Tunisie : une République non islamique
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Mieux comprendre la politique mise en oeuvre par les islamistes en Tunisie.

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Publié le 04 avril 2012
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Langue Français

Exrait

Tunisie : une République non « islamique »
De façon très solennelle, le leader d’ENNAHDHA Cheikh Rached GHANOUCHI, le
président de l’instance constitutive du parti et le chef du groupe parlementaire à l’assemblée
constituante, ont rendu public le communiqué suivant : «Au vu de l’ampleur des divergences
constatées autour de cette question et afin de barrer la route à ceux qui tentent de diviser le
peuple tunisien entre partisans et opposants à la Charia, nous avons opté pour cette formule
stipulant que le parti d’ENNAHDHA se contente de l’inscription de l’article premier à savoir
la Tunisie est un pays libre, indépendant, souverain, ayant pour religion l’Islam, pour langue
l’arabe et pour système, la République
».
En conservant l’article 1
er
de la constitution de 1959 qui a régi la Tunisie de l’indépendance
au 14 janvier 2011, l’assemblée constituante tunisienne a choisi « la République sans la
Charia. »
C’est une victoire pour le peuple tunisien, pour les démocrates, mais aussi et surtout pour les
islamistes d’ENNAHDHA, qui à n’en pas douter ont fait preuve d’intelligence politique, en
prenant en compte le séisme qu’aurait constitué la symbolique de la loi islamique dans ce
pays moderne, instruit, évolué, respectueux de sa religion, mais qui n’aurait jamais accepté
qu’on lui impose des règles de vie qui ne sont pas de son siècle, dans un pays privé de toute
ressource naturelle et qui ne peut poursuivre sa progression économique, qu’en continuant à
s’ouvrir sur le monde, avec le tourisme et le développement de la petite et de la moyenne
industrie, tous éléments qui ne peuvent en rien contrarier son islamité.
Peut-être qu’ENNAHDHA pense pouvoir faire passer les préceptes de l’Islam, auxquels il est
attaché, à travers les lois qui seront votées tout au long des législatures, sans avoir besoin de
poser le principe de la Charia, déstabilisateur au plan national et international. Tariq
RAMADAN lui-même était venu à Tunis il y a quelques semaines, expliquer qu’en toute
hypothèse la Charia n’était pas dogmatique, mais éthique.
Les motivations profondes importent peu. Les lois seront votées par le législateur qui sera
libre de décider de leur contenu, selon la volonté de la majorité parlementaire issue des urnes
et le conseil constitutionnel, qui devrait être maintenu dans la nouvelle constitution, ne pourra
en annuler les dispositions au motif qu’elles seraient contraire à la loi religieuse.
A bien y réfléchir, cette position d’ENNAHDHA n’est pas surprenante. Des indices
importants ont montré que le mouvement islamiste faisait parti du courant modéré, se situant
dans la lignée du parti « Justice et développement » du Premier ministre Turc Recep Tayyip
ERDOGAN.
S’il est vrai que le « tabassage public » de journalistes, par des salafistes agissant à visage
découvert, à proximité du palais de justice de Tunis, que la mise en détention provisoire
d’autres journalistes pour avoir publié la photo d’un joueur de football tunisien opérant en
Espagne, avec sa jolie fiancée, légèrement vêtue, que les évènements de l’université de
MANNOUBA prés de Tunis où des salafistes ont gravement perturbé son fonctionnement et
agressé physiquement son doyen, que la manifestation sur l’avenue Habib BOURGUIBA à
Tunis de ce samedi 24 mars, aux cris de « mort aux juifs » dirigée par un prédicateur lui aussi
agissant à visage découvert, tandis qu’un autre, fonctionnaire au ministère de la religion,
appelait à la mort de l’ancien Premier ministre qui a assuré l’intérim gouvernemental, s’il est
vrai que tous ces évènements et beaucoup d’autres de même nature, qui se sont déroulés sous
l’œil indifférent et peut-être même complaisant des autorités gouvernementales, pouvait faire
craindre le pire, deux interventions et deux initiatives gouvernementales sont venus me
conforter dans l’idée que les islamistes d’ENNAHDHA recherchaient l’apaisement et
souhaitaient conduire à son terme le processus démocratique engagé.
Le ministre de l’intérieur, sur les évènements de MANNOUBA à l’occasion desquels un
groupe de salafistes a voulu imposer le niqab a l’université, a affirmé que si chacun est libre
de se vêtir comme il l’entend, le Coran n’impose en aucune façon le voile intégral, qu’en ce
qui concerne l’université, il faut se conformer à son règlement intérieur (qui l’interdit), et
qu’en toute hypothèse, les étudiantes ne pouvaient être voilées intégralement pendant les
cours ou à l’occasion des examens.
Le premier ministre a eu pour sa part un geste, digne d’un grand pays démocratique, en se
rendant à El LAOUINA où se trouvent incarcérés les responsables de l’ancien régime, pour
connaître leurs conditions de détention.
Le Président de la République du parti CPR, Congrès Pour la République (gauche modérée)
membre de la coalition gouvernementale, a décoré il y a quelques jours au palais de Carthage,
dans une cérémonie empreinte d’une grande émotion, une jeune étudiante qui s’était
courageusement opposée à un salafiste qui voulait remplacer le drapeau tunisien par le
drapeau noir du mouvement intégriste, à l’entrée de l’université de MANNOUBA.
Enfin Mohamed GHANNOUCHI, a déclaré que les juifs, suite aux incidents de l’avenue
Habib BOURGUIBA, seront, mieux protégés qu’ils ne l’ont jamais été jusqu’alors. Et à ce
jour, à l’exception de quelques incidents mineurs, on n’a pas eu à déplorer d’actes de
malveillance à l’endroit de l’un quelconque des membres de la communauté juive.
Tous ces éléments manifestent une volonté évidente de modération de la part des islamistes
d’ENNAHDHA qui doivent cependant il est vrai, tenir compte de leur base la plus extrémiste,
et qui pour pouvoir faire accepter des mesures beaucoup plus fondamentales comme la non
introduction de la Charia dans la constitution, se doivent de faire montre d’une certaine
bienveillance à leur endroit. La Tunisie est toujours dans une situation de transition et il est
vraisemblable qu’une trop grande intransigeance pourrait faire basculer sa base extrémiste
dans une radicalisation plus grande, à un moment où les institutions ne sont pas
définitivement formées et où les responsables de l’exécutif ne sont là que pour la durée de la
mise en place d’une nouvelle constitution.
Tout ceci paraît plutôt rassurant et est de nature à laisser à penser que la coalition
gouvernementale joue actuellement le jeu de la démocratie et de la modération, sans pouvoir
empêcher les excès inévitables, excès de zèle compris, dans cette situation intermédiaire.
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