Un complot chez Dessange, ou comment le fils a "viré" le père

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Un complot chez Dessange, ou comment le fils a "viré" le père L'organisateur : Benjamin Dessange, 40 ans de moins, mais tenaillé par son OEdipe, et rêvant bien entendu de « tuer le père » pour s'emparer du sceptre. Histoire plutôt banale et qui ne mériterait pas le détour, s'il s'agissait d'une famille royale. Exemple : OEdipe poignardant son père, le roi de Thèbes, pour prendre la place. Mais quand l'affaire se déroule, de nos jours, dans les coulisses d'une marque mondialement connue, tout peut exploser d'un jour à l'autre. Dans les entreprises familiales, il arrive que le patron « vire » son fils pour incompétence, paresse, voire dans le feu de la colère, sans aucune raison. La situation inverse- le fils éjectant le père ! -est exceptionnelle, pire : insupportable. Quand il a su que Benjamin, le plus jeune de ses deux garçons, le jetait dehors, Jacques Dessange, le créateur de l'Empire qui porte son nom, octogénaire mais puissant et robuste, a fait une grave dépression nerveuse. Peu de temps auparavant, il l'avait nommé PDG du groupe. À ses côtés, Sally, sa jeune femme chinoise rencontrée à Taïwan : «Je lui dois ma résurrection », dit-il. De cette histoire rosé et noire, il aurait pu faire un roman. Il s'est contenté d'un opuscule de 48 pages, intitulé Le complot où il raconte, sans détour, avec une clarté féroce, comment il s'est fait rouler par son fils, le «satanique Benjamin» avec l'aide de quelques collaborateurs émules de Judas.

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Publié le 01 octobre 2011
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Langue Français
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Un complot chez Dessange, ou comment le fils a "viré" le père
L'organisateur : Benjamin Dessange, 40 ans de moins, mais tenaillé par son OEdipe, et rêvant bien entendu de « tuer le père » pour s'emparer du sceptre. Histoire plutôt banale et qui ne mériterait pas le détour, s'il s'agissait d'une famille royale. Exemple : OEdipe poignardant son père, le roi de Thèbes, pour prendre la place.
Mais quand l'affaire se déroule, de nos jours, dans les coulisses d'une marque mondialement connue, tout peut exploser d'un jour à l'autre. Dans les entreprises familiales, il arrive que le patron « vire » son fils pour incompétence, paresse, voire dans le feu de la colère, sans aucune raison. La situation inverse- le fils éjectant le père ! -est exceptionnelle, pire : insupportable. Quand il a su que Benjamin, le plus jeune de ses deux garçons, le jetait dehors, Jacques Dessange, le créateur de l'Empire qui porte son nom, octogénaire mais puissant et robuste, a fait une grave dépression nerveuse. Peu de temps auparavant, il l'avait nommé PDG du groupe. À ses côtés, Sally, sa jeune femme chinoise rencontrée à Taïwan :«Je lui dois ma résurrection», dit-il.
De cette histoire rosé et noire, il aurait pu faire un roman. Il s'est contenté d'un opuscule de 48 pages, intituléLe complot où il raconte, sans détour, avec une clarté féroce, comment il s'est fait rouler par son fils, le«satanique Benjamin» avec l'aide de quelques collaborateurs émules de Judas. Ce brillant récit, d'une franchise désarmante, n'est pas destiné au public, mais à quelques centaines de personnes, ses amis, et tous ceux qui ont droit à la marque : les « franchisés ».
En exergue à l'intention de ses lecteurs privilégiés :« vous saurez maintenant comment l'horrible Benjamin et Olivier Millet ont agi pour me jeter dehors. » (Olivier Millet, jeune banquier, étant le repreneur des parts vendues par Jacques Dessange !)
Jacques Dessange me reçoit chez lui, a venue Foch.
C'est Sally qui ouvre la porte. Elle est ravissante. Il y a cinq ans qu'ils sont mariés. Le salon est impressionnant, lumineux, fenêtres ouvertes sur la cime des arbres aux couleurs de l'automne. Sur les murs, des oeuvres essentiellement contemporaines. De l'abstrait, entre cubisme, surréalisme et peinture naïve. Mais la plupart de ces toiles sont signées «J». Elles sont de Jacques Dessange luimême.
Il précise que ces tableaux ne sont pas des «copies» mais des «à la manière de». De qui ? Des plus grands, abstraits, naïfs ou figuratifs, de Miro à Fernand Léger, d'Armand à Nicolas de Staël...
Dessange n'agit et ne vit que dans ses passions et il en a plusieurs : la coiffure, la peinture, les paysages, la Sologne, l'Afrique et la chasse. Son père, René Dessange, était coiffeur en Sologne où il a passé son enfance et grandi entre les chiens de chasse, le gibier du dimanche, et le salon où les dames de la région confiaient leur tête à René Dessange. A 20 ans, il monte à Paris et devient, à son tour, coiffeur chez les autres. Déjà il maniait le ciseau avec adresse et volupté. Il ne coupait pas les cheveux. Il les sculptait. Il leur donnait de la vie, du naturel. Il pratiquait la coiffure sans artifices comme un art. Déjà son goût pour les femmes le portait inconsciemment vers un objectif : leur plaire. Mieux encore, leur donner du plaisir. Le plaisir de se regarder dans le miroir et de se trouver plus belles «après», quand elles sortaient de ses mains.
