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L' EDITORIAL … Des sources qui coulent à flots

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L' EDITORIAL … Des sources qui coulent à flots

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L’ EDITORIAL … Chercheur, collecteur, enquêteur… la représentation mythique du journaliste, construite tout au long du XX ème siècle, perdure dans les esprits. Au cœur du métier se trouvait jadis la collecte d’informations et le journaliste avait volontiers, au regard de la société, un profil de « chasseur ». Sorte de héros épique, il combinait ardeur du globe-trotteur et talent du grand écrivain. Aujourd’hui encore, le métier apparaît souvent sous les mêmes traits, au travers des mêmes grandes figures. Et, l’image du reporter, il faut l’avouer, supplante toutes les autres quand il s’agit de donner une représentation de la profession. Seulement, les supports de presse écrite, les exigences et les conditions de travail ont sensiblement évolué, ces dernières années. Et, avec elles, le métier de journaliste. Des sources à l’article fraîchement sorti des rotatives, l’information emprunte désormais un dédale de canaux, qui se sont multipliés de façon exponentielle. Et, la matière brute, préalable au travail journalistique, arrive à haut débit dans les rédactions. Face à ce flot d’informations, des rédacteurs en chef, des journalistes et des secrétaires de rédaction ont une mission quotidienne : livrer en temps et en heure des journaux de qualité. La contrainte est d’autant plus forte que, dans la presse quotidienne, régionale ou nationale, la fréquence de parution impose sa loi. Ces contraintes de différents ordres ne peuvent aller sans une refonte, de l’intérieur, du métier lui-même, ni sans l’examen de certaines questions cruciales. Il paraît dès lors essentiel de se demander dans quelle mesure et sous quelles conditions l’afflux et la diversification des sources de l’information influent sur les pratiques de la presse quotidienne. Remontons donc ensemble le cours tumultueux des sources, arrêtons-nous sur leurs impacts avant d’examiner les ressources dont dispose le journaliste pour demeurer acteur de sa profession. Des sources qui coulent à flots  A- Diversité et abondance des sources 1 a) Un dédale de canaux Les rédactions étaient alimentées à l’origine par les canaux plus « traditionnels » que sont le courrier et le téléphone. Le fax a accéléré le flux. Le web l’a précipité. Désormais, les canaux se ramifient en un éventail large. Or, le poids du journal reste le même : même nombre de rubriques, même nombre ou quasiment de signes utilisés….La tension se fait donc plus vive entre le volume d’éléments d’information « entrant » et l’ état de l’information « sortante », délivrée par les rotatives. Gérard Royer, ancien rédacteur en chef adjoint de Presse-Océan, a été le témoin de cette évolution à pas de géant. « En quelques six ans, quand j’étais à la rédaction de Presse-Océan, j’ai vu d’abord le rythme des fax s’accélérer de façon phénoménale. Et puis ensuite, le rythme des mails. C’est colossal !  », s’étonne-t-il encore. Le dédale des canaux est à l’image des sources : étendu et varié. b) quelles sources… au quotidien ? Les journaux, nationaux ou régionaux, se façonnent à partir de sources d’information plurielles. Autant de pages et de rubriques, autant de papiers naissant d’ une déclinaison de sources bien connues. Les journalistes, qu’ils soient localiers ou correspondants, viennent d’abord nourrir, jour après jour, le quotidien pour lequel ils travaillent. Le travail d’investigation passe souvent pour la première des sources. Autre vecteur primordial : les agences de presse avec l’incontournable AFP. Le « fil », défilement continu des dépêches, injecte sans interruption sa dose d’information sur les Macintosh. Dossiers, communiqués et conférences de presse livrent enfin aux journalistes le magma du « nouveau ». Du moins, c’est ce concept de nouveau qui intéresse la profession : rupture dans le cours habituel de la vie, il mérite donc, si nouveauté et intérêt il y a, un traitement journalistique. c) des productions polymorphes Les canaux et les sources, on l’a vu, se multiplient ;les éléments d’information transmis revêtent également des formes diverses. La matière brute se fait volontiers polymorphe : elle peut aussi bien offrir les traits du dossier conséquent que celui du matériau oral, émis lors de conférences de presse. Les communiqués, eux-mêmes, arrivent