Les médias télévisuels : manipulation ou miroir social
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Publié le 11 janvier 2012
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Langue Français

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Les médias télévisuels : manipulation ou miroir social
   Introduction  Tout dabord, lapparition du canal de transmission télévisuel est la mise à jour de la conjonction de loralité et de limage, notamment dans les mœurs de la deuxième moitié du XXè Siècle (en effet, le support écrit – le journal par excellence – , puis la radio ont été les principaux moyens de communication en occident durant la première moitié du XXè siècle). La fascination pour limage nest pas quelque chose de nouveau, la religion en a été le produit car elle a rendu linvisible visible. Le problème est de savoir si limage est le monde de lillusion ou lillusion du monde. Pour G.Debord, dans « la société du spectacle », cest le parachèvement de lillusion du monde cest à dire que « le spectacle est la reconstruction matérielle de lillusion religieuse. » La technique spectaculaire et ses vecteurs ont relié les « nuages religieux » cest à dire lau-delà à une base terrestre ». Cela signifierait que « depuis que « dieu est mort » (Nietzsche), il semblerait que la nouvelle idole et, donc le transfert de divinité se situe dans le monde de limage. Et, pour preuve, la constante mise en scène médiatique dont se servent les diverses religions ou leurs représentants plus ou moins légitimes (du Pape à Ben Laden) pour communiquer auprès de leurs fidèles et du public. Feuerbach précise dans sa préface à la deuxième édition de lessence du christianisme : « Et sans doute notre temps…préfère limage à la chose, la copie à loriginal, la représentation à la réalité, lapparence à lêtre … . Ce qui est sacré pour lui, ce nest que lillusion, mais ce qui est profane, cest la vérité … ». Sans doute cela incite les individus à se laisser manipuler puisquils veulent céder à la tyrannie de lapparence et que « ce qui apparaît est bon et ce qui est bon apparaît »(G.Debord). Et cette façon positiviste de se présenter exige une acceptation passive de lapparence, obtenue de fait et indiscutable. Jean Baudrillard dans la société de consommation  explique que le « miracle de la T.V. est perpétuellement réalisé sans jamais cesser dêtre un miracle – cela par la grâce de la technique, qui efface pour la conscience du consommateur le principe même de réalité sociale, le long processus social de production qui
mène à la consommation des images. Si bien que le téléspectateur comme lindigène, vit lappropriation comme une captation sur un mode defficacité miraculeuse. » Il démontre que le comportement des indigènes considérés comme imaginaire nest pas différent de celui de lhomme moderne piégé par la technique.   Le monde social est un monde dabstraction dont les médias et ses représentations audiovisuelles sont la clé de voûte. Pour G.Debord « le spectacle nest pas un ensemble dimages mais un rapport social entre des personnes, médiatisées par des images. » En effet, quest-ce qui peut relier socialement les sous-sociétés ? La télévision nest-elle pas le lien entre le monde des ouvriers, celui du show business, celui des étudiants, celui des employés, celui des cadres, etc … ? Finalement, les images véhiculées par la technique du spectacle ne sont-elles pas « une vision du monde qui sest objectivée » ? Cest à dire que la diffusion abusive des images a probablement servi dinstrument dunification et a peut-être contribué à une homogénéisation sociale. « Dun côté tout ce qui est directement vécu sest éloigné », mais de lautre on sait mille fois plus de choses sur les « classes sociales » (milieux sociaux) et leur fonctionnement que lon pouvait en savoir au début du siècle, de même laccès culturel est beaucoup plus ouvert aux « masses » quil ne létait aussi au début du Siècle. Ce sont les arguments des ardents défenseurs du système dinformation actuel, or les clivages culturels sont plus forts que par le passé et prennent de plus en plus dimportance. Néanmoins la question est de savoir si le spectacle est le résultat et le projet du mode de production existant ? Pour G.Debord, il est la justification du « modèle présent de la vie socialement dominante, il est laffirmation omniprésente du choix déjà fait dans la production, et sa formation corollaire. ».Une société poussée par lappât du gain et non par la simple vie, pousse également le spectacle à se développer pour justifier ce mensonge. On ne produit plus des chaussures pour faire des chaussures, mais pour porter