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Ordre international, « transparence » et aides publiques à l'industrie - article ; n°1 ; vol.49, pg 99-111

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Politique étrangère - Année 1984 - Volume 49 - Numéro 1 - Pages 99-111
International order, « transparency »
and public aid assistance to industry, by Hugh Corbet
With the insidious spread of protectionism, the incidence and effects of which are not readily identified, « transparency » has become a fashionable word in the lexicon of commercial diplomacy. The article begins by focussing on the context in which the question of « policy transparency » has been raised in intergovernmental deliberations, then dwells on the consequences of governments trying to slow down the process of adjustment to changing économie circumstances, before emphasising the importance of securing public un-derstanding of the need to adjust to change.
Face au développement insidieux du protectionnisme, dont il n'est pas facile de mesurer l'incidence et les effets, la « transparence » est devenue un mot à la mode dans le lexique de la diplomatie commerciale. Le présent article situe tout d'abord le contexte dans lequel la question de la « transparence des politiques » a été soulevée dans les discussions intergouvernementales ; il souligne ensuite les consé- quences des tentatives des gouvernements pour ralentir le processus d'ajustement aux mutations économiques, avant de mettre l'accent sur l'importance qu'il y a à faire comprendre au public la nécessité de cet ajustement.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1984
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Langue Français
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Exrait

Corbet
Ordre international, « transparence » et aides publiques à
l'industrie
In: Politique étrangère N°1 - 1984 - 49e année pp. 99-111.
Abstract
International order, « transparency »
and public aid assistance to industry, by Hugh Corbet
With the insidious spread of protectionism, the incidence and effects of which are not readily identified, « transparency » has
become a fashionable word in the lexicon of commercial diplomacy. The article begins by focussing on the context in which the
question of « policy transparency » has been raised in intergovernmental deliberations, then dwells on the consequences of
governments trying to slow down the process of adjustment to changing économie circumstances, before emphasising the
importance of securing public un-derstanding of the need to adjust to change.
Résumé
Face au développement insidieux du protectionnisme, dont il n'est pas facile de mesurer l'incidence et les effets, la «
transparence » est devenue un mot à la mode dans le lexique de la diplomatie commerciale. Le présent article situe tout d'abord
le contexte dans lequel la question de la « transparence des politiques » a été soulevée dans les discussions
intergouvernementales ; il souligne ensuite les consé- quences des tentatives des gouvernements pour ralentir le processus
d'ajustement aux mutations économiques, avant de mettre l'accent sur l'importance qu'il y a à faire comprendre au public la
nécessité de cet ajustement.
Citer ce document / Cite this document :
Corbet. Ordre international, « transparence » et aides publiques à l'industrie. In: Politique étrangère N°1 - 1984 - 49e année pp.
99-111.
doi : 10.3406/polit.1984.3352
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/polit_0032-342X_1984_num_49_1_3352POLITIQUE ÉTRANGÈRE / 99
ORDRE INTERNATIONAL,
« TRANSPARENCE »
Hugh CORBET * ET AIDES PUBLIQUES
À L'INDUSTRIE
Les menaces qui pèsent sur l'alliance entre les pays occidentaux
sont faciles à déceler quand elles sont de nature politico-stra
tégique. Elles ne le sont pas autant, semble-t-il, quand elles
sont de nature économique. Il faut se rappeler cependant que le
système politique occidental se fonde sur un ordre. L'important n'est
pas tant que les systèmes politiques des pays, dont la constitution
a été influencée par la pensée et les valeurs occidentales, soient
de structures semblables. Plus significatif, en effet, est que ces
sociétés ouvertes soient structurées de façon à s'accorder et à s'aider
réciproquement. Elles ne sauraient survivre seules si elles ne s'unis
saient pas pour souscrire à un ordre cohérent de nature supérieure,
soit dans le but de maintenir leur sécurité collective, soit dans
celui de faciliter entre eux les échanges et les paiements.
Les tensions qui se développent au sein du système international
des échanges et des paiements depuis la fin des années 60 sont
de nature à préoccuper les responsables de la politique étrangère
dans les démocraties occidentales. Certaines de ces tensions sont
liées aux différences de taux d'intérêt — qui reflètent les différences
de taux d'inflation — entre les pays développés, et provoquent une
fluctuation des taux de change entre leurs monnaies, phénomène
qualifié par certains de « désordre monétaire ». Au niveau « réel »
de l'économie mondiale, les sources de tensions sont liées aux
« rigidités » structurelles des pays développés qui empêchent l'aju
stement des industries face aux progrès technologiques, aux chan
gements dans les avantages comparatifs, à l'évolution de la structure
de la demande, et à l'augmentation du coût de la main-d'œuvre
sans accroissement de la productivité. Ce qui conduit ces industries
à demander des protections contre leurs concurrents étrangers, tenus
par les boucs émissaires de leurs propres insuffisances.
