Le Dirigeable volé - Cahier des notes

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Le Dirigeable volé (Ukradená vzducholoď)
Karel Zeman
Tchécoslovaquie,
1966, 88 minutes, fiction, couleurs.

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Publié le 02 février 2012
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Langue Français
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Le Dirigeable volé
K e Ze , T   q e, 1966,  e
Sommaire
G q e,  ........................................................ 2 Autour du film  ............................................................... 3 Le p de e de X e K -Tp He re i e U sse  .............................................. 8 D   ...................................................................... 16  e d e q e e  ............................................ 2 U e e-  e  ..................................................... 31 P  e de p d  q e  ........................................ 32   p e  .................................................................... 36 F  p e  ................................................................ 38   p e  ............................................................... 39
Ce C e de  e Le D r e e o       p X e K -Tp . Re e e e J q e C ed.
I r po  e e Ci p r o o Les e s de i .  o Ce e  d e de e  e, e de C e e de C  , e D e  e de e e e e  e, e SC R N-CNDP, e de d   e.
2 — Générique - Résume  
Générique
Résumé
Le D e e  ( Ukradená vzducholo ď) r 1 1. Lor Gr E po o G r , pro r Karel Zeman F pr p o o r r o o r Tchécoslovaquie, gonflé avec un gaz prétendu ininflammable. Sur la promesse d’un 1966, 88 minutes, fiction, couleurs. essai gratuit, cinq jeunes garçons prennent place à bord. Mais com -me Findeys rompt son engagement, les enfants détachent les amar -R   Karel Zeman / S   Karel Zeman, Radovan res et le vent emporte l’aéronef. Grisés par l’aventure, les jeunes Krátky d’après Jules verne / I e Josef Novotný, Bohuslav passagers décident de faire le tour du monde. À Prague, l’aventure Pikhart / S František Strangmüller /  q e Jan Novák /  o . L O serv e r  ( Světozor ) o r por r r  e Jan Chaloupek / D  , q e e Jaroslav Kráka, la recherche de l’identité des cinq garnements. Bientôt comparais -Zdeněk Ostrčil / E e pe Jan Čepk, Frantisek Krcmár,  r p r J ko k, or o r, Arnost Kupcik, Josef Zeman / C e Jan Kropácek. Petr, prestidigitateur, et la mère de Martin, cantatrice. Le procureur Dufek réclame la plus grande sévérité à leur encontre avant de dé -I e p   Michal Pospísil (Jakoubek Kurka), Hanus Bor couvrir que le cinquième garçon n’est autre que son propre fils, (Tomás Dufek), Jan Malát (Petr), Josef Stráník (Pavel), Jan  Tomás. Dans les airs, les enfants échappent aux aéronefs qu’une Cisek (Martin), Jaroslav Mareš (le journaliste Ardan), Cestmír armée étrangère a lancés à leur poursuite. L’agent secret Gustav Randa (le professeur Findeys), Karel Effa (Gustav le Noir / le Noir (numéro 13) prend le relai : il tente d’extorquer à Findeys agent numéro 13), Jitka Zelenohorská (Katka, fille de monsieur   et à sa secrétaire Renata la formule du gaz ininflammable. Sous la Tenfield), Jana Sedlmajerová (Renata, la secrétaire), Miroslav menace, l’entrepreneur passe aux aveux : la formule, prétend-il, se Holub (le procureur Dufek), Rudolf Deyl (monsieur Tenfield), ro o r r or r . Josef Vetrovec (le capitaine), Josef Haukvic (Forbes), Václav l’océan, l’orage provoque la chute du ballon qui s’écrase sur un Trégl (le rédacteur en chef). r o p o r, r ro-querie de Findeys. Sur l’île déserte, où ils ont décidé de prendre P d   Zdeněk Stibor, Jindřich Dvořák, Václav Dobeš, deux ans de vacances, les naufragés trouvent hospitalité dans le Dana Dudová / D e  de p d  : Petr Čapek, Zdeněk