squelettiques, minces ou bien en chair. Quant aux dépêches, elles adoptent aussi une forme plus ou moins condensée sur les écrans. De la simple ligne au texte de deux feuillets déjà très structuré, elle offre, à celui qui la reçoit, des niveaux de traitement très hétérogènes. A l’œil nu, le défilement des dépêches peut ainsi paraître plus ou moins hermétique, en fonction de l’option sélectionnée. L’Agence France Presse permet, en effet, de choisir le format des dépêches. Le mot « dépêches » reste souvent associé, dans l’esprit du néophyte, à l’idée de brièveté. Le journaliste, a contrario, sait qu’il peut exploiter une gamme de formes étendue. Courte, moyenne ou développée sera la dépêche, selon les besoins du rédacteur. Courte, elle se limite à quelques mots-clefs. Moyenne, elle est proche du feuillet. Développée, la dépêche peut aller jusqu’à prendre la taille de l’enquête. 2 B- Des flux à plusieurs vitesses Les flux d’information arrivent dans les rédactions avec un débit à deux vitesses. Le résultat de démarches différentes dues elle-mêmes à des sources aux fonctionnements différents. Certaines sources correspondent au travail d’enquête de la part des journalistes. D’autres sources, « volontaires » et insistantes, réclament de leur propre initiative un traitement journalistique. a. Du journaliste vers les sources : C’est dans l’essence même, théoriquement, du métier de journaliste que d’aller enquêter, rechercher, débusquer, collecter…C’est dans sa définition même que de rassembler la matière nécessaire à l’écriture d’articles. Seulement, ce flux d’informations recueillies, à l’extérieur des rédactions, est un flux irrégulier en fonction du support, de sa fréquence, de ses moyens. Comme nous l’évoquerons, plus avant dans ce document, l’investigation est parfois devenue une denrée rare ou, du moins, rencontre sur son chemin de plus en plus d’obstacles. b. Des sources vers le journaliste Un autre flux d’informations, continu et abondant celui-là, arrive directement au cœur des rédactions. A l’origine de ces textes, plus ou moins développés, inondant les canaux, se trouvent des sources actives et volontaires. Entreprises, institutions et collectivités livrent ainsi efficacement leurs messages …à domicile ! S’il n’y prend garde, le journaliste n’a plus qu’à « consommer » sur place, à l’intérieur de la rédaction … De l’existence ces flux à deux vitesses naît une tentation : répondre au rythme élevé de production du quotidien en recourant aux sources les plus présentes, les plus à portée de plume…Une tentation à laquelle une frange de journalistes essaie, quand les moyens le lui permettent, de résister. C- Agence France Presse « sacralisée » La parution de quotidiens et l’élaboration de certaines rubriques ne tiennent parfois « qu’à un fil », celui de l’ AFP. Ainsi, Patrice Guillier, rédacteur en chef adjoint du Courrier de l’Ouest, journal appartenant au groupe de la Socpresse, évoque la place prépondérante de l’ agence dans le processus de fabrication : « On n’est abonnés qu’à une seule agence, c’est l’AFP. Pour des raisons économiques, on ne fonctionne plus qu’avec elle. C’est quand 3 même la troisième ou quatrième agence mondiale donc ça couvre pas mal nos besoins. » Il précise aussi les besoins des quotidiens dont il s’occupe : «  En moyenne, on a 2 pages et demie d’informations générales chaque jour qui paraissent dans les trois titres Le Courrier de l’Ouest, Le Maine Libre et Presse-Océan. Ces pages-là sont faites ici pour tout le monde. Et, on les fait avec l’AFP. » Un recours à l’AFP est donc récurrent dans les pratiques. Mais, quel fonctionnement est celui de l’agence et surtout, quelles en sont ses limites ? a. Un fonctionnement bien huilé Les mécanismes et les moyens dont dispose « l’agence », comme la nomment les journalistes, sont colossaux. 1100 agenciers, à pied d’oeuvre chaque jour. Un million de mots produits en pas moins de 6 langues. 