Ceddo de Ousmane Sembene

Ceddo de Ousmane Sembene

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Fiche produite par le Centre de Documentation du Cinéma[s] Le France.
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FICHE FILM
Ceddo
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D O C U M E N T
local. Les Ceddo, eux, ne pratiquent pa l'esclavage et rÈclament, dans un langa ge noble et dru, le droit de conserve leurs traditions, leurs convictions. LÕart de SembËne Ousmane est de nÕÍ en rien allÈgorique et de proposer ave vigueur d'essentielles rÈflexions ´RÈflexion sur l'usurpation du Pouvoir prÈfiguration de nos actuels coups d'… tat en Afrique. RÈflexion sur la complicitÈ des fÈodau d'alors ‡ la bourgeoisie actuelle e Afrique. RÈflexion sur les religions rÈvÈ lÈes, complices directes de l'aliÈnatio de l'homme africain, mÍme de nos jours RÈflexion sur la traite nÈgriËre pour de pacotilles et des gadgets d'aujourd'hui RÈflexion sur le spiritualisme africain (Sembene Ousmane). Jacqueline Lajeuness Saison CinÈmatographique 198
Une jeune fille se baigne, dans le fleuv et, d'une calebasse, inonde son corps Des femmes vont chercher le mil dans l rÈserve, pour le piler. Au-dessus du vil lage, le soleil est ‡ l'aplomb, Èblouis sant, et blanch‚tre. Et pourtant, alor que le sÈminariste arrose les fleurs d curÈ, chez le marchand blanc, de esclaves sont conduits pour y Ítr enchaÓnÈs et ÈchangÈs contre de armes. DÈj‡ sont prÈsents les signes d l'exploitation. En lui-mÍme l'ordre pri mordial est perturbÈ, sinon perverti Ceddoest le rÈcit d'une rÈvolte africai ne aussi essentielle que fondamentale Sous la poussÈe conjointe de l'islam e du christianisme, lÕAfrique traditionnell bascule et le baobab vacille sur se antiques racines. Alors qu'Emitais dÈroulait pendant la seconde guerr mondiale, ici l'action est rejetÈe en u lointain passÈ indÈterminÈ o˘ se dÈcide ra, cependant, l'avenir du SÈnÈgal. LÕhi toire, dÈsormais, se fait lÈgende. LÕÈvÈnement central qui va command l'organisation d'un rÈcit qui prend de allures d'une fable allÈgorique ou d'u conte hÈroÔque, est l'enlËvement de l princesse Dior Yacine par un Ceddo. E langue ouolof, les Ceddo sont des insou mis; ils sont ceux qui disent non et qui refusent. Mais, mÈtaphoriquement l'ex pression va plus loin. Elle implique aussi un certain Ètat d'esprit dÈsespÈrÈ, d critique et de fronde, d'opposition e tout cas, qui fait du Ceddo un individ courageux qui, avec obstination affirm son refus. Gens du peuple, mais tradi tionnellement associÈs aux dÈcisions d pouvoir royal, les Ceddo, en un fron commun, refusent de se convertir ‡ l'is lam, reprÈsentÈ par un imam pÈtri d'am bitions politiques, et de renoncer ‡ leur coutumes et ‡ leurs fÈtiches, alors qu le roi et une importante partie de se conseillers jouent le jeu de la collabora tion et de l'adhÈsion ‡ la religion d Mahomet. Signe de cette rÈvolte, tÍtu et opini‚tre, l'enlËvement de Dior par u Ceddo prend une valeur plus que symbo lique. A travers cet acte de folie dÈses
SALLE D'ART ET D'ESSAI C L A S S … ER E C H E R C H E 8 ,R U ED EL AV A L S E 42100 SAINTETIENNE 04.77.32.76.96 R…PONDEUR : 04.77.32.71.71 DOC : 04.77.32.61.26 Fax : 04.77.32.07.09