les mêmes que sur les affiches : « le conformisme absolu des pratiques sociales existantes auxquelles se trouvent à jamais identifiées toutes les possibilités humaines, na dautres limites extérieure que la crainte de retomber dans lanimalité sans forme. Ici, pour rester dans lhumain, les hommes doivent rester les mêmes. » La consommation dans la société du spectacle est une consommation qui passe par la valeur destime de lobjet et qui sous-tend de la singularité (par exemple la publicité sur les chaussures de marque Nike Reebok fait croire que lon est unique et original si on les porte…) sur une marchandise standard, de même que cette singularité favorise aussi une forme de « tribalisme » (le clan des baskets nike, adidas,
 
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…). Baudrillard parle dans « la  société de consommation »  dune consommation comme processus de signes distinctifs de reconnaissance, léchange des différences avalise lintégration du groupe. Le conformisme des années soixante était très propice à la situation décrite car lié au développement de la consommation, en ce sens la consommation procède dun code généralisé de valeurs différentielles, le signe distinctif apparaît comme « un système dintégration et de régulation ». Aujourdhui le signe distinctif intervient pour signifier la défiance vis à vis de tout code commun. Il n y pas d échange des différences, mais coexistence des différences dans une société morcelée, cest cette évolution et donc cette réinterprétation que Jean Baudrillard a expliqué dans léchange impossible en 1999. Baudrillard explique dans la société de consommation, que la consommation, comme nouveau mythe tribal , est devenue la morale de notre monde actuel : « Dans la logique des signes comme dans celle des symboles, les objets ne sont plus du tout liés à un besoin défini. »Lartifice supplante, ainsi, le besoin social : « la marchandise est là comme la rupture absolue dun développement organique des besoins sociaux. Son accumulation mécanique libère un artificiel illimité, devant lequel le désir vivant reste désarmé. La puissance cumulative dun artificiel indépendant entraîne partout la falsification de la vraie vie sociale. » ( La société du spectacle G. Debord). Pour ma part, je resterai plus nuancé, mais la question est de savoir si, par exemple, la critique artistique justifie le fait de ne pas contester le pouvoir car lart sest approprié ce droit à la place de tout un chacun. Or, le constat de G.Debord nest pas daujourdhui, Pascal à son époque avait déjà critiqué les mœurs aristocratiques et leur pratique excessive du divertissement comme refus daffronter les questions existentielles, Pascal ajoute quayant horreur du vide, lhomme se porte avec empressement vers tout ce qui len détourne. La critique économique qui établit que « la racine du spectacle est dans le terrain de léconomie devenue abondante, et cest de là que viennent les fruits qui tendent finalement à dominer le marché spectaculaire. » (G.Debord) est incontestable mais cela nest pas la raison essentielle, les médias sont aussi le reflet dune société éclatée et dindividus repliés sur eux-mêmes, lindividu narcissique décrit par Christopher Lasch en est un symptôme, mais nous y reviendrons plus tard, média et société se renvoient en miroir une vision éclatée du monde dont la télévision médium dominant accentue cette vision…, dautant plus que, lexplication des excès médiatiques par la dictature des marchés et de médias se justifie dans un certain sens par exemple les multinationales Françaises circonscrivent par exemple les goûts musicaux en laissant de moins en moins de place à la réussite de nouveaux artistes Français, elles fonctionnent comme un rouleau compresseur qui impose autoritairement des artistes qui
 
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lui semble commercialement rentable et ce dautant plus facilement que les goûts sont homogénéisés. Dans lédition le phénomène est semblable, des auteurs sont autoritairement imposés et leur promotion dans les différents grands quotidiens Français leurs sont assurées… . Pour G.Debord, le spectacle est le stade suprême qui a retourné le besoin contre la vie, « le Besoin de largent est donc le vrai besoin produit par léconomie politique, et le seul besoin quelle produit » (Manuscrits économico-philosophiques). ». Dans une société qui se caractérise par son vide, un vide nécessaire au fonctionnement social, « le spectacle est le moment où la marchandise est parvenue à loccupation totale de la vie sociale. » (G.Debord). Ce qui permet dessayer de combler ce vide, cest laccumulation de ses produits dont le spectacle (et la télévision en tant que légitimation) est le vecteur. Il faut voir le spectacle comme étant très bien représenté par TF1, M6, CNN, Télé7jours, les affiches 4 par 3 dans la rue, les émissions de télé-réalité, les slogans des pubs, etc… en fait partout où largent contrôle spectacle, partout où le spectacle est spécialisé, « le spectacle est le discours ininterrompu que lordre présent tient sur lui-même, son monologue élogieux ».   