La nuit dans sa chambre d'étudiant, quand il rentrait le soir seul, il laissait glisser, au fil de l'inspiration, son pinceau sur la toile. Coiffeur, peintre, séducteur, patron à 35 ans d'un véritable empire commercial, le voici, avec «Le complot» qui nous révèle un authentique talent d'écriture.
Rares sont les auteurs qui avouent se faire aider par l'un de ces « écrivains fantômes » qu'on appelle «nègres» en souvenir d'Alexandre Dumas, le Créole dont la couleur et le métier lui avaient valu ce titre sans prestige. N'ayant plus rien à prouver, Jacques Dessange, lui, dissipe toute ambigiiité dans ce domaine comme dans ses affaires.«Ne vous y trompez pas,dit-il,moi je raconte mais c'est une journaliste bien connue qui tient la plume. Elle s'appelle Geneviève Moll. C'est elle aussi qui, il y a trois ans, avant le complot, m'avait aidé pour mon autobiographie « 70 000 femmes par jour»(édité chez Jean-Claude Gawsewitch).
La mode est aux chiffres. Pas seulement dans les banques ou chez les commissaires aux comptes. Mais aussi, depuis quelques temps, dans la presse quotidienne ou hebdomadaire. Les chiffres occupent la place des titres. Au moment où Jacques se décide à «ranger les ciseaux», Dessange réalise 700 millions d'euros de chiffre d'affaires, emploie 15 000 personnes et inscrit son enseigne sur 1200 salons à travers le monde. Beaucoup de ses salons appartiennent à des franchisés qui paient à la société mère le droit d'exploiter la marque. Jacques Dessange aime ses franchisés. Il leur parle, il s'inquiète de leurs problèmes, se réjouit de leurs succès. Il lui arrivait souvent de sauter dans un avion pour rencontrer les uns et les autres à l'autre bout du monde. C'est à eux d'abord qu'il a envoyé ce petit livre Le complot dans lequel il dénonce la cupidité de son fils en leur expliquant comment est né entre eux ce désaccord profond. Jacques Dessange est un homme qui d'emblée et par nature fait confiance à ceux qu'il a choisis et travailler avec lui. On ne devient pas seul une star de la coiffure, il le sait. Mais ceux qu'on recrute pour leurs habiletés tech- niques et professionnelles essaient parfois de jouer leurs propres cartes à l'insu du patron et au mépris de l'intérêt général de l'entreprise.
- Contrairement à ce que tout le monde croit, je ne serai jamais un homme d'affaires. Le business, les chiffres, la lecture attentive des contrats m'ennuie à mourir. Je m'en remets à mes hommes de loi. Quant aux bilans, je n'entrais pas dans le détail. Pour cette corvée, je comptais sur Gérard Théophile, notre conseil. D'ailleurs, les bilans étaient toujours bons. Donc, je signais les yeux fermés. Les yeux fermés peut-être mais l'oreille suffisamment ouverte pour suivre à travers les propos qui remontaient jusqu'à lui les remous qui agitaient le personnel.
Benjamin, son fils le plus jeune, avait, par exemple, demandé à Pascal Grignon, sa marraine, l'ex-rédactrice en chef de Marie-France :« Comment pourrais-je faire pour mettre mon prénom «Benjamin» à la place de «Jacques» devant «Dessange »?»Plus tard, à peine nommé Directeur général, il s'était fait attribuer un salaire de 900000 euros par an. Il avait aussi fait passer sur son compte, pour 180000 euros chacune, une Ferrari et une Lamborghini, dont les frais d'entretien (5 000 euros par mois) n'étaient en aucune manière justifiés. Il invitait aussi chez Apicius, sur notes de frais, de jeunes personnes qui n'avaient rien à voir avec l'entreprise.
-Je suis coiffeur depuis l'âge de 13 ans. Enfant, bien avant de monter à Paris, j'aidais mon père, René Dessange, dans le salon de Souesmes, en Sologne où je suis né en 1925. Ce n 'était pas moi bien siïr qui tenais les ciseaux, je le regardais faire. Je l'enviais quand je voyais ses mains courir dans la chevelure des femmes et comment en quelques gestes il les rendait plus belles. Je savais déjà qu'un jour je ferais ce métier, le plus beau du monde.
"Les bilans étaient toujours bons. Donc, je signais sans les lire. Mais Benjamin avait les dents longues..... "
Dans le même temps, il consacrait son temps libre à la peinture. Ces deux arts, selon lui, procédaient d'un même esprit créatif. Le succès est rarement le fruit du hasard. Il vient à ceux qui innovent quel que soit le champ de bataille qu'ils ont choisi. Si les salons Dessange reçoivent «70000 femmes par jour», c'est parce que pour Hubert-Jacques Dessange (en Sologne, du temps où il n'était pas encore Jacques, on l'appelait «Bébère») a compris que la création consiste sinon à faire mieux, à faire autre chose que ce qui se fait. Faire avancer la mode au lieu de se laisser porter par elle.
À la fin des années 50, il avait rencontré un certain Christo qui arrivait de Bulgarie et qui était peintre.