12 500 clients. Et des qualités que tous ou presque lui rattachent. « Fiabilité et rapidité sont nos maîtres-mots » , assure ainsi Michel Cariou, responsable du bureau de l’AFP à Rennes. Le fonctionnement, assuré par ceux que le Centre National de Documentation Pédagogique désigne comme « les vaillants soldats des médias » (1), paraît bien rodé. Investigation sans relâche, rédaction de dépêches sur place, envoi par ordinateur portable, confrontation à l’agence de Londres puis diffusion aux médias mondiaux. C’est sans doute la raison pour laquelle l’ AFP a, aujourd’hui, cette notoriété : une figure d’idole, au monde des sources. Seulement, la croyance en cette manne connaît quelques failles et certains s’emploient à en souligner les limites. b. Agencier et journaliste : des clones ? L’agencier fait donc figure, dans le monde des médias, de sorte de journaliste nec plus ultra. La conception que la plupart s’en font le place au plus proche de la source d’information originelle ou font de lui cette source première. Ainsi, la propension d’investigation apparaîtrait dès lors comme un trait discriminant entre l’agencier et le journaliste, le premier s’y livrant totalement tandis que le second, on le verra, se trouve limité dans ses démarches d’enquête. Or, la réalité est souvent autre et la remontée vers l’identification des sources vertigineuse. Les journalistes des quotidiens s’approvisionnent, pour une partie, au « fil » alimenté par des agenciers, eux-mêmes soumis à d‘autres sources et contraints, dans leur démarche, par les exigences des clients. Erik Neveu redéfinit ainsi le cadre d’action de l’agencier. Selon lui, « il devient aussi de plus en plus un journaliste subordonné à une forme de sur-mesure dans les commandes de ses collègues clients. Un correspondant de Reuter fut ainsi contraint de produire trente-huit dépêches distinctes lors d’une journée de siège de Sarajevo pour répondre aux demandes des abonnés, au détriment de sa disponibilité à collecter l’information. » (2) En marge du rythme de la PQR ou de la PQN, les journalistes de la presse magazine posent également sur les agenciers, peut-être parce qu’ils en sont moins dépendants, un œil sans complaisance. Interrogé ainsi sur les différences entre les journalistes de quotidiens ou d’hebdomadaires et les agenciers, François Koch, travaillant au service France pour l’Express, répond : « A mon avis, l'agencier traite l'info en urgence, la survole... et gère énormément d'infos institutionnelles comme des communiqués, des déclarations... » 4 (1) vidéocassette  Les dessous des médias (4), CNDP/La Cinquième, 1999Alors qu’on croyait toucher aux sources premières, on découvre donc que l’agencier, tout ( 2) Erik Neveu, Sociologie du journalisme, La Découverte, 2001 comme le journaliste de presse quotidienne, se trouve aux prises avec un volume important de documents institutionnels. Alors qu’on imaginait une Agence France Presse vierge de tout info, avant que les correspondants n’effectuent leur travail terrain, on entrevoit une rédaction submergée elle aussi a priori par des flux d’informations « entrant ». Le journaliste pense avoir recours à une source puisée au cœur du terrain par l’agencier. Il reçoit parfois les échos d’une source institutionnelle relayée par l’AFP. c. Les limites Certes, l’ AFP est devenu une sorte de monstre sacré, dans le paysage médiatique mondial et, la plupart du temps, à juste titre. Il n’en reste pas moins que l’ Agence présente, comme toute autre agence d’information, des fragilités. Au niveau de la couverture, tout d’abord. Emmanuel Guimard, journaliste à l’API, agence nantaise de presse indépendante, spécialisée dans l'information économique, le dit lui- même : « L’AFP a ses limites : elle est loin d’être exhaustive. Dans certains champs comme l’économie ou la culture, la fourniture en dépêches est lacunaire » . Et d’expliquer : « Tous les matins, le correspondant de l’AFP lit la PQR. Face à une équipe pléthorique d’un journal quotidien régional, il est souvent isolé. Difficile de recueillir des infos à lui tout seul sur une zone élargie. Les agenciers travaillent donc avec les journalistes de PQR. Il y a nourriture réciproque. » Une nourriture réciproque souvent ignorée par ceux qui placent l’AFP sur un piédestal. Pour Emmanuel Guimard, les faiblesses résident aussi à d’autres niveaux. L’irrégularité en est une. « L’AFP ne couvre pas d’une manière continue l’information économique, explique-t-il. Celle-ci arrive par à coups en fonction des communiqués fournis par les entreprises et de la communication plus ou moins efficace de ces dernières. » Or, l’agence qui l’emploie connaît un rythme semblable aux journaux régionaux ou nationaux : API publie en effet deux lettres, l’une quotidienne et l’autre hebdomadaire. Qu’importe, cette irrégularité de l’AFP devient alors moteur d’investigation. Le journaliste montre aussi du doigt ce qu’il nomme l’ « effet volume » : « l’AFP est parfois le champion du « copier/coller ». Elle fournit des dépêches successives qui reprennent le contenu remanié de dépêches antérieures sans qu’il y ait forcément de valeur ajoutée. » Ultime « faille », déjà notée au travers du portrait de l’agencier : la passerelle existante avec le monde de la communication. Et, le journaliste de API de souligner ce dernier point : « Pour ce qui est de l’AFP, l’information est de qualité mais ils prennent ce qu’il y a d’apparent. Une société qui communique bien a des chances d’être répercutée. » Juste le sommet de l’iceberg, en somme. 