Construction de familles de modèles d'exploitations. Etude des possibilités d'application à l'agrégation de l'offre régionale des produits agricoles - article ; n°1 ; vol.64, pg 75-96

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Économie rurale - Année 1965 - Volume 64 - Numéro 1 - Pages 75-96
The object of this article is to present the methods for building up regional supply functions of farm products and to measure their evolution. To estimate the supply function, the author at first classifies the farms in homogenous groups each represented by an average discriptive model. The criterion which has been used to obtain the homogeneity is the farm income.
After that, the aggregate supply function for each product is obtained by Weighing the produced quantities in each model with the number of farms it represents.
On the other hand, the results of the potential model calculations obtained by the budgeting method or parametric linear programming give informations about likely and possible medium-term evolutions of the regional descriptive models.
The relevance is important on the regional level for advisers in farm management, the extention workers and the statisticians, and on the national level for the interregional planning.
Le but de cet article est de présenter les instruments destinés à construire des modèles d'offre régionale des produits agricoles et à mesurer leur évolution dans le temps. Pour calculer l'offre, l'auteur commence par classer les exploitations agricoles en groupes homogènes représentés chacun par un modèle descriptif moyen. Le critère d'homogénéité adopté est le revenu de l'exploitation.
Puis, en pondérant les quantités produites dans chaque modèle par le nombre d'exploitations qu'il représente, on obtient l'offre agrégée de chaque produit.
D'autre part les résultats des calculs de modèles potentiels obtenus par la méthode des budgets ou de la programmation linéaire paramétrique apportent des indications sur l'évolution probable et possible, à moyen terme, des modèles descriptifs régionaux.
Les possibilités d'application sont nombreuses sur le plan régional pour le conseiller de gestion, le vulgarisateur et le statisticien et sur le plan national dans le cadre d'une planification interrégionale.
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1965
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Langue Français
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Ph. Le Grontec
Construction de familles de modèles d'exploitations. Etude des
possibilités d'application à l'agrégation de l'offre régionale des
produits agricoles
In: Économie rurale. N°64, 1965. pp. 75-96.
Abstract
The object of this article is to present the methods for building up regional supply functions of farm products and to measure their
evolution. To estimate the supply function, the author at first classifies the farms in homogenous groups each represented by an
average discriptive model. The criterion which has been used to obtain the homogeneity is the farm income.
After that, the aggregate supply function for each product is obtained by Weighing the produced quantities in each model with the
number of farms it represents.
On the other hand, the results of the potential model calculations obtained by the budgeting method or parametric linear
programming give informations about likely and possible medium-term evolutions of the regional descriptive models.
The relevance is important on the regional level for advisers in farm management, the extention workers and the statisticians, and
on the national level for the interregional planning.
Résumé
Le but de cet article est de présenter les instruments destinés à construire des modèles d'offre régionale des produits agricoles et
à mesurer leur évolution dans le temps. Pour calculer l'offre, l'auteur commence par classer les exploitations en
groupes homogènes représentés chacun par un modèle descriptif moyen. Le critère d'homogénéité adopté est le revenu de
l'exploitation.
Puis, en pondérant les quantités produites dans chaque modèle par le nombre d'exploitations qu'il représente, on obtient l'offre
agrégée de chaque produit.
D'autre part les résultats des calculs de modèles potentiels obtenus par la méthode des budgets ou de la programmation linéaire
paramétrique apportent des indications sur l'évolution probable et possible, à moyen terme, des modèles descriptifs régionaux.
Les possibilités d'application sont nombreuses sur le plan régional pour le conseiller de gestion, le vulgarisateur et le statisticien
et sur le plan national dans le cadre d'une planification interrégionale.
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Le Grontec Ph. Construction de familles de modèles d'exploitations. Etude des possibilités d'application à l'agrégation de l'offre
régionale des produits agricoles. In: Économie rurale. N°64, 1965. pp. 75-96.
doi : 10.3406/ecoru.1965.1894
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecoru_0013-0559_1965_num_64_1_1894DE FAMILLES DE MODELES D'EXPLOITATION CONSTRUCTION
ETUDE DES POSSIBILITES DUPLICATION A L'AGREGATION DE L'OFFRE
REGIONALE DES PRODUITS AGRICOLES
par Ph. LE GRONTEC
Le but de cet article est de présenter les instruments destinés à construire des modèles d'offre régio
nale des produits agricoles et à mesurer leur évolution dans le temps. Pour calculer l'offre, l'auteur commence
par classer les exploitations agricoles en groupes homogènes représentés chacun par un modèle descriptif
moyen. Le critère d'homogénéité adopté est le revenu de l'exploitation.
Puis, en pondérant les quantités produites dans chaque modèle par le nombre d'exploitations qu'il
représente, on obtient l'offre agrégée de chaque produit.
D'autre part les résultats des calculs de modèles potentiels obtenus par la méthode des budgets ou
de la programmation linéaire paramétrique apportent des indications sur l'évolution probable et possible, à
moyen terme, des modèles descriptifs régionaux.
Les possibilités d'application sont nombreuses sur le plan régional pour le conseiller de gestion, le vul
garisateur et le statisticien et sur le plan national dans le cadre d'une planification interrégionale.
CONSTRUCTION OF FARM MODEL FAMILIES
A STUDY OF THE RELEVANCE TO THE AGGREGATE REGIONAL SUPPLY FUNCTION
The object of this article is to present the methods for building up regional supply functions
of farm products and to measure their evolution. To estimate the supply function, the author at first classi
fies the farms in homogenous groups each represented by an average discriptive model. The criterion which
has been used to obtain the homogeneity is the farm income.