Mon analyse maintenant va se porter sur le passage de lindividualisme qui sest développé dune façon vertigineuse durant les « trente glorieuses » même sil existait déjà avant et, ce , depuis plusieurs siècles, au narcissisme. Et cette conquête vers le narcissisme na pu se faire quavec laide des médias, et, donc de la télévision. G.Debord explique que « la phase présente de loccupation totale de la vie sociale par les résultats accumulés de léconomie conduit à un glissement généralisé de lavoir au paraître, dont tout « avoir » effectif doit tirer son prestige immédiat et sa fonction dernière. ». Ceci peut se démontrer par exemple par la multiplicité des diverses chirurgies esthétiques, par ailleurs accessible soit à ceux qui en ont les moyens, soit à ceux qui économisent, pour avoir accès au monde de la télévision ou du cinéma … . Cela montre aussi « que toute réalité est devenue sociale, directement dépendante de la puissance sociale, façonnée par elle. En ceci seulement quelle nest pas, il lui est permis dapparaître. ». Tout ce que lon cumulera ou fera pour améliorer notre apparence ne sera que par rapport à notre réalité sociale et non par rapport à notre propre désir. Freud a dailleurs travaillé sur le lien social, il affirme que lindividu sévertue à se déréaliser, à ne pas accepter le réel tel quil est, Jean Baudrillard dans léchange impossible souligne que lon a affaire à un processus de déréalisation qui trouve son principe en lui-même, et à une « dérégulation anthropologique et dérégulation simultanée de toutes les règles morales juridiques, symboliques, qui étaient celles de lhumanisme »… . Le sujet nest pas maître de son désir
 
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mais constitué par le désir dautrui, et quel meilleur instrument que la télévision pour constituer son propre désir. La télévision permet justement de se déréaliser, et ce glissement a contribué à asseoir cette tyrannie de lapparence. Le succès des spectacles, du show business, de la mode, des discothèques, de la real TV, du cinéma … , invite chacun dentre nous à combler un besoin de narcissisme inatteignable. Or, il est par essence insatisfait parce que consommable. « La civilisation des masses a donné naissance à une société dominée par les apparences » écrit Christopher Lasch dans la culture du narcissisme . En effet, la valeur déchange se mesure au prestige que lui confère la marchandise, un prestige qui détermine lillusion de bien-être et de prospérité, « le capitalisme assujettit la possession à lapparence . Le consommateur est un « être insatisfait , agité, anxieux et blasé », cest ce produit que la publicité a fabriqué, « elle utilise et stimule le malaise de la société industrielle ».   Cette fascination pour la télévision ne fait quaffirmer lapparence et quaffirmer par là même toute vie sociale comme apparence. Et, cest ce qui conduit lindividu dans une aliénation qui le confine à létat de spectateur. G.Debord dit que « laliénation du spectateur au profit de lobjet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) sexprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. Lextériorité du spectacle par rapport à lhomme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représente. Cest pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout. ». Il sagit de comprendre pourquoi lhomme moderne est autant spectateur, est-ce à cause de cette diffusion de masse dobjets spectaculaires propres à la consommation ? « Pourquoi le livre, par exemple est en train de devenir impropre à la consommation ? Pourquoi les écrivains sont devenus impropres à la représentation ? » (D.Robert). Parce quils ne sont pas en adéquation avec lobjet télévisuel, parce que lire nécessite dêtre actif, alors que regarder nécessite dêtre passif, car « tout ce qui était directement vécu sest éloigné dans une représentation » (G.Debord). Donc, le travail imaginaire est déjà fait par lécran, il est déjà préfabriqué … . Pour G. Debord, la vérité de la société de limage, cest la négation de cette société. Boorstin dit que limage (la consommation marchande du spectacle américain ) natteint pas jamais le concept de spectacle, parce quil croit pouvoir laisser en dehors de cette désastreuse exagération de la vie privée, ou la notion d « honnête marchandise ». Pour G.Debord la critique sociologique du spectaculaire du spectacle, malgré ses apports empiriques est déjà soumise car elle ne
 
