André Breton et l hermétisme : Des Champs magnétiques à La Clé des champs - article ; n°1 ; vol.15, pg 127-139
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Description

Cahiers de l'Association internationale des études francaises - Année 1963 - Volume 15 - Numéro 1 - Pages 127-139
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié par
Publié le 01 janvier 1963
Nombre de lectures 43
Langue Français

Exrait

Madame Anna Balakian
André Breton et l'hermétisme : Des "Champs magnétiques" à
"La Clé des champs"
In: Cahiers de l'Association internationale des études francaises, 1963, N°15. pp. 127-139.
Citer ce document / Cite this document :
Balakian Anna. André Breton et l'hermétisme : Des "Champs magnétiques" à "La Clé des champs". In: Cahiers de l'Association
internationale des études francaises, 1963, N°15. pp. 127-139.
doi : 10.3406/caief.1963.2248
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/caief_0571-5865_1963_num_15_1_2248BRETON ET L'HERMÉTISME ANDRÉ
DES « CHAMPS MAGNÉTIQUES »
A « LA CLÉ DES CHAMPS »
Communication de Mme A. BALAKIAN
(New York)
au XIVe Congrès de V Association, le 26 juillet 1962.
Dans un de ses plus récents essais, « Devant le Rideau »,
André Breton a accusé la critique universitaire de n'avoir fait
aucun effort formel pour établir les schemes ésotériques de
l'art et de la poésie : « En s'abstenant jusqu'ici d'en tenir
compte, la critique universitaire s'est vouée purement et
simplement à l'inanité... ainsi les grands mouvements émot
ionnels qui nous agitent encore, la charte sensible qui nous
régit procéderaient-ils, qu'on le veuille ou non, d'une tradi
tion tout à fait différente de celle qu'on enseigne : sur cette
tradition le silence le plus indigne, le plus vindicatif est gar
dé (1). » Notre enquête, « Hermétisme et Poésie », ne serait-
elle pas un démenti de ce reproche ?
Il est vrai que l'hermétisme sous toutes ses formes a servi
de culte au surréalisme depuis Les Champs Magnétiques, pre
mier document surréaliste, jusqu'au dernier recueil d'essais
d'André Breton, paru sous le titre cryptographique de La
Clé des Champs, qui résume la position définitive où il
aboutit après avoir cherché pendant plus d'un quart de siècle
les fondements occultes de la pyramide humaine. Déjà dans
(1) La Clé des Champs, Sagittaire, 1953, p. 93. 128 ANNA BALAKIAN
le Premier Manifeste le « berger magicien » des Champs Mag
nétiques avait proclamé que l'Alchimie du Verbe de Rim
baud devrait être prise au pied de la lettre. Dans l'article,
« Pourquoi Je Prends la Direction de la Révolution Surréaliste)),
qui date de 1925, il avait considéré les surréalistes comme
une armée d'aventuriers qui agissent sous les ordres du merv
eilleux. A maintes reprises encore il a tracé la trame sou
terraine qui unit selon lui les esprits poétiques depuis ce qu'il
appelle « l'admirable quatorzième siècle » où Flamel reçut de
façon mystérieuse le manuscrit du livre d'Abraham Juif, à
travers l'œuvre des alchimistes du xve et du xvne siècle, pas
sant par de Martinès, de Saint-Martin, de Fabre
d'Olivet, de l'Abbé Contant, par celle des illuminés du xixe
siècle : Hugo, Lautréamont, Rimbaud, à un certain degré
Mallarmé, et d'époque plus récente jusqu'à l'œuvre de Jarry,
Apollinaire, et Raymond Roussel ; Breton marque ainsi le
parallèle entre les occultistes et les poètes. La pierre philo-
sophale ne transforme pas simplement les métaux mais prend
un sens symbolique ; selon Breton elle déchaîne l'imagination
humaine, mot auquel il attribue une signification toute
spéciale. Ce n'est pas une faculté trompeuse mais libératrice.
Sans elle nous sommes forcés de vivre sous l'empire du
rationalisme, c'est-à-dire à la surface des choses et selon le
courant évident des phénomènes. D'après Breton l'imagination
serait seule capable de nous délivrer de cette condition. En
effet il attribue à l'imagination ce caractère spécial de l'être
humain qu'Hermès Trismégiste aurait défini comme « l'union
intime de la sensation et de la pensée » (2). Cette faculté non