After that, the aggregate supply function for each product is obtained by Weighing the produced
quantities in each model with the number of farms it represents.
On the other hand, the results of the potential model calculations obtained by the budgeting method
or parametric linear programming give informations about likely and possible medium-term evolutions of the
regional descriptive models.
The relevance is important on the regional level for advisers in farm management, the extention
workers and the statisticians, and on the national level for the interregional planning. INTRODUCTION
Dans un précédent article (1) les définitions et le Réalisation du projet (3)
principe du modèle d'offre régionale des produits
agricoles furent exposés. Des indications sommaires La démarche adoptée comporte l'emploi de mé
sur la réalisation concrète y étaient fournies. thodes économétriques appliquées à l'analyse des
données techniques et comptables des organismes Le but de ce nouvel article est de préciser com
professionnels agricoles, au dépouillement des enment s'est déroulée, dans la pratique, l'application
quêtes par sondage de l'I.N.S.E.E. et du ministère du principe et quelles sont les conclusions pour
de l'agriculture et à la synthèse des relations entre l'avenir. Après un bref rappel de la théorie adopt
ces deux sources de documents. ée, nous présenterons la démarche suivie, les diff
icultés rencontrées et la manière de les éviter pour — Les enregistrements comptables et techniques
parvenir au résultat (2). sont disponibles dans les exploitations suivies par
les Centres de gestion agricole, les Centres d'étu
Rappel du principe des techniques agricoles, les maisons de l'élevage,
etc. . .
Le principe de l'étude repose sur la mise au point — Les enquêtes par sondage du service des
d'instruments destinés à construire des modèles Enquêtes et études statistiques du ministère de
d'offre régionale des produits agricoles sur le mar l'agriculture concernant soit l'exploitation dans son
ché, à mesurer leur évolution dans le temps, et par ensemble (enquête base de sondage, B.S.), soit un
suite, à faciliter la réalisation d'une planification aspect de celle-ci, cheptel bovin, rendements des
interrégionale. céréales, matériel agricole...
Cette planification a pour but d'ajuster l'offre à — La nature des relations entre les deux sources
la demande globale et de définir par région les apparaît ainsi : les données des organismes profes
moyens pour y parvenir (action sur la superficie sionnels sont recueillies par choix raisonné dans un
cultivée, la population active agricole, les investi échantillon non représentatif de la population totale.
ssements, les prix, les décisions des agriculteurs, Ce procédé de sélection introduit un « biais ». Les
etc.). enquêtes des services de l'Etat sont réalisées par
sondage, l'échantillon est aléatoire ou représentatif Deux méthodes se présentent. L'une se fonde sur
de la population totale. On peut alors situer les rél'analyse des relevés statistiques annuels de chaque
sultats biaises et mesurer les écarts par l'approche produit : superficie cultivée, nombre de têtes de
aléatoire de l'ensemble des exploitations. bétail, rendement, prix, matières premières, varia
tions qualitatives et quantitatives, en restant dans Précisons que l'échantillon non représentatif occu
le domaine de la macroéconomie. L'interprétation pe une place privilégiée dans la population totale :
de ces résultats globaux porte sur un ensemble sou les références sont tirées des bonnes exploitations
mis au pouvoir de l'Etat. L'autre méthode part des dont le revenu net est parmi les plus élevés ; elles
cellules de base de l'agriculture, les exploitations, servent à calculer les modèles potentiels. Cependant
domaine de la microéconomie, et tend à les grouper la comparaison des deux sources de documents n'est
pour ouvrir un passage vers la macroéconomie. Le possible que par l'intermédiaire d'une stratification :
centre de décision est l'exploitant isolé puis groupé. celle-ci consiste à répartir les unités de la populat
ion en groupes homogènes ou strates, suivant des Nous avons retenu cette dernière méthode car
caractères estimés en relation avec le revenu net elle permet de déterminer, dans un ensemble cohé'
d'exploitation, critère fondamental de classement rent, les nombreux mécanismes économiques qui
des exploitations. La moyenne des critères relatifs agissent sur la formation de l'offre et sa variation
à chaque groupe constitue le modèle moyen qui dans le temps. Elle complète très bien la première :
représente les éléments du groupe. les macrodécisions ne peuvent être vraiment effica
ces que dans la mesure où l'on connaît les réactions Les avantages d'une telle dialectique sont nomb
produites au niveau des microdécisions. L'un des reux. En particulier nous allons pouvoir mesurer
buts de cette étude est d'éclairer le lecteur sur la l'offre et les facteurs qui déterminent l'offre et sa
méthode à retenir pour apprécier ces réactions.
(3) L'auteur fut chargé des études à la Fédération Natio(1) LE GRONTEC (Ph.). — Problèmes posés par la cons nale des Organismes de Gestion Agricole (devenu l'Institut truction des modèles d'offre régionale — Economie Rurale National de Gestion et d'Economie Rurale) de 1960 à 1963. n° 52 — Juin 1962 — P. 17 à 34. Une mission d'études de janvier à juillet 1964 à l'Institut
(2) L'ensemble de l'étude fait l'objet d'une thèse de uoc- National de la Recherche Agronomique lui a donné la possi
torat de 3me cycle à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (Sor- bilité d'achever la mise au point et la présentation de ce
bonne) sous- la direction du Professeur J. KLATZMANN. travail.
— 76 variation dans le temps, les disparités de revenus Cette remarque est particulièrement valable pour
des agriculteurs, éléments indispensables si l'on l'ensemble de la Champagne Crayeuse que nous
veut rendre efficace une planification interrégionale avons limitée ici au département de la Marne pour
souple. simplifier.
