mars 2007 w w w . f o n d a p o l . o r g Les européens face à L a mondiaLisation > Sondage international Analyses qualitatives comparées Kairos Future-Fondation pour l’innovation politique Sous la direction d’Elvire FABRY Directeur Europe-International Fondation pour l’innovation politique Les européens face à La mondiaLisation Sondage international Analyses qualitatives comparées Kairos Future-Fondation pour l’innovation politique Sous la direction de Elvire FABRY Directeur Europe-International Fondation pour l’innovation politique so mmair e intr odu ction 4 p ar tie I – r egards cr oisés sur l a mondialis a tion 7 A. Synthèse du sondage international Kairos Future - Fondation pour l’innovation 9 politique. Y a-t-il une spécificité européenne ? (Comparaison Union européenne, États-Unis, Russie, Japon) B. Le défi de la mondialisation : convergences européennes et dissonances 32 françaises Panorama des perceptions de la mondialisation 32 Quels sont les acteurs qui orientent le débat ? 43 Les Européens en mal de régulation ? 53 p ar tie ii – anal y se q u alit a tiv e p ar p a y s 61 Allemagne – Henrik Uterwedde 63 Espagne – Ferran Martínez-i-Coma, Ismaël Sanz 98 Estonie – Aksel Kirch, Marika Kirch 135 France – Bruno Cautrès 172 Italie – Gianfranco Pasquino 196 Pologne – François Bafoil, Marcin Dabrowski 217 Royaume-Uni – Colin Hay et Nicola Smith 250 Suède – Alain Lefèbvre 288 c oncl usion génér ale 318 annex es – Sondage Kairos Future - Fondation pour l’innovation politique : 325 questions soumises aux panels nationaux les a uteur s – no tices biogr ap hiq ues 328 intr odu ction eAlors que le 50 anniversaire du traité de Rome, le 25 mars 2007, est l’occasion de célé- brer un effort d’innovation politique inédit entre partenaires européens qui a permis de rétablir la paix sur le continent, de créer un marché et une monnaie uniques, de mettre en place des institutions supranationales démocratiques, comment les Européens affrontent- ils la mondialisation, qui sera, sans nul doute, le défi le plus structurant pour l’avenir de l’Union ? « Quand j’emploie un mot, il signifie seulement ce que j’ai choisi qu’il signifie – ni plus ni moins. » Rapportés au débat sur la mondialisation, les propos de Humpty Dumpty adressés à Alice dans l’ouvrage de Lewis Carroll trouvent une résonance évidente. Martin Wolf, commentateur économique en chef du Financial Times et auteur du remarqué Why Globalization Works, note ainsi que « globalization is a hideous word of obscure meaning, 2coined in the 960s, that came into ever-greater vogue in the 990s ». À l’évidence, la notion échappe à toute définition uniforme et laisse tout au plus entre- voir le fait que des changements sont à l’œuvre dans nos sociétés modernes. À chaque pays, à chaque culture, sa définition. La mondialisation désigne ainsi un processus permet- tant aux marchés financiers et boursiers d’internationaliser leurs activités grâce à la déré- glementation et à l’amélioration des moyens de communication (HarperCollins Dictionary, États-Unis) ; le rapprochement et l’harmonisation des différentes cultures et des systèmes économiques sous l’influence des entreprises multinationales et des moyens accrus de communication (Oxford Advanced Learner’s Dictionary, Royaume-Uni) ; les tendances des entreprises multinationales à concevoir des stratégies à l’échelle planétaire, conduisant à la mise en place d’un marché mondial unifié (Le Petit Larousse illustré, Paris) ; la diffusion à l’échelle mondiale de problèmes sociaux, politiques et économiques dont la résolution passe par la recherche de solutions communes (Dizionario De Mauro, Italie) ; ou encore l’extension des marchés et des entreprises au-delà des frontières nationales, pour atteindre une dimension mondiale (Clave Diccionario, Madrid). Si, comme Stendhal, nous estimons qu’« un bon dictionnaire est une affaire de raison et de discussion », quelles raisons, quels débats ont conduit à retenir des approches aussi distinctes pour un seul et même mot ? La campagne de ratification sur le projet de Traité constitutionnel fut l’occasion de vastes débats publics sur les défis actuels et à venir menaçant les citoyens, les États membres et . Carroll, L. (865), Alice in Wonderland, Londres, Puffin Books, 2007. 