Depuis le début des années 70, on assiste à une prolifération de
débats et de littérature sur le « néo-protectionnisme », terme qui
désigne l'aide et la protection obtenues par des mesures non tari
faires « déguisées » et par des accords « informels » de restrictions
à l'exportation. Ces restrictions sont volontaires et négociées par
* Directeur du Trade Policy Research Centre de Londres. 100 I POLITIQUE ÉTRANGÈRE
voie bilatérale, « hors des contraintes du GATT » [1], c'est-à-dire des
principes et des règles qui régissent depuis 1948 l'environnement
institutionnel des échanges internationaux entre les pays à économie
de marché. Avec l'avènement de la « croissance lente » dans les pays
développés, les gouvernements en sont venus à reconnaître les dangers
de ce néo-protectionnisme, mais ils ont empêché l'opinion publique
d'en prendre conscience, en lui cachant l'ampleur et l'étendue de
l'aide publique accordée aux industries en difficulté.
Face au développement insidieux du protectionnisme, dont il n'est
pas facile de mesurer l'incidence et les effets, la « transparence » est
ainsi devenue un mot à la mode dans le lexique de la diplomatie
commerciale. Par ce terme, les négociateurs font référence à l'absence
de clarté des différentes pratiques qui restreignent les échanges
internationaux, dès lors que les tarifs douaniers ont été réduits à un
niveau très bas, du moins dans les principaux pays développés ; ou
bien encore aux distorsions qui résultent des incitations à la produc
tion et à l'exportation, utilisées comme un autre moyen de « sauver
des emplois ». Ils sont conscients qu'il faut plus de lumière à ce sujet,
qu'il faut rendre transparentes les mesures non tarifaires « déguisées »,
et les accords « informels » de restrictions à l'exportation, afin de
les soumettre à l'examen de l'opinion publique.
Le présent article situe tout d'abord le contexte dans lequel la
question de la « transparence des politiques » a été soulevée dans les
discussions intergouvernementales ; il souligne ensuite les consé
quences des tentatives des gouvernements pour ralentir le processus
d'ajustement aux mutations économiques, avant de mettre l'accent
sur l'importance qu'il y a à faire comprendre au public la nécessité
de cet ajustement.
Instruments non tarifaires
Les mesures non tarifaires, qui comportent une discrimination à
l'égard des fournisseurs étrangers au profit des fournisseurs nationaux
de nature à fausser la concurrence, prennent des formes très variées :
licences d'importation, procédures d'évaluation en douane, procé
dures anti-dumping, subventions à la production et à l'exportation,
politique des marchés publics, normes relatives à la santé et la sécur
ité publiques [2]. Beaucoup de mesures non tarifaires, notamment
les subventions et les achats publics, sont des instruments de ce
que certains, qui se préoccupent surtout des problèmes internes,
appellent politique industrielle (ou politique agricole).
La politique commerciale, dont font traditionnellement partie les
mesures douanières, et la politique industrielle sont des termes
pratiquement synonymes : l'une et l'autre affectent les investisse- ORDRE INTERNATIONAL I 101
ments, la structure de la production dans l'économie nationale,
comme l'allocation des ressources sur le plan international. Etant
donné que les gouvernements interviennent aujourd'hui sur les
mécanismes du marché selon des procédures extrêmement variées,
il existe moins de raisons qu'autrefois de faire une distinction entre
les instruments tarifaires et non tarifaires : l'essentiel est dans la
distinction qui peut être établie entre les objectifs de ces interventions.
La plupart des instruments de la politique industrielle semblent avoir
une visée protectionniste, puisqu'ils ont pour objet de préserver les
structures de production, sans tenir compte de leur efficacité écono
mique. Ce sont ces objectifs protectionnistes qui font que les instr
uments de politique industrielle et les accords « informels » de restric
tions des échanges, nécessaires à cette politique, sont ensemble
qualifiés de « néo-protectionnisme ».