Trois raisons ont guidé le choix de ces régions :
Les régions choisies a) les documents du Centre de gestion sont nom
breux et assez précis ;
Compte tenu des difficultés rencontrées pour défi
b) les résultats de l'enquête B.S. ne sont pas nir une région homogène, cadre nécessaire à une
significatifs au niveau des régions agricoles, mais telle étude, nous avons retenu la région agricole, de
des départements. Cependant ces deux régions étant l'I.N.S.E.E. Les deux régions choisies sont la Cham
suffisamment étendues et homogènes, une interprépagne Crayeuse (Marne) et le Pays d'Ouche (Eure
tation de l'enquête B.S. n'y est pas dépourvue de et Orne). On peut admettre que les contraintes au
sens ; niveau de chacune de ces régions (climat, sol, con
joncture, disponibilités de facteurs de production, c) les deux cas sont très différents et très typiques
débouchés, caractères de la population active agri ainsi qu'en témoigne le tableau des critères sui
cole, niveau technique) s'exercent uniformément- vants.
Echantillon de V Enquête B.S. au 1/10 des communes
Pays d'Ouche Critères Champagne Crayeuse
Nombre d'exploitations aux 100 ha S AU 5,1 1.5
Superficie moyenne par exploitation (SAU) 65 ha 20 ha agricole utile totale 23 900 ha 8 100 ha
Unités de travail aux 100 ha SAU 3,1 UTH 6,2 UTH
63 % 19,5 % Superficie en céréales
19 % 80,5 % fourragère principale (SFP)
(dont 72 % tjs en herbe) Unités de gros bétail aux 100 ha SAU (bovins-
17 UGB 68 UGB ovins)
87 UGB Unités de gros bétail aux 100 ha SFP 85 UGB
(dont 73 UGB bovins)
3 310 5 510 Unités de gros bétail bovin
dont vaches laitières 2 200 (66 %) 2 8301 (51 %)
375 Nombre de truies
Les apports du conseiller de gestion (4) La différence entre les deux régions apparaît très
nettement : orientation, en Champagne, vers la Dans la méthode proposée pour le calcul du
moyenne et la grande exploitation, les céréales et modèle d'offre et de sa variation dans le temps,
un peu d'élevage de vaches laitières avec les jeunes l'apport du conseiller de gestion au statisticien se
nécessaires au renouvellement ; orientation, en Pays situe dans le domaine suivant :
d'Ouche, vers la petite et la moyenne exploitation, a) la détermination des modèles potentiels l'élevage de vaches laitières, de boeufs et génisses
Qu'il s'agisse des modèles grossiers ou des modèl(la moitié des veaux) et de porcs. Sur le plan social,
es élaborés, les coefficients techniques, les contrainles agriculteurs de la Champagne semblent plus
tes et la mise en forme du problème ne peuvent se évolués et leur niveau de vie apparent est meilleur.
L'homme est marqué par la nature de ses activités (4) Champagne Crayeuse : M. CHATENET.
et les conditions dans lesquelles il vit. Pays d'Ouche : MM. ROSZAVOLGYI et DE BEAURE-
GARD.
— 77 — définir tielle : d'elle découle la connaissance de l'offre qu'avec l'aide des spécialistes de la région :
probable et de l'offre possible et la manière d'orientconseillers de gestion, techniciens des Maisons de
l'Elevage et des C.E.T.A. er l'offre vers le souhaitable. L'apport du conseiller
consiste à déterminer le sens de variation des modèlb) la recherche des modèles moyens es moyens et leur vitesse d'évolution. Il peut uti
II faut d'abord stratîfier les exploitations retenues liser à cet effet les enseignements apportés par les
dans l'enquête par sondage. Pour classer les fac séries chronologiques d'exploitations suivies en ges
teurs de structure, on se sert des modèles potent tion.
iels ; pour différencier les systèmes d'exploitation,
on analyse la dispersion des observations. Pour mieux saisir l'ensemble de l'étude et cet
Le critère de base, qui guide la sélection, est le apport complémentaire du conseiller de gestion et
revenu par exploitation et, par suite, les facteurs du statisticien, examinons maintenant le schéma des
prépondérants dans la formation de ce revenu. Le opérations successives répondant à la question :
conseiller de gestion est le mieux placé pour répon « si j'avais a réaliser un travail semblable, comment
dre à ces questions et proposer au statisticien des m'y prendrais-je ? »
axes d'orientation.
Dans cette optique, nous insisterons sur les diffi
c) La comparaison des modèles et l'estimation des cultés rencontrées en Champagne Crayeuse et en
revenus moyens nécessitent l'intervention du cons Pays d'Ouche, et la manière de les surmonter pour
eiller et cette partie de la recherche est améliorer la qualité des résultats.