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« fait quinsister sur la description dune sorte de surplus négatif qui lui paraît déplorablement lencombrer en surface, comme une prolifération parasitaire irrationnelle. ». « Cette critique ne sappuie que sur la morale, le bon sens, des appels tout à fait dénués dà-propos à la mesure, etc … , et quelle ne reconnaît pas le négatif qui est au cœur de son monde, cest à dire, une marchandise qui fait les lois dont lapplication doit donner aussi bien la réalité distincte de la vie privée que sa reconquête ultérieure par la consommation sociale des images. ». Pour G.Debord « la sociologie qui croit pouvoir isoler de lensemble de la vie sociale une rationalité industrielle fonctionnant à part, peut aller jusquà isoler du mouvement industriel global les techniques de reproduction et de transmission. Cest ainsi que Boorstin trouve pour cause des résultats quil dépeint la malheureuse rencontre, quasiment fortuite, dun trop grand appareil de diffusion des images et dune trop grande attirance des hommes de notre époque pour le pseudo-sensationnel. Ainsi le spectacle serait dû au fait que lhomme moderne serait trop spectateur. Boorstin ne comprend pas que la prolifération des « pseudo-évènements » pré-fabriqués, quil dénonce, découle de ce simple fait que les hommes, dans la réalité massive de la vie actuelle, ne vivent pas eux-même des événement. ». Le monde de limage créerait ainsi lévènement pour lindividu puisquil nen vit pas. Et plus surprenant encore, le succès de la real TV qui consiste à filmer le réel et donc à filmer le vide se trouve exalté parce quil est derrière lécran. Pourtant il ne sy passe rien, mais lillusion est nécessaire. Il faut savoir que le livre « La société du spectacle » de Guy Debord a été publiée pour la première fois en novembre 1967 et que tous les phénomènes qui y sont écrits sur la « société du spectacle » se sont amplifiés depuis. Néanmoins, G. Debord nest-il pas un peu trop catégorique quand il dit que « le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante ».Il ne s est peut-être pas assez attaché à cette fascination de lhomme pour limage, celle quil donne et celle quil reçoit, il ne prend pas en compte que le flux médiatique, la succession dimages rend lindividu dépendant , lentraîne dans une spirale, un cercle vicieux « où le moi se délite et se perd dans le chaos » (JP Le goff , La démocratie-post totalitaire ), Debord ne tient pas compte de limage chaotique et morcelée que se renvoie les médias et la société. Si en 1967 limage dune société unie et intégrée par la consommation était probable. Le spectacle est, dorénavant, un « spectacle désorganisé » selon JP Le Goff . Pourquoi un bébé sarrête t-il souvent de pleurer quand il se retrouve devant un écran de télévision en marche ? Pourquoi les enfants répètent t-ils mécaniquement les slogans publicitaires lorsquils sont devant la télévision ? Donc, le spectacle comme « résultat et projet du mode de production existant » (G.Debord) est peut-être à relativiser, il faudrait analyser tous les intermédiaires, voire si dune certaine façon il nest pas plus le produit dune
 
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mythification voulue par les hommes que dun mode de production, ou bien même comme le remarque H.Arendt « se pourrait-il que les apparences nexistent pas pour les besoins de la vie mais quau contraire la vie soit là pour le plus grand bien des apparences ? ». Si lon vit que pour le plus grand bien des apparences, cela explique le côté actuel des choses, le fait de ressentir les choses présentement telle que la télévision nous le propose … . Le spectacle pour Debord montre une réalité spectaculaire et celle-ci exerce la séparation entre le réel et limage et le réel : « dans le spectacle, une partie du monde se représente devant le monde, et lui est supérieure. Le spectacle nest que le langage commun de cette séparation. ».  