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Intégration et compétitivité dans le Mercosur Vers une introversion des échanges agricoles et agro-alimentaires? - article ; n°1 ; vol.234, pg 67-77

De
12 pages
Économie rurale - Année 1996 - Volume 234 - Numéro 1 - Pages 67-77
La construction du Mercosur est une expérience novatrice. Elle intervient dans un contexte de libéralisation et d'ouverture unilatérale des pays membres. Pour ces pays, les échanges intrazones ont augmenté plus rapidement que le commerce global, notamment au niveau des produits agricoles dont le Mercosur est un débouché. L'augmentation du commerce intra-Mercosur relève surtout de la création de commerce, la compétitivité agricole s'appuyant essentiellement sur l'avantage comparatif. Étant donné ses réserves de marché, le Brésil apparaît comme un client naturel pour les trois autres partenaires complémentaires, tout en restant très compétitif pour les produits transformés des Iaa. Les échanges touchant aussi des produits et des filières sensibles, une harmonisation et des mécanismes de compensation s'avèrent nécessaires dans la construction d'un Marché commun.
The southern common market and agricultural trade
MERCOSUR is an original feature of the Latin American Integration process which occurs in the context of unilateral trade liberalisation of its member countries. During the 1990- 1994 period, intrazone trade has increased faster than total trade of members. This has been true for all categories of products. Concerning agricultural products, the marked increase in trade is mainly due to the trade-creating influence of Mercosur, with countries basing their respective competitiveness on comparative advantage. These countries are complementary and, given the size of its market, Brazil, while remaining very competitive for processed food products, appears as a natural customer for the other three members. Since trade also concerns some sensitive products it is necessary to devise compensation procedures and rules for harmonisation.
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Yves Chaloult
Guillermo Hillcoat
Intégration et compétitivité dans le Mercosur Vers une
introversion des échanges agricoles et agro-alimentaires?
In: Économie rurale. N°234-235, 1996. pp. 67-77.
Résumé
La construction du Mercosur est une expérience novatrice. Elle intervient dans un contexte de libéralisation et d'ouverture
unilatérale des pays membres. Pour ces pays, les échanges intrazones ont augmenté plus rapidement que le commerce global,
notamment au niveau des produits agricoles dont le Mercosur est un débouché. L'augmentation du commerce intra-Mercosur
relève surtout de la création de commerce, la compétitivité agricole s'appuyant essentiellement sur l'avantage comparatif. Étant
donné ses réserves de marché, le Brésil apparaît comme un client "naturel" pour les trois autres partenaires complémentaires,
tout en restant très compétitif pour les produits transformés des Iaa. Les échanges touchant aussi des produits et des filières
sensibles, une harmonisation et des mécanismes de compensation s'avèrent nécessaires dans la construction d'un Marché
commun.
Abstract
The southern common market and agricultural trade
MERCOSUR is an original feature of the Latin American Integration process which occurs in the context of unilateral trade
liberalisation of its member countries. During the 1990- 1994 period, intrazone trade has increased faster than total trade of
members. This has been true for all categories of products. Concerning agricultural products, the marked increase in trade is
mainly due to the trade-creating influence of Mercosur, with countries basing their respective competitiveness on comparative
advantage. These countries are complementary and, given the size of its market, Brazil, while remaining very competitive for
processed food products, appears as a "natural customer" for the other three members. Since trade also concerns some
sensitive products it is necessary to devise compensation procedures and rules for harmonisation.
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Chaloult Yves, Hillcoat Guillermo. Intégration et compétitivité dans le Mercosur Vers une introversion des échanges agricoles et
agro-alimentaires?. In: Économie rurale. N°234-235, 1996. pp. 67-77.
doi : 10.3406/ecoru.1996.4809
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecoru_0013-0559_1996_num_234_1_4809CHALOULT • Guillermo HILLCOAT Yves to
ntégration et compétitivité
4>
dans le Mercosur
Vers une introversion des échanges agricoles
et agro-alimentaires ? fU
CO
trale) et le CARICOM (pays des Caraïbes) respectivement Le Mercosur
de 413,7%, 325,3%, 144,9% et 24,9% (Cepal, in dans un contexte de relance
Gana, 1994). o de l'intégration latino-américaine
y
Antécédents Le Mercosur concerne 60 % de la superficie totale de
cô l'Amérique latine, 45 % de sa population et 50 % de son Lancé en mars 1991 par le Traité d' Asuncion, le procesproduit brut. C'est un marché qui compte près de
sus d'intégration entre les quatre pays membres du Mer200 millions d'habitants et un PIB de près de CO cosur connaît deux phases. La première phase va de 800 milliards de dollars, l'équivalent de 10 % du PIB de
1985 à 1990 et se caractérise par la signature des accords l'ALENA et de l'Union européenne. Les échanges intra-
bilatéraux entre trois de ces pays. Depuis 1975 le Brésil zone ont été de 4,3 milliards en 1990, de près de
et l'Uruguay étaient liés par un Protocole d'expansion 7 milliards en 1992 et de près de 12 milliards en 1994.