pÈrÈe, ‡ travers ce ravissement, c'est, en fait, le destin tragique de tout un peuple qui va se jouer. Il faut dire que, comme dans tout conte africain, la dÈlivrance de la princesse est traitÈe sur un ton savoureux. Si l'en-jeu est capital, allant jusqu'‡ engager des vies humaines, elle n'en demeure pas moins une Èpreuve amoureuse o˘ l'honneur des prÈtendants est en jeu et o˘ le souci essentiel est de sauver la face, ‡ travers d'interminables discus-sions rÈglÈes par une rhÈtorique stricte-ment codifiÈe (usage dÈterminÈ des pro-verbes et des interjections qui viennent ponctuer ‡ des moments prÈcis le dia-logue, gestuelle emphatique et thÈ‚tra-lisÈe, nÈcessitÈ de passer par un ´InterprËteª - qui d'ailleurs ne rÈpËte rien ! - pour s'adresser au pouvoir royal). La scËne du conseil o˘ les prÈtendants vont Ítre dÈsignÈs se tient sur la place du village o˘ les Ceddo viennent appor-ter, en signe d'allÈgeance, leur tribut de fagots et affirmer, par la voix de Diagomay, leur opposition ‡ une quel-conque soumission islamique ou catho-lique. Sous un soleil blanc, s'affrontent en une joute oratoire arbitrÈe par Jaraaf (‡ la fois interprËte, hÈraut, griot, maÓtre de cÈrÈmonie et mÍme parfois - bouf-fon), Biram, l'hÈritier, et Saxewar, le valeureux. LÕimam, absorbÈ dans ses priËres, entourÈ de ses fidËles et de sa garde armÈe, jette de temps ‡ autre un Ïil aigu sur le spectacle. Qui dÈlivrera la prisonniËre du dÈsert ? Le frËre, dÈsi-reux d'affirmer son courage afin de lÈgi-timer son tout nouveau droit d'accession au trÙne - l'islam prÙnant en effet, par opposition au matriarcat traditionnel et au systËme de filiation matrilinÈaire, l'instauration du patriarcat Ètablissant les droits du fils aÓnÈ - ou le preux che-valier au regard d'aigle dont, en fait, un miroir ovale, posÈ sur la poitrine, sert ‡ aveugler l'adversaire ? C'est ici qu'intervient Madior Fatim Fall, neveu du roi, initialement converti ‡ l'is-lam et, selon l'ancestrale tradition matriarcale, hÈritier lÈgitime du trÙne de
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l'oncle maternel ; Madior conteste l'abandon progressif par le roi Daali Tioub des coutumes essentielles rÈgis-sant l'harmonie sociale de la commu-nautÈ, ainsi que les principes de la transmission du pouvoir, au profit d'un islam qui fait figure d'envahisseur. Pourtant primitivement islamisÈ, Madior se dÈpouille de l'habit blanc des ´croyantsª et injurie l'imam, allant jus-qu'‡, en signe de provocation, sacrilËge impardonnable, rÈclamer et boire du vin devant ce dernier. Madior, le front ceint d'un collier de coquillages reprendra le pagne et l'habillement de ses ancÍtres et, tel un oracle inspirÈ, parlant le plus souvent sous la forme de sentences et de maximes, suivra le dÈroulement des ÈvÈnements, ‡ la fois tÈmoin et ange annonciateur. L'ensemble des palabres est ordonnÈ comme un drame thÈ‚tral, ou encore comme un ballet empreint de splendeurs et de violences, les interven-tions gutturales de Jaraaf ponctuant le discours ‡ la voix de fausset de Diogomay, alors qu'Èclatent la superbe de Biram, la furie de Saxewar, la rÈvolte de Madior et que plane, Ènigmatique contradiction, l'ombre du Samp, le fÈtiche de la tribu. Biram et Saxewar, l'un aprËs l'autre, partis en guerre pour dÈlivrer la princes-se, Èchoueront de par leur prÈsomption, victimes de l'intelligence et de la ruse duCeddo. De cet affrontement pour l'honneur apparaÓt l'aspect dÈrisoire, mais nÈcessaire, de garder la face. Les prÈtendants succomberont, touchÈs par les flËches mortelles, mais aussi devant l'ardeur de la lutte pour la vie que leur livre le Ceddo qui, lui, en opprimÈ, dÈfend chËrement son existence, dÈfi-nissant ainsi, par rapport aux normes aristocratiques qui rÈgissent la tribu, un autre type de valeurs. Petit ‡ petit des liens nouveaux se tissent entre la prin-cesse et lui, des liens basÈs sur une estime rÈciproque, et une nouvelle forme d'honneur. MÍme si, en son indi-gnitÈ, il doit refuser le signe de soumis-sion -par excellence, accordÈ aux