Les architectes de l'ordre économique international, établi après la
Seconde Guerre mondiale, avaient prévu que les gouvernements
pourraient altérer, par d'autres moyens, les avantages attendus des
abaissements tarifaires qui allaient faire l'objet des séries successives
de négociations multilatérales. Ils ont inclu dans le GATT plusieurs
clauses portant sur les mesures non tarifaires. Mais les six premiers
« rounds » de négociations du GATT, qui se sont étendues sur vingt
ans, ont été consacrées à la réduction des tarifs. Lors des préparatifs
d'un septième round, on s'est toutefois rendu compte que, avec
l'abaissement très important des tarifs sur les produits industriels
échangés entre les pays développés, le temps était venu d'élaborer
des règles sur le recours aux mesures non tarifaires. Les articles
de la section II, qui s'y rapportaient, apparaissaient insuffisants.
Les effets des mesures non tarifaires étant difficiles, voire imposs
ibles, à quantifier, on ne pouvait négocier leur « réduction » ni leur
modification comme celles des tarifs douaniers : pour ceux-ci, la
quantification permet d'atteindre un équilibre de « concessions », et
de satisfaire ainsi au concept multilatéral de « réciprocité » du GATT.
Dans le cas des obstacles non tarifaires, il a donc été décidé que le
principe de réciprocité devrait être satisfait par l'engagement, pris
à égalité par les pays signataires, de respecter des codes de conduite
fixant des règles et des principes spécifiques. Ceci dans le cadre
des règles et principes généraux du GATT qui régissent les diffé
rentes formes d'intervention non tarifaires sur les mécanismes du
marché.
Ainsi, à la différence des négociations antérieures du GATT, cette
septième série de négociations commerciales multilatérales, qui s'est
ouverte à Tokyo en septembre 1973, ne s'est pas limitée à une
libéralisation accrue des échanges internationaux selon des règles
acceptées de tous, mais elle a aussi porté sur ces règles elles-mêmes.
Les gouvernements ont donc entrepris d'élaborer des codes de 102 I POLITIQUE ÉTRANGÈRE
conduite relatifs aux mesures non tarifaires. Cependant, au même
moment, certaines de ces mesures ont été activement utilisées,
notamment par les grands pays industrialisés, en tant qu'instruments
de leur politique industrielle [3].
En conséquence, un certain nombre de problèmes non résolus, entre
les pays développés et dans ces pays mêmes, sur l'aide publique
apportée aux industries en difficulté, se sont retrouvés dans les codes
de conduite qui ont été finalement adoptés. Les gouvernements des
grands pays développés ont chacun essayé de maintenir une certaine
liberté d'action, qui, dans un monde interdépendant, était incompat
ible avec leurs obligations comme pays signataires du GATT. De
nombreux observateurs estiment que le code sur les subventions
et les droits compensateurs a, en fait, affaibli sur ce point les articles
du GATT. Le code sur les marchés publics [5], quoique très préc
isément élaboré, ne s'applique qu'aux seules « entités » gouvernement
ales, et ne concerne pas des industries pour lesquelles les achats
du secteur public sont un élément important d'aide étatique [6].
Pendant le déroulement du Tokyo Round, on a dit, en plaisantant,
que, si ces négociations aboutissaient, elles n'auraient plus de fin. On
voulait dire par là qu'une fois conclu un accord sur les codes non
tarifaires, son application exigerait un processus plus ou moins continu
de consultations et de négociations. Mais, depuis que le Tokyo Round
s'est achevé en 1979, les gouvernements ont rencontré des difficultés
beaucoup plus grandes que prévu, lors de l'application de ces codes.
Dans les discussions menées au sein des comités du GATT, créés
à cet effet, on se préoccupe des moyens d'aboutir à une plus grande
transparence de l'aide étatique aux industries en difficulté : un débat
public sur les coûts et avantages des mesures non tarifaires est pro
bablement en effet la seule façon de les évaluer de manière critique
et, finalement, de les modifier.