5 d. Timisoara ou l’ère du soupçon Timisoara a sonné le glas, en quelque sorte, d’une certaine représentation du journaliste. Celle qui le montrait collectant et vérifiant les informations sur le terrain. Timisoara, c’est aussi le début de la suspicion à l’égard de l’AFP. Pour la première fois, les rédactions se mettent à douter de leurs sources. L’ AFP, stéthoscope jusqu’alors précieux des battements de la planète, n’est-il pas devenu, en cette occasion, un gigantesque miroir déformant ? Revenons un bref instant sur les faits. 1989 : la dictature de Ceaucescu agonise. Une poignée de journalistes est guidée jusqu’à un charnier censé illustrer la portée des atrocités sous le régime. La rumeur enfle : des exécutions auraient été commises à grande échelle. Alors que les témoins recensent « seulement » une vingtaine de dépouilles, télévision et fil de l’agence relaient, véhiculent et amplifient le bruit de « milliers de morts ». Un bruit évoqué par les opposants au régime du dictateur déchu. En réalité, il s’agit d’une macabre mise en scène : un faux charnier pour dénoncer les autres bien réels, ailleurs dans le pays. Pour le monde médiatique, les symboles de vérité, à savoir les dépêches AFP et les images, sont ébranlés. La prise de conscience est là : celle d’ une distanciation nécessaire aux sources. Le rapport aux sources en question  Distanciation ne signifie pas pour autant renoncement. D’où la question du rapport aux sources : pourquoi s’ouvrir tant aux sources autres que celle de l’investigation ? Quels impacts sur le journalisme résultent de cette pratique ? A- Raisons du recours aux sources « entrantes »  Par sources « entrantes », il faut entendre l’ensemble des éléments d’information qui parviennent jusqu’aux journalistes, sans que ceux-ci les aient sollicités personnellement. Ce sont, pour résumer ainsi, toutes les sources d’information qui ne sont pas de l’enquête « pure ». Elles recouvrent les communiqués de presse, les dossiers, les conférences de presse, les déclarations officielles et, dans une certaine mesure, les dépêches. Ces dernières font partie des sources « entrantes » même si leur arrivée résulte, il est vrai, d’un abonnement pris par les rédactions. Examinons à présent les raisons qui incitent journalistes et rédactions à leur faire la part belle. a) contrainte temporelle 6 Journalistes, jour, journal : jamais la récurrence du mot « jour » n’a pesé autant qu’aujourd’hui. Le professionnel des quotidiens est engagé, chaque jour, dans une course plus rapide. Tous se l’accordent à dire, depuis que la transmission des données se fait par informatique, la vitesse de travail s’est sensiblement accélérée. Et, la pression est d’autant plus grande que d’autres médias, télévision et radio en tête, sont aptes à donner l’information en « temps réel ». La notion d’information glisse désormais vers la couverture de faits en train de se dérouler. L’investigation devenant délicate, dans un laps temporel de plus en plus resserré, la tentation est grande de happer au passage les sources qui s’offrent aux journalistes. A cettes’ajoute la difficulté, pour eux, de sélectionner l’info dans un volume de sources à haut débit, de la traiter tout en prenant de la hauteur. Pour les professionnels de supports à fréquence moins élevée, hebdomadaires, mensuels, cette dépendance aux sources « entrantes » est moindre. François Koch explicite ainsi son rapport aux dépêches : «  Je ne consulte les dépêches qu'en cas de besoin et les besoins sont rares. Je m' y intéresse, quand, par exemple, je traite d’un évènement de l'actualité. En général, je traite plutôt de sujets magazines.... Aucune dépêche d'agence ne m'a jamais apporté d'aide importante en investigation ! Et d’ailleurs, je n'en utilise quasiment pas. » Seulement, dans un quotidien, les journalistes participent à l’infini à l’une des courses les plus ardues, le « 24 heures du Sens » b) dépendance économique A la contrainte temporelle s’ajoute évidemment le jougs économique. Des