repaire secret du capitaine Nemo. La nuit, Jakoubek lance une bou -Stibor / Studios de Barrandov et Gottwaldov. teille à la mer afin de rassurer ses parents sur son sort. Le message est intercepté et confié à l’agent Gustav le Noir lequel, capturé par Ve  e Ardan, l’échange finalement contre sa remise en liberté. Le journa -d p  Annie Yonnet / D e e de p e  Sophie  pr or p o . L , Deschaumes / D e- e Piste Rouge / D  quant à eux, ont décidé de construire une machine volante à bord Gébéka films (sortie française : 29 septembre 2004). de laquelle Jakoubek disparaît à la faveur d’un vol d’essai. Ses ca -marades découvrent la présence d’un voilier échoué sur le rivage. N e e nous avons rétabli, dans la mesure du possible, les À son bord, une mutinerie a éclaté : le capitaine et son richissime noms des personnages conformes à la version originale. Dans passager, monsieur Tenfield, ont été enfermés à fond de cale. Avec la version française en effet, certains noms ont été malencon -l’aide de Katka – la fille de ce dernier qui est parvenue à fuir à treusement intervertis (Forbes à la place de Tenfield) ; d’autres la nage – les quatre garçons s’emparent du voilier et délivrent les ont fait l’objet d’une libre interprétation qui en édulcore le sens : prisonniers. Mais ils doivent encore repêcher le coffret contenant c’est notamment le cas du nom du journaliste photographe qui l’or de Tenfield tombé à la mer, pour que le capitaine consente à se nomme Ardan dans la version originale, en référence proba - r r . D j , p o o r q ro J ko k ble au personnage de Jules Verne. sur sa route est parvenue à destination. À bord du vaisseau amiral où les cinq naufragés sont attendus en héros, l’état-major de l’ar -mée découvre que le dirigeable de Findeys était simplement gon -flé à l’hydrogène. L’information filtre et L O serv e r  o r  o p . R p r o r , F prend la fuite. Dans le train qui conduit Findeys, Tenfield, Ardan, R , k G No r r o r , cinq garçons ont choisi un nouveau jeu : l’attaque du convoi.
Autour du film
Autour du film — 3
Le Diri e e v est le sixième long métrage d’un réalisa -Le studio de Zlin, où a été réalisé Le Diri e e v – comme teur parvenu à la pleine maîtrise de son art dans la combi -l’ensemble des film de Karel Zeman – a été fondé en 1936 par naison des techniques cinématographiques au service de la l’entrepreneur Jan Antonin Bat’a, à l’origine pour produire les r r p o r q r r . ro films publicitaires de sa marque de chaussures. Mais le studio au studio de Zlin (Gottwaldov) à « l’âge d’or » finissant de poursuit rapidement une seconde ambition : la réalisation de l’école tchèque de l’animation dont Karel Zeman a contribué films pour enfants dont il devient le principal centre en Tché -à poser les bases, le film marque aussi l’aboutissement d’une coslovaquie. Pionnière de l’animation, artiste à l’imagination production personnelle délibérément tournée vers les jeunes claire et délicate, Hermína Týrlová s’installe à Zlin pendant la spectateurs. L’exaltation du libre imaginaire de l’enfance par - rr , Ferd r i (1 1) p L R v e des ticipe de l’esprit du temps qui annonce, par certains aspects, j e s (1946) primé au festival de Venise, une longue et fruc -le Printemps de Prague. tueuse carrière consacrée aux films pour enfants où chaque œuvre est un terrain d’expérience formelle autour de l’uti -L’école tchèque de l’animation : lisation de matériaux les plus divers : les jouets, la laine, le un « âge d’or » (1946-1968) papier argenté, les mouchoirs… Karl Zeman la rejoint en 1943 L’année 1946, qui voit le festival de Cannes récompenser et réalise, sous sa conduite, son premier film, R ve de N . I simultanément R ve de N de Karel Zeman et Les i devient rapidement