Des animaux pas si bêtes
3 pages
Français
Cet ouvrage peut être téléchargé gratuitement aux formats PDF et ZIP

Description

Des animaux pas si bêtes Si dans l'Antiquité les animaux étaient souvent vénérés, il y a belle lurette que ce n'est plus le cas, l'homme ayant la fâcheuse tendance à se croire bien supérieur à eux. Certains philosophes, tels Descartes avec l'Animal- m a c h i n e , et Malebranche, ont ainsi décrété que l'animal n'avait pas de conscience, était dénué de pensée et ignorait la douleur. Cette vision pour le moins réductrice a fait que l'animal a longtemps été considéré comme un simple produit de consommation. Il faudra attendre les années 1970 pour que le regard des scientifiques sur les animaux change. Grâce à l'éthologie, science étudiant le comportement animal, il a été démontré qu'il existe bel et bien des intelligences individuelles et des « cultures » animales avec notamment l'utilisation d'outils et la transmission de savoir-faire. Ainsi, chez les éléphants, la matriarche mène son troupeau aux sources non desséchées; les dauphins aident l'un des leurs incapable de remonter à la surface; les corbeaux appellent leurs congénères à la rescousse pour venir à bout d'une carcasse. Une adresse qui n'en finit pas de nous surprendre Aujourd'hui, la multiplication des observations jette des ponts entre les intelligences animale et humaine, montrant qu'il existe des similitudes entre elles. L'homme a longtemps cru être le seul à utiliser des outils. Il avait tort.Denombreux animaux y ont également recours et les adaptent pour explorer, chasser et même se protéger.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 24 janvier 2012
Nombre de lectures 12
Langue Français
Des animaux pas si bêtes

Si dans l'Antiquité les animaux étaient souvent vénérés, il y a belle lurette que ce n'est plus le cas, l'homme ayant la fâcheuse tendance à se croire bien supérieur à eux. Certains philosophes, tels Descartes avec l'Animal- machine, et Malebranche, ont ainsi décrété que l'animal n'avait pas de conscience, était dénué de pensée et ignorait la douleur. Cette vision pour le moins réductrice a fait que l'animal a longtemps été considéré comme un simple produit de consommation.

Il faudra attendre les années 1970 pour que le regard des scientifiques sur les animaux change. Grâce à l'éthologie, science étudiant le comportement animal, il a été démontré qu'il existe bel et bien des intelligences individuelles et des « cultures » animales avec notamment l'utilisation d'outils et la transmission de savoir-faire. Ainsi, chez les éléphants, la matriarche mène son troupeau aux sources non desséchées; les dauphins aident l'un des leurs incapable de remonter à la surface; les corbeaux appellent leurs congénères à la rescousse pour venir à bout d'une carcasse.

Une adresse qui n'en finit pas de nous surprendre

Aujourd'hui, la multiplication des observations jette des ponts entre les intelligences animale et humaine, montrant qu'il existe des similitudes entre elles. L'homme a longtemps cru être le seul à utiliser des outils. Il avait tort.Denombreux animaux y ont également recours et les adaptent pour explorer, chasser et même se protéger. Dès1960, Jane Goodall, célèbre primatologue, observa des chimpanzés ramasser des petits rameaux et les dépouiller de leurs feuilles pour les utiliser comme instrument. Autrement dit, les animaux sont non seulement capables d'utiliser des outils, mais ils savent aussi les fabriquer! Une simple tige, une brindille ou une épine sont sans doute les outils les plus utilisés dans le monde animal. Ainsi, le pinson-pic de Galápagos s'en sert pour extraire des insectes de l'écorce des arbres. Il tient sa pique dans son bec pour déloger sa proie et peut la transpercer pour mieux l'extraire. Les feuilles sont froissées par lesmandrills pour extraire l'eau du creux des troncs d'arbres. Plus fort encore, ils y roulent des chrysalides afin de les débarrasser de leurs poils urticants avant de s'en délecter. Un orang-outan a été observé se protégeant lesmains et les pieds à l'aide de feuilles alors qu'il fourrageait dans un arbre épineux. D'autres encore ont été surpris en train d'en faire des porte-voix! Le marteau est un autre instrument fort utile. Certains vautours sélectionnent soigneusement une pierre pour casser les oeufs d'autruche. La loutre de Californie flottant sur le dos maintient une pierre plate en équilibre sur son ventre et y frappe les coquillages jusqu'à leur ouverture. Une adresse qui n'en finit pas de noussurprendre, comme ce gorille qui sonde l'eau pour s'assurer qu'il aura piedpendant toute la traversée du gué. Certains oiseaux à berceau, construisant des nids uniquement pour séduire leur femelle, appliquent de la peinture faite à partir de fruits écrasés avec en guise de pinceau un morceau d'écorce.

Et si la vraie humanité passait par la reconnaissance

« L'union fait la force », voici un adage bien connu de nombreuses espèces animales. Par exemple, lorsque les chimpanzés de la forêt Taï (la plus grande forêt tropicale de l'Afrique de l'Ouest) partent en chasse, l'un deux lance un appel caractéristique donnant le signal du départ. S'en suit la répartition des rôles: un premier groupe entraîne la proie vers l'avant, un deuxième essaie de la saisir, un troisième l'empêche de s'échapper et le dernier attend, dissimulé, pour bondir dessus.