2. Wolf, M. (2004), Why Globalization Works, Yale, Yale University Press. . Stendhal (82-825), Racine et Shakespeare, t. 2, p. 80, Paris, Champion, 842.  Introduction l’Union, et sur le rôle à exercer par chaque niveau de gouvernance pour affronter le futur. En France, les débats se sont notamment concentrés sur la « mondialisation », les citoyens – et tout particulièrement les jeunes – exprimant à son égard une certaine angoisse, peu dis- cernable dans les autres États membres de l’Union européenne. L’actualité française récente a remis la mondialisation et le rôle des institutions politi- ques en tant qu’autorités régulatrices au centre du débat politique : la décision prise par le constructeur aéronautique européen, Airbus, de délocaliser une large partie de sa sous- traitance hors de l’UE est fortement critiquée ; les appels en faveur d’un protectionnisme de l’industrie française et européenne se multiplient… mais sans recevoir le moindre écho hors des frontières de l’Hexagone . Les Français ont-ils alors une perception de la mondia- lisation très différente de leurs partenaires européens ? Cette perception qui est un révélateur intéressant de l’impact de la mondialisation sur nos sociétés, n’a été jusqu’à présent que très peu étudiée. La plupart des études réalisées sur la mondialisation au cours des deux dernières décennies se sont attachées à examiner les entreprises qui adoptaient une stratégie mondiale, l’internationalisation de la finance et, de façon plus générale, le phénomène de déréglementation qui accompagnait ce proces- sus. Des contributions plus récentes analysent les conséquences sociales et culturelles de la mondialisation et la capacité des gouvernements à mener des politiques indépendantes. D’autres s’intéressent plus particulièrement à montrer comment des entités supranationa- les comme l’Union européenne se posent en intermédiaires entre la nation et l’économie internationale. Mais au final peu d’études ont analysé les perceptions de la mondialisation (sa signification, l’influence des acteurs politiques et économiques…) par les populations de différents pays d’Europe et d’ailleurs. C’est cette carence qu’entend combler l’étude Les Européens face à la mondialisation. Parmi les questions abordées, on peut en citer plusieurs : face à la mondialisation, l’Eu- rope parvient-elle à faire prévaloir une certaine spécificité régionale ? Les Européens entendent-ils mener ensemble une stratégie commune ? Qu’attendent-ils de l’Union européenne ? Les deux processus d’intégration européenne et de mondialisation sont- ils perçus comme complémentaires ou parfois concurrents ? Quels sont les points de convergences ou de divergences des diverses opinions publiques européennes ? Sont- elles tiraillées par de profondes divergences, ou bien peut-on parler de l’émergence d’une société européenne lorsque l’on resitue les débats européens dans un contexte international ? Cette étude est destinée à esquisser une typologie du niveau et du type d’allégeance que les citoyens des divers États membres prêtent à l’Union. Elle doit permettre, d’une part, d’avoir une plus grande visibilité sur les attentes et les craintes des Européens à 4. Voir Wruuck, P. (2006), « Economic patriotism: new game for industrial policy? », EU Monitor, n° 5, Francfort, Deutsche Bank Research.  > Les européens  face à La mondia Lisation l’égard d’un approfondissement de l’Union et, d’autre part, de mieux cerner les problèmes de compatibilité et d’articulation qui existent entre les deux niveaux d’allégeance, national et européen. Au-delà, ce travail s’inscrit dans une réflexion plus vaste de la Fondation pour l’in- novation politique sur le développement des sociétés civiles européennes. La mondiali- sation engendre de nouveaux équilibres socio-économiques aussi bien au sein des États qu’entre eux. Et la société civile, en tant qu’acteur émergent dans la gouvernance commu- nautaire, entend être consultée et impliquée dans les négociations européennes, y com- pris celles qui portent sur le processus de transformation de nos sociétés que constitue la mondialisation. Huit États membres (Allemagne, Espagne, Estonie, France, Italie, Pologne, Suède et Royaume-Uni) ont été choisis pour apporter une large représentation de la diversité éco- nomique et politique de l’Union européenne. L’analyse repose d’une part sur l’étude