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La presse française sous la Révolution, le Consulat, l'Empire

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La presse française sous la Révolution, le Consulat, l'Empire

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Fernand MITTON [1876 - ] (1945) LA PRESSE FRANÇAISE sous la Révolution, le Consulat, l’Empire Tome II d’une série de trois tomes. Un document produit en version numérique par Claude Ovtcharenko, bénévole, Journaliste à la retraite près de Bordeaux, à 40 km de Périgueux Courriel: c.ovt@wanadoo.fr Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales" Site web: http://classiques.uqac.ca/ Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi Site web: http://bibliotheque.uqac.ca/ La presse française sous la Révolution, le Consulat, l’Empire (1945) 2 Politique d'utilisation de la bibliothèque des Classiques Toute reproduction et rediffusion de nos fichiers est interdite, même avec la mention de leur provenance, sans l’autorisation for- melle, écrite, du fondateur des Classiques des sciences sociales, Jean-Marie Tremblay, sociologue. Les fichiers des Classiques des sciences sociales ne peuvent sans autorisation formelle: - être hébergés (en fichier ou page web, en totalité ou en partie) sur un serveur autre que celui des Classiques. - servir de base de travail à un autre fichier modifié ensuite par tout autre moyen (couleur, police, mise en page, extraits, support, etc...), Les fichiers (.html, .doc, .pdf., .rtf, .jpg, .gif) disponibles sur le site Les Classiques des sciences sociales sont la propriété des Classi- ques des sciences sociales, un organisme à but non lucratif com- posé exclusivement de bénévoles. Ils sont disponibles pour une utilisation intellectuelle et personnel- le et, en aucun cas, commerciale. Toute utilisation à des fins com- merciales des fichiers sur ce site est strictement interdite et toute rediffusion est également strictement interdite. L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisa- teurs. C'est notre mission. Jean-Marie Tremblay, sociologue Fondateur et Président-directeur général, LES CLASSIQUES DES SCIENCES SOCIALES. La presse française sous la Révolution, le Consulat, l’Empire (1945) 3 Cette édition électronique a été réalisée par Claude Ovtcharenko, bénévole, journaliste à la retraite près de Bordeaux, à 40 km de Péri- gueux. Courriel: c.ovt@wanadoo.fr à partir de : Fernand MITTON [1876 - ] La presse française sous la Révolution, le Consulat, l’Empire. Paris : Guy Le Prat, Éditeur, 1945, 252 pp. Collection : Ja- dis et Naguère. [Tome second d’un ensemble de trois.] Polices de caractères utilisée : Pour le texte: Times New Roman, 14 points. Pour les citations : Times New Roman, 12 points. Pour les notes de bas de page : Time Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Microsoft Word 2004 pour Macintosh. Mise en page sur papier format : LETTRE (US letter), 8.5’’ x 11’’) Édition numérique réalisée le 23 décembre 2008 à Chicoutimi, Ville de Saguenay, province de Québec, Canada. La presse française sous la Révolution, le Consulat, l’Empire (1945) 4 Fernand MITTON __________ La presse française sous la Révolution, le Consulat, l’Empire. Paris : Guy Le Prat, Éditeur, 1945, 252 pp. Collection : Jadis et Naguère. [Tome second d’un ensemble de trois.] La presse française sous la Révolution, le Consulat, l’Empire (1945) 5 Table des matières Table des gravures Chapitre Premier. A la veille de la Révolution Effervescence populaire. — Convocation des Etats Généraux. — La fièvre de la rue. — Discoureurs de plein vent. — La Presse d’alors ne reflète pas encore le mouvement de l’opinion. — La Gazette de France et le Journal de Paris obser- vent une prudente réserve. — Seul le Hérault de la Nation s’inspire des tendances gouvernementales. — Les revendications des faubourgs s’expriment dans une foule de brochures. — On y réclame une liberté plus grande. — L’abbé Sieyès publie son étude fameuse : Qu’est-ce que le tiers état ? — Brissot tente de faire paraître le Patriote français. — Il