facteurs responsables de tiraillements et de dilemmes, au cœur même du métier. Il existe, en effet, une tension inhérente au champ journalistique. D’une part, la presse lutte pour sa liberté de production face aux pouvoirs sociaux ; de l’autre, les rédactions laissent pénétrer les discours d’institution. Et, une prise de distance par rapport aux sources ne va pas sans une diminution des profits. L’indépendance du travail journalistique est ainsi fragilisée, et par la concurrence entre médias, et par la montée des impératifs commerciaux au sein des groupes de presse. c) Des sources au fait du journalisme Ceux qui font parvenir des éléments d’information à la presse maîtrisent les canaux, les voies et ont une connaissance pointue des pratiques journalistiques. Ils travaillent même à répondre précisément aux besoins des journalistes. Les dépêches étoffées adoptent à présent la construction canonique à savoir la forme en pyramide inversée. Au journaliste alors de procéder à des modifications plus ou moins importantes sur un support à la construction solide. Les documents envoyés par les communicants sont pensés, de même, avec un soin tout particulier. Il faut dire que le journaliste en entreprise a bien souvent exercé, ou exerce toujours, le métier de journaliste en presse écrite. Il est donc parfaitement au fait des pratiques 7 et s’emploie à adresser aux rédactions des éléments d’information quasiment « Prêts à Diffuser ». Face à cette entreprise de « grande séduction », les journalistes cherchent les moyens de résister à la vague des « tout prêts ». d) Des sources au contact La question de la distance géographique aux sources se pose également et ce, plus spécifiquement pour les localiers ou correspondants de presse. Le localier d’un quotidien entretient en effet un rapport de proximité avec ses sources et ses lecteurs. Une pression s’exerce alors sur lui de manière subtile puisqu’il construit des liens serrés avec le territoire de même que le territoire construit des liens serrés avec lui. Il n’est pas rare que les secrétaires de mairie contactent les journalistes pour leur indiquer des RDV où les politiques se rendront eux-mêmes. Autre aspect de la relation aux sources sur le terrain : les sources se convertissent aussi rapidement en lecteurs mais surtout, en évaluateurs de la fidélité de l’article à leurs propos. La relation de confiance se tisse au fur et à mesure ; la relation de dépendance aussi. e) recherche de légitimité et de fiabilité Depuis Timisoara et d’autres scandales, le doute s’est insinué. Le baromètre des médias l’indique maintenant régulièrement : la confiance du lectorat n’est plus là. Voici quelques résultats extraits du baromètre La Croix-Télérama de 2002, qui illustrent cette tendance : Question : Croyez-vous que les journalistes sont indépendants, c’est-à-dire qu’ils résistent aux pressions des partis politiques et du pouvoir ? - Et aux pressions de l’argent ?   Aux pressions des Aux pressions departis politiques et l’argentdu pouvoir - Oui, ils en sont indépendants 33 30 - Non, ils n’en sont pas indépendants 55 54 - Sans opinion 12 16 D’où l’importance pour les journalistes de retrouver une fiabilité des sources et, par là même, davantage de légitimité aux yeux du lectorat. Avoir recours à des reconnues, comme l’AFP, malgré quelques « dérapages », permet de redonner davantage de crédit. La prise de risque se fait certes moindre puisque le papier tend à se caler sur la source et donc à répondre à des attentes plus cernées. François Ruffin dénonce, quant à lui, ce qu’il appelle une lente « déresponsabilisation de l’écriture »(1) B- Sources qui affluent, sources qui influent : les impacts (1) François Ruffin, Les petits soldats du journalisme, Les arènes, 2003 8 a) Sur les pratiques journalistiques  vitesse de travail accrue Comme on l’a vu précédemment, depuis que la transmission des données se fait par informatique, la vitesse de travail s’est sensiblement accélérée. Les contraintes temporelles incitent alors à une « adaptation » des pratiques journalistiques. Quand la surcharge de travail se fait particulièrement pressante voire oppressante, des solutions d’urgence, pas les plus professionnelles parfois, sont à disposition : procéder à de la réécriture informatique de communiqués, avoir recours aux précédents ou aux analogies pour éclairer le nouveau…  un journalisme « assis » Les évolutions du métier ont conduit, second effet, à distinguer un journalisme dit « assis » d’ un journalisme debout. Le journalisme assis désigne un journalisme plus orienté vers le traitement ( mise en forme des textes d’autrui, genre éditorial ou commentaire) d’une information qu’il n’a pas collectée lui-même. Cette terminologie correspond imparfaitement à la notion anglaise de « processor ». Le journalisme debout se réfère à une pratique orientée vers la collecte de l’information sur le terrain (reportage, enquête). La notion anglaise de « gatherer » s’en rapproche. La conquête du terrain, par les sources extérieures au travail du journaliste, a des répercussions nettes. Le déclin du journalisme debout est l’une d’entre elles. Erik Neveu le constate lui-même : « La montée des flux d’information produits par les sources, l’offre d’un véritable « sur mesure » rédactionnel par les agences de presse constituent aussi des données qui exercent une pression générale vers un journalisme plus « assis ». (1) Florence Aubenas et Miguel Benasayag vont plus loin et portent un regard, qu’on peut qualifier de radical, sur l’investigation même : « Le journaliste « découvre » rarement. ( 1) Erik Neveu, Sociologie du journalisme, La Découverte, 2001 Dans le meilleur des cas, il trouve, et dans le pire, il trouve ce qu’il cherche. » (1)  des « metteurs en texte » : La rhétorique antique organisait l’élaboration d’un discours autour de trois phases : inventio, dispositio et elocutio. La première étape consistait à collecter les matériaux, idées, arguments. La seconde à orchestrer le tout, comme on élabore un plan, tandis que la dernière visait à travailler le style. Si on transpose cette classification aux pratiques journalistiques, force est de constater que la mise en forme a pris le pas sur la collecte d’informations. Et, devant l’afflux des sources, le métier se scinde aujourd’hui de plus en plus en deux orientations. Il y a d’ailleurs parfois un monde entre le journaliste de terrain et celui qui écrit dans son bureau. investigation ou mise en scène de l’information : les positionnements face au métier se 9 marquent, s’affirment. Et, le grand écart se fait entre ceux qui ont le goût de l’investigation et ceux qui s’occupent de mettre en scène l’information dont ils disposent. Cette séparation des tâches ne recouvre en rien des oppositions de valeur comme actif/passif, curieux/ paresseux. Patrice Guillier, rédacteur en chef adjoint au Courrier de l’Ouest, insiste beaucoup sur ce point. Les journalistes, qui travaillent pour les informations générales, en pages France et en pages Monde, l’ont choisi. Ils pratiquent exclusivement en interne, ont le goût des montages éclairants de textes et aspirent à prendre du recul, à acquérir une distanciation critique vis-à-vis de la substance informationnelle. Le cadre choisi leur permet de parfaire les techniques d’écriture et de développer plus avant encore leur sens de l’analyse. Ils échappent alors apparemment à la proximité asséchante des sources, pour ce qui est de la réflexion. b) sur les contenus(1) Florence Aubenas et Miguel Benasayag, La fabrication de l’information, La Découverte, 1999  circulation circulaire de l’information Au sein des rédactions se pratique ce que certains nomment « l’intertextualité médiatique » . En fait, il s’agit pour les journalistes de rester en permanence au plus proche de l’info, quitte à s’imprégner de la matière émise par d’autres médias. Les échos de l’information se répercutent alors de manière vertigineuse comme si les médias formaient ensemble un même chœur. Cette inquiétude implicite de ne pas couvrir ce que le collègue/concurrent couvre déjà pousse au questionnement : ne favorise-t-on pas ainsi une diminution du champ des sujets reconnus dignes d’être traités ? N’entre-t-on pas de plain-pied dans ce que François Ruffin désigne comme la « circulation circulaire de l’information »  ? Un huis-clos où tous les champs ne seraient pas traités…  une sélection arbitraire ? Le problème du choix des sujets se pose. Pas en ce qu’il est difficile, bien au contraire. Les organes de presse passent aisément les éléments d’information au même tamis. Le tri dans le flux des dépêches qui arrivent s’effectue ainsi avec rapidité et sans beaucoup d’hésitations ou de tergiversations, au sein des rédactions. Et, pourtant, quand on interroge les rédacteurs en chef ou les journalistes, rare sont ceux à énumérer précisément les critères de sélection retenus. Il semble que le flair né d’une longue expérience, 10
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