Ma Guyane encore
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Après l’édition de « Ma Guyane » j’ai fait mes fonds de tiroir et découvert tout un fatras de notes éparpillées, un clin d’œil du présent au Collège de France m’a donné le départ pour ce petit plus en désordre chronologique

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Publié le 14 février 2012
Nombre de lectures 358
Langue Français
Poids de l'ouvrage 6 Mo

Extrait


Ma Guyane encore
Je me retrouve !


Ma fille Myriam faisant connaissance avec les palétuviers
de Sinnamary en 1974 !
Après l’édition de « Ma Guyane » j’ai fait mes fonds de tiroir et
découvert tout un fatras de notes éparpillées, un clin d’œil du
présent au Collège de France m’a donné le départ pour ce petit
plus en désordre chronologique….On raconte que les soirs de 31 Décembre, dans la baie de
Valparaiso (la bien nommée vallée du paradis), les bateaux
forment une chaîne qui ferme la baie et répondent aux
feux d’artifices lancés du port par leurs propres
illuminations.
Ainsi s’exprimait ce soir de Noël 2006 notre amie Andréa
Ortiz Cavalier, artiste peintre chilienne avec laquelle nous
dînions en compagnie de son mari François, ses enfants
Pablo et Soledad, sa mère Violetta …..Je répondis en citant
Baudelaire, un poème que je révère depuis toujours :
l’invitation au voyage
Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes,
L’univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! Que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !
Un matin nous partons le cerveau plein de flammes
Le cœur gros de rancunes et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :
Et les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir ; cœurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,
Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

Charles Baudelaire .Nous serons, je l’espère avec elle l’année prochaine à
Valparaiso.
Le Maroni n’est qu’un prétexte, une illusion de frontière
européenne (de l’avis même de Patrick, un voisin des
Cavaliers, chef de la PAF locale (police des frontières) avec
qui nous avons eu une conversation fort amicale et
instructive, cet homme ayant « exercé son art » à la
caserne Waldeck Rousseau de Nantes, avant Djibouti puis
Bamako, Il connaît fort bien Couëron qui m’a vu naître ainsi
qu’Orvault et ma jeunesse…..
La Guyane, pour moi qui commençait à me languir
sérieusement dans un « placard » doré, a été une invitation
au voyage. Pas celui que l’on fait à 20 ans où l’on croque la
vie, mais celui que l’on fait après 60 ans où on la déguste ….
Le 29 Décembre 2005, j’ai levé l’ancre, le voyage se
poursuit avec ses bons et ses mauvais jours, j’ai oublié
l’ennui, j’ai pris le recul qui s’imposait par rapport à ma
famille, je ne suis pas en exil, je vis au jour le jour dans la
forêt puissante, de littérature : on a le temps de lire à
Apatou, les romans de Goethe découverts chez mon ami
François Cavalier m’attendent patiemment), de musique :
ma flûte et Haydn sont disponibles chaque jour ) ,
d’astronomie ( le ciel austral ) , ……..et d’un peu de ce que
sont ici les autres …... La PMI me donne un logement, un
salaire et un cadre de vie, je sauve les apparences en
flattant mon mécène sans me faire son esclave ! Nous avons
développé selon les affinités un nouveau réseau de relations
sociales (sans renier les vieux amis….)
Bon, tout cela est bel et bien, mais le quotidien n’est pas
toujours idyllique à Apatou, surtout pour Nicole qui le partage avec moi. Je m’adapte assez bien à tout, mais je
pense que dans quelque mois il sera sage de changer de
crèche, Mana sur la côte, avec sa population plus
composite : Amérindienne , Hmong , Créole et Bushinengué
,m’évitera la tentation de verser pour la première fois de
ma vie dans un certain racisme (les relations avec les noirs
véritablement africains chez eux en Afrique sont
infiniment plus faciles qu’avec certains Bushinengés chez
« nous » !) ou d’être responsable d’une « bavure » à
l’encontre des grands ados qui viennent sous ma fenêtre me
provoquer en jouant au foot dans la boue d’une cuvette
dont je m’efforce de les chasser depuis des mois …..Nous
avons frôlé l’incident plusieurs fois. De toute façon ma
pratique du « sranan tongo », créole anglo-hispano-
hollandais, lingua franca du fleuve et du Surinam sera alors
suffisante pour moi, j’aurai fait après 18 mois le tour de ce
que je cherchais, dans cette escale fluviale Amazonienne.
….
Un Amazonien de cœur !