y renonce devant l’hostilité des sphères officiel- les. — Son exemple n’est pas perdu. Chapitre II. L’ÉMANCIPATION DE LA PRESSE Les Etats Généraux. — Agitation de la foule tant à Paris qu’à Versailles. — Des projets de publications sont élaborés. — Passant outre à la censure, Mirabeau entre le premier en lice en lançant les Etats Généraux. — Son prospectus et ses informations. — Surprise du Gouvernement. — La feuille est aussitôt interdite. — Le tribun la remplace pas ses Lettres à ses commettans. — Il entraîne de nom- breux imitateurs. — Brochures et pamphlets se transforment en périodiques. — Eclosion rapide de journaux. — Leurs débuts. — La Gazette de France satisfait aux exigences du moment. — La transmission des nouvelles. Chapitre III. LA PRESSE DÉCHAÎNÉE La liberté de la Presse proclamée. — Développement prodigieux des jour- naux. — Le Bulletin de l’Assemblée nationale prend la tête du mouvement. — Les tribulations de l’Ami du Peuple. — Lutte active des partis et des clubs. — La plupart ont leur bulletin. — Journaux royalistes et démocratiques. — Apreté de la guerre de plume. — Journaux criés à travers les rues. — Les proclamateurs et leur édition spéciale. — La municipalité parisienne réglemente le colportage. — Les mesures prises soulèvent des protestations. — Feuilles gratuites. — Affichage de journaux sur les murs de Paris. — Le Chant du Coq, l’Ami des Citoyens, la Senti- nelle. — Vive concurrence entre eux. — Les « nouvelles » du jour affichées dans les cafés. — Réprobation populaire contre les écrits royalistes. — Journaux lacé- rés et brûlés. — Le Conseil général de la Commune interdit les « papiers aristo- La presse française sous la Révolution, le Consulat, l’Empire (1945) 6 cratiques ». — Feuilles clandestines. — Revue de la Presse. — Multiplicité de titres. — Journaux subventionnés. Chapitre IV. Les journaux et leurs rédacteurs Mirabeau et le Courrier de Provence. — Sa mort singulière. — Un concurrent sérieux : le Point du Jour, de Barère. — Le Courrier de Versailles. — Revire- ments politiques de Gorsas. — Son attitude au procès de Louis XVI. — Les Révo- lutions de Paris. — Prudhomme et Tournon. — Le Patriote français, de Brissot. — Fermeté de caractère de Girey-Dupré, son rédacteur en chef. — Les articles de Marat dans l’Ami du Peuple. — Hébert et le Père Duchesne. — Les contrefaçons. — Les Révolutions de France et de Brabant. — Desmoulins les publie pénible- ment. — Malouet dénonce la feuille à l’Assemblée constituante. — Robespierre prend la défense de Camille. — Le Journal de Paris se rajeunit sous la plume de Garat. — Condorcet, André Chénier et Rœderer. Journaux contre- révolutionnaires. — Le Petit Gautier, les Actes des Apôtres, l’Ami du Roi. — Vi- cissitudes éprouvées par ce dernier organe. — La Gazette de Paris. — Durosoi, son rédacteur, premier journaliste condamné à mort. — Il marche courageusement à la guillotine. — Le Bulletin du Tribunal criminel. — Placidité du Mercure de France. Chapitre V. La presse pendant la terreur Partisans et adversaires du régime de violence. — La loi des suspects soulève de vives controverses. Marcandier et le Véritable Ami du Peuple. — Difficultés qu’il rencontre pour le faire paraître. — Sa femme placarde nuitamment cette feuille clandestine. — Traqué, Marcandier se cache dans un grenier. — Une im- prudence le fait arrêter ainsi que son épouse. — Tous deux périssent sur l’échafaud. — Le Vieux Cordelier. — Motifs de sa publication. — Analyse des numéros. — Vives critiques au club des Jacobins. — Camille Desmoulins exclu de la société. — Intervention de Robespierre. — Camille est réintégré. — Le nu- méro VII ne parut, abrégé qu’après la mort de son auteur. — Raisons de ce retard. — Extrait conforme au manuscrit original. — Le 9 thermidor. — Les vainqueurs chantent victoire et se déchirent entre eux. — Le Journal de la Montagne. — L’Orateur du Peuple, bulletin de la « Jeunesse dorée ». — L’Ami des Citoyens reparaît. — Chapitre VI. Les périodiques sous le directoire et le consulat Aucune loi ne définit les limites de la Presse. — Les