inerte mais latente, « domestiquée » (le mot est de Breton)
depuis des siècles, pourrait retrouver ses élans refoulés pour
nous faire envisager un ordre inattendu et dynamique plutôt
qu'organisé du monde. La tradition hermétique qui se perpé
tue de façon souterraine à toute époque et sous n'importe
quelle forme de culture, ne constitue pas une influence
consciente ; c'est plutôt une sorte de transfusion qui à
chaque nouvelle crise mystique de l'humanité fortifie ceux
(2) Louis Ménard, Traduction Complète, édition 1925, Paris, p. 51 DEB CHAMPS MAGNETIQUES A LA CLÉ DES CHAMPS I2Ç
qui y sont déjà enclins. Selon André Breton ce sont les esprits
les plus fiévreusement consacrés à la poésie plutôt qu'à des
croyances surnaturelles qui tendent de nos jours à l'hermé
tisme. « Consciemment ou non, dit-il dans Arcane, le pro
cessus de découverte artistique, s'il demeure étranger à
l'ensemble de ses ambitions métaphysiques, n'en est pas
moins inféodé à la forme et aux moyens de progression
mêmes de la haute magie (3). » Et dans Entretiens il l'appelle :
« une transmission plus ou moins intégrale d'une tradition
secrète jusqu'à nous (4). »
II n'est en effet aucune œuvre de Breton en vers ou en
prose qui ne fasse pas allusion à quelque aspect de l'hermé
tisme et à ses multiples ramifications, et il n'existe pas d'au
teur dont les influences subies ne soient plus faciles à signaler
que celles que se réclame Breton en offrant des références
d'une précision érudite. Il maintient même de façon fer
vente dans ses Entretiens que l'hermétisme marque toute son
œuvre et ne doit pas être pris pour un tournant récent de sa
pensée. En effet nous le voyons qui se rapporte à chaque pas
aux maîtres de l'occultisme : soit au génie de Flamel, soit au
Rameau ďOr de Frazer, à Amberlain qu'il cite à propos de
Roussel, à Fulcanelli et aux Demeures Philosophâtes ou aux
Mœurs des Diurnales, à de fréquentes allusions au Grand
Œuvre, au 3e et au 4e livre de la Magie. De même sa langue
est imbue de terminologie hermétique, depuis les nombreuses
évocations de la pierre philosophale, de la toison d'or, jus
qu'aux mots sibyllins d'arcane, de labyrinthes, de signe,
de fils, de serpents bleus, de ptérodactyle, et aux nombres
magiques, inscriptions divines, métamorphoses, divination,
au sens astrologique des planètes, aux forces mystiques de
l'eau et du feu, ou comme il caractérise celui-ci dans « La
Lampe dans l'Horloge » : « la toute-puissance phénoménale
du feu. »
Dans son livre, André Breton et les Données Fondamentales
du Surréalisme, Michel Carrouges rapporte à la philosophie
(3) André Breton, Arcane 17, Brentano, N. Y., 1945, p. 154.
(4) A. Entretiens, Gallimard, 1952, p. 271. I3O ANNA BALAKIAN
hermétique la notion fondamentale du surréalisme : « Au fur
et à mesure que l'on pénètre plus profondément dans le
surréalisme, on s'aperçoit que l'hermétisme en est la pierre
d'angle et qu'il en inspire les conceptions fondamentales (5). »
Parmi les qualités surréalistes qu'il attribue ainsi à des
influences hermétiques on retrouve : le culte de l'enfance,
du primitivisme, le sens du maudit, des spectres, des médiums,
l'appel au « noir », aux ténèbres et au satanique, la persistance
d'une atmosphère hantée, marquée de transparence ; et
surtout, il identifie avec les concepts hermétiques la non-
distinction que propose André Breton entre la matière et
l'âme. A plus forte raison encore, et pour donner une év
idence concluante, Carrouges remonte à l'usage originel du
mot « alchimie » pour montrer que la transmutation des mé
taux était naguère le symbole sacramental d'un processus
beaucoup plus profond qui eût visé à la récupération de
toute substance matérielle, métamorphose intérieure sur la
voie des mystères de la création. Comme il y aurait donc à
marquer une distinction entre alchimie mystique et alchimie
pratique, de même il constate que les manipulations magiques
du langage telles qu'affectées par Mallarmé et Valéry sont une
alchimie de surface 

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