commerciale (PEC). L'Argentine et le Brésil signent en
o 1985 le Programme d'intégration et de coopération écoLa construction du Mercosur est une expérience novat CI nomique (PICE) et en 1988 le Traité d'intégration, coopérrice dans le processus d'intégration latino-américaine ;
ation et développement. Parallèlement, un Accord elle fait partie d'une nouvelle approche appelée "le régio o Argentine-Uruguay déjà en vigueur est reconduit et pernalisme ouvert". En effet, la relance de l'intégration ces u fectionné. Enfin, en juillet 1990, le processus d'intégradernières années s'inscrit dans une nouvelle stratégie
tion entame un tournant lorsque le Brésil et l'Argentine adoptée par les pays latino-américains, celle de la libéra
décident de créer un marché commun avec la participalisation commerciale et de la réinsertion compétitive co tion de l'Uruguay et du Paraguay. dans le marché mondial (Cepal, 1994). Ci)
L'Accord entre le Brésil et l'Argentine (PICE) élargit les "O Dans ce contexte apparaît une tendance à l'introversion
préférences bilatérales octroyées dans le cadre de des échanges commerciaux de la région, faisant suite à
c I'aladi (Association latino-américaine d'intégration) une véritable régression du commerce intrazone. En
dans le but d'encourager le commerce et la complémentaeffet, la crise de la dette avait contraint l'Amérique latine O rité sectorielle. Le processus envisagé reste sélectif, à un fort ajustement récessif pendant la première moitié
progressif et sans calendrier explicite. Ses principes sont des années 1980 ; le résultat fut une forte contraction du
équilibre." Une douzaine de Pro"gradualité, flexibilité, pib et des importations. Le commerce intrazone qui (O CO
tocoles sont souscrits dont trois concernent directement absorbait 14,3 % des exportations totales en 1981 était
le secteur agro-alimentaire : le protocole n° 2 sur le blé, passé à 8 % en 1985 ; puis il a eu une récupération lente,
le n° 3 "approvisionnement alimentaire" et le n° 9 sur les 15 ce taux plafonnant autour de 10 ou 11 % des exporta
biotechnologies. Depuis 1986, il y a eu des négociations tions totales à la fin de la décennie. L'année charnière est
semestrielles et de nouveaux Protocoles ont été adoptés 1991 : les exportations intrazones vont enregistrer à part
_O dont le n° 22 sur les industries alimentaires, signé en ir de cette année-là un taux de croissance supérieur à
avril 1988. 20 % par an, de telle sorte qu'en 1993 les échanges intr co azone atteignent 19,2 % du total.
La libéralisation graduelle et bilatérale est favorable à
Dans ce cadre de relance des échanges, le Mercosur s'est l'Argentine, en particulier la mise en route du protocole
montré le plus dynamique des sous-groupes existants. 22 sur les industries alimentaires, qui lui permet de ren
En effet, la croissance cumulée des exportations dans forcer son avantage dans la balance agricole : son excé
chaque groupe dans la période 1985-1993 a été pour le dent est de 300 millions en 1988, 620 millions en 1989
et 780 millions de dollars en 1990; le solde agricole Mercosur, le Groupe Andin, le MCCA (Amérique
Économie Rurale 234-235/Juillet-Août-Septembre-Octobre 1996 67 donnant ainsi une contribution décisive à l'excédent glo effet, tournant la page de la longue expérience de déve
bal bilatéral obtenu par l'Argentine dans les années loppement introverti mené par ces pays, principalement
1989-1991. par l'Argentine et le Brésil depuis les années 1930, ils
décident d'ouvrir et de libéraliser leur économie. A partir -Si Dans cette première phase préparatoire du Mercosur, le de 1988, l'Argentine réduit sensiblement son niveau de M
«0 Brésil devient de plus en plus un "client naturel" dans le protection douanière. Le tarif moyen qui était en 1987 de
commerce agricole pour ses partenaires ; les importa 47 % est descendu à 9 % à la mi- 1994.
tions brésiliennes étant composées en moyenne de 60 %
de produits agricoles et agro-alimentaires. Le plus Le Brésil introduit aussi une réforme tarifaire assez
important est la part croissante des fournisseurs du MerCL drastique ; le tarif nominal moyen varie de 115,8 % en
cosur dans les importations agro-industrielles totales du U O 1980, à 31,4 % en 1990 et à 13,6 % en 1994 (Garriga et
Brésil : elle passe de 30 % en 1985 à près de 60 % en Sanguinetti, 1995).
1990 (Jank, 1992).
J Dans la période de transition 1990-1994 les échanges Î2 La deuxième phase, formellement inaugurée en intrazone s'accroissent beaucoup plus rapidement que le mars 1991, élargit la perspective de la première. Le commerce global des pays membres (voir tableau 1). Traité d'Asuncion se donne comme objectif la création
d'un marché commun, le Mercosur. Pour atteindre ce La progression est très rapide, principalement pour les but, les quatre pays s'engagent, pour le 1er janvier 1995,
exportations des pays membres. En 1990, les exportaà : a) créer une zone de libre-échange avec le démantèle
tions intra-Mercosur représentaient 8,9 % du total et en ment des barrières tarifaires et non-tarifaires entre les
1994, 19 % du total. quatre pays ; b) définir une politique commerciale com
mune établissant un Tarif extérieur commun vis-à-vis du
Par ailleurs, le degré d'introversion du commerce extéreste du monde et c) se doter des règles et des mécanis
rieur de chacun des partenaires est sensiblement diffémes nécessaires pour une efficace coordination et har
rent. En 1994, le Brésil adresse près de 14 % de ses monisation des politiques macro-économiques.
exportations totales vers le Mercosur, l'Argentine 30 %
et les deux autres membres près de 40 %. De surcroît les Signés au seuil des années 1990, les Accords visant à
échanges intra-Mercosur sont polarisés sur les échanges constituer une Union douanière dans le Mercosur inte
rviennent en parallèle avec un processus rapide d'ouver bilatéraux Argentine/Brésil qui représentent près des
ture unilatérale et multilatérale des pays membres. En deux tiers du total.
Tableau 1. Exportations Intra-Extra MERCOSUR
Intra Extra Intra/Extra Intra/Total Extra/Total
MERCOSUR MERCOSUR
% % Mill. US$ Mill. US$ %
1988 3 009 41827 7,2 6,7 93,3
1989 3 712 42 881 8,7 8,0 92,0
Illustration non autorisée à la diffusion 1990 4127 42 291 9,8 8,9 91,1
1991 5103 40 830 11,1 12,5 88,9
1992 7 215 43 232 16,7 14,3 85,7
10 039 1993 44 217 22,7 18,5 81,5
11766 50 071 23,5 19,0 81,0 1994( provisoire)
Source : Données de l'INDEC, Secretaria de Comercio Exterior do Brasil, Banco Central de Paraguay, COMTRADE (Nations-Unies).
Extrait de GARRIGA, M. et SANGUINETTI, P., op. cit.
Le Brésil apparaît comme le partenaire le moins dépen Pendant cette période, l'Argentine devient le second
dant du bloc, cependant il a vu ses échanges avec le Mer débouché pour le Brésil, absorbant en 1994 10 % de ses
exportations, derrière les États-Unis (20 %) et devant les cosur s'accroître fortement. En 1990, le montant des
Pays-Bas (6,5 %) (Chaloult et Soares Souto, 1995). échanges Brésil/Mercosur étaient de 3,6 milliards de
dollars ; ils se sont multipliés par 3 en 1994 pour attein • L'Argentine voit croître son commerce total avec le dre 10,5 milliards. Mercosur de près de 270 % : 2,708 milliards de dollars
en 1990 et 10 milliards en 1994.