La loutre de mer va chercher une pierre au fond de l'eau et s'en sert comme d'un enclume pour ouvrir les moules dont elle se nourrit. Sur ces trois photos une femelle gorille utilisant un outil ici un bâton pour se stabiliser dans une zone marécageuse afin de ramasser de sa main libre des herbes aquatiques. Une comparaison du cerveau de différents mammifères

Que ce soit pour s'entraider, porter secours à un congénère, ou au contraire lui prendre sa place au sommetdela hiérarchieennouant des alliances, les animaux sont pleins de ressources. C'est ainsi que des chercheurs ont été témoins d'une « réconciliation » entre deux mâles chimpanzés. Suite à une bagarre, chacunrestait dans son coin... jusqu'à ce que l'un d'eux décide de saisir la main de soncompagnond'enclos en signe de paix. Les deux singes, réconciliés, se sont alors embrassés. Chez les animaux où la cohésion du groupe est une des conditions de sa survie, ces scènes ne sont pas rares et mêmes fréquentes au sein des sociétés de hyènes, bonobos ou dauphins afin d'apaiser les tensions. Les chercheurs ont même réussi à prouver que les macaques pouvaient fairepreuvede compassion lors d'une expérience où l'obtention de nourriture était indissociable d'une douleur pour un congénère. Certains ont refusé jusqu'à douze jours la nourriture par compassion, sentiment souvent estimé réservé à notre seule espèce.

Et si la vraiehumanité passait par la reconnaissance, le respect et la protection des autres maillons du vivant?

Un cerveau social

V ivre en société développe une plus grande intelligence. Plus le groupe est complexe, plus les individus qui le composent doivent tenir compte du comportement de l'autre pour interagir avec lui. Ainsi, si l'un d'eux invente une nouvelle tactique, les autres peuvent l'imiter, contribuant au développement du groupe tout entier. Une jeune femelle macaque, à qui on avait donné des pommes de terre, s'est mise à les laver dans l'eau de mer avant de les consommer. Non seulement cette technique élimine le sable, mais donne en plus un goût. Les jeunes du groupe l'ont vite imitée, tirant tout le bénéfice de son expérience. Puis ce sont les adultes qui se sont convertis. Maintenant, tous les membres de ce groupe appliquent cette technique, les plus anciens l'enseignant aux plus jeunes.

Le degré d'intelligence des dauphins est un des grands sujets de recherche actuelle. Il semblerait que le Q.E. quotient d'encéphalisation, c'est-à-dire le rapport entre le volume du cerveau et celui de l'ensemble du corps, chez le grand dauphin soit de 5,7 chez le globicéphale noir. Par comparaison, chez l'hommele Q. E. atteint 7, 5, chezle chimpanzé 2, 5 et chezledauphin de rivière 1,5. Les exemples d'utilisations d'outils chez les primates sont nombreux. Un des plus célèbres est l'utilisation courante par le chimpanzé en contexte naturel, de différents objets pour réussir à se procurer de la nourriture. En Afrique, certains comportements observés au sein de différents groupes de chimpanzés sont propres à ces groupes. Les chimpanzés d'Afrique de l'ouest utilisent des pierres et des branches pour casser les noix. Et ceci est essentiel pour eux. Cette technique n'est par contre utilisée ni par les chimpanzés d'Afrique de l'est, ni -ce qui est plus intéressant encore- par ceux d'Afrique de l'ouest qui vivent sur la rive est d'une grande rivière. Certaines femelles grimpent même dans les arbres avec des marteaux improvisés pour ne pas avoir à monter et descendre.

LA CONSCIENCE DE SOI

L 'homme s'est longtemps cru supérieur à l'animal tout simplement parce qu'il a une conscience de soi en tant qu'individu. Jusqu'à ce que Gordon Gallup, psychologue, ne s'interroge dans les années 70 devant son miroir sur sa propre aptitude à comprendre que le reflet n'était que lui-même. Cette aptitude existe-elle aussi chez les animaux? Pour en avoir le coeur net, il mit au point le test du miroir. Le chimpanzé fut la première espèce à le tester. L'expérience consistait à habituer l'animal à la présence du miroir et du reflet. Étonnés au départ, les chimpanzés en ont cherché un autre derrière la glace, puis très vite, ont compris qu'il s'agissait d'eux et l'ont utilisé pour examiner des parties de leur corps auxquelles ils n'avaient pas facilement accès, comme l'intérieur des cuisses, avant de jouer avec le reflet en tirant la langue ! Cette étape franchie, les scientifiques ont compliqué l'exercice. Ils ont endormi des singes pour leur placer une marque colorée non odorante sur le corps, qui ne pouvait être vue que grâce au miroir. Au réveil, en s'y regardant, les chimpanzés ont immédiatement touché l'emplacement de la tâche et reniflé leurs doigts pour déterminer ce qui était sur leur tête. Déduction? Ils ont conscience de leur propre corps et ne se laissent pas duper par le miroir.