LA DETERMINATION DES MODELES POTENTIELS
— il faut enfin prendre des options pour les proLe travail consiste à 1 assembler toutes les réfé
rences disponibles sur les conditions de bonne ges ductions sans surfaces ou hors système comme les
tion des exploitations : nous précisons bonne gestion porcs et les volailles. Comment fixer une limite au
nombre de porcs à élever ? Dans le Pays d'Ouche au sens de ce qu'il faut conseiller aux exploitants
pour leur permettre d'obtenir le revenu le plus le revenu des modèles est très amélioré par la pro
duction des porcs ; en particulier, cet élevage comélevé possible.
pense l'investissement en stabulation libre. Il con
vient d'y fixer un terme qui sera définitivement Modèles grossiers (5)
connu (offre souhaitable) après la synthèse interré
Ces modèles peuvent être rapidement construits. gionale. Pour fixer les idées, nous avons retenu le
Ce sont de simples budgets correspondant à un nombre de porcs habituellement élevés dans les
assolement et un système d'élevage reconnus comme bonnes exploitations de la région ; ce nombre n'est
susceptibles d'apporter le meilleur revenu. Les cal pas si grand que l'on pourrait le craindre. Pour les culs nécessitent l'expérience du conseiller de ges exploitations avec stabulation libre, nous avons
tion ; ils présentent plusieurs difficultés : compté autant de porcs que l'ancienne étable pouv
— il faut d'abord retenir une superficie et un ait en contenir. Bref, il faut retenir dans ces est
potentiel de main-d'œuvre pour chaque modèle, par imations un chiffre correspondant aux quantités trou
référence à des dimensions-types pour la région. vées dans la majorité des bonnes exploitations. La
Il y a là un appel assez délicat au bon sens ; comparaison des modèles se réalise à partir des
revenus nets trouvés pour chacun. — puis il faut bâtir un assolement auquel corre
spondra un système d'élevage. L'expérience de la
Modèles élaborés Champagne montre que le nombre de budgets à
calculer est considérable car les possibilités d'asso La démarche à suivre consiste à dresser la liste
lements et d'élevages sont multiples et à priori aussi des activités et des contraintes pour former les mat
valables. Par contre, dans le Pays d'Ouche, le nomb rices de programmation linéaire. Le nombre de
re d'hypothèses est beaucoup plus réduit, dès l'ins matrices à résoudre et les intervalles de paramét
tant où l'on fixe des rations-types aux animaux, la rage dépendent des économies d'échelle.
taille des exploitations étant beaucoup plus faible En pratique, pour fixer les intervalles, nous avons et la vocation plus précise. Il en résulte que, sui évité que les variations possibles des coefficients vant les régions, le choix des hypothèses sera plus techniques d'une matrice aient une trop grande ou moins facile et le calcul des modèles plus ou amplitude. Ainsi, en Champagne, deux matrices
moins long ; ont été construites : une pour les petites exploita
tions avec matériel en coopérative ou travaux à
(5) Cf. Tableau n° 1 : Modèles grossiers en Pays d'Ouche. l'entreprise et une pour les grandes exploitations
— 78 — avec matériel individuel. Il est possible de multi La formulation de ces inéquations est du ressort
plier le nombre des matrices, mais n'oublions pas des conseillers. La mise au point des références al
que le coût de l'opération augmente proportionnel imentaires est facilitée par l'aide des Maisons de
lement. Il faut réserver des crédits pour les para l'Elevage. Tout cela mène à la matrice qui se pré
métrages. Il s'agit là d'une question matérielle. sente en trois parties :
Pour fixer le nombre des activités et contraintes, — les activités du programme en colonne et les
on établit la liste des productions possibles dans la contraintes ou premiers membres des inéquations
région. On se limite aux dont on a prou en ligne ;
vé l'intérêt. Là encore, un choix s'impose : si le — le second membre des inéquations ; nombre de productions fourragères possibles est
— la fonction économique à maximiser (somme très grand, la programmation permettra seule de
des marges brutes). connaître leur combinaison la plus rentable dans les
rations (dans le sens du revenu de l'exploitation le Lorsque la matrice est prête à passer dans les
plus élevé). Selon les cas, on programmera ou non mains du programmeur, une dernière précision doit
la ration des animaux en même temps que l'ensem lui être fournie relative aux paramétrages. On peut
ble des productions du modèle. En Champagne, le paramétrer à partir d'une seule perforation soit l'un
nombre de fourrages possibles n'exigeait pas de des termes du second membre (comme la S AU), soit
calculs très longs comme ceux qu'il a fallu réaliser l'un des éléments de la fonction économique (re
en Pays d 'Ouche où la matrice atteint des propor ndement ou prix). Dans le cas d'une matrice normale
tions gigantesques. (50 x 50), les paramétrages sont rapides et donc
peu coûteux. Il n'en est pas ainsi dans le cas d'une Il semble que la programmation commencée en
matrice 600 x 400, comparable à celle du Pays Pays d' Ouche (6) soit encore du domaine de la
d'Ouche. En Champagne, nous avons paramétré la recherche, car la simplification souhaitée n'est pas
SAU, à main-d'œuvre constante, pour deux types apparue au point où en sont restés les calculs. Les
de matrices. En Pays d'Ouche, nous avons simplemodèles grossiers ont été utilisés pour obtenir le
ment calculé le résultat obtenu avec 25 hectares, modèle d'offre, mais les potentialités ainsi définies
1 UTHet 1,5 UTH. ne peuvent être que grossières. Si l'on désire entre
prendre un programme linéaire en région d'élevage, Les résultats donnés par le calculateur doivent
il est préférable de pousser les calculs jusqu'à la ensuite être exploités et discutés. C'est pourquoi les
recherche de la ration sinon les résultats du pr graphiques sont très utiles pour schématiser l'évo
ogramme ne seront pas plus précis que ceux des lution des modèles lorsque la SAU varie, à main-
modèles grossiers. Mais alors, l'exemple du Pays d'œuvre constante : cas de la Champagne (7).