Limage a réussi lachèvement du spectacle : aujourdhui on prend les apparences pour des essences. On ne jure que par la réalité des images. Ce qui devient insupportable à lhomme, cest labsence dillusion, labsence dimage sur un évènement. Est-ce que sans limage le retentissement de lattaque terroriste du 11 septembre aurait-il eu le même effet ? Aurait-il véhiculé la même émotion ? Pourquoi lessor dune association caritative doit se justifier par des images fortes ? Pourquoi le déclenchement dune guerre doit se justifier par des images … ? Parce que le petit écran est un lien social universel, le spectacle « cest lautoportrait du pouvoir à lépoque de sa gestion totalitaire des conditions dexistence. » (G.Debord) . La concurrence que se livre en image les télévisions et donc les pouvoirs Israéliens et Palestiniens pour sensibiliser la communauté internationale est sans nul doute terrible. Mais cela montre que « le spectacle est son propre produit, et cest lui-même qui a posé ses règles : cest un pseudo-sacré. » (G.Debord).La consommation des images est présente pour rappeler sans discontinuité le modèle de vie à suivre, cest à dire, limportance du salariat, la possession dune voiture, les vacances, les consommations de spectacle, de loisirs, l « entertainment » selon le terme dH Arendt, etc ... . Il est « la conservation de linconscience dans le changement pratique des conditions dexistence. » (G.Debord). Cette empathie entre les images et les individus est-elle incontournable ? Ce même système que dénonce G.Debord ne peut-il pas imploser justement à cause de son exagération même et de la diffusion massive dimages dépourvues de sens ? Par exemple, on constate que malgré lhomogénéisation des valeurs, une partie de lopinion peut se révolter contre le spectacle dun « soleil qui ne se couche jamais sur lempire de la passivité moderne … , le mauvais rêve de la société enchaînée, qui nexprime finalement que son désir de dormir. » (G.Debord), les médias sont le mauvais gardien dun sommeil agité, l « image de lunification heureuse de la société par la consommation » (G.Debord) a cédé la place selon JP Le Goff « à un spectacle désorganisé ». Ce dernier se demande dailleurs si le mot spectacle est encore pertinent « dans
 
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la mesure où celui-ci suppose une mise en scène et un jeu ordonnés. » ( La démocratie post-totalitaire de Jean-Pierre Le Goff).   Pourtant, les Français, dans leur grande majorité, expriment chaque année dans « le sondage dopinion réalisé par la Sofres pour La croix et Télérama quils font part de leur défiance répétée et croissante à légard des médias et soulignent ce quils estiment être le peu dindépendance des journalistes. » (E.Dor et B.Valette « les vertus du mensonge … »). Deux exemples montrent les limites dune surmédiatisation en faveur dun événement ou dune politique. S.Halimi, dans son livre « Les nouveaux chiens de garde », explique comment la campagne du référendum sur le traité de Maastricht en faveur du « oui », parce quil sagissait de précipiter la naissance d « une économie ouverte où la concurrence est libre », a atteint un son de cloche quasi unanime . S.Halimi montre quaprès avoir parcouru, Le monde, France soir et Le Figaro, Le Nouvel Observateur, Paris Match et Lexpress, écouté tour à tour les éditoriaux de RTL, RMC, France Inter et Europe 1, jeté un œil sur les journaux télévisés et complété son tour dhorizon par les échos et Télérama. », on pouvait en déduire le sentiment dominant à légard du « oui », malgré le pluralisme des chaînes des quotidiens et des chaînes de télévision. Dans ce contexte, où par exemple le directeur du monde de lépoque Jacques Lesourne annonçait qu « un non au référendum serait pour la France et lEurope la plus grande catastrophe depuis les désastres engendrés par larrivée dHitler au pouvoir » (un propos à mon sens très maladroit et qui explique pourtant jusqu à quel point et quel dérapage peut aller un conditionnement), on naurait « jamais imaginé que le « non » ait pu être très près de lemporter, puisque tous ceux que lon a nommé, avaient appelé à voter « oui ». Le deuxième exemple est la réaction au plan Juppé en 1995. « En novembre-décembre 1995, tout sexprima à la fois : le soutien au pouvoir , larrogance de largent, le mépris du peuple, le pilonnage dune pensée au service des possédants. Un grand sursaut populaire a aussi ceci dutile : il révèle simultanément la puissance du conditionnement idéologique que les médias nous infligent et la possibilité dy faire échec. Lors du mouvement de lutte contre le plan Juppé, la clameur quasiment unanime de nos grands éditorialistes (Selon un sondage d Ipsos-Opinion publié part le Nouvel Observateur du 14 décembre, 60 %  des médias avaient jugé favorablement le plan Juppé contre 6 % seulement qui lavaient apprécié de manière négative) na en effet pas empêché des centaines de milliers de citoyens de manifester, et une majorité de Français de les soutenir. Pourtant, sil faut une occasion aussi considérable pour que se révèle crûment la loi dairain de la société du spectacle -à savoir le fait que la pluralité des
 
