publiés par William robinson dans la revue The Field, les 9 et
30 mai 1868, sous le titre T«h e naturalization of beautiful hardy
1exotic plants », mais c’est un sujet qui le préoccupait déjà depuis
plusieurs années. il est en quête d’une gestion plus économe que
celle induite par le système des massifs de plantes annuelles qui
accaparent plusieurs fois par an le temps et l’énergie du jardinier,
les végétaux disparaissant naturellement au fur et à mesure que
les foraisons se terminent. Par ailleurs, il préfère la culture des
arbustes à port libre au maintien de formes taillées. s’il prône le
retour aux végétaux indigènes, il apprécie cependant l’intr- oduc
tion de végétaux adaptés venant d’autres contrées plus froides
en vue de les naturaliser au milieu de végétaux originaires des
îles Britanniques, afn d’enrichir la palette et les formes végétales.
Cet aspect nous semble paradoxal aujourd’hui, dans la mesure où
des spécialistes considèrent que l’introduction de certaines plantes
devenues «invasives » entraîne la disparition d’espèces indigènes.
Mais ce genre d’approche permet de mettre en valeur des végétaux
qui n’auraient jamais eu de place dans un jardin trop taillé ou dans
des plates-bandes précises et en même temps de créer des scènes
printanières aux formes souples et naturelles dans les parties plus
lointaines du jardin ou du parc, jusque-là délaissées.
1. « La naturalisation des belles plantes vivaces »
44
LE_WILD_GARDEN.indd 44 5/08/14 12:33:05The Wild Garden, frontispice de l’édition de 1870.
« je souhaite l’accrocher, si cela est possible, dans un paysage de nature. »
Lord Bacon
LE_WILD_GARDEN.indd 6 5/08/14 12:32:59Robinson enfonce le clou
Cet ouvrage sera abondamment repris dans la rTevue he Garden,
qu’il créa en 1871, à laquelle il invita des spécialistes de nombreux
pays à participer et par laquelle il se constitua un solide réseau
international qui diffusa largement sa théorie à travers l’europe et
1les États-unis. dans l’article W« hat is a Wild Garden ? », William
robinson revient sur ce thème qui a déjà suscité de nombreuses
controverses et incompréhensions, raison pour laquelle il juge
bon d’insister sur les principes qu’il pr : ône« Le Wild Garden est
l’endroit où l’on plante mais où l’on ne tond pas, où l’on ne ratisse,
ni ne taille ni ne tuteure et le jardinage naturel signife - seule
ment que l’on substitue de belles plantes rustiques aux mauvaises
herbes et aux ronces qui recouvrent une assez grande partie du
sol partout à la campagne. il ne s’agit pas de toucher aux parties
cultivées ou taillées du jardin. Cela ne signife en aucun cas de
donner un aspect plus sauvage ou plus grossier à des endroits du
jardin destinés à être entretenus habituellejm’aei netn . trevu les
capacités de ce système en voyant certaines plantes exotiques se
développer dans des parties semi-naturelles, où elles avaient été
jetées par hasard, mieux qu’elles ne l’auraient fait dans le jardin
proprement dit, et d’avoir l’air beaucoup plus jolies car elles
n’étaient entourées d’aucune régularité et qu’elles grimpaient
1. Williamr obinson, « What’s a Wild g arden ?», dans The Garden,
21 septembre 1872, p. 247.
47
LE_WILD_GARDEN.indd 47 5/08/14 12:33:05avec autant de spontanéité que la fausse germandrée sur des
talus au printemps. Les plantes auxquelles je fais allusion sont
le myosotis rampant Omphalodes ( verna), le cyclamen à feuilles de
lierre Cyclamen ( hederæfolium), la consoude du Caucase Symphytum (
caucasicum), avec plusieurs autres plantes vivaces très décoratives.
Lorsque j’examinais rapidement nos collections de plantes vivaces
et que j’étudiais leurs habitudes, je suis arrivé à la conclusion qu’il
existait au moins cinq cents espèces de plantes vivaces exotiques
décoratives qui peuvent se développer parfaitement à la place des
mauvaises herbes dans les endroits dont j’ai parlé ci-dessus et que
dans les parties les plus sauvages de nos jardins d’agrément, nous
pouvons mettre en place de nombreux effets charmants de -végéta
tion qui ne demanderont plus aucun soin une fois qu’ils auront été
réalisés.
48
LE_WILD_GARDEN.indd 48 5/08/14 12:33:05The Wild Garden, frontispice de l’édition de 1881.
LE_WILD_GARDEN.indd 7 5/08/14 12:32:59Que faire? t ous les jardins devraient avoir une plate-bande, sauf
dans les petits jardins de cottage auxquels nous avons fait allusion
précédemment, ces «petits nids ombragés de l’homme » comme
les nomme M. Carlyle, les jardins qui dépendent uniquement de
celle-ci sont tout à fait hors sujet. aussi indigne et affreusement
70
LE_WILD_GARDEN.indd 70 5/08/14 12:33:06contraire à toute loi de l’arrangement naturel des éléments vivants
que soit le système du repiquage, il est néanmoins clair qu’il revêt
quelques traits qui méritent d’être retenus à une petite échelle.