d'Ouche montre l'ampleur des données nécessaires On admet ensuite que les coefficients techniques
et du travail préliminaire pour la mise au point des de la matrice sont constants lorsque la main-d'œuvre
contraintes d'alimentation sur lesquelles portera varie entre deux limites. On peut déduire par une
l'effort de simplification. Ce programme est le pre multiplication les résultats relatifs à chaque valeur
mier, à notre connaissance, qui permette de choisir des UTH. les rations de manière aussi détaillée. Il indique les
Ainsi en Champagne, les résultats fournis par quantités de chaque aliment par catégorie d'an
3 UTH, matrice des grandes exploitations, peuvent imaux, par période du calendrier fourrager, compte être adaptés lorsque la main-d'œuvre est de 2 UTH, tenu des besoins minima et maxima de matière
en les multipliant par 2/3, de 4 UTH en les multsèche, unités fourragères, matières azotées digesti ipliant par 4/3, de 5 UTH, en les multipliant par bles et des antagonismes. 5/3. Au delà, il faudrait construire une autre matrice
Outre les précédentes, il faut aussi des références avec des coefficients techniques différents : l'expé
relatives à la fonction économique (marges brutes), rience de la région permet de fixer les limites des
aux contraintes d'assolement, de main-d'œuvre paramétrages et des extrapolations à partir d'une
(temps et blocs de travaux), de bâtiments pour les même matrice. Ces limites seraient beaucoup plus
animaux, etc.. Dans nos exemples, nous avons sim étroites dans le cas d'une exploitation bien déter
plifié le problème des blocs de travaux : il aurait minée.
été utile de distinguer des sous-blocs dans chaque La solution optimale trouvée correspond à la bloc. Ainsi, la fenaison et le binage des betteraves somme maximum des marges brutes. Le critère de en Champagne forment deux sous-blocs entre le 15
revenu qui nous intéresse est le revenu net obtenu mai et le 30 juin. Cette simplification se justifie par
pour différentes valeurs de paramètres. Il reste à le fait qu'il s'agit là d'un modèle et non d'une
déduire de la fonction économique, les charges de exploitation donnée et que les heures disponibles
structure. Pour une même matrice, on calcule les ont été estimées très largement.
(6) En coopération avec MM. ROSZAVOLGYI, TIREL, JUL- (7) Cf. Graphique n° 1 : Programme 3 UTH, sans mouton,
paramètre SAU, grandes exploitations. LIAN, ERGAN, etc..
— 79 — charges de fermage, frais généraux, entretien et mêmes résultats sont constatés avec d'autres critè
amortissement du matériel non spécialisé, etc. Les res de revenu que le précédent (revenu du travail
autres charges de structure (pseudo-continues) sont par ha, par UTH, taux de rentabilité du capital
constantes entre certaines limites seulement : ainsi d 'exploitation . . . ) .
pour la main-d'œuvre permanente (UTH) les limi
tes sont des nombres entiers d'UTH ; pour les trac Une telle présentation des résultats n'a pas été
teurs, les moissonneuses-batteuses, des nombres possible en Pays d'Ouche où l'on a simplement
entiers de ces machines. En Champagne, nous calculé les charges de structure pour les données
avons calculé les charges de structure relatives à retenues dans la programmation : 25 ha, 1 UTH
chaque valeur d'UTH et chaque valeur remarquab et 1,5 UTH. Le produit de ces données par 2/3,
le (changement de plan) de la SAU, d'où la repré 3/2 et 2 apporte une extension des solutions, en
sentation graphique (8). Les courbes de revenu net admettant que les coefficients techniques de la
maximum ainsi obtenues, traduisent l'augmentation matrice ne changent pas. Un correctif a modifié les
du revenu avec les moyens en terre et travail. Les charges de structure dans chaque cas.
LA RECHERCHE DES MODELES MOYENS
Les modèles précédents indiquent les systèmes du Plan Vert allemand, suivant une méthode dont
d'exploitation potentiels. Mais qu'en est-il dans la J. Poitevin a proposé l'application en France (10).
réalité ? L'observation est la première phase de Cette proposition a été mise à l'essai sur le Recen
toute étude. Ce paragraphe devrait se situer en pre sement général de l'Agriculture de 1955 dans deux
mier. Après un examen approfondi des fiches de régions agricoles (Champagne Crayeuse et Chole-
l'échantillon B.S., il est ressorti que la construction tais) (11). L'une des conclusions de cette recherche
des modèles moyens nécessite un regroupement de était : « on n'améliore pas l'homogénéité de la
fiches en strates homogènes. classification par classe de taille en l'analysant selon
le mode d'utilisation du sol. » Les contraintes relatives à l'exploitation comprenn
ent la structure de l'exploitation, superficie, main- Nous en sommes venus à adjoindre à la taille,
d'œuvre, capital. Suivant les régions, ces trois fac d'autres facteurs de structure (la main-d'œuvre), à
teurs de production exerceront une influence pré analyser non seulement le système de culture, mais
pondérante sur l'orientation de l'exploitation. le système d'exploitation dans son ensemble, à
C'est pourquoi nous commençons par délimiter prendre des limites de classe a posteriori et non a
des strates au sein des facteurs de structure. Sur priori (ces pouvant varier selon les régions).
cette structure vient s'édifier le système d'exploitat La classification des exploitations part des fac
ion, c'est-à-dire le système d'utilisation du sol, le teurs de structure (terre, travail, capital). Or, le système d'élevage (nature du bétail et méthodes dépouillement des fiches montre que la dispersion
d'élevage) et les combinaisons des productions et des superficies est telle que les limites à retenir
des moyens de production, rendements par ha, n'apparaissent pas. C'est pourquoi, seule Hétude
chargement de bétail par ha, etc.. préalable des modèles potentiels peut faire ressort
Dans chaque strate de facteurs de structure, divers ir les valeurs pour lesquelles des variations nota
systèmes d'exploitation peuvent être pratiqués. Les bles de système d'exploitation et de revenus justi
agriculteurs d'un même groupe homogène ont le fient une limite de classe.
même système d'exploitation. En Champagne, le graphique des revenus nets en
En 1960, des essais réalisés à la FNOGA (9) fonction de la SAU et du nombre d'UTH indique
consistaient à classer les exploitations suivies par les les limites : elles coïncident avec les points de la
centres de gestion en fonction de deux critères, la courbe pour lesquels le revenu s'améliore, lorsque
SAU et le système de culture (utilisation du sol). le nombre d'UTH augmente d'une unité ; il suffit
Les classes de SAU étaient choisies de façon à alors de lire la SAU correspondante.