Les « mesures de la zone grise », source de préoccupations
La transparence des politiques a également été abordée au sein du
GATT, à propos des tentatives de la Communauté économique euro
péenne pour inciter les « petits » pays à accepter une clause de
« sélectivité » dans un nouveau code de sauvegarde, précisant l'arti
cle 19 du GATT, qui permet de se prémunir contre une soudaine
croissance des importations d'un produit donné. Une clause de
« sélectivité » autoriserait un pays, dans des circonstances excep
tionnelles, à imposer une protection sélective (c'est-à-dire discrimi
natoire) contre les importations d'un, de deux, voire de trois pays,
au lieu de l'appliquer à tous les pays fournisseurs. ORDRE INTERNATIONAL I 103
Cette proposition de s'écarter (encore plus) du principe de non-
discrimination, qui est censé être le principe directeur du système du
GATT, a été largement perçue comme une tentative de légitimer
la série d'accords de « restrictions volontaires » à l'exportation,
négociées « hors des règlements du GATT » depuis la fin des
années 60, et qualifiées aujourd'hui, par euphémisme, de « mesures
de la zone grise ». Les Etats-Unis, se sont le plus souvent abstenus
de prendre position à ce sujet. Mais ils ont parfois défendu la
« sélectivité », arguant que ce serait une façon de faire entrer les
restrictions volontaires à l'exportation dans les compétences du GATT,
de les soumettre à une discipline et une surveillance multilatérales
et, ainsi, de les rendre transparentes, afin de les supprimer progres
sivement.
La question de la transparence se pose à propos d'un autre élément
d'un éventuel nouveau code de sauvegarde. L'article 19 prévoit des
mesures d'urgence contre les importations d'un produit donné, qui
portent, ou menacent de porter, un grave préjudice aux fournisseurs
nationaux du produit. Comme la notion de « grave » est une
notion subjective, et comme il a été difficile d'arriver à un accord
international sur des critères objectifs pour déterminer les circonstan
ces du préjudice ou de la menace de préjudice, on a avancé qu'il
pourrait suffire que les autorités nationales soumettent toute demande
de protection à une enquête publique : seraient entendus, non seu
lement le plaignant, mais également les représentants des industries
connexes, des importateurs, des détaillants et des consommateurs,
en plus des fournisseurs étrangers du produit en question. Dans ce
cas tout au moins, estime-t-on, la décision prise par le ministre
responsable, s'il recourt à des mesures d'urgence, pourrait être
considérée comme ayant été soumise publiquement à l'examen (et
à la réflexion) de toutes les parties intéressées [7].
De la nécessité d'enquêtes publiques
Dans un certain nombre de pays, la mise en œuvre des mesures de
régulation du commerce — procédures anti-dumping, subventions et
droits compensateurs, clause de sauvegarde — implique des enquêtes
publiques, sous une forme ou une autre, qui offrent à d'autres parties
intéressées, outre le « plaignant » et le « défenseur », une occasion de
se faire entendre. Le pays le plus remarquable à cet égard est les
Etats-Unis, où les audiences publiques jouent un rôle déterminant,
non seulement dans le processus d'élaboration de la politique, mais
aussi pour la prise de décision. Le rôle des audiences publiques en
Autralie a également été d'attirer l'attention, notamment, sur l'aide
étatique à des industries données. 104 I POLITIQUE ÉTRANGÈRE
En février 1982, le conseil des ministres de la Communauté euro
péenne a établi, par l'arrêté n° 288/82, des règles communes relatives
aux audiences publiques pour les cas où sont présentées des demandes
de protection contre des importations [8]. Toutefois à ce jour, seules
deux affaires ont été examinées dans le cadre de ces nouvelles
« règles » : toutes deux consistaient en des plaintes françaises, l'une
contre la poterie en provenance de Corée du Sud, et l'autre contre
des montres à quartz de Hong Kong.
Intérêt britannique pour l'analyse coûts/avantages
En avril 1982, l'Association des consommateurs du Royaume-Uni a
proposé au National Economie Development Council que le gouver
nement britannique établisse un système de contrôle des coûts et
avantages des restrictions volontaires et autres dispositions — ne
relevant pas de la compétence de la CEE — destinées à limiter
les importations [9].
Peu après, dans un discours en date du 9 juin 1982, le ministre
britannique du Commerce, Peter Rees, a déclaré qu'il saluait les
récents « efforts visant à accroître la transparence des relations
commerciales internationales, et notamment l'idée selon laquelle les
accords portant sur les restrictions volontaires à l'exportation, conclus
entre gouvernements et entre industries, devraient faire l'objet d'une
forme quelconque d'examen international dans le cadre du GATT ».
Ceci à la fois pour limiter les soupçons, et pour rendre plus clairs
les coûts des subventions et de la protection.
« De la même façon », a poursuivi Peter Rees, « on pourrait égal
ement souhaiter à l'échelle nationale la création d'un organisme qui,
s'appuyant sur l'expérience des commissions pour le Commerce aux
Etats-Unis et en Australie, étudierait et rendrait public le coût
global de toute nouvelle mesure protectionniste, non seulement pour
les consommateurs, dont la voix se ferait plus largement entendre,
mais aussi pour d'autres secteurs de l'industrie qui en subiraient les
effets négatifs, même indirectement. Ce système permettrait, à mon
avis, un débat plus équilibré sur chacune de ces mesures et, ainsi,
une affaire limitée à un secteur ou à une région pourrait être jugée
dans un contexte plus large, national ou international » [10].