la personnalité artistique majeure du stu -e es ri ds de Jiri Trnka, marque véritablement l’acte de dio, créant un nouveau type d’expression par la combinaison naissance de ce que l’on appelle « l’école tchèque de l’anima -des procédés de Georges Méliès et la synthèse des moyens tion ». Ces deux auteurs majeurs ont en effet posé les bases techniques de l’animation. d’une production nationale qui connaît son âge d’or jusque Le studio de Prague, fondé en 1935, et rebaptisé r ri v dans les années soixante. L’animation tchèque se singularise  ri   par Jiri Trnka (littéralement « frères en tricot »), devient alors par son indépendance, ses expérimentations formelles, le véritable creuset de l’école tchèque de l’animation. Illustra -ses sources d’inspiration nationales et l’art de la marionnette teur, peintre et homme de théâtre, Jiri Trnka  est influencé par porté au plus haut niveau. Dans le contexte du cinéma mon -le théâtre de marionnettes dont il tire la conception esthétique dial, elle représente alors à elle seule le cinéma tchèque. La de son art. À la différence des poupées de Karel Zeman qui pro o q opp r o o - r r r po r o r , néma s’organise autour de deux villes, Zlin (Gottwaldov) où le caractère d’une marionnette de Trnka est dans le masque, travaillent Hermína Týrlová et Karel Zeman, et Prague dont l’accent est mis sur l’animation et sur l’atmosphère dans la -J r Tr k r o. q o . Pri e (1950), et Viei es L e des
4 — Autour du film
tchèques (1953) marquent, dans le registre du long métrage, le pour la production tchèque en animation qui doit désormais sommet de son œuvre de « poète national et paysan », inspiré composer avec les règles du marché international de l’audio -p r r o pop r o p . visuel dans le contexte duquel elle peine aujourd’hui à retrou - o r , p r r o r r r . p r o p o r -quante. Dans le registre du dessin animé pour enfants s’expri -Le « Méliès tchèque » ment notamment Vlacav Bedrich, Eduard Hofman et surtout Karel Zeman mène une carrière aiguillonnée par un esprit Z k M r, r r L Pe i e T pe.  À la fin de de recherche permanent qui lui fait aborder tour à tour l’ani - , o ro p r r , Fr -mation d’objets, de marionnettes, le dessin animé, les truca -sek Vystrcil, Zdenek Smetana et Vladimir Lehky, met l’accent ges et effets spéciaux. Mais la singularité de son cinéma tient  r q o o r sans doute dans la combinaison de ces différentes techniques sujets. Bretislav Pojar domine le film de marionnettes grâce avec la prise de vue réelle. Son style se forme autour d’un à un style cinématographique qui combine expressivité et projet : la transcription à l’écran de grandes œuvres romanes -intériorité des personnages, rythme exact de l’action et mon -ques, débuté en 1952 avec Voyage dans la préhistoire  p r tage dynamique ( U  verre de  r p , 1953, Le Lion et la Chanson , Jules Verne, et qui prend toute son ampleur avec Les ve -1959) tandis que l’œuvre de Jiri Brdecka qui joue sur une large  res s i es (1958), Le r de Cr  (1 1) Chronique gamme, de l’humour à l’élégie, de la satire au pur plaisir du d (1964). Il s’agit à chaque fois d’introduire des acteurs récit, se distingue dans le registre du dessin animé avec des « en chair et en os » dans un décor artificiel inspiré de l’icono -films comme G i V e ird e (1963). graphie des romans : les gravures d’Édouard Riou et de Léon L M i , en 1965, est considéré comme le film-testament de Benett dans le cas Jules Verne, celles de Gustave Doré pour Le Jiri Trnka. L’histoire sombre d’un potier et sculpteur qui reçoit  r de Cr . La filiation avec les films à trucs et les féeries de d’une gigantesque main l’ordre de lui ériger une statue est  o o po r Tr k po o r r créer. Après sa mort, à la suite de