Chapitre 1 Introduction  1. "La culture chinoise" La "culture ...
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Liang Shuming梁淑敏 Les idées maîtresses de la culture chinoise1949 chapîtres 1 et 2 – Traduction de Michel Masson  
  Chapitre 1  Introduction
   1. "La culture chinoise"   La "culture" désigne l'ensemble des réalités sur lesquelles nos vies prennent appui. Par exemple, ce sont d'abord les outillages, les techniques et les systèmes sociaux corrélatifs, qui permettent la production agricole et industrielle dont nous vivons. Ce sont aussi les institutions politiques, les législations, les croyances religieuses, la moralité et les coutumes, les cours de justice, la police, l'armée, ... tout ce qui assure le gouvernement et l'ordre public également nécessaires à la vie. Ce sont aussi les institutions scolaires qui permettent à chacun d'acquérir connaissances et aptitudes. Enfin, bien sûr, c'est tout ce qui assure la transmission culturelle : écriture, livres, institutions académiques.   En d'autres termes, la compréhension habituelle de la culture comme écriture, littérature, pensée, science, éducation ou édition est trop restreinte. Dire que la culture comprend tout ce sur quoi nos vies prennent appui, c'est indiquer qu'elle est quelque chose d'extrêmement concret, et qui inclut toutes les activités humaines, à commencer par l'économique et le politique.  Qu'en est-il alors de la musique, du théâtre et de toutes les activités artistiques ou littéraires ? Il est vrai qu'ils relèvent plus de l'agrément que de la nécessité, mais les besoins de l'homme [2] ne se limitent pas au vêtement ou à la nourriture. C'est dans ce sens que nous parlons souvent de "nourritures spirituelles". La clarté et l'aisance de l'esprit, le développement de l'énergie personnelle, constituent bien aussi une sorte de nécessité.  Par culture "chinoise", nous entendons notre propre culture, en tant qu'elle diffère des cultures venues de l'extérieur : il s'agit donc de tout ce qui a sous-tendu la vie de l'homme chinois dans le passé. En fait, une culture est essentiellement faite d'emprunts et d'échanges ; il est presque impossible d'identifier un "bien propre" distinct des "emprunts étrangers". Cependant, après le grand va-et-vient international des cent dernières années, la Chine s'est vue tellement transformée par l'Occident qu'on pourrait presque parler de "déracinement". C'est dans ce contexte que nous définissons la culture
 
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Liang Shuming梁淑敏 Les idées maîtresses de la culture chinoise1949 chapîtres 1 et 2 – Traduction de Michel Masson "chinoise" comme le fonds originel, distingué des influences et transformations récentes.  Enfin, si tout relève de la culture, ce livre ne prétend pas être exhaustif. Les Chinois ont toujours accordé plus d'attention à l'activité humaine qu'aux lois de la nature : ce livre aussi parlera surtout de la société et de l'homme.  2. Traits particuliers de la culture chinoise  Au milieu des autres cultures, la culture chinoise présente un certain nombre de traits particulièrement saillants :  1. La culture chinoise s'est créée elle-même au cours d'un long processus de formation : elle ne doit rien à personne. Au contraire, dans des cultures comme celles du Japon ou des États-Unis, les emprunts sont considérables.  2. Si l'on considère des traits particuliers de la culture chinoise (citons la structure de l'écriture, le système législatif, ...), et leur agencement organique, la différence avec les autres cultures est importante. En fait, à vrai dire, d'une culture à une autre, tout est différent et tout est semblable : la théorie courante dit que la Chine, l'Inde et l'Occident constituent les trois grands systèmes culturels du monde parce qu'ils diffèrent considérablement et constituent un propre agencement organique en eux-mêmes.  3. Au cours de l'histoire, les autres cultures anciennes (Égypte, Babylone, Inde, Perse, Grèce) ont disparu prématurément, ou bien se sont transformées, [3] ou bien elles ont perdu leur indépendance et autonomie nationales : seule la Chine a pu, avec sa culture propre, maintenir une existence nationale indépendante jusqu'à l'heure présente.  4. L'histoire de la Chine démontre une grande aptitude à s'assimiler culturellement les autres peuples. Elle a aussi su accepter et absorber des cultures étrangères, sans qu'on puisse jamais parler de vacillation ou de modification culturelles.  5. Avec cette très grande faculté d'assimilation, la Chine a pu absorber toutes sortes de peuples voisins et les amalgamer en cette vaste unité du peuple chinois. Unique par sa continuité historique, la Chine est aussi remarquable pour son expansion dans l'espace ; elle a aussi constitué la société la plus nombreuse du monde.  6. Au cours des vingt derniers siècles, la culture chinoise n'a pratiquement plus changé, ni progressé, comme si elle voulait ainsi signifier qu'elle a atteint à cette harmonie parfaite, signe de la maturité culturelle.
 
