Rites, « angles morts », et typologie argumentative de la dissuasion nucléaire française : le vrai faux débat sur les coûts

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En France, le consensus qui semblait caractériser la communauté nationale des stratégistes du nucléaire militaire paraît fragilisé. Des politiciens et des militaires de haut rang remettent en effet en cause la pertinence de la bombe atomique dans le contexte stratégique contemporain. Un débat portant non pas sur la forme de la dissuasion nucléaire, mais aussi sur sa raison d’être émerge ainsi au sein de la société française. Dans l’optique d’alimenter la réflexion sur ce sujet, cet article propose une lecture critique de la composante nucléaire de la dissuasion et plus spécifiquement des discours qui tendent à favoriser la perpétuation de la logique atomique au 21e siècle. Il identifie tout d’abord ce qui distingue une perspective critique par opposition aux approches classiques en précisant la notion de « rite nucléaire ». Il expose ensuite les limites de la dissuasion nucléaire au regard des problématiques sécuritaires actuelles et de celles anticipées pour l’avenir. Il établit enfin une typologie des arguments mis de l’avant par les partisans de la dissuasion nucléaire en accordant une attention particulière au discours sur les coûts.

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Ajouté le 10 février 2017
Nombre de lectures 68
EAN13 ISSN:2492-248
Langue Français
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OSINTPOL
Note d’analyse
31 janvier 2017
Rites, « angles morts », et typologie argumentative de la dissuasion nucléaire française : le vrai faux débat sur les coûts
Fonds de dotation OSINTPOL
Yannick Quéau
OSINTPOL
Note d’analyse
31 janvier 2017
Rites, « angles morts », et typologie argumentative de la dissuasion nucléaire française : le vrai faux débat sur les coûts
Fonds de dotation OSINTPOL
Yannick Quéau
L’intelligence du bien commun
Le Fonds de dotation OSINTPOL est un laboratoire didées outhink tank. Il accomplit une mission d’intérêt général en soutenant la recherche et la diffusion d’analyses en science politique, notamment les domaines liés à la paix et aux relations internationales. Il agit dans lintérêt du bien commun en conformité avec les valeurs humanistes qui sont les siennes et les idéaux de justice et de liberté énoncés dans la Déclaration universelle desdroits de la personne. Les travaux d’OSINTPOL sinscrivent pleinement dans les débats parcourant ses sphères dintérêt. La démarche est résolument critique et avant tout orientée vers la production et la diffusion aussi large que possible des savoirs relatifs à ses domaines dinterventions. OSINTPOL ne saurait accomplir efficacement sa missiond’information et de sensibilisation du public sans le soutien de donateurs motivés par la défense du bien commun. Rejoignez-nous sur osintpol.org.
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Photographie : sous-marin nucléaire lanceurs d'engins / SNLE-NG type le triomphant Le Vigilant. Crédit : inconnu, CC BY-CA 3.0.
Fonds de dotation OSINTPOL
Sommaire
Sommaire .......................................................................................... i
Liste des figures ................................................................................ ii
Biographie del’auteur....................................................................... iii
Avant-propos ................................................................................... iv
Résumé ........................................................................................... vi
Abstract........................................................................................... vi
Introduction....................................................................................1
1.
2.
3.
Comprendre la dissuasion et son caractère ritualisé..................4
La logique du rétroviseur et les angles morts de la dissuasion ..7
La recherche d’un destin pour la bombe et le vrai faux débat sur les coûts ..................................................................................11
Conclusion : quels rôle et moyens pour la défense française ? ......17
Bibliographie ................................................................................... 20
Fonds de dotation OSINTPOL
OSINTPOL
Liste des figures
ii
ii
Figure 1. Budgets de la dissuasion nucléaire française en millions EUR de 2011 (autorisation d’engagement)4..........................................1....
Liste des tableaux
Tableau 1. Illustration des coûts associés à la modernisation de la force de dissuasion nucléaire français....................................................... 15 Tableau 2. Illustration des coûts associés à la modernisation de la force de dissuasion nucléaire britannique................................................ 16
Note d’analyse|Rites, angles morts et typologie argumentative de la dissuasion nucléaire : le vrai faux débat sur les coûts
iii
iiiBiographie de l’auteur
OSINTPOL
Yannick Quéauassure la direction d’OSINTPOL. Il se consacre également à la recherche, ses sphères d’expertise couvrant la sécurité internationale, les relations transatlantiques, les aspects industriels, stratégiques et économiques du commerce des armes, qu’elles soient classiques ou nucléaires, ainsi que les règles de contrôle s’y rapportant. Il est l’auteur de nombreuses analyses et rapports sur ces sujets qu’il couvre également par le biais de conférences. Il est par ailleurs chercheur associé au Groupe de rechercheet d’information sur la paix et la sécurité (GRIP, Bruxelles). Il a auparavant travaillé au sein du Groupe de recherche sur l’industrie militaire et la sécurité (GRIMS, Montréal) et été rattaché à l’Observatoire de l’économie politique de la défense (OEPD, Montréal). Il a collaboré en tant que chercheur associé avec la Fondation pour la recherche stratégique (FRS, Paris) de novembre 2010 à août 2013. Il a aussi officié comme analyste au Technopole défense et sécurité à Valcartier (Québec, Canada), plus précisément, au Bureau de commercialisation et d’intelligence des marchés, ainsi que comme enseignant pendant 3 ans pour le compte du ministère de la Défense du Canada à Saint-Jean-sur-Richelieu (Canada). Il a aussi enseigné épisodiquement comme chargé de cours à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), à l’université Paris2 Panthéon-Assas et à Sciences Po Paris. Yannick Quéau est diplômé de l’UQAM (Canada) et de l’université de Bradford (Royaume-Uni).