Travaux de l'OCDE sur la transparence des politiques
Au sein de l'Organisation de coopération et de développement éco
nomique (OCDE), il a été demandé au Comité de la politique à
l'égard des consommateurs, lors de la réunion du conseil des ministres ORDRE INTERNATIONAL I 105
des 10 et 11 mai 1982, «d'examiner les possibilités concrètes de
porter une plus grande attention à la politique à l'égard des consom
mateurs dans les travaux sur les questions de commerce international
ou s'y rapportant ». En considérant la place que prennent les intérêts
des consommateurs dans le processus de prise de décision sur les
problèmes de politique commerciale, au niveau national et interna
tional, le Comité étudie donc : la transparence des critères employés
pour arriver aux décisions de politique commerciale ; les méthodes
d'analyse des coûts et avantages de ces mesures pour les consom
mateurs comme pour d'autres groupes concernés ; et les procédures
qui permettront de tenir compte de l'opinion des consommateurs
lors de la prise des décisions. Quant à ces procédures, le Comité
étudie plus particulièrement les exemples apportés par V International
Trade Commission (ITC) aux Etats-Unis et V Industries Assistance
Commission (IAC) en Australie, ainsi que les dispositions qui, dans
d'autres pays, obligent à prendre en compte l'effet sur les consom
mateurs des mesures de politique commerciale et plus largement
de politique économique [11].
Antérieurement, le Comité de politique économique de l'OCDE a
accordé la priorité à la question de la transparence dans son program
me de recherche sur « les politiques d'ajustement positif », supervisé
par un Comité spécial sur les politiques d'ajustement positif. Un
sous-groupe sur la transparence a été créé pour examiner les méthodes
utilisées par les gouvernements en vue d'améliorer, à l'échelle natio
nale, la connaissance des mécanismes de subventions : on a pensé
qu'une transparence plus grande serait bien accueillie par l'ensemble
des gouvernements de l'OCDE. Dans un rapport préliminaire, le sous-
groupe note que, si l'établissement d'une liste détaillée des coûts
budgétaire des subventions peut constituer une premier pas de réelle
importance, « la plupart des gouvernements des pays membres de
l'OCDE n'ont même pas encore atteint ce stade. Dans la majorité des
pays étudiés, les informations relatives aux subventions ne sont pas
rassemblées sous une seule rubrique, mais dispersées dans une
multitude de rapports et de comptes. Les données publiées par les
gouvernements sont généralement incomplètes et difficiles à repérer
dans les nombreux documents entre lesquels elles sont disper
sées » [12].
Le Comité de l'OCDE sur les politiques d'ajustement positif a passé
en revue les institutions chargées de contrôler la « transparence »
dans douze pays, et il a étudié l'IAC et l'ITC en détail. Son rapport
final comportait le commentaire suivant : « II convient de mentionner
tout spécialement V Industries Assistance Commission (IAC) de l'Aust
ralie, dont la particularité est qu'elle a été spécifiquement créée
pour évaluer les programmes gouvernementaux d'aide à l'industrie
de façon impartiale, en utilisant des techniques avancées d'analyse
économique... Cet organisme a obtenu des succès notables, en portant 106 I POLITIQUE ÉTRANGÈRE
à la connaissance du public les conséquences économiques de pr
ogrammes de subventions envisagés, et en influençant ainsi l'opinion
publique au sujet de ceux-ci. Il semble que ses travaux soient menés
sur une base permanente, ce qui lui confère une place à part par
rapport aux autres institutions » [13].
Le rôle de l'ITC dans l'aménagement de la protection aux Etats-Unis
a été défini par Stanley Metzger, ancien président de la Tariff
Commission des Etats-Unis, précurseur de l'ITC : « A la différence
d'autres agences qui ont été officiellement chargées d"4 encourager "
les négociations collectives ou de " stimuler " la marine marchande
nationale, il n'a jamais été attribué de rôle politique à la Commission.
Elle n'a jamais été chargée de " protéger " l'industrie américaine
contre la concurrence à l'importation. De fait, elle a eu pour mission
d'éviter tout rôle " politique " et de se cantonner exclusivement
à son rôle de commission d'enquête » [14].