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Liang Shuming梁淑敏 Les idées maîtresses de la culture chinoise1949 chapîtres 1 et 2 – Traduction de Michel Masson  7. L'influence de la culture chinoise s'est portée très loin. Cette influence va de soi dans ces pays qui sont dans l'orbite culturelle de la Chine : Sibérie, archipel malais, Corée et Japon, l'ouest des Belaturgh (la chaîne de montagnes à l'ouest du Xinjiang) ; du reste, ses plus proches voisins comme l'Annam ou la Corée firent autrefois partie de la Chine. Mais il y a aussi des pays déjà plus éloignés, comme le Siam ou la Birmanie, où la culture est en grande partie chinoise. Enfin si on remonte aux sources de la civilisation moderne de l'Europe, on y trouve une importante influence chinoise : la Renaissance des XIVe, XVeet XVIe a tiré profit de diverses inventions chinoises (spécialement la siècles fabrication du papier et l'imprimerie) qui lui a ainsi fourni sa base matérielle. Plus tard, l'époque des Lumières et le Siècle de la Raison ont trouvé leur inspiration intellectuelle dans la pensée chinoise, et spécialement dans le 1 confucianisme.  Au contraire, ce n'est que dans les cent dernières années que l'on voit la culture chinoise se transformer radicalement sous l'influence de cultures étrangères.   3. A la recherche de caractéristiques pertinentes  [4] Alors qu'entend-on par "culture chinoise" ? Est-ce seulement cette grande réalité multiple inscrite dans un espace géographique donné et dans un certain temps historique, ou bien y a-t-il aussi une signification, un esprit, que l'on puisse repérer ? Jusqu'ici nous avons énuméré des traits saillants de cette culture : à eux tous, ils permettent d'imaginer l'épaisseur de l'humus, épaisseur qui expliquerait la solidité durable de ce qui s'y est développé. Mais, dans ce développement lui-même, il y a un extérieur et un intérieur, des aspects essentiels et d'autres qui le sont moins : bref, il doit bien y avoir une signification, un esprit, à trouver. Si c'est le cas, est-il possible de désigner cet esprit, de manifester comment le tout fonctionne, de saisir le mouvement même de cet esprit et son sens ? C'est précisément là notre tâche dans ce livre.  Cette tâche implique deux démarches. Premièrement, il faut identifier une à une et ordonner toutes les différences qui sautent aux yeux et sont constamment mentionnées. Une telle énumération de soi est indéfinie, mais il ne s'agit pas d'être exhaustif ; au contraire, on remarque vite que certaines de ces caractéristiques vont ensemble, qu’elles peuvent se ramener à un seul élément et ne forment en fait qu'une seule et même différence. Deuxièmement, il faut prendre pour point de départ une caractéristique donnée dont on tentera                                                1 Voir Zhu Qianzhi朱謙之 (1899-1972), (Les influences de la pensée chinoise sur la culture européenne),商務印書館 (Presses commerciales), 1940.
 
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Liang Shuming梁淑敏 Les idées maîtresses de la culture chinoise1949 chapîtres 1 et 2 – Traduction de Michel Masson d'analyser les causes. En remontant ainsi d'indice en indice, l'explication s'approfondit et s'étend progressivement à d'autres caractéristiques. Au terme, il sera peut-être possible de découvrir comment toutes ces caractéristiques ont toutes la même origine, qu'elles s'enchaînent mutuellement et en fait ne constituent jamais qu'une seule caractéristique. Dans ce cas, nous aurions atteint notre but : la culture chinoise serait devenue totalement transparente, nous pourrions en saisir la signification essentielle.   Tout ceci n'est qu'une esquisse : les complexités de la méthode apparaîtront au fur et à mesure, au long du texte.  [1ère, 2ème, 3èmecaractéristiques pertinentes]  J'ai commencé ce livre en 1941, c'est-à-dire après quatre ans de guerre avec le Japon (de résistance anti-japonaise). Nous voyions alors avec inquiétude bien des nations européennes, entrées à leur tour dans la guerre, s'effondrer les unes après les autres. [5] Repliée à l'Ouest, la Chine cependant restait debout. Qu'il s'agisse d'équipements militaires, de défense nationale, ou de puissance économique, politique, culturelle, nous n'avions jamais égalé ces nations ; et pourtant, parmi ces nations qui n'avaient plus que quelques jours ou quelques semaines, voire quelques mois à vivre, la Chine tenait bon depuis cinq ans, sans aucun signe d’une défaite prochaine. Ce contraste manifeste un fait très simple : l'immensité du territoire chinois à côté de la petitesse de ces nations. Une petite nation n'a pas de route d'évacuation, ni d'arrière. Dans notre cas, nous avons beau reculer nos positions devant les victoires et les offensives ennemies, ce qui nous reste de territoire, de population, de ressources, est toujours considérable : nous pouvons encore tenir, et l'ennemi qui perçoit que les choses vont s'éterniser, se découvre impuissant et frustré. En temps ordinaire nous n'avions pas conscience des dimensions géographiques de la Chine : avec cette guerre, elle s'imposait à nous comme une vérité quotidienne.  Héritage ancestral, produit d'une culture, cette immensité géographique est une bénédiction. C'est aussi une hypothèque, si on y réfléchit un peu. En effet, si à cause de l'étendue de son territoire la Chine peut être difficilement anéantie, il lui est tout aussi difficile de devenir une nation prospère. Par exemple, un de nos grands problèmes depuis des années a été le manque d'unité. Il y a longtemps que cette unité aurait été réalisée si la Chine avait des dimensions d'une province comme le Guangxi : plus on a affaire à de grandes unités et plus il est difficile de trouver des dirigeants à la hauteur de la tâche. Et si l’on en trouve, encore faut-il qu'ils aient le temps de s'affirmer et de trouver la conjoncture propice... Le nombre et la taille des problèmes sont à l'image du nombre de la population et de la taille du territoire ; les problèmes d'une région se répercutent partout ailleurs ; le dysfonctionnement de l'administration centrale
 
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