Pour citer ce document
Yannick Quéau, «Rites, « angles morts » et typologie argumentative de la dissuasion nucléaire : le vrai faux débat sur les coûts»,Note d’analysed’OSINTPOL, 31 janvier 2017.
Initialement publié dans la revueLes champs de Marsdans le cadre d’une collaboration entre la Documentation Française et l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire(IRSEM).
Yannick Quéau, « Rites, angles morts et typologie argumentative de la dissuasion nucléaire : le vrai faux débat sur les coûts »,Les Champs de Mars, n°25, hiver 2013, La documentation française/IRSEM : Paris, p. 91-116.
Lire par ailleurs
YannickQuéau, «: la Nouvelle Guerre froideEntre paresse et propagande », blogpads.blog.lemonde.fr, 10 octobre 2016.
Yannick Quéau, «Entre guerre te terreur : principe et acteurs du sécuritarisme et du militarisme en France»,Note d’analysed’OSINTPOL,18 décembre 2015
Note d’analyse|Rites, « angles morts » et typologie argumentative de la dissuasion nucléaire : le vrai faux débat sur les coûts
iv
ivAvant-propos
OSINTPOL
Comme indiqué précédemment, ce texte est une reproduction de celui publié dans la revueLes Champs de Mars. Je profite ici de la loi pour une République numérique permettant aux auteursde s’affranchir des éditeurs de revues scientifiques et de leurs canaux de diffusion pour réexploiter comme bon leur semble (ici en accès libre et gratuit) une recherche produite via des fonds publics. Plusieurs des éléments contenus dans cet écrit sont évidemment datés et il convient de resituer la recherche dans son contexte de production.
Malgré ses quelques années, ce texte conserve sa pertinence, principalement du fait que les discours sur la dissuasion nucléaire française n’évoluent que marginalementquand ils évoluent.Cette situation n’est passans liens avec le fait que le débat est en effet, depuis toujours ou presque, largement monopolisé par une poignée d’experts à la solidarité intéressée etayant des sources de financement les liants tant àl’industrie tirantson profit des subsidespubliques qu’aux agences gouvernementales et autres ministères qui restent en lutte pour la préservation de leurs parts dans le gâteau budgétaire national. Si cette donnée de départ est largement connue des initiés du domaine,elle l’est fort peugrand public qui fait face à tout un ensemble du d’artifices rhétoriques et d’omissions troublantes lorsque vient le temps de révéler les allégeances et étiquettes des intervenants dans le débat. En matière de dissuasion nucléaire,la prétention à l’indépendance dont se réclament plusieurs experts est dans bien des cas assimilable àcelle d’un oncologue qui serait financé par l’industrie du tabac et qui affirmerait que «quand on y pense, le tabac c’est merveilleux, car sans le tabac il n’est pas dit qu’on aurait investi autant dans la recherche contre le cancer.»
C’est malheureusementainsi ques’exprime en bien des occasions lapédagogiedont se réclament les experts du complexe nucléaire français.Pédagogie… c’est incroyable ce que le débat public recèle de pédagogues en cette époque où tous les populismes prospèrent. Clarifions donc, non pas le terme, mais son usage : s’octroyer le rôle de pédagogueconfine régulièrement à un artifice rhétorique qui postule, sans la démontrer, une position d’autorité intellectuelle àcelui qui se prévaut de cette qualité. Être expert ne suffit plus, il faut être expert-pédagogue, cest-à-dire prêcheur dubon catéchisme, l’endoctrinement se substituant dans le processus à toute forme de pensée critique.
On rappellera ici que le savoir n’est jamais donné. Il est toujours conquis, exactement comme le pouvoir auquel il est intimement lié. En ce sens, le refus du dogme, cest-à-direle refus d’une vérité révélée par des experts-lobbyistes aux prétentions éducatives est un devoir citoyen.C’est vrai en matière de dissuasion nucléaire comme dans toutes les sphères politiques.