équilibrer la fréquence des observations. Les clas L'examen de la dispersion des exploitations de
ses de système de culture étaient établies à partir l'échantillon révèle si la répartition est bonne avec
de pourcentages forfaitaires de plantes sarclées, ces limites. Les classes trop chargées doivent être céréales et surfaces fourragères non sarclées. Cette
idée fort ancienne a été adoptée par les économistes (10) POITEVIN (J.). — Note sur la classification des modes
d'utilisation du sol dans les exploitations agricoles — Econo
(8) Cf. graphique N° 2 : Revenus nets et superficie, pr mie rurale, n° 38, p. 15 à 23.
ogramme paramétrique (SAU) sans mouton. (11) Pour une classification des exploitations agricoles —
Introduction par Ph. LE GRONTEC — Etudes Statistiques, (9) Fédération Nationale des Organismes de Gestion Agri
cole (Institut National de Gestion et d'Economie Rurale). vol. 13, n° 1, janvier-mars 1962, p. 29-40.
— 80 réduites. La réduction s'effectue à chaque change trop faible. C'est la raison pour laquelle, en Champ
ment notable de système d'exploitation : par exem agne, la classification n'a pu être poursuivie ju
ple lorsque le bétail disparaît. squ'au système d'élevage.
En Pays d'Ouche, la classification des facteurs En Pays d'Ouche, la sélection des systèmes
de structure est faite à partir des modèles grossiers, d'exploitation a été réalisée à partir de la superficie
faute de paramétrages sur la matrice. Ce cas se pro en céréales, suivant la même méthode qu'en Champ
duit lorsqu'il n'a pas été possible de réaliser un agne.
programme linéaire paramétrique. Les limites de La fiche B.S. donne des indications sur l'activité classe (SAU, UTH) séparent chaque modèle gros des personnes vivant et travaillant sur l'exploitasier. Elles sont déterminées empiriquement par le tion. En particulier, il est précisé si le chef d'exconseiller de gestion. ploitation travaille en dehors ou non. Cette obser
Il reste maintenant à délimiter des systèmes d'ex vation est très intéressante dans les petites exploi
ploitation dans chaque classe de SAU et UTH par tations où le « part-time » est fréquent. C'est pour
l'analyse de la dispersion des observations. Le cri quoi, avant de stratifier les systèmes d'exploitation
tère de sélection est le revenu net par exploitation. en Pays d'Ouche, nous avons examiné s'il fallait
Cela signifie que les exploitations d'un même grou séparer des autres les exploitations dont le chef (ou
pe doivent avoir un niveau de revenu comparable son conjoint) a une activité à l'extérieur. L'analyse
et différent du groupe voisin. a montré que, dans la plupart des cas, la terre n'est
Le coefficient de variation des revenus dans cha pas labourée. Aussi, une seule classe a été consti
que classe doit être inférieur à celui de l'ensemble. tuée sans distinction d'activité, celle des exploitants
Le revenu a été choisi comme critère de classement sans terre labourée.
car il est le meilleur instrument de mesure de la Les autres classes cultivent plus ou moins de marche de l'exploitation. Mais il ne figure pas sur céréales. Le revenu s'accroît avec cette culture, d'où la fiche B.S. de l'enquête. Aussi, le problème est le choix du critère sélectif. Les systèmes d'élevage ramené à la sélection des facteurs prépondérants à bovin sont très homogènes ; il n'a pas été nécesla formation du revenu. saire de les séparer. Enfin, on distingue les exploi
Le conseiller de gestion est le mieux placé pour tations avec ou sans porcs.
les désigner à l'analyse statistique. Il fonde son
L'efficacité de cette classification se manifeste choix sur l'expérience tirée des comptabilités sui
déjà lorsqu'on étudie dans chaque classe les autres vies par le centre de gestion et sur les résultats de
caractères des exploitations. Pour la main-d'œuvre. la programmation linéaire. Une production domi
nous avons vu qu'en Champagne la relation avec nante par sa contribution à la formation du revenu
est facile à déceler. Dans le cas où plusieurs pro le système d'exploitation justifiait de distinguer des
classes d'UTH dans les classes de SAU. Il n'en est ductions sont à niveau égal, on peut les regrouper.
pas de même en Pays d'Ouche où la main-d'œuvre Les renseignements relatifs aux cultures ne sont
est presque exclusivement familiale et très peu pas tous sur la fiche B.S., mais figurent sur l'état-
mobile : dans une classe de taille, la dispersion des brouillon qui l'accompagne. Il sera peut-être utile
UTH est expliquée par la composition des familles de s'y reporter. Cela complique le dépouillement et non par le système d'exploitation. Cette remarcar si les fiches B.S. sont mises sur cartes méca
que concerne les régions de petites exploitations nographiques, ces états-brouillons doivent être con
familiales où les systèmes d'exploitation ne sont pas sultés à la main. La conversion en UGB des quant
adaptés aux moyens disponibles. ités d'animaux indiquées est très approximative
sans les temps de présence sur l'exploitation. En Pays d'Ouche, le nombre de tracteurs aug
En Champagne, le critère sélectif indiqué par mente avec la superficie en céréales du modèle.