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voix et des titres ninduit nullement le pluralisme des commentaires- combien de petites violences la vérité et lanalyse subissent-elles quotidiennement dans le silence de nos pensées engourdies ? » (S.Halimi). Ces deux exemples auraient mérité une analyse plus poussée sur le conditionnement des médias, leurs motivations, leur capacité à sauto-persuader que la rationalité est de leur côté … . Mais on peut ajouter quils illustrent, tout à fait, le modèle de Lazarsfeld sur le message commenté par le leader dopinion. En effet le pluralisme de la presse est pulvérisé ( dailleurs de 1946 à 1995, le nombre de quotidiens français est passé de203-28 nationaux et 175 régionaux-à 67-11 nationaux et 56 régionaux). Les leaders dopinion prennent ainsi linformation qui leur est donnée car il faut bien une source. Et le message commenté par les leaders dopinion, crédibles puisquils appartiennent à la communauté, influencent alors lopinion. Ainsi, on se retrouve dans une configuration où les termes de lalternative pour le traité de Maastricht sont : « oui, il faut » ou « oui, mais… ». Lindividu a certainement conscience des manipulations médiatiques quil peut subir, mais il se dit que dans une démocratie, cela ne peut pas être dommageable. Mais quand tous les médias vont dans un seul sens, la sanction peut advenir. Noam Chomsky explique dans une interview (« Deux heures de lucidité » par Denis Robert et Weronika Zarachowicz) que « les discours médiatiques renferment des présupposés, et que sils sont décryptés, ils se retrouvent mis à nu et seffondrent ». Ainsi, « Quand le débat aux Etats-Unis et en occident porte sur la question de savoir si les Etats-Unis avaient tort ou raison de défendre le Sud-Vietnam, on part du présupposé que les Etats-Unis défendaient le Sud-Vietnam. Mais quand on demande si les russes avaient tort ou raison de défendre lAfghanistan, tout le monde se rend compte que la question est mal posée. Ils ne le défendaient pas, ils lattaquaient. Les Etats-Unis étaient en position dagresseur, mais il était impossible de poser la question en ces termes. ». De même, « supposez quon vous invite dans une émission sur le terrorisme. Vous pouvez dire que Khadafi est un terroriste. Cela prend une minute. Pas besoin de preuves. Mais supposez que vous disiez : « Bill Clinton est un terroriste. ». Les gens voudront savoir ce que vous voulez dire par là, car ce sera la première fois quils entendront une chose pareille. Mais on ne vous laissera pas vous expliquer. Donc, ou bien vous passez pour un fou, ou bien vous ne dites que des lieux communs. » (N.Chomsky). Ceci explique comment lintoxication télévisuelle peut influer sur nos représentations mentales. On nous prépare à accueillir des choses prémâchées et à faire confiance au poids des images. Machiavel a dailleurs écrit que « les hommes jugent avec leurs yeux ». Lexemple, repris dans « les vertus du mensonge » sur les images du charnier de Timisoara durant la Révolution Roumaine de 1989, confirme la citation de Machiavel. Des images manipulées qui accordaient ces massacres au régime de Ceausescu,
 
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alors quil sagissait dune macabre mise en scène de cadavres récupérés à la morgue ou dans un cimetière. Dautant que, exactement à la même époque, larmée américaine intervenait au Panama provoquant un nombre de morts deux fois supérieur à celui des évènements de Roumanie … , et ce, en toute discrétion prétextant selon Washington renverser le général Noriega « dictateur et trafiquant » de drogue. « A aucun moment on a rappelé que depuis quelques temps le général Noriega (par ailleurs ancien agent de la CIA) prenait ses distances avec Washington et se rapprochait de Cuba ni que larmée Américaine disposait dune dizaine dimplantations le long du canal du Panama qui leurs sont nécessaires pour des interventions en Amérique latine. » (N.Chomsky). Ce double exemple montre justement le poids des images dun côté et labsence dimage de lautre, et donc les perversions de la manipulation.   