• La balance commerciale évolue entretemps d'un mont
ant négatif (- 991 millions de dollars), à un solde positif
de 1 ,3 milliard.
68 Économie Rurale 234-235/Juillet-Août-Septembre-Octobre 1996 La composition des échanges En août 1994, les pays membres du Mercosur ont adopté «A le Tarif extérieur commun (TEC), et en décembre ils ont O
L'augmentation des échanges intra-Mercosur touche tout signé le Protocole d'Ouro Preto mettant en route l'Union
type de produit, donnant en ce qui concerne les échanges douanière à partir du 1er janvier 1995. Comme on peut
industriels une amorce de spécialisation intra-indus- observer dans le tableau 2 les tarifs extérieurs varient «A
entre 0 et 20 %, le tarif moyen s'établissant à 12,5 %. trielle, surtout entre l'Argentine et le Brésil.
Cependant certains secteurs n'appliqueront les barèmes En effet, la composante des produits d'origine indust
établis qu'à moyen terme. Ainsi pour les biens d'équiperielle a fortement progressé dans les échanges intra-
ment, le TEC adopté est de 14 % et entrera en vigueur en Mercosur. Dans les années 1980, les produits manufact 1 janvier 2001. Les produits de l'informatique et des télurés comptaient pour moins de la moitié des échanges, U O
écommunications auront un TEC de 16 % en janvier actuellement elles atteignent les deux tiers du total.
2006 ; enfin un régime spécifique devrait être adopté L'Argentine a largement bénéficié de la libéralisation
pour le secteur automobile. Par ailleurs, sur l'ensemble commerciale avec ces pays du Mercosur trouvant des de 8 000 produits dont le TEC est appliqué au 1er janvier 2 xn débouchés pour ses exportations manufacturées. Pendant 1995, les pays membres peuvent définir une liste les années 1992-1994, les produits manufacturés repré d'exception, pour garder leurs propres tarifs nationaux
sentent en moyenne 39 % du total exporté vers le Mercos vis-à-vis des pays tiers pendant une période de transition
ur tandis qu'ils ne représentent que 27 % des exportat allant jusqu'au 31 décembre de l'année 2000.
ions totales du pays (Garriga et Sanguinetti, op. cit.)
Parallèlement, la tendance aux échanges intra-industriels Vers une régionalisation
se confirme. Le Brésil détient un net avantage dans les des échanges agricoles ? industries chimiques cependant que l'Argentine est plus
performante dans le matériel de transport. Ce qui est
Le Mercosur est un exportateur net de produits intéressant à remarquer est l'augmentation de l'indicateur
agricoles ; la production agricole et agro-alimentaire des échanges intra-industriels : par exemple, dans les demeure une source irremplaçable de revenus d'exportatproduits chimiques il est passé de 50 % en 1993 à 57 % ion. Pendant les années 1980, elle contribue entre 45 et en 1994 ; or il n'était que de 29,2 % en 1985 (Araujo, 50 % aux exportations totales des pays du Mercosur.
Tavares de, 1993). Ce coefficient est élevé aussi dans la Dans le cas de l'Argentine, les exportations agricoles et
branche machines et équipements de transports (60,9 % agro-alimentaires représentent 75 % de l'ensemble des
en 1993), moyen pour les combustibles et lubrifiants exportations et au Brésil, elles sont à l'origine de 40 %
(47 % en 1992) et reste faible dans la branche boissons de l'excédent de la balance commerciale. L'importance
et tabac (28 % en 1993) (Lucangeli, 1994). des agro-industries est donnée par leur participation dans
l'économie : en Argentine, l'agriculture et les industries
Tableau 2. Tarif Extérieur Commun d'aval représentent 36 % du PIB ; au Brésil, les agro
industries 1 1 % de la valeur ajoutée de Tarif Nombre de Postes Fréquence %
l'industrie manufacturière. 0 90 /,/
2 1326 16,2
L'évolution des échanges agricoles 4 204 2,5
et agro-alimentaires au sein du Mercosur 6 250 3,1
8 244 3,0 Les données du tableau 3 concernent la période 1990-
10 763 9,3 1994 et se réfèrent principalement aux échanges entre
12 806 9,9 l'Argentine et le Brésil qui occupent une place prépondér
ante dans le commerce total intra-Mercosur. Illustration non autorisée à la diffusion 2122 14 25,9
16 810 9,9
Le tableau 3 présente les échanges de produits agricoles 18 900 11,0 et agro-alimentaires du Brésil avec les trois autres pays
20 666 8,1 du Mercosur. Il faut souligner quelques caractéristiques
majeures. 8181 [ TOTAL __
Tarif moyen 11,8
Premièrement, sachant que les exportations du Brésil Ecart-type 5,7 vers le Mercosur atteignent 1,320 milliard de dollars en
Minimum 0,0 1990 et 5,921 milliards en 1994, les exportations agrico
Maximum 20,0 les et agro-alimentaires représentaient respectivement
9% et 11,3%. Source .GARRIGA, M. et SANGUINETTI, P., op. cit.
Économie Rurale 234-235/Juillet-Août-Septembre-Octobre 1996 69 Tableau 3. Échanges agricoles et agro-alimentaires du Brésil avec les pays du MERCOSUR - 1990-1994
Millions de dollars FOB
Exportations Importations
agricoles agro-aliment. Total agricoles agro-aliment. Total
56 63 119 1062 192 1254 1990 «0
Illustration non autorisée à la diffusion 1991 103 130 233 986 158 1144 -ft)
1992 198 441 947 115 1062 213
1993 243 339 582 1 172 193 1365
1994 235 433 668 1539 522 2 061
8 *» Source : Département du Commerce Extérieur du Brésil (DECEX).
Note : Suivant le système harmonisé de désignation et codification des marchandises, et utilisant comme source les statistiques du O '•M Secrétariat Général de l'Aladi, nous avons classé dans la dénomination agricole tous les produits d'origine animale et végétale des 2 chapitres I à XIV, à l'exception des produits laitiers et de la farine de blé que nous avons considérés comme produits agro-alimentaires
en tenant compte qu'ils ont une certaine valeur ajoutée. Sous le terme agro-alimentaire nous avons considéré les huiles animale et
végétale, les produits alimentaires, boissons, etc. compris dans les chapitres XV à XXIV, à l'exclusion du cacao nature classé dans
les produits agricoles. Nous nous sommes donc focalisés essentiellement sur les produits directement liés à l'économie alimentaire.
Néanmoins il faut rappeler que dans les échanges au sein du Mercosur d'autres primaires ont un poids important, par exemp
le, coton, peaux, cuir, bois, etc. Enfin il est évident qu'une étude en termes de filière devrait inclure les entrants (engrais, pesticides)
et les machines et équipements agricoles
Deuxièmement, si on observe l'évolution d'ensemble on tions. Ainsi, sur le plan agricole, le Brésil apparaît
comme un "débouché naturel" pour les autres partenaires constate qu'entre 1990 et 1993 les exportations
(+ 400 %) sont beaucoup plus dynamiques que les du Mercosur tandis qu'il est mieux placé grâce à ses
importations (seulement + 8 %). industries agro-alimentaires (iaa) dans les exportations
de produits ayant une valeur ajoutée.
Ces données montrent l'ampleur du gisement de marchés
qu'abrite le Brésil pour ses partenaires du Mercosur. Or, Enfin, il faut remarquer que les échanges de produits
ce sont principalement les exportations argentines qui agro- alimentaires, aussi bien à l'exportation qu'à l'impor
expliquent cette évolution ce qui révèle l'importance du tation, sont sur toute la période plus dynamiques que les
contexte macro-économique et monétaire dans l'orienta échanges de produits bruts. Ce qui permet de conclure à
tion des flux commerciaux et des soldes bilatéraux. En un développement croissant des échanges intra-branche
effet, depuis la mi- 1994 l'économie argentine ralentit et dans le secteur des IAA.
en contrepartie, la demande d'importation brésilienne se
Le tableau 4 présente l'évolution des échanges entre le renforce après l'adoption d'un nouveau plan d'ajustement
Brésil et l'Argentine, son principal partenaire. Les prin(Piano Real) et de l'appréciation de sa monnaie.
cipaux éléments qui s'en dégagent sont les suivants :
Troisièmement, et c'est peut-être le trait principal qui
• Le volume total des échanges agricoles et agro-alimentdécoule du tableau 3, les importations totales, agricoles
et agro-alimentaires du Brésil sont, selon les années, aires Brésil/ Argentine en 1994 représente 75 % du total
entre quatre et cinq fois plus élevées que ses réalisé par le Brésil avec l'ensemble du Mercosur.
Tableau 4. Échanges agricoles et agro-alimentaires du Brésil avec l'Argentine - 1990-1994
Millions de dollars FOB
Exportations Importations
agricoles agro-alim. Total agricoles agro-alim. Total
30 49 679 150 829 1990 19
Illustration non autorisée à la diffusion
124 1991 73 51 756 111 867
797 1992 155 103 258 62 859
1993 184 133 317 975 115 1090
1994 172 199 371 1 140 411 1551
Source : Département du Commerce Extérieur du Brésil (DECEX).
• Dans les exportations brésiliennes les produits agro-al relativement modeste puisque le Paraguay absorbe un
imentaires ne couvrent qu'un peu moins de la moitié. Et volume similaire de produits brésiliens (tabac, sucre et
ce qui est le plus important, leur montant (199 millions bière).
de dollars en 1994) montre que le marché argentin est
70 Économie Rurale 234-235/Juillet-Août-Septembre-Octobre 1996 • L'augmentation régulière des exportations argentines duits agro-alimentaires de 119%. Cette progression
3 O M des produits de l'agriculture et de l'élevage confirme la rapide des exportations argentines de produits agricoles
2 compétitivité de ce pays dans ce secteur. Cependant, il et fait partie du bond des exportations
faut remarquer que dans trois années sur cinq le solde totales de l'Argentine puisque sur la même période cel
agro-alimentaire est favorable à l'Argentine. les-ci passent de 1,345 milliard à 2,917 milliards de dol •A
lars (+ 117%). Son corollaire est le renversement du Pour illustrer l'influence de l'asymétrie de conjoncture
solde bilatéral : tandis qu'en 1993 et en 1994 le Brésil sur la direction des échanges, nous avons mis en paral
obtient un excédent commercial vis-à-vis de l'Argentine, lèle les données des premiers sept mois de 1995 avec la
respectivement 941 millions et 476 millions de dollars, même période de l'année 1994 (tableau 5). Les exporta
a tions brésiliennes sont stables tandis que les exportations pendant le premier semestre 1995 il enregistre un déficit
argentines augmentent de 1 12 % et pour les seuls de 1 milliard de dollars. o u
Tableau 5. Échanges agricoles et agro:alimentaires du Brésil avec l'Argentine • Janv.-juill. 1994/Janv.-juill. 1995
Millions de dollars FOB
2 Exportations Importations
Illustration non autorisée à la diffusion Total agricoles agro-alim. agricoles agro-alim. Total
1994 88 134 222 532 119 651
1995 90 136 226 1116 261 1377
Source : Département du Commerce Extérieur du Brésil (DECEX), Données estimées pour les produits suivants : laitiers, farine de blé et cacao nature.
Cependant, un aspect très important est à mettre en relief domestiques engendrés par la récession qui sévit en
Argentine. durant cette période (1er semestre 1995) : le déficit du
Brésil avec l'ensemble Mercosur n'est que de Le tableau 6 réunit, pour les quatre pays, la part qui 565 millions de dollars ce qui suppose que ce pays garde représente l'ensemble Mercosur en tant que débouché et
un excédent commercial vis-à-vis des deux autres pays en tant que source d'approvisionnement pour les produits
du bloc. Ainsi c'est la capacité de l'offre argentine qui agricoles et agro-alimentaires. Nous constatons un fort et
profite de l'augmentation de la demande au Brésil et rapide recentrage des échanges et cela pour les quatre
compense à la fois le rétrécissement des débouchés pays membres.