l’écrasement du Printemps de Prague, l’animation tchèque traverse une période sombre. L’art de la marionnette se fige alors dans un certain confor -misme, imitant le modèle de Trnka mais sans inspiration nou -velle. L’œuvre singulière et indépendante de Jan Svankmajer  replace l’animation tchèque sur le devant de la scène interna - o P ssi i i s d di e (1982). Artiste surréaliste, Jan Svankmajer anime les objets les plus divers qui portent en eux la trace du temps et semblent dotés d’une vie auto -nome ou mus par la force de l’imagination, dans un univers  q p r r r . L o J r Tr-nka quant à lui ne renoue avec des projets ambitieux qu’en 1985, lorsque Jiri Barta, réalisateur de la nouvelle génération,  o r Kryzar, le joueur de flûte , un moyen métrage en pou -pées animées dans un univers expressionniste mélangeant art médiéval et cubisme. La chute du bloc soviétique sonne le glas des studios nationaux et change définitivement la donne
Autour du film — 5
Georges Méliès, que Karel Zeman admire, est directe. Sa mise en exergue par la presse accompagne la sortie en Occident      ve   res      s i  es . De fait, Karel Zeman, comme l’a montré Jacques Malthête, s’est vraisemblablement inspiré des r r r r M q dans les années soixante : quelques dessins et photos de pla -teau publiés dans des ouvrages et revues de cinéma. Mais il a surtout examiné de près les films nitrate en couleur conser -vés à la Cinémathèque tchèque : V e r vers i p ssi e (1904), L F e C r sse (1906) et Le L ire di i e (1909). « Entre autres emprunts de décors en trompe-l’œil et d’élé - H , p r r pr . L o opp ments de décors, on repère par exemple dans U e i ve i  rapidement et, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, ils di i e     Le Dirigeable volé, l’énorme volant de la machine emploient déjà plus de trois cents salariés en permanence et à vapeur mû par une bielle du troisième tableau de  V e produisent jusqu’à quatre-vingts films par an. Agrandis par  r vers i p ssi e  et le sous-marin des tableaux 3, 32 à 37 l’occupant nazi, ils sont nationalisés après la guerre et res -de ce même film (le viaduc métallique du sixième tableau est teront sous le contrôle de l’État jusqu’au début de la décen -également repris dans Le Diri e e v ) .    L pro r nie 1990. Dans les années 1960, Barrandov est le creuset de technique cinématographique permettent à Zeman de pous -la « Nouvelle Vague tchèque », courant cinématographique ser plus avant les procédés de surimpressions, incrustations constitué des premiers films de réalisateurs parmi lesquels et superpositions utilisés au studio de Montreuil. Il les combi -Miloš Forman, Jiří Menzel, Vojtěch Jasný, Věra Chytilová, ne aux moyens propres de l’animation pour façonner l’image Ivan Passer… dans ses moindres détails : papiers découpés, dessins animés, gravures originales, cartes postales, marionnettes, maquettes, Des acteurs de 11 à 90 ans jeux d’acteurs, séquences documentaires se fondent les uns o r o Diri e e v , Karel Zeman dans les autres pour susciter l’émerveillement du spectateur. jo o r j r rpr p r - r o . L o . I o po -Les studios de Gottwaldov et de Barrandov tanéité et la fraîcheur. Les adultes, quant à eux, sont incar -Le Diri e e v  opro o o Go -nés par des comédiens chevronnés, issus pour la plupart du twaldov, spécialisé dans l’animation et les trucages, et des stu -théâtre, et que l’on retrouve souvent assignés au cinéma aux dios de Barrandov, principal centre de production du cinéma seconds rôles. Les augustes doyens de ce cinéma classique se tchèque de fiction. Au studio de Gottwaldov, Karel Zeman est nomment Rudolf Deyl (monsieur Tenfield), né en 1876, ou entouré, comme à l’accoutumée, d’une équipe réduite : une Václav Trégl (le rédacