La haute taille   la contredanse traditionnelle de certaines communes martiniquaises
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Entre les 15 et 21 juin 2005 a eu lieu la seconde édition du« Festival International de Haute Taille et de Quadrilles du Monde» auFrançois, en Martinique. Ce festival a lieu tous les deux ans. Lors de chaque édition un thème est défini. La rencontre de cette année avait pour titre en créoleba Koumand黫 Respé. L’objectif était de rendre hommage à une personne bien connu des danseurs de Haute Taille : le commandeur. J’ai eu le grand plaisir de pouvoir participer à ces rencontres avec un groupe de danseurs de la Bouèze. Dans ce cadre, j’ai été témoin d’une pratique dansée qui est à même d’interroger tout pratiquant d’Avant Deux, notamment en Haute-Bretagne. Je vous propose de vous faire partager quelques éléments de réflexions autour de la Haute Taille et quelques comparaisons entreces répertoires martiniquais et les contredanses populaires de Haute-Bretagne en particulier et de l’ouest de la France en général. La Haute Taille, la contredanse traditionnelle de certaines communes martiniquaises Il convient avant toute chose de décrire ce qu’est la Haute Taille. Il s’agit d’une succession de figures de contredanse qui ont été pratiquées dans tout le sud-est de la Martinique. Les derniers danseurs, détenteurs de façon traditionnelle de ces répertoires, sont tous localisés dans les différents villages de la commune du François. La Haute Taille est un quadrille, c’est-à-dire une succession de (presque toujours) cinq contredanses toujours ordonnancées dans chaque village de la même façon. Généralment cette succession comprend une contredanse très simple à base de promenades, une autre avec des chaînes anglaises et des chaînes des dames, une contredanse sans chaîne, une autre appelée Eté et une dernière nommée Mazurka. La Haute Taille se pratique à huit danseurs, soit quatre couples répartis chacun sur un des cotés d’un carré. Tous les aficionados dessquares américains,duset dancingquébécois connaissentdu quadrille des Lanciers et autres sets carrés irlandais, parfaitement cette disposition. Là s’arrête cependant l’analogie avec ces répertoires dont les enchaînements collectifs -permettant la plupart du temps aux huit participants de danser tous ensembles - sont l’une des caractéristique principal. Au contraire, ce qui est frappant dans la Haute Taille, c’est l’omniprésence, dans la plupart des contredanses composant le quadrille, d’une figure qui n’implique que deux des huit danseurs : «l’avant deux ». Ainsi, suivant les villages, la majorité des cinq contredanses composant la Haute Taille voit chacun des quatre hommes aller figurer avec la femme en vis-à-vis pendant que les six autres danseurs attendent. L’avant deux compose même la figure principale de l’enchaînement de l’Eté. Analogie frappante avec les répertoires dansés en Haute-Bretagne En quoi consiste l’avant deux de la Haute Taille martiniquaise ? Il s’agit d’un enchaînement pour deux danseurs en vis-à-vis (un homme et une femme). L’homme et la dame avancent l’un vers l’autre, reculent puis traversent, échangeant ainsi leurs places. Dans cette nouvelle disposition, ils effectuent alors le même enchaînement. Ils retrouvent ainsi leur place de départ à la fin de la figure. Tous les danseurs d’Avant Deux de l’Hexagone qu’ils soient bretons, angevins, ou poitevins reconnaîtront là, l’un des enchaînements types les plus couramment collectés dans tout l’ouest de la France. Pour pousser l’analogie plus loin, la Haute Taille n’est pas une contredanse marchée comme le sont les quadrilles complets qui ont pu être recueillis en Loire-Atlantique ou en Vendée. Toutes les figures comportent des pas à technique élaborée. On retrouve ainsi dans la Haute Taille une famille de contredanse proche des Avant Deux recueillis en nord Ille-et-Vilaine ou en Loire-Atlantique. C’est vrai pour le pas, c’est frappant en ce qui concerne la philosophie de la danse. Ainsi, durant les figures d’avant deux les danseurs de Haute Taille rivalisent de prouesses, certes dans le cadre d’un