Tableau 6. Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay
% des échanges agricoles et agro-alimentaires avec le MERCOSUR. 1990-1994
Expor Arge ntine Importa Expor Bre sil Importa Expor Para guay Importa Expor Uruç luay Importa
tations tions tations tions tations tions tations tions
1990 12,0 40,2 1,4 55,8 31,6 19,5 42,3 56,8 Illustration non autorisée à la diffusion
1991 12,2 36,8 2,9 43,6 22,2 19,7 40,0 64,2
1992 13,3 39,5 4,8 50,7 20,9 26,7 33,5 73,5
1993 17,4 37,2 5,8 49,0 16,9 34,1 39,5 61,8
1994 37,4 48,4 21,0 5,2 40,5 49,0 43,4 67,6
Source : Secrétariat Général de l'ALADI, Montevideo.
En ce qui concerne l'Argentine et le Brésil, le Mercosur l'existence d'une tendance à la régionalisation des échan
représente un débouché croissant pour les exportations ges en particulier du côté des débouchés. Parallèlement
de produits bruts et des iaa. le fait que le taux d'approvisionnement depuis le reste du
monde reste stable, voire croissant dans le cas du Brésil,
Plus spécifique est la situation de l'Uruguay et du Para semble démontrer que l'ouverture et la libéralisation
guay, pays dont le degré d'introversion à l'égard de commerciale profitent à l'ensemble des partenaires du
l'espace Mercosur est beaucoup plus fort. Dans le cas de Mercosur. Et contredit l'hypothèse, tout au moins pour
l'Uruguay, une part croissante de ses importations pren les produits agricoles, selon laquelle l'augmentation
nent origine au sein du bloc. Une évolution similaire, rapide du volume des échanges au sein du Mercosur
plus accentuée, est constatée pour le Paraguay. représenterait une forte déviation de commerce.
L'ensemble de ces premiers résultats, concernant le
volume et l'orientation des échanges agricoles et agro
alimentaires des pays du Mercosur, permet de conclure à
Économie Rurale 234-235/Juillet-Août-Septembre-Octobre 1996 71 Tableau 7. Exportations argentines vers le Brésil Composition des échanges agricoles
Principaux produits agricoles et agro-alimentaires et agro-alimentaires o 1990-1994
Millions de dollars FOB Le tableau 7 présente les exportations argentines des I
principaux produits agricoles et agro-alimentaires vers le 1990 1991 1992 1993 1994 .Si «3 (A Brésil dont trois produits -blé, maïs, riz- font plus de
Produits 50 % du total. agricoles
Le blé est sans doute le produit-clé. Pendant toute la Blé 278,3 253,5 386,5 397,7 421,9
période il représente en moyenne 40 % des exportations Maïs 50,4 66,5 51,2 136,8 123,1 agricoles argentines avec une pointe de 50 % en 1992. a Riz 20,2 39,1 45,0 63,9 63,8 La production de blé au Brésil a beaucoup diminué o u depuis le début de la décennie : réduction de barrières - Soja 53,6 45,5 3,2 13,5
douanières, dérégulation du secteur et diminution des Haricot 20,1 7,1 72,2 11,0 23,3 aides à la production se sont traduites par une augmentat7 29,4 Viande boeuf 11,6 10,9 18,3 62,7 ion des importations. Depuis 1991, un peu plus de la Î2
moitié du total importé provient de l'Argentine où les Poisson 46,0 41,5 25,3 43,9 74,2
coûts de production sont plus de 50 % plus bas qu'au Oignon/Ail 25,5 37,7 33,4 53,0 57,2 Brésil avec une qualité supérieure. L'introversion a aussi
Illustration non autorisée à la diffusion - Pomme terre 0,6 0,6 0,3 34,3 sa contrepartie du côté argentin ; en effet, il faut rappeler
que jusqu'en 1991 l'Argentine exportait au Brésil Olive 33,0 38,9 25,0 39,6 39,9
2 millions de tonnes c'est-à-dire un tiers de ses exporta Pomme 38,2 47,5 27,0 20,8 36,7 tions totales de blé ; en 1994, 4 millions c'est-à-dire
Poire 30,2 29,7 24,6 23,5 26,3 63 % du total.
Prune 7,1 14,3 13,8 9,8 18,2 Les exportations argentines de blé ont encore progressé
en 1995 puisqu'au premier semestre elles ont atteint Produits agro
445 millions de dollars, montant qui dépasse le total alimentaires exporté en 1994. Cependant, les exportations argentines
Huile de soja 4,4 22,1 12,0 32,9 131,0 de blé seront plus modestes en 1996 du fait de la diminut
ion de la récolte après la sécheresse qui a affecté les cul Huile d'olive 10,7 15,3 12,6 8,8 6,8
tures en Argentine en 1995. Produits
laitiers 69,7 37,4 3,2 28,1 102,5 Le Brésil détient d'importantes réserves de marché ; la
- - Farine de blé 3,3 7,5 27,9 consommation par habitant oscille entre 45 et 65 kg par
an, elle est de 130 kg en Argentine. En réalité, les pers Source : Receita Federal et Département du Commerce Extérieur du Brésil (DECEX)
pectives d'augmenter les exportations argentines trou
vent un obstacle majeur du côté de sa capacité à relever maïs et au blé (Bertrand et Hillcoat, 1994). Les coûts de l'offre. production en Argentine sont faiblement inférieurs à
ceux du Brésil, ce dernier subissant des surcoûts dans les Le maïs occupe la deuxième place. Malgré une product
transports, dans les ports et au niveau fiscal (Jank, 1994). ion record au Brésil en 1994, l'Argentine a exporté pour
123,1 millions de dollars captant ainsi 72 % des importat Les exportations argentines de viandes rouges ont fortions brésiliennes, ce pourcentage était de 61 % en 1990. ement augmenté, d'environ 1 1 millions de dollars à plus Du côté argentin on constate le même recentrage depuis de 60 millions dans la période 1990-1994; le Brésil la constitution du Mercosur, puisque le marché brésilien devient un important débouché pour l'Argentine même si représentait 2 % des exportations du maïs et actuell l'Union européenne et les États-Unis restent ses princement 12 %. ipaux clients. Les coûts de production sont très favora
bles à l'Argentine : 985 dollars/tonne tandis qu'ils atteUn autre produit, le riz, dont les exportations augment
ignent 1813 dollars/tonne au Brésil (Comisec, 1994a). Et ent fortement, a triplé en cinq ans. Néanmoins l'Uru
plus important encore, la qualité de la viande argentine guay reste le principal fournisseur du Brésil dans le Merc
constitue un argument majeur pour sa pénétration dans osur.
les segments du marché brésilien constitué par les clas
En 1994, l'Argentine a exporté pour plus de 161 millions ses moyennes ayant un solide pouvoir d'achat.
de dollars de produits du complexe soja, ce qui constitue
un montant très significatif vu la compétitivité et la place Concernant les légumes, une place grandissante des
qu'occupe le Brésil dans cette filière. Or l'Argentine a exportations est occupée par les pommes de terre, l'ail,
enregistré une forte progression dans la production de les oignons. Pour les fruits tempérés, les exportations se
soja. En effet, étant donné le différentiel de rentabilité en maintiennent stables, sauf celles des prunes qui croissent
faveur de la culture de soja pendant ces quinze dernières de 150 %. Le Brésil a beaucoup investi dans la culture
années, celle-ci a déplacé d'autres cultures dans certaines de la pomme et progressivement devient plus compétitif
zones de la Pampa humide, vouées traditionnellement au dans ce secteur.
72 Économie Rurale 234-235/Juillet-Août-Septembre-Octobre 1996 Le tableau 7 montre que les produits laitiers, notamment Pour les coûts de production, ceux du Brésil (par rapport «n à l'Argentine) sont 25 % inférieurs pour la viande de le lait en poudre et les fromages, sont bien placés. En O
porc et 50 % pour celle de poulet. Les principales ra1994, du fait de la relance du marché interne, le Brésil
I isons sont : une génétique plus avancée, un élevage plus importa pour 102,5 millions de dollars d'Argentine et
rapide et surtout un système très efficace d'intégration pour 43,7 millions d'Uruguay. Les études montrent que
producteur-industrie ; ce système permet une adaptation les coûts pour le producteur argentin sont d'environ 25 % ■o rapide du complexe productif aux changements technoinférieurs à ceux du producteur brésilien. Toutefois, le logiques et aux comportements des consommateurs
prix du lait pour le consommateur final est pratiquement (Ceema, 1994).
le même. Cela indique une plus grande efficacité de
Q. Selon le tableau 8, les exportations de café en grains se l'Argentine au niveau de la production contrecarrée
sont multipliées par cinq. La compétitivité du Brésil U O néanmoins par une efficacité inférieure en termes de
dans ce secteur est reconnue de longue date. L'Argentine filière (Jank, op. cit.).
est sur la défensive, surtout en ce qui concerne le café
transformé, créant des barrières et protégeant ainsi son Dans le secteur laitier il y a une forte présence de firmes 2 industrie ; c'est pourquoi les exportations totalisent à CD multinationales, principalement européennes. Ces firmes peine 2,9 millions de dollars en 1994. Dans leur ensemb
se sont implantées dans les pays du Mercosur sachant le, les exportations agro-alimentaires brésiliennes vers
qu'il y a d'énormes réserves de marché, principalement l'Argentine restent somme toute modestes. En fait, les
au Brésil, et un potentiel de production de matières pre exportations vers les deux autres partenaires (dont les
mières à bas prix en Argentine et en Uruguay. Ainsi des marchés respectifs sont bien plus petits que le marché
argentin) sont plus importantes ; surtout vers le Paraguay groupes déjà présents comme Nestlé et Unilever aug
où le Brésil a exporté en 1994 pour près de 100 millions mentent leurs investissements et Parmalat, dont l'implan
de dollars en cigarettes, 40 millions en sucre raffiné et tation est plus récente, pénètre rapidement le marché du
30 millions en bière. Les exportations vers l'Argentine Mercosur (Comisec, 1994b).
sont concentrées dans le complexe sucre/alcool et cacao
qui augmentent régulièrement depuis la création du MercAnalysant les exportations agricoles du Brésil à destina osur.
tion de l'Argentine, le tableau 8 montre que trois produits
-poulet, porc et café- représentent plus de 80 % du total Le sucre, produit sensible du côté argentin, pose un vrai
problème pour l'intégration du marché commun. Il n'y a en 1994. Le système de production de poulet au Brésil est
pas de libre-échange dans ce secteur et les entraves sont un des plus importants au monde. De 1990 à 1993, les
importantes : 25 % de taxes à l'importation en Argentine, exportations de viande de poulet et de porc ont connu une
pas de circulation préférentielle et aucun accord de dimicroissance spectaculaire, atteignant près de 100 millions nution des tarifs douaniers. L'industrie argentine a des de dollars en 1993, due en partie à la qualité des produits, coûts élevés - environ 240 dollars/tonne contre
à un bon marketing et à une intégration croissante. C'est 120 dollars/tonne au Brésil-, et n'étant pas préparée pour
ainsi que la consommation de poulet en Argentine passa la concurrence sur le plan technologique, elle a peur de
de 10,9 kg par tête en 1990 à 21,0 en 1993. disparaître si les règles changent. Pour préserver son mar
ché elle fait pression sur le gouvernement qui a négocié Tableau 8. Exportations brésiliennes vers l'Argentine habilement avec le Brésil en 1994. C'est que ce secteur Principaux produits agricoles et agro-alimentaires pose un vrai problème social en Argentine, une intégra1990-1994
Millions de dollars FOB tion rapide augmenterait le chômage dans les provinces
pauvres du nord du pays (Teubal et Giarracca, 1995). 1990 1991 1992 1993 1994
Une solution consisterait à intensifier l'exportation de Produits
agricoles technologie brésilienne pour augmenter la compétitivité
Viande poulet 0,7 4,3 44,7 63,0 52,8 de l'Argentine ; ceci entraînerait une concurrence accrue
- pour le Brésil mais le marché tendrait vers une ouverture Viande porc 0,5 31,2 36,0 23,6
plus rapide favorisant l'intégration dans un secteur clé en Café en grains 13,1 27,9 37,3 67,6 27,5 termes d'emplois et de devises.
Cacao brut 1,6 2,2 3,2 4,6 4,3
Produits agro
Contraintes et difficultés alimentaires
Sucre raffiné dans la construction et bonbons 3,3 4,1 10,7 25,0 37,4
d'un marché commun
Cacao
transformé 13,1 26,1 31,6 32,7 44,7
Les pays du Mercosur ont respecté l'échéancier qu'ils Café soluble 0,1 0,5 1,3 3,9 2,9
s'étaient fixé en mars 1991 ; certes, l'Union douanière
Source : Receita Federal et Département du Commerce Extérieur du Brésil (DECEX) mise en route le 1er janvier 1995 est incomplète, néan-
Économie Rurale 234-235/Juillet-Août-Septembre-Octobre 1996 73 moins l'objectif de bâtir un marché commun reste sur Restrictions non tarifaires intra-Mercosur
pied. Or pour l'atteindre de nombreuses difficultés sont à O Les politiques économiques qui ont en vue, par exemple, surmonter. Elles sont de plusieurs ordres : macro-écono
la diminution du déficit commercial, décrètent trop soumiques, institutionnelles, politiques et sociales ; nous
vent des mesures unilatérales et sectorielles, créant des évoquerons les principales d'entre elles.
obstacles au libre-échange intra-Mercosur. Par ailleurs, à (0 l'instar des pratiques nocives fréquemment présentes
dans le marché mondial, les barrières sanitaires sont souTec et politique commerciale commune
vent utilisées comme prétexte, ou pire comme une sorte
Le Protocole d'Ouro Preto (déc. 1994) a approuvé des de retorsion, pour freiner les importations. L'accord sani
a tarifs inférieurs à 10 % pour les produits agricoles, de taire et phytosanitaire signé dans le Mercosur en 1993
o 14 % à 16 % pour les produits agro-alimentaires, et sur est un progrès important pour le secteur dans la période
de transition. Le sous groupe technique n° 8 (Sgt-8), tout de 16 % pour les entrants, machines et équipements
agricoles, protégeant ainsi davantage les produits indust désormais appelé "Agricole", a pris des mesures lors de
J sa première réunion en septembre 1995 à Montevideo riels.
afin que l'harmonisation des politiques phytosanitaires Î2 en
au sein du Mercosur soient accélérées, diminuant ainsi Les ministères de l'Agriculture des quatre pays et les
représentants du secteur privé ont été très peu présents les restrictions non-tarifaires. D'autres décisions concer
nant les normes techniques ont été prises ou abordées dans les négociations pendant les années de la période de
dans le cadre de la réunion des autorités du Mercosur en transition (1991-1994). Cette réalité s'est aussi fait sentir
août 1995. Deux exemples touchent le domaine durant la négociation du tarif extérieur commun.
alimentaire : d'une part, l'adoption des normes du Codex L'Argentine, étant plus compétitive que le Brésil dans le
Alimentarius Fao-Oms pour les résidus chimiques dans secteur primaire, gagne sous un certain angle et perd
les aliments et, d'autre part, le projet, présenté par ainsi que l'Uruguay et le Paraguay sur le plan des activi
l'Argentine, visant la normalisation des aliments et des tés secondaires où le Brésil est plus performant.
boissons dans l'espace Mercosur, pour éviter l'exigence
actuelle d'enregistrement dans chaque pays membre. Concernant les produits agricoles, le tarif extérieur
adopté est relativement faible, ce qui rend le secteur pri
maire du Mercosur assez vulnérable parce que peu pro Convergence des politiques tégé et pourrait constituer un élément de ralentissement macro-économiques du processus d'intégration. Le Brésil a mis un seul pro
duit dans la liste d'exceptions au TEC, le lait en poudre Une convergence des politiques économiques est larg
avec 32 %, mais il aurait pu aussi négocier d'inclure des ement entamée, chacun des pays membres poursuivant
produits sensibles comme le blé et la viande de boeuf, des politiques d'inspiration libérale : privatisation, qui reçoivent des subsides élevés dans l'Union ouverture commerciale, dérégulation, qui visent à faire
européenne et aux Etats-Unis. De son côté, l'Argentine a disparaître le déficit public et à restaurer les grands équi
protégé, sous une forme ou autre, des produits sensibles libres. Or, si l'orientation est similaire, le rythme dans
comme le sucre et le café soluble. l'ajustement est fort différent et le Brésil est loin des pro
grès acquis dans les trois autres pays. Ainsi, dans le
Finalement notons que la fréquente oscillation, surtout court terme, les accords dans le Mercosur pourraient
pratiquée par le Brésil, quant aux produits à exclure ou à devenir un facteur de stabilisation et de rationalisation
inclure dans le TEC, et au taux du tarif de protect des économies internes. Cependant, la stabilisation
ion, affecte négativement les autres pays et crée une ins macro-économique de l'ensemble ne serait pas suffi
tabilité constante puisque les règles du jeu changent sante. Il faudrait une convergence plus large au niveau
brusquement. Cela peut devenir dramatique, surtout pour des tarifs publics, de la fiscalité et des politiques secto
un partenaire très "exposé" comme l'Uruguay. Le moins rielles, de transport, etc., puisque de fortes disparités, des
que l'on puisse dire est que ces pratiques unilatérales distorsions et de nombreuses asymétries subsistent.
compliquent l'intégration en cours. Visant à éviter de tel
les pratiques, les autorités du Mercosur ont adopté en En outre, au fur et à mesure que la zone devient un espace
août 1995 une résolution qui permet la création d'un sys de libre-échange, les asymétries qui demeurent au niveau
tème d'adoption de "listes d'exception flexibles" incluant des politiques de taux de change, des marchés financiers
un certain nombre de variations dans le TEC (jusqu'à 50 et de la fiscalité acquièrent une importance particulière.
produits au maximum) en vue de l'approvisionnement du
marché intérieur (Résolution Gmc 22/95). Ces listes, Les problèmes de change restent, dans cette perspective,
transitoires, sont adoptées chaque fois que l'offre domest un obstacle sérieux pour la réalisation d'une véritable
ique des pays du Mercosur n'est pas en mesure de satis union douanière. Etant donné le décalage existant dans
faire la demande interne. La Commission de commerce les régimes monétaires en vigueur dans les deux princ
est chargée d'analyser la demande des pays membres et ipaux pays, il n'est pas réaliste de concevoir dans l'imméd
d'autoriser que les produits puissent avoir un tarif exté iat la création d'une zone monétaire. L'Argentine a
rieur réduit, mais jamais nul, de façon à préserver une adopté un régime bi-monétaire, le peso rattaché au dol
marge de préférence en faveur des pays membres. lar, à une parité fixe, la Banque centrale est autonome, le
74 Économie Rurale 234-235/Juillet-Août-Septembre-Octobre 1996 de changes est libre et aussi l'accès au marché de Un crédit cher et rare marché
capitaux. En revanche au Brésil la Banque Centrale aide u «A O II s'agit d'un problème commun aux pays du Mercosur, le Trésor à financer sous différentes formes et le déficit bien qu'il soit plus aigu au Brésil. En effet, en raison des I et la dette publique. Par ailleurs le contrôle du marché effets macro-économiques, principalement ceux liés au des changes est maintenu. refinancement de la dette publique interne, et aux sur
coûts engendrés par les rigidités de son système ban
De surcroît, il n'y a pas non plus de mécanismes comp caire, le Brésil est particulièrement handicapé par le coût ensatoires du type montant compensatoire monétaire exhorbitant du crédit dont le taux réel au premier semest
(mcm) pouvant neutraliser les effets pernicieux qu'ont re 1995 dépasse 40 % annuel, ce qui est probablement sur la compétitivité les variations de taux de change, si a un cas unique au monde. Ainsi les coûts financiers grèfréquentes dans ces pays. vent les coûts de production des agriculteurs et du com o u
plexe agro-industriel, l'endettement gonfle et la compétit
Pour sortir de l'hyperinflation, l'Argentine a dû laisser ivité du secteur s'est oblitérée puisque l'introduction des
s'apprécier sa monnaie depuis mars 1991 et le Brésil à nouvelles technologies est reportée sine die.
2 partir de juillet 1994. Bien évidemment l'appréciation des
monnaies respectives rend moins chers les produits
importés et pénalise la compétitivité des exportations vis- La contrainte d'un calendrier trop serré
à-vis des pays hors zone. Dès lors des problèmes de défi pose plusieurs défis
cit commercial peuvent apparaître, ce qui pousse à leur
tour les gouvernements à prendre des mesures unilatérales L'expérience de l'intégration en Europe a montré
qui affectent aussi leurs partenaires du Mercosur. C'est ce l'importance du facteur temps dans les négociations et la
qui s'est passé récemment lorsque le Brésil a vu son défi mise en route des politiques communes. Or l'intégration
cit commercial se creuser rapidement, atteignant dans le Mercosur s'est donnée des objectifs ambitieux
4 milliards de dollars fin août 1995. Le Brésil a pris des dans un calendrier très serré. Elle a été très souvent con
mesures, y compris dans le secteur du TEC, qui ont eu des ditionnée par des délais politiques, comme la fin des
répercussions très négatives sur ses partenaires, principa mandats présidentiels. Le secteur primaire au Brésil et
lement sur l'Argentine, créant des tensions et une véritable les industriels des autres pays ont eu à cet égard une
impasse politique au niveau même du processus d'intégrat position très critique. Ainsi, les producteurs brésiliens de
ion. grains, légumes et fruits tempérés et les producteurs
argentins du complexe sucre/alcool, café, tabac, jus
d'orange et fruits tropicaux sont très menacés et n'ont pas Ainsi la convergence de politiques de long terme ne suff
it pas, puisque les différents rythmes dans l'ajustement assez de temps pour s'adapter face à de nouveaux con
currents et au processus en cours. D'autre part, un chrengendrent des distorsions ; citons deux exemples :
onogramme d'intégration très serré rend difficile l'élim
ination ou l'harmonisation des politiques de protection Taxes à l'exportation et sur les entrants agricoles
nationale ou la diminution des d'appui interne
La pression fiscale est dans plusieurs domaines plus éle qui dans le cas du Brésil, par exemple, étaient très signi
vée au Brésil que dans les trois autres pays. Les taxes à ficatives lorsque débuta la période de transition : prix
l'exportation sur les produits agricoles sont toujours en minima, assurance de crédit agricole, politiques de comm
vigueur. Un exemple, ces taxes diminuent d'environ ercialisation, etc. Cette rapidité est probablement une
13 % la compétitivité du soja. Il y a aussi les impôts des raisons pour lesquelles le Mercosur a choisi dès
appliqués à la commercialisation interne et ceux sur les 1993 de se borner, dans le domaine agricole, à l'applica
aliments de base comme le blé, le lait, la viande et les tion des accords de l'Organisation mondiale du com
pommes de terre avec des taux allant de 20 à 30 % merce (OMC) car il avait les moyens pour adopter une
(Paula, 1995). Politique agricole commune (PAC), puisque le Sgt-8
avait longtemps travaillé sur ce thème et avait élaboré un
excellent document. En revanche l'Argentine a éliminé depuis 1991 les taxes
à l'exportation et a instauré le remboursement de la Tva
sur les entrants agricoles ; elle a par ailleurs supprimé les La rapidité du processus d'intégration pose aussi le pro
impôts sur les combustibles et les lubrifiants utilisés par blème de la restructuration, de la reconversion des sec
l'agriculture ; ces mesures représentent un avantage en teurs productifs et donc de la participation des product
termes de compétitivité vis-à-vis du Brésil. L'Uruguay et eurs. La situation est plus grave à cet égard au Brésil car
le Paraguay ont adopté des mesures allant dans le même d'une part les producteurs sont souvent désorganisés et
sens. Au Brésil la politique de dérégulation tarde à se ont une faible capacité de négociation et d'autre part ils
mettre en place, et il subit des surcoûts au niveau des sont peut-être plus atteints dans le secteur agro-pastoral,
transports, des ports et des infrastructures en général. La parce que moins compétitifs que ses concurrents du
réforme constitutionnelle en cours au Brésil, incluant Mercosur. Les producteurs argentins, tout au moins les
une réforme fiscale, pourra diminuer ces disparités à plus puissants, ont su négocier et ont obtenu que leur
l'horizon 1996. gouvernement défende leurs intérêts.
Économie Rurale 234-235/Juillet-Aoùt-Septembre-Octobre 1996 75