L'ITC est certes « un organisme indépendant, bipartisan, quasi judi
ciaire, et disposant de pouvoirs étendus pour examiner, dans tous
leurs aspects, les effets du commerce extérieur américain sur la pro
duction, l'emploi et la consommation intérieurs » [15], mais ses
rapports annuels des dix dernières années confirment qu'elle s'est
essentiellement préoccupée des questions de " préjudice " subi par
les industries en raison de la concurrence des produits importés.
Bien des ennuis pourraient être évités si...
Parmi ceux que leur vie professionnelle amène à suivre les relations
économiques internationales — et qui voient la façon dont les litiges
entre pays se développent à l'origine entre les responsables officiels,
qui font simplement leur travail, puis débouchent sur une discussion
publique, entre des « lobbies », des journalistes, des avocats qui,
eux aussi, font simplement leur travail, avant d'attirer enfin, mais
généralement trop tard, l'attention du gouvernement — , nombreux
sont ceux qui sont enclins à penser que bien des ennuis pourraient
être évités : tout le monde s'en trouverait mieux si les points de vue
de tous les intérêts concernés pouvaient être convenablement entendus
et soumis à une analyse rigoureuse, avant que fut définie et appliquée
toute politique en la matière.
Les conditions d'exercice de l'activité économique sont constamment
soumises à des fluctuations. Le rythme de la croissance démographi
que, de l'accumulation du capital, et des progrès technologiques,
diffère d'un pays à l'autre, et se modifie au sein de chaque pays.
Avec la croissance de l'économie mondiale, les préférences des
consommateurs évoluent, de nouvelles sources d'approvisionnement
font leur apparition et, plus précisément, la disponibilité de certaines ORDRE INTERNATIONAL I 107
matières premières diminue, ce qui oblige à trouver des substituts.
C'est dans ce contexte d'évolution incessante et incontrôlable, voire
parfois de mutation radicale, que les sociétés recherchent une sorte
de stabilité globale. Mais cette « stabilité globale » qu'elles souhaitent
ne peut être obtenue que grâce à un ajustement rapide de tous
ceux qui sont impliqués dans le changement : entreprises individuelles,
parfois secteurs entiers de l'industrie, salariés de ces industries,
marché des capitaux.
On ne peut espérer qu'une « stabilité globale » approximative car le
changement est parfois radical, et l'ajustement brutal. Mais les tenta
tives pour bloquer, retarder, ou ralentir cet ajustement — dans
l'illusion de pouvoir ainsi échapper aux tensions sociales et politiques
qu'il implique — ne font que rendre la société et l'économie plus
vulnérables aux changements ultérieurs, et ouvrent la voie à une
instabilité encore plus violente. Ces tentatives sont également la prin
cipale, voire la seule, source de frictions, dans les relations écono
miques entre les pays. On peut dire par conséquent que l'ordre
économique international existe seulement lorsque les ajustements
peuvent se faire sans obstacles.
Ce qui est, certes, un ordre économique imparfait ne peut être amél
ioré, et le degré de stabilité qu'il apporte ne peut être augmenté,
si l'on tente de manipuler le rythme des changements auxquels une
société est exposée. Les transformations économiques et sociales,
surtout dans une société libre, résultent d'un processus si complexe
que personne ne peut l'appréhender dans sa totalité. Pour améliorer
l'ordre économique international, il est nécessaire que les change
ments soient davantage prévisibles. Si on peut les prévoir à longue
échéance, l'ajustement pourra être mieux préparé, et sera donc moins
brutal.
Ceci, à son tour, crée la nécessité de limiter le nombre de variables-
clefs que ceux qui sont responsables de l'ajustement — les entreprises
et les institutions du marché des capitaux — doivent considérer
comme incertaines. La demande à laquelle doit faire face une entre
prise et certains éléments de ses coûts peuvent être considérés comme
intrinsèquement et inévitablement incertains. Mais il vient s'ajouter
une part inutile d'incertitude, si le décideur, dans l'entreprise ou
sur le marché des capitaux, doit également essayer de deviner le taux
futur de l'inflation, l'évolution future des taux de change, la péné
tration future des marchés extérieurs pour les produits de son
entreprise, ou toute autre condition du marché affectée par la poli
tique des gouvernements.
Ajuster, comprendre, accepter
L'incertitude liée aux choix politiques, qui est le produit de l'inte
rvention de l'Etat [16], freine l'investissement nécessaire à la mise