l'analyse est la superficie en betteraves à sucre. Les En Champagne, le nombre de tracteurs et de gros
limites de classes ont été recherchées par une ana ses machines de récolte s'accroît avec la superficie
lyse graphique ponctuelle. La répartition des points en betterave à sucre. La relation entre l'achat de
matériel moderne et la quantité de facteurs préponen fonction des pourcentages de la SAU en bette
dérants dans la formation du revenu est ici très rave à sucre indique la distribution de fréquence
et les modes. Le découpage des pourcentages est claire. Ces signes de dynamisme sont essentiels pour
un peu artificiel, mais il repose sur une base solide : expliquer l'évolution des modèles.
le critère sélectif. Le nombre de classes défini est
Le mode de faire-valoir est lié à la taille des fonction de la fréquence des exploitations. Pour être
exploitations, mais aucune relation n'est apparue significative, une classe doit comprendre au min
avec le système d'exploitation. Fermage et faire- imum 10 exploitations, compte tenu de l'utilisation
valoir direct sont le plus souvent associés dans les qui en sera faite ici. Le nombre optimum est de
exploitations, suivant une proportion variable selon 30 exploitations, rarement atteint dans nos exemp
les régions. les, le taux de sondage de l'enquête B.S. étant
— 81 L'avenir des exploitations est conditionné par enquêtes (B.S. troupeau bovin) ne sont représentat
l'âge des exploitants. En Pays d'Ouche, les chefs ives de la réalité qu'au niveau du département' Au
d'exploitation qui ont une activité à l'extérieur, sont niveau de la région agricole, le taux de sondage est
plus jeunes que les autres de la même classe (100 % insuffisant, sauf pour les très grandes régions. Dans
de terres jamais labourées). L'âge moyen diminue nos exemples, nous avons souligné cette lacune qui
lorsque la SAU augmente ; cependant, en Champ n'affecte pas l'efficacité de la méthode exposée mais
agne, il y a des exceptions dans le cas des familles limite la portée des résultats quantitatifs.
nombreuses où le père est resté chef d'exploitation. Les groupes ainsi constitués servent au calcul des
On ne peut en dire plus sans enquête sur les suc modèles moyens (12). Il suffit pour cela de prendre
cesseurs éventuels. la moyenne des SAU et UTH des exploitations
La fiche B.S. apporte des informations valables d'une même classe de taille, puis la moyenne de3
sur la main-d'œuvre et les cultures. L'interprétation surfaces de chaque culture et des têtes de bétail
des quantités d'animaux et la conversion en UGB (bovins, ovins, porcins) relatives à chaque classe de
sont délicates. L'utilisation de l'enquête sur le trou sjrstème d'exploitation. Selon la définition du mod
peau bovin du Service Central des Études et Enquêt èle moyen, on peut assimiler à ce modèle toutes
es Statistiques apporte des précisions sur le taux de les exploitations de la même classe. C'est ainsi que
réforme : le rapport vaches/élèves, la destination s'effectue l'agrégation des quantités offertes sur le
des élèves, etc.. L'essentiel est de savoir que ces marché par chaque producteur.
COMPARAISON DES MODELES D'EXPLOITATION — ESTIMATION
DES REVENUS MOYENS
La comparaison des modèles commence par le existe une zone modale de revenus nets (ou reve
calcul des revenus qui permet de vérifier la valeur nus agricoles) caractéristique de chaque région et
chaque classe de facteurs de structure (taille, main- de la classification. On imagine facilement les diff
icultés pour rendre valable un tel calcul, compte d'œuvre).
tenu du manque d'information. Le revenu agricole obtenu en Champagne sur
Les rendements des cultures et des animaux, les 50 ha est deux à trois fois plus élevé que sur 25 ha
charges proportionnelles et les charges de structure en Pays d'Ouche. Mais dans ces classes, les reve
ont été estimés à partir des comptabilités des cen nus nets de Champagne sont beaucoup plus disper
tres de gestion. Connaissant les rendements de la sés (à cause des UTH) que ceux du Pays d'Ouche.
région par expérience et par quelques enquêtes des Ces observations sont d'un style nouveau par rap
techniciens de la Chambre d'Agriculture, ou des port à ce que l'on rencontre dans les études de
Services Agricoles, le conseiller de gestion peut régions agricoles.
ajuster les charges et calculer un revenu. L'essent La position relative des différents modèles sur le iel est de savoir que, les résultats trouvés reposant graphique est significative. En particulier, l'écart sur des bases identiques, leur valeur n'est que rela entre les revenus moyens et potentiels apparaît avec
tive. Autrement dit, la comparaison relative des une certaine précision. Les risques à encourir pour
modèles par le revenu est possible. Elle permet combler cet écart ne doivent pas être sous-estimés.
ainsi de vérifier la classification.
Mais de nombreuses difficultés ne sont pas surDans nos exemples, nous avons présenté les ré montées, la valeur absolue des revenus étant encore sultats des calculs pour une classe de taille, à titre très incertaine. méthodologique (13). La courbe des revenus (14)
Il manque des données sur les rendements des confirme ce que la théorie laissait entrevoir : il
cultures et du bétail. Les enquêtes sur les rende
ments des céréales et sur le troupeau bovin de
l'INSEE ne sont vraiment utilisables qu'au niveau (12) Cf. Tableau n° 2 : modèles moyens en Pays d'Ouche.
du département : les différences relatives à chaque
(13) Cf. n° 3 : Comparaison des modèles moyens et région agricole n'apparaissent pas. potentiels de 20 à 30 ha en Pays d'Ouche.