braves, lorsqu'elle tente de lui offrir de l'eau et de lui baiser les pieds. MÍme si, indÈniablement, peuvent subsister des diffÈrences de castes. Le Ceddo aux nat-tes tressÈes ne peut savoir que sa pri-sonniËre est en fait implicitement acqui se ‡ sa cause. S'il la surveille jalouse-ment, accompagnÈ du fidËle Seneen, l griot, porteur du balafon, c'est prÈcisÈ-ment parce qu'elle reprÈsente la com promission d'un pouvoir vendu ‡ l'islam. Si, lorsqu,'elle se baigne nue, il refrËne le dÈsir qui affleure, il ne peut s'empÍ-cher de la considÈrer comme l'alliÈ d'un systËme d'exploitation, qui rÈduit ses frËres en esclavage. Il faudra qu meure le ravisseur, assassinÈ par le hommes de l'imam, pour que Dior pren ne conscience de l'oppression qui mena ce son peuple, de la nÈcessitÈ d'assu-mer la lutte et aussi de la profonde esti-me (quasi amoureuse) qui la lie, par del‡ la mort, au Ceddo, enfoui, tel les braves, debout, avec son arc, dans sa tomb tumulus. La figure de la princesse Èmer ge alors, emblÈmatique, porte drapea d'une rÈvolte profonde. C'est elle qui, fidËle ‡ la morale de courage de Ceddo dÈlivrera son peuple de l'absolutism thÈocratique, tirant ‡ bout portant sur l saint homme islamique. La beautÈ d Dior, totale, parfaite, ainsi que sa dÈter-mination, la font entrer dans la lÈgend des hÈroÔnes, telles An SitoÎ et l Kahina. A elle seule, elle est et incarne l'Afrique. La violence et la force deCeddorÈsi dent dans une volontÈ farouche d dÈnoncer l'aliÈnation culturelle d'un Afrique noire dominÈe par l'islam et l colonialisme. L'histoire lÈgendaire des Ceddo ne fonctionne nullement comm un document ethnographique. Elle pro-duit mÈtaphoriquement un sens trËs prÈ cis. Elle indique et dÈmontre, en le met tant en pleine lumiËre, le processus d dÈpossession cuIturelle opÈrÈ par le castes ecclÈsiastiques et politiques, liÈes par une complicitÈ ‡ l'efficacitÈ indÈniable. Il est d'ailleurs certain que rien n'est plus contraire ‡ l'animism
SALLE D'ART ET D'ESSAI C L A S S … ER E C H E R C H E 8 ,R U ED EL AV A L S E 42100 SAINTETIENNE 04.77.32.76.96 R…PONDEUR : 04.77.32.71.71 DOC : 04.77.32.61.26 Fax : 04.77.32.07.09
africain que le formalisme et le rigoris-me juridique de l'islam. MÍme si le catholicisme et l'islam ont pu s'implan-ter en force et changer profondÈment des attitudes et des comportements, jamais ils n'ont pu altÈrer totalement les trÈfonds de l'‚me africaine, sensible au lien sacrÈ entre l'instant et l'ÈternitÈ que constitue le grand Tout animÈ qu'est la nature, fascinÈe par le contact perma-nent avec la parole des ancÍtres et la puissance protectrice des fÈtiches, plus que par la transcendance d'un Dieu unique, dont la mystique s'incarne dans les exigences de l'ecclesia des chrÈtiens ou de l'oumma des musulmans. Reste cependant que le dÈchirement et les contradictions idÈologiques des Africains tÈmoignent de cette vaste entreprise d'acculturation o˘ le pouvoir politique et le pouvoir religieux s'articu-lent et s'associent Ètroitement, engen-drant par l‡-mÍme de nouvelles formes d'oppression Èconomique. Ce n'est pas pour rien que les deux seuls person-nages blancs du film sont le missionnai-re catholique et le marchand. Ce dernier instaure l'Èconomie de marchÈ, troquant des produits locaux contre du vin ou des piËces de tissu ; mais il instaure aussi l'esclavage, Èchangeant contre des fusils, qui armeront les troupes de l'imam, des hommes et des femmes. Tout se tient ; et une forme d'exploita-tion en engendre une autre. Mais la force du propos de SembËne Ousmane, c'est de montrer aussi, sans complaisan-ce aucune, que l'esclavage fut un systË-me Ègalement entretenu et avalisÈ par les noirs eux-mÍmes qui y trouvËrent profit pour de multiples raisons. L'exploitation fut non seulement exter-ne, mais interne. AprËsla Noire deÉ(1966),le Mandat(1968),EmitaÔ(1971),Xala (1974),CeddorÈalisÈ en 1976 mais tou-jours interdit au SÈnÈgal, tÈmoigne d'une rÈelle maÓtrise de l'organisation de l'image et de la thÈmatique mise en Ïuvre. On aurait pu reprocher aupara-vant ‡ SembËne Ousmane un certain