jeu de séduction avec la dame en vis-à-vis, mais surtout pour en mettre plein la vue aux trois autres cavaliers qui attendent leur tour. Ainsi par la composition de certains enchaînements types (dont principalement l’avant deux), par la présence de pas à technique élaborée, par l’esprit et la philosophie des danseurs, la Haute Taille présente de fortes analogies avec les répertoires de contredanses populaires de l’ouest de l’Hexagone et notamment les Avant Deux. A ce sujet, la thèse sur la Haute Taille qui sera soutenue très prochainement par David Kathil, jeune chercheur martiniquais, devrait apporter certains éléments qui aideront à la compréhension de la genèse de nos répertoires haut-bretons. Outre l’analogie chorégraphique, l’analogie de « façons de faire » L’analogie ne s’arrête pas au répertoire dansé. Le colloque organisé dans le cadre du festival portait cette année sur la figure du commandeur. Qu’est-ce qu’un commandeur me direz-vous ?Ceux qui ont déjà pratiqué les sets carrés québécois dansles bals folks modernes connaissent bien la figure ducallercette personne qui est sur scène à côté des musiciens et qui passe son temps à annoncer aux danseurs les figures qu’ils doivent effectuer. Pour faire très simple, le commandeur martiniquais est à la Haute Taille ce que le caller est au set carré québécois. L’orchestre qui fournit le support musical à la Haute Taille est traditionnellement composé d’un élément harmonique et deux éléments rythmiques. L’élément harmonique est un accordéon (d’après les différents chercheurs rencontrés, cet élément harmonique était avant l’accordéon, un violon). Les éléments rythmiques sont untambour di baset uncha-cha(cylindre en bois qui donne un son proche de celui des maracas).L’homme qui joue du tambour di bas, chante des refrains, annonce toutes les figures des différentes contredanses : c’est le commandeur. Où se trouve l’analogie avec la Haute-Bretagne ? Il est vrai, en effet, que jamais de mémoire d’informateurs, une personne comme lecallerou lecommandeurne semble avoir existé en Haute-Bretagne. Cependant, si l’analogie ne porte pas sur la personne, elle existe sur l’action et le savoir faire. En effet, toutes les enquêtes et les collectes réalisées auprès de sonneurs et de gavotteurs de Haute-Bretagne concordent. Dans la grande majorité des cas, ces musiciens et chanteurs ordonnent les danseurs, annoncent les figures des contredanses qu’ils jouent et parfois chantent des petits refrains et des quatrains. Nos musiciens traditionnels gallos passeraient aux yeux des danseurs martiniquais comme d’excellents commandeurs. On retrouve ainsi, dans l’art de chanter, d’annoncer les figures, d’ordonner les danseurs, que possèdent les commandeurs de Haute Taille et les musiciens ou gavotteurs de Haute-Bretagne des constantes qui semblent êtreprésentes dans d’autres traditions (le quadrille en Guadeloupe, le quadrille aux Seychelles…). Intérêts de tels échanges Outre l’intérêt de découvrir d’autres cultures traditionnelles, de telles rencontres et de telles études comparatives permettent de mieux comprendre les processus de genèse de nos propres répertoires dansés. C’est vrai notamment pour la compréhension de la nature des répertoires originels, des périodes d’adoption, des modes de folklorisation. Tous ces éléments sont particulièrement difficiles à comprendre lorsque les collectes n’ont pas été réalisées de façon complète. Elles permettent également de guider la recherche de type historique. Un jour peut être, verront le jour des rencontres un peu plus suivies entreles différentes cultures traditionnelles qui connaissent des formes d’Avant Deux. Celles-ci permettraient notamment de mieux comprendre l’origine et les genèses de ces répertoires. Marc Clérivet