journaux s’expriment avec une extrême vivacité. — Loi du 28 germinal an IV. — L’Accusateur public, de Richer-Serisy. – Comment il déjoue les contrefaçons. — Le Courrier français et la « correction » infligée à Poncelin. — Politique passionnée pour le rétablis- sement de la monarchie. Le Thé, le Menteur, le Grondeur, etc… — Le Directoire s’émeut et s’adjoint des feuilles officieuses. — « Encouragements » accordés. — La presse française sous la Révolution, le Consulat, l’Empire (1945) 7 Les Conseils se refusent à s’associer aux mesures réclamées contre la Presse. — Arrêté du Directoire du 18 fructidor an V. — Journaux supprimés, leurs directeurs arrêtés et emprisonnés. — Loi du 19 fructidor an V, plaçant tous les périodiques et leurs presses sous l’inspection de la police. — Plusieurs feuilles, précédemment épargnées, sont, à leur tour, prohibées. — La Presse ayant repris l’offensive, quelques journaux sont encore frappés et leurs presses mises sous scellés. — Par un dispositif spécial, certains d’entre eux parviennent à paraître sans briser les cachets. — Le Courrier de l’armée d’Italie, la France vue de l’armée d’Italie, le Courrier d’Egypte créés par Bonaparte. — Le coup d’Etat du 18 brumaire porte un coup terrible à la Presse. — Soixante journaux sont interdits. — Opinion de Bonaparte sur les journalistes. — Le Moniteur, organe officiel. — Le Journal des Débats et l’ingénieux feuilleton de Geoffroy. — Le Bulletin de Paris, feuille offi- cieuse du Premier Consul. — Ce dernier charge Fiévée de lui rédiger un journal secret. — Sérieux avertissements adressés à la Presse. — Le moindre écart est sévèrement réprimé. — L’Ambigu et Bonaparte. Chapitre VII. Napoléon s’empare de la presse L’Empereur se réserve le monopole des feuilles politiques. — Il en surveille continuellement la teneur. — Ses notes à Fouché. — Fiévée poursuit la rédaction de son Bulletin privé pour Napoléon. — La vogue du Journal des Débats ainsi que ses bénéfices soulèvent des convoitises. Fouché est l’âme de la conspiration. — Un censeur est imposé au Journal des Débats. — Avis de Fiévée à cet égard. — Réponse de l’Empereur. — Cet organe est tenu de s’intituler Journal de l’Empire. — Fiévée en devient le rédacteur. — Un an plus tard, Etienne le rem- place. — Persécutions contre les journaux. — Confiscation du Journal de l’Empire au profit de l’Etat. — Cet acte arbitraire est étendu à d’autres périodi- ques, notamment au Journal de Paris. — Le nombre des quotidiens publiant des nouvelles politiques est réduit à quatre. — Interdiction du compte rendu des pro- cès civils et criminels. — La Gazette de France est autorisée à publier, avant tous les autres, les notes judiciaires qui lui seront remises. — La Presse, par ordre, garde le silence sur les revers de 1814. — La dernière remontrance de Napoléon. — La Presse se venge de sa longue servitude en insultant le lion blessé. Index bibliographique. La presse française sous la Révolution, le Consulat, l’Empire (1945) 8 Table des gravures Gravure 1. Les Révolutions de Paris. Frontispice allégorique du premier nu- méro. Gravure 2. Le “Père Duchesne”, numéro 13 reproduisant pour la première fois la vignette représentant Hébert avec une moustache et deux pistolets à la ceinture. Gravure 3. Dernier numéro de “La Sentinelle”, journal affiche. Gravure 4. Mirabeau-Tonneau, Caricature révolutionnaire sur le frère du tri- bun. Gravure 5. L’Ami du peuple ou Le Publiciste parisien, journal politique, libre et impartial. No VI, Versailles, mercredi 15 septembre 1789. Assemblée Nationa- le. Gravure 6. Le “Vieux Cordelier”, journal rédigé par Camille Desmoulins, dé- puté à la Convention, et Doyen des Jacobins. Gravure 7. Le “Vieux Cordelier”, Fac-similé du manuscrit original du numéro 7. Gravure 8. Le “Moniteur Universel” annonçant qu’il devient l’organe officiel du gouvernement consulaire. Gravure 9. Les “Rapsodies du Jour”, premier titre orné d’une vignette. 