Mon but est maintenant de démontrer comment nous pouvons,
sans perdre de vue les principales caractéristiques de la bordure en
mélange ou de tout autre système, suivre les principes infniment
supérieurs à n’importe quel autre pratiqué actuellement, car il les
complète tous les deux en présentant une plus grande variété de
belles feurs vivaces que celle dont aurait pu rêver le plus ardent
défenseur du style ancien de jardin. On peut obtenir cela par la
naturalisation, c’est-à-dire l’introduction d’innombrables belles
plantes natives de nombreuses régions qui s’installent de façon
spontanée dans nos bois, dans nos lieux sauvages ou
semi-sauvages, dans les parties sauvages des jardins d’agrément et dans les
espaces libres de la quasi-totalité des jardins.
je ne fais pas allusion à la fore des bois ou des halliers de
n’importe quelle montagne ou chaîne de montagnes, mais à
celle qui s’établit dans les bois immenses qui croissent dans les
plis profonds situés en dessous des crêtes émoussées de toutes
les grandes chaînes de montagnes du monde, qu’elles s’élèvent
au-dessus des plaines chaudes id ned le’ ou des prairies verdoyantes
d’europe. Le palmier et le fguier sacré, autant que le blé et la vigne,
sont séparés des plantes sans tige qui forment des coussins sous
la neige la moitié de l’année par un monde végétal plus robuste et
non moins beau, aussi varié que les brises qui murmurent sur les
71
LE_WILD_GARDEN.indd 71 5/08/14 12:33:06fancs des montagnes et que les petits ruisseaux qui les parcourent.
je fais ici allusion aux lis, aux jacinthes sauvages, aux digitales,
aux iris, aux anémones, aux ancolies, aux aconits, aux cistes, aux
violettes, aux becs-de-grue, aux innombrables pois de senteur,
chênettes, ronces, potentilles, primevères du soir, clématites,
chèvrefeuilles, asters d’automne, matricaires, jacinthes des bois,
jonquilles, liserons, myosotis, aux délicates omphalodes bleues,
aux primevères, aux hémérocalles, aux asphodèles, aux slis aint- de
Bruno et aux plantes presque innombrables qui composent la fore
de régions où, bien que la vie règne sur la moindre parcelle de terre
et que nous appréciions la verdure et la température des prairies
de nos plaines, «un sentiment de grande puissance commence à
se révéler sur la terre ainsi que celui d’une profonde et majestueuse
harmonie dans l’éminence des lignes peu élevées et allongées des
collines boisées de pins, premières expressions de ces grandioses
symphonies montagnardes prêtes à se soulever plus rudement et
à se rompre sauvagement contre les remparts alpes. des Mais leur
force semble encore refrénée et les crêtes lointaines des - monta
gnes pastorales se succèdent les unes aux autres, comme la houle
longue et plaintive qui plane sur les eaux calmes, venant de quelque
mer lointaine et démontéuen. e profonde tendresse se répand
dans cette vaste monotonie. Les forces destructrices, l’expression
sévère des chaînes intermédiaires semblent toutes deux en retrait.
aucun chemin poussiéreux de l’ancien glacier, aux sillons givrés,
ne tourmente les doux pâturages jduura ; aucun tas de ruines
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LE_WILD_GARDEN.indd 72 5/08/14 12:33:06ne vient rompre les belles rangées de ses for; aucune êts rivière
blême, souillée ou furieuse ne vient déchirer son cours brutal
et imprévisible parmi ses rochers. Patiemment, tourbillon après
tourbillon, les ruisseaux vert clair serpentent le long de leurs lits
bien dessinés. sous la sombre quiétude des pins paisibles
apparaissent chaque année tant de feurs joyeuses que je n’en connais rien
d’équivalent parmi tous les bienfaits de la dterre plus, e. c’était au
printemps : toutes les feurs poussaient en bouquets, serrées par
amour. il y avait assez de place pour toutes mais elles tassaient
leurs feuilles et leur donnaient toutes sortes de formes bizarres,
juste pour se rapprocher les unes des autr; on espouvait voir les
anémones des bois, étoile après étoile, se rapprocher de temps à
autre pour former des nébuleuses et les oxalis, en bandes, telles
les processions virginales du mois de Marie, obstruer de leur
neige épaisse les sombres fssures verticales dans le calcaire et que
bordait du lierre, aussi léger et charmant que la ; et vigneà tout
bout de champ, un fot bleu de violettes et de primevères dans les
parties ensoleillées ; dans les terrains les plus dégagés, la vesce et
la consoude, le daphné bois-gentil, les petits boutons bleu saphir
de la feur alpine, le polygala et le fraisier sauvage, juste quelques
bouquets, toutes apparaissant au milieu de la douceur dorée de la
mousse profonde et moelleuse à la chaude couleur ambrée. »
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