Pour estimer avec plus d'exactitude les charges Tableau n° 4 : Comparaison des modèles moyens et potent
iels de 40 à 70 ha en Champagne Crayeuse. proportionnelles, il faudrait des informations sur les
charges d'approvisionnement (engrais, aliments du (14) Cf. graphique n° 3 : Diagramme des revenus nets des
modèles descriptifs moyens de 20 à 30 ha en Pays d'Ouche. bétail).
— 82 CALCUL DE L'OFFRE
Le lecteur s'explique mieux maintenant pourquoi 1* auto-fourniture (pour les animaux) et déduire ces
le chapitre relatif à l'utilisation des modèles a été quantités utilisées sur place. Ainsi une partie de la
volontairement réduit. L'ensemble de l'étude comp production laitière peut être consommée sur l'exploi
orte d'abord deux grandes parties : l'une sur le tation par la famille et une autre partie est destinée
calcul des modèles potentiels, l'autre sur le calcul à l'alimentation des veaux. La première démarche
des modèles moyens. Puis une troisième partie, consiste à calculer, par groupe homogène, le nomb
moins développée, traite du calcul de l'offre et de re total d'unités techniques de production (nombre
sa variation dans le temps. L'application de cette de vaches laitières, nombre d'hectares de betterave
partie a été exposée sur deux exemples : les exploi à sucre, etc.). Il reste ensuite à multiplier ces uni
tations de 20 à 30 ha et le problème du lait en Pays tés techniques par les rendements.
d'Ouche, les exploitations de 40 à 70 ha et la bette L'ensemble des calculs a montré que dans la
rave à sucre en Champagne. Ces classes de taille classe de 20 à 30 ha en Pays d'Ouche, l'offre réelle
sont les plus représentatives des deux régions. On sur le marché du lait produit par le nombre de
se limite à ces exemples compte tenu de la précar vaches indiqué dans l'échantillon B.S., atteindrait ité des données sur les quantités produites par environ la moitié de l'offre potentielle. En Champ
unité technique de production. agne, la superficie réelle en betterave de la classe
D'autre part, les quantités offertes sur le marché 40 à 70 ha représente près du quart de la superf
sont souvent différentes des quantités produites ; il icie potentielle. La marge d'accroissement est donc
faut estimer l 'autoconsommation (par les hommes), considérable.
VARIATION DE L'OFFfcE
Le problème est de savoir comment varient l'offre tion (16). Cette confrontation est déjà très révélat
réelle et l'offre potentielle sur une période de quel rice sur les variations possibles et les marges d'ac
ques années (ici cinq ans), de façon à pouvoir orien croissement de production. Elle permet de déceler
ter ensuite l'offre réelle vers l'offre souhaitable défi par exemple que les exploitations du centre de ges
nie à partir d'une synthèse interrégionale. Le but à tion ont atteint un niveau assez élevé et qu'à ce
atteindre est de dégager de l'analyse des modèles stade c'est surtout la valeur de l'exploitant qui
moyens et potentiels ainsi que des comptabilités du prévaut.
centre de gestion, les principaux facteurs d'évolut Ainsi consultons le tableau n° 4, modèles moyens ion. Les axes d'orientation vers un revenu plue et potentiels de 40 à 70 ha en Champagne Crayeuse. élevé par exploitation doivent être précisés et con On voit que le modèle d2 avec récolte par entre
duire à des hypothèses de variation des modèles prise apporte le revenu net le plus élevé. L'évolutmoyens et, par suite, de l'offre réelle. La probab ion pourrait s'effectuer progressivement de d6 en ilité de réalisation des hypothèses doit être aussi d4 puis en d2 et enfin vers l'optimum, le modèle
forte que possible : l'offre réelle probable doit en potentiel à un UTH. Cette transformation suppose
découler. C'est pourquoi, les hypothèses portent en une réduction de 3 à 1 UTH par exploitation, et en premier lieu sur le nombre d'exploitations, la superf même temps, la suppression du bétail et le double
icie, la main-d'œuvre, le capital d'exploitation et ment de la superficie en betterave à sucre.
les prix, puis le système d'exploitation (cultures, éle De même en Pays d'Ouche (tableau n° 3) le pasvage). Qu'en sera-t-il dans cinq ans ? sage de di à d3 est recommandable, avec réduction
Actuellement, les éléments disponibles pour appréc des herbages permanents et augmentation de la
ier l'évolution de ces facteurs sont le recensement superficie en céréales. Pour atteindre le niveau des
général de l'Agriculture en 1955, l'échantillon B.S. modèles potentiels, il faudrait doubler le nombre
de 1963 et les résultats enregistrés au centre de ges des vaches laitières.
tion. Dans nos exemples, la fixation d'un taux Il s'agit des variations possibles de l'offre dans annuel de croissance des revenus et des facteurs les années à venir, mais il reste à définir les variaprépondérants dans leur formation n'a pas été pos
tions probables. sible de manière satisfaisante. Nous avons simple
Ces modifications importantes ne peuvent s'effecment placé en regard les résultats des modèles
tuer ainsi dans la réalité, car les exploitants ne sont moyens et potentiels (15) et les moyennes sur cinq
pas informés et leurs capacités et leurs capitaux ne ans des groupes d'exploitations du centre de
(16) Cf. Tableau n° 5 : Groupe d'exploitations en gestion
(15) Cf. Tableaux n» 3 et 4. — Champagne Crayeuse 1957 à 1961.
— 83