Note d’analyse|Rites, « angles morts » et typologie argumentative de la dissuasion nucléaire : le vrai faux débat sur les coûts
OSINTPOL
Résumé
vi
vi
En France, le consensus qui semblait caractériser la communauté nationale des stratégistes du nucléaire militaire paraît fragilisé. Des politiciens et des militaires de haut rang remettent en effet en cause la pertinence de la bombe atomique dans le contexte stratégique contemporain. Un débat portant non passur la forme de la dissuasion nucléaire, mais aussi sur sa raison d’êtreémerge ainsi au sein de la société française.Dans l’optique d’alimenterla réflexion sur ce sujet, cet article propose une lecture critique de la composante nucléaire de la dissuasion et plus spécifiquement des discours qui tendent à e favoriser la perpétuation de la logique atomique au 21 siècle. Il identifie tout d’abord ce qui distingueune perspective critique par opposition aux approches classiques en précisant la notion de « rite nucléaire ». Il expose ensuite les limites de la dissuasion nucléaire au regard des problématiques sécuritaires actuelles etde celles anticipées pour l’avenir. Il établit enfin une typologie des arguments mis de l’avant par les partisans de la dissuasion nucléaire en accordant une attention particulière au discours sur les coûts.
Abstract
The consensus that seemed to characterize the French community of nuclear strategists appears to be weakening. Politicians and high ranking military representatives are challenging the relevance of the atomic bomb in the contemporary strategic environment. A debate questioning not only the shape of nuclear deterrence, but itsraison d’êtretherefore emerging within the is French society. With a view to contribute to this reflection, this article offers a critical perspective on the nuclear component of deterrence and more specifically on the discourses advocating the perpetuation of the atomic logic in st the 21 century. First, it identifies what distinguishes a critical perspective from classical approaches and defines the notion of "nuclear rite". Second, it presents the limits of nuclear deterrence with regards to the actual security issues and those anticipated for the future. Finally, it establishes a typology of arguments put forward by the defenders of nuclear deterrence, with a particular attention to narratives on the costs.
Note d’analyse|Rites, angles morts et typologie argumentative de la dissuasion nucléaire : le vrai faux débat sur les coûts
Introduction
Une revue de littérature portant sur les écrits des chercheurs français traitant de la dissuasion nucléaire hexagonale ne manquerait sans doute pas de relever les nombreuses références à de Gaulle, à « une certaine idée le France », ou encore à la voix que l’atome donne à la nation en matière de sécurité 1 mondiale . L’analyste estainsi face à un ensemble de procédés rhétoriques donnant, au premier abord, l’impression que la dissuasion nucléaire française est largement immuable. Cette perception est renforcée par ce qui est présenté comme un consensus, réunissant les professionnels de la sécurité et les gouvernants qu’ils soient de droite ou de gauche (Howorth, 1991). Dumoulin et Wasinski (2010: 81) écrivent d’ailleurs à ce sujet «qu’il existe incontestablement une critique radicale de l’arme nucléaire en France. Toutefois, en dehors de quelques exceptions, cette critique évolue majoritairement (qu’on le regrette ou non) en dehors des grands canaux traditionnels du débat stratégique classique. » En somme, lorsque les experts français débattent de la dissuasion nucléaire, ils ne questionnent pas son utilité, mais la forme qu’elle doit prendre, le contenu de sa doctrine et le type d’équipementsqui doit lui permettre d’être effective (Géré, 1998; Yost, 1994-1995). Toute remise en cause des fondements de la dissuasion risque de valoir à son auteurdéconsidération de la part d’une communauté épistémique très homogène et possiblement exclusion des canaux du débat stratégique dont 2 parlent Dumoulin et Wasinski .
Ainsi, on comprend un peu mieux pourquoi les propos tenus par Rocard, ancien premier ministre de juin 1988 à mai 1991, sont apparus comme un pavé dans la marre. Jouant la provocation sur un plateau de télévision, il annonce sa solution pour sabrer les dépenses publiques : « supprimer la force de dissuasion nucléaire, 16 milliards d'euros par an qui ne servent absolument à rien ». Pour Quilès (2012), ancien ministre de la Défense de 1985 à 1986, ce n’est même pas une affaire d’économie budgétaire, mais simplement la nécessité de renoncer à ce qu’il qualifie dans le journalLibération3 d’«qui devrait motiver cette décision. Au-delà deassurance-mort » l’erreurde Rocard sur les chiffres (la dépense étant généralement estimée à entre 3 et 4,5 milliards d’euros annuels selon les méthodologies employées) et des effets
1 Le Drian (AFP, 2012), le ministre de la Défense a d’ailleurs déclarerdans une émission de radio : « La dissuasion est un élément déterminant de notre sécurité. C'est le cas depuis qu'elle a été créée par le général de Gaulle et elle est maintenue dans ses deux composantes parce que c'est notre assurance vie […] on ne fait pas d'économies sur son assurance vie. » Et d’ajouter que la dissuasion nucléaire confèrent au pays « le poids politique nécessaire pour parler comme la France doit parler ». 2 Parmi les exceptions confirmant la règle générale Dumoulin et Wasinski citent Mellon (2000), Wurtz (1998) ; Barillot (1996) ; Cochet (1992) et (Joxe 1990). 3 Par opposition aux discours présentant la bombe comme une « assurance-vie ».
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