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didactisme qui, trËs appuyÈ parfois, en arrivait ‡ dissocier les idÈes de leur mode d'expression, devenu secondaire ; ou encore, de dÈnoncer les tares d'une sociÈtÈ, en faisant passer la volontÈ de dÈmonstration avant un travail sur la forme. Signe de maturitÈ d'un cinÈaste qui a trouvÈ un Èquilibre entre le des-sein polÈmique et la recherche d'une esthÈtique,Ceddo, comme le notait BarthÈlemy Amengual dans son compte rendu de Cannes 77, marque un tournant capital dans l'Ïuvre de SembËne Ousmane. C'est, de toute Èvidence, son film le plus concertÈ et le plus ÈlaborÈ. OrganisÈe par une construction rigou-reuse, la narrativitÈ se dÈploie autour de deux pÙles : la dÈlivrance de la princes-se enlevÈe et le destin de la collectivitÈ villageoise menacÈe par les ambitions de l'imam. Et ce, jusqu'au moment o˘ le destin individuel de Dior, magnifiÈ par la mort du Ceddo, rejoint ce destin collectif pour s'y incarner et le prendre en char-ge. Un montage alternÈ suit l'action, inventive et intuitive. La pesanteur d'un temps quasi immobile, suspendu au zÈnith, ponctuÈ par le rituel des priËres de l'imam, pËse sur le village, ÈcrasÈ sous un soleil plombÈ.Ceddojoue sur un rythme qui dÈroule les modulations d'un rÈcit inscrit dans l'ÈternitÈ de la lÈgende, lui confÈrant ainsi une aura qui est celle de la chanson de. geste. De mÍme, que la thÈ‚tralisation dÈlibÈrÈe du jeu des acteurs, dont les dÈplace-ments sont strictement contrÙlÈs dans l'espace, implique une esthÈtique de la recrÈation poÈtique (ou de la crÈation tout court, aux antipodes du tÈmoignage ethnographique), de mÍme l'image, composÈe picturalement est connotÈe symboliquement par une recherche et un travail plastiques (originaux). Tels ces costumes stylisÈs, coupÈs amples et droits, tels ces boubous aux rouges et aux bleus profonds et ces Ètranges bon-nets phrygiens, jaune bouton dÕor o vert pomme, que portent les Ceddo. On ne peut dÕailleurs quÕadmirer la tra quille audace avec laquelle SembËne
Ousmane, sans crier gare, tÈlescope le Èpoques. Si lÕaction est censÈe s dÈrouler en un lointain passÈ (un hypo e thËtique 17siËcle), lÕimprÈcision de l datation ne fait que confirmer lÕaspe lÈgendaire du rÈcit, ainsi que le dÈsir d lÕauteur dÕopÈrer un vÈritable brassa culturel. CÕest avec une tige portant l fleur de lys que sont marquÈs le esclaves et, ce, sur un air de gospel o de negro-spiritual. LÕeffet de syncop est saisissant, comme si, ‡ des siËcle de distance, le destin des premier esclaves africains anticipait sur celui des noirs amÈricains. Il faut aussi cite cette vision prophÈtique quÕa le prÍtr catholique, devant son Èglise dÈserte o˘ il se projette dans le futur, imaginan son enterrement devant une immens assemblÈe de fidËles ‡ Dakar o˘ Madior, devenu ÈvÍque, officie, donnan la communion ‡ des hommes costume cravate, maisaussi aux nattes tressÈes (É) Jacques Bine Positif n∞235 - 198
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Filmographie
courts mÈtrages LÕempire SonhraÔ Borom Sarret Niaye Taw
longs mÈtrages
La noire deÉ Le mandat EmitaÔ Xala
1963 1964 1966 1971
1966 1968 1971 1974
Documents disponibles au France
Positif n∞235 Ëme CinÈma Grande Histoire IllustrÈe du 7 Art n∞110 Positif n∞195/196