Vendredi matin, j’étais dans un de ces hameaux, ces
kampoes qui s’égrènent au fil du courant sur le Maroni : à
Niu Kampoe ce jour-là, après un petit tour de
reconnaissance dans le village, je me suis glissé entre les
cases posées en désordre sur un sol de terre battue soigneusement balayé chaque matin, pour saluer les uns et
les autres : « fa a e go ? e weeki ? siibi bom ? »
Comment ça va, bien réveillé, bien dormi », histoire de
montrer que je suis là. Une fois installé comme d’habitude
sous une case sur pilotis après avoir délicatement déplacé
du linge qui séchait et de la vaisselle éparpillée…..ils sont
arrivés progressivement, adultes de tous âges, enfants,
bébés dans les bras de leur mère ou de leur grande sœur,
des carnets de santé de tous délabrements se sont
accumulés sur la table …..La difficulté est souvent de savoir
à qui on a affaire, la date de naissance est déjà un indice
fondamental ! Un cercle de famille calme et paisible se
forme autour de nous, on bavarde, le verbe haut comme à
l’habitude, j’ai ma leçon gratuite de langue du fleuve, les
enfants se préparent à taquiner grands et petits qui
montreront le moindre signe de frayeur devant la seringue


Ce jour-là au beau milieu du « spectacle » en relevant une
minute la tête pour me reposer comme je le fait
régulièrement, j’ai eu comme un flash, une révélation sous une forme émotionnelle difficilement traduisible en mots.
Plusieurs jours après, j’ai pu commencer à mettre en forme
une idée que je vais essayer maintenant de développer :
Au départ, une certitude s’est imposée instantanément : Je
ne suis pas, ici et maintenant pour faire quelque chose pour
eux. Ils ne sont pas là non plus pour faire quelque chose
pour moi ! Nous somme au centre d’un échange qui dépasse
notre entendement habituel ; ce que nous voyons et
entendons c’est uniquement l’arbre qui cache la forêt
(j’imaginais l’immense forêt amazonienne à quelque
centaines de mètres derrière moi qui se poursuivais vers le
sud jusqu’à la cordillère des Andes à plus de 5000 km) ……et
toute l’histoire de l’humanité est ainsi faite
Il m’est venue l’image d’une porte ou mieux d’une lucarne,
que l’entité qui devient temporairement pour une
représentation au monde notre être sensible ouvre au
moment du premier inspir, et referme au dernier…J’aime à
imaginer une théorie de la lucarne, un scénario où tout à sa
place, tout est pour le mieux pour des raisons qui sont
derrière cette porte, ce qui ne veut pas dire que rien n’a
d’importance, mais seulement que tout est justifié quelque
part. Je repense à cette phrase de l’abbé Pierre : « La vie,
c’est un peu de temps donné à des libertés pour apprendre
à aimer, pour la rencontre de l’éternel amour dans le
toujours de l’au-delà du temps…. » Il reste en effet pour
nous dans cette configuration une liberté évidente et
absolue, ne serait que celle de jouer, éventuellement, le
mieux possible, notre rôle dans ce théâtre, avec les outils
que la nature nous a donné. Le peu de temps qui nous est donné, c’est notre moi dans
l’entrebâillement de la porte pendant la durée de la pièce.
Mais avant et après, si cette notion a encore un sens, c’est
tout ce que nous cherchons à conscientiser sous la notion
d’éternité, ce qui n’a pas d’avant ni d’apr&#

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