22 dé- cembre 1796. La presse française sous la Révolution, le Consulat, l’Empire (1945) 9 La presse française sous la Révolution, le Consulat, l’Empire. (1945) Chapitre I À la veille de la Révolution Retour à la table des matières Vers le milieu de l’année 1788, la situation générale de la France se trouvait des plus critiques. Le Trésor, aux abois, avait proclamé la banqueroute, la confiance avait été retirés aux ministres dont les tentatives de réformes avaient échouées devant l’opposition des ordres privilégiés. Les dirigeants se voyaient reprocher leurs fastes et leurs dépenses désordonnés. Les Parlements usurpaient ou contrariaient sans cesse le pouvoir exécutif, résistaient aux édits royaux en refusant de les enregistrer. La justice, partiale, inégale, variait suivant les provin- ces, quelquefois selon les seigneurs. La procédure, lente et compliquée, devenait ruineuse. La liberté de la presse se trouvait violée par les censeurs royaux, la li- berté individuelle par les emprisonnement arbitraires. Les deux tiers des terres appartenaient au clergé et à la noblesse. Le peuple possédait l’autre tiers. Les deux premiers échappaient aux impôts tandis que le troisième les acquittait au roi, payait la dîme au clergé et des droits féodaux à la noblesse. Les classes riches parvenaient seules aux plus hautes dignités, jouis- saient des plus gros privilèges ; le tiers état en était exclu. Brochant sur le tout, les éléments déchaînés, la grêle surtout, dévastèrent la moitié des récoltes ; la disette qui devait en être la conséquence faisait redouter la La presse française sous la Révolution, le Consulat, l’Empire (1945) 10 famine. Il fallu employer les troupes, stationnées dans les provinces, à protéger les convois de grains destinés à l’approvisionnement de la capitale. En présence de ces abus intolérables, de ces iniquités persistantes, de ces cala- mités publiques, les masses populaires commencèrent à s’agiter, à faire entendre de sourdes rumeurs, lesquelles ne tardèrent pas à devenir menaçantes. L’orage grondait, prêt à éclater. Afin de parer aux événements et de donner satisfaction à la nation, Louis XVI se résigna à convoquer les Etats Généraux, qui n’avaient pas été assemblés depuis l’année 1614. Un arrêt du Conseil d’Etat du 5 juillet 1788 en régla la réunion. L’article 8 invitait en même temps « tous les savants et personnes instruites » du royaume à exprimer leur avis sur la convocation des Etats Généraux et de l’envoyer au garde des Sceaux. De son côté, le Parlement de Paris prenait, le 5 décembre 1788, un arrêté réclamant la liberté de la presse « comme l’unique ga- rantie de tous les droits ». Enfin, le roi, par lettre du 24 janvier 1789, fixait la ré- union des Etats Généraux au 27 avril 1789, à Versailles. L’annonce de la première décision royale provoqua une grave effervescence dans le pays, et plus particulièrement dans la capitale. C’est au milieu de ces cir- constances que se préparèrent les élections. La fièvre gagna les esprits et ceux-ci demeurèrent dans une fermentation continuelle. La foule parcourait les rues. On s’abordait pour s’interroger sur les événements du jour. Des groupes se formaient sur les trottoirs ou dans les carrefours. Chacun formulait son avis sur les informa- tions en cours. Parfois, une discussion s’ouvrait et s’animait peu à peu. C’est ainsi que nous voyons refleurir les nouvellistes, comme au temps de Louis XV. Leur noyau se reforma au Palais-Royal. Puis, les moins bruyants se groupèrent sur la terrasse des Feuillants et constituèrent une sorte de club au café de la Terrasse, autrefois rendez-vous de joyeuses rencontres. Ceux qui professaient des idées plus subversives tinrent leurs assises au vieux cloître des Cordeliers. Au Palais-Royal, nos discoureurs de plein vent se retrouvaient dans les ver- doyantes allées du jardin, tantôt assis autour du rond d’eau ou bassin, tantôt atta- blés chez les limonadiers ou encore au Caveau, aux cafés de Foy et de Valois. « C’est au Palais-Royal et singulièrement au café de Foy que se rassemblent les nouvellistes de tout âge et de tout état », constatait le Petit Journal du Palais- Royal (1789). On les appelait aussi les politiques, comme au temps de Louis le