Dans Manufacturing consent. The political Economy of the Mass Media , N.Chomsky explique que « plus un groupe domine la société, plus il met en avant une vitrine dhommes politiques et de journalistes pour asseoir son pouvoir ». Et, le renforcement de lindividualisme et de lisolement sont nécessaires. A linstar de G. Debord, N.Chomsky explique que « les énormes firmes de relations publiques, de publicité, dart graphique, de cinéma, de télévision, … , ont dabord pour effet de contrôler les esprits. Il faut créer des « besoins artificiels » et faire en sorte que les gens se consacrent à leur poursuite, chacun de leur côté, isolés les uns des autres. Les dirigeants de ces entreprises ont une approche très pragmatique : « il faut orienter les gens vers les chose superficielles de la vie, comme la consommation. », « Il faut créer des murs artificiels, y enfermer les gens et les isoler les uns des autres. » (N.Chomsky) et de « lautomobile à la télévision tous les biens sélectionnés par le système spectaculaire » (G. Debord) sont les armes qui contribuent à cet isolement. Le problème est de savoir si les gens sont daccord pour laisser le pouvoir loin deux et « admettre », comme cela semble être le cas, dêtre manipulé tant quil bénéficie dune marge de manœuvre suffisamment grande dans leur vie… . Dailleurs les « soixantehuitard » ont choisi de « troquer » leur liberté contre la société de consommation et du spectacle. Donc est-ce que finalement na t-on pas la télévision quon mérite ? Une vie dillusion, de faux semblants, ne doit-elle pas être justifiée par un monde reflet constitué par les images ? Comment critiquer ce qui nous dépossède de notre propre désir ? La télévision pulvérise les opinions individuelles, les vide de leur sens, et les organise collectivement … , et les sondages en sont la manifestations patentes. En effet, les sondages présentent comme un outil de vérité ce qui est du domaine du vraisemblable et du possible, ils font ainsi la loi dans lopinion
 
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publique, puis quand arrive le résultat du 21 avril , il ne sagit plus alors d « une photographie » de la population à un moment donné, mais lutilisation inconsidérée des sondages peut fausser le débat démocratique voire sy substituer … . De même les médias on fait monter le sentiment dinsécurité pendant la campagne des élections présidentielles de 2002, ce qui a induit que ce sujet a occupé toute la place médiatique. De ce fait, linsécurité (bien que le problème existait et quil fallait en parler) a été la thématique principale choisie par les médias et imposée aux gens. « Selon une étude exclusive de TNS Media Intelligence (groupe Sofres), publiée par Le Monde du 28 mai 2002, linsécurité a été médiatisée en France deux fois plus que le chômage du 1 er  janvier au 5 mai 2002, date du second tour de lélection présidentielle, alors quaucune augmentation sensible des crimes et délits na été constatée sur cette même période. Létude précise que la télévision a contribué « à environ 60 % de la présence médiatique de linsécurité sur cette période, la presse écrite à environ 25 %  et la radio à 12 % . » (« les vertus du mensonge » E.Dor et B.Valette) … . Ces phénomènes montrent que lindividu est spectateur de lobjet contemplé, tandis que la télévision plébiscite ses valeurs à partir delle même, et se présente comme légitime, incontournable, moralisatrice et représentative des gens. Mais comme le disait Cocteau « les miroirs avant de renvoyer des images feraient bien de réfléchir » et lanalyse de ma dernière partie va être de savoir si les images peuvent constituer un instrument de démocratie directe … .   Ma dernière partie va se consacrer à louvrage de Pierre Bourdieu « Sur la télévision ». Le meilleur moyen de se détacher de lobjet contemplé est, peut-être, dobjectiver verbalement les images. Le discours critique est moins efficace que « ce que pourrait être une véritable critique de limage par limage » proposée par J.L.Godard. Cela permettrait de briser la fascination, mais aussi une « indépendance de leur code de communication » dont le cinéma requiert encore quelque autonomie. Par exemple, « la réflexion critique sur les images dont Jean-Luc Godard donne une illustration exemplaire avec son analyse dune photographie de Joseph Kraft et des usages qui en on été faits. » et des analogies que lon peut en faire avec les images télévisuelles : Ce travail, cétait commencer à sinterroger politiquement (je dirai « sociologiquement) sur les images et les sons, et sur leurs rapports. Cétait ne plus dire : « Cest une image juste », mais : « Cest juste une image »; ne plus dire : « Cest un officier nordiste sur un cheval », mais : « Cest une image dun cheval et dun officier.». Mais est-ce vraiment suffisant ? la télévision aurait-elle pu devenir « un extraordinaire instrument de démocratie directe » (P.Bourdieu). Pour P.Bourdieu, « il faut défendre les conditions de
 
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