d’opinion European Youth in a Global Context 2007, réalisée pendant l’automne 2006 par l’institut de sondage suédois Kairos Future International, en partenariat avec la Fondation pour l’innovation politique. Le sondage a notamment pour objet d’observer l’existence d’une évolution des perceptions en fonc- tion des générations d’Européens étudiées, en distinguant deux tranches d’âge : les 16- 29 ans et les 0-50 ans. En outre, le sondage a été réalisé simultanément aux États-Unis, au Japon et en Russie, de manière à voir s’il existe une spécificité européenne face à la mondialisation. D’autre part, huit experts des pays européens étudiés ont été sollicités pour commen- ter ces résultats à partir de leurs propres données et décrire les évolutions du débat public sur la mondialisation. Ces études-pays – qui s’appuient par ailleurs sur de nombreuses sources (discours et positions politiques, études d’opinion, travaux académiques) – font état de très nombreuses positions dans le débat autour de la mondialisation, traitant à la fois de la perception de celle-ci, des acteurs du débat, et des attentes exprimées en matière de régulation de la mondialisation. Ces deux niveaux d’analyse apportent au débat des données inédites, tant sont encore rares les travaux comparatifs réalisés sur les perceptions de la mondialisation. Cet ouvrage, qui comporte les huit études pays réalisées pour ce projet, s’ouvre ainsi sur les principaux résultats du sondage Kairos Future - Fondation pour l’innovation politique, rassemblés par Frédéric Allemand et une analyse croisée des études qualitatives, réalisée par Laura Dagg, Elvire Fabry et Ivo Sokatchev.  > Les européens  face à La mondia Lisation p ar tie I r egards cr oisés sur l a mondialis a tion A. s y nthèse du sond a ge k air o s f ut ur e - f ond a tion p our l’inno v a tion p olitiq ue les européens ont-ils une approche spécifique de la mondialisation ? 1. précisions méthodol ogiq ues La campagne de ratification sur le projet établissant une constitution pour l’Europe a été l’occasion de vastes débats publics sur les défis actuels et à venir menaçant les citoyens, les États membres et l’Union, sur le rôle à exercer par chaque niveau de gouvernance pour affronter le futur… En France, les débats se sont notamment concentrés sur la « mondia- lisation », les citoyens – et tout particulièrement les jeunes – exprimant à son égard une certaine angoisse, peu discernable dans les autres États membres de l’Union européenne . Toutes choses égales par ailleurs, les Français auraient-ils une divergence de perception d’avec leurs homologues européens ? Ce sont à ces différentes questions qu’entend répondre l’étude d’opinion European Youth in a Global Context 2007, réalisée par l’institut de sondage suédois Kairos Future pour la Fondation pour l’innovation politique. L’étude a été conduite entre octobre et novembre 2006 dans 7 pays auprès de deux panels représentatifs de la population totale. Dans chaque pays, le premier panel est composé de 000 personnes nés entre 977 et 990 (les jeunes) ; le second, de 00 personnes nées entre 956 et 976 (les aînés) : il constitue le panel de référence par rapport auquel les résultats des jeunes sont interprétés. Le ques- tionnaire utilisé par le sondage a été soumis par voie électronique aux membres du panel 2et traduit dans la langue nationale de chacun . Pour chaque question, les sondés ont du indiquer quelle était leur perception du sujet posé sur une échelle de  (pas d’accord/peu important/peu influent/…) à 7 (tout à fait d’accord/très important/très influent/…). Un écart de trois dixièmes de point entre deux catégories de sondés est considéré comme significatif. La présente contribution se limite à présenter les résultats de cette étude. Il est renvoyé aux « études pays » pour une analyse quantitative et qualitative détaillée. Par ailleurs, l’analyse ne porte que sur les résultats des sondages réalisés en Allemagne, en Estonie, en Espagne, en France, en Italie, en Pologne, en Suède et au Royaume-Uni (également indiqués comme l’Union ou les « huit »). La restriction à ces États du champ de . F. Allemand, « La ratification du traité constitutionnel dans les États membres », in D. Reynié (dir.), L’Opinion euro- péenne, La Table Ronde, 2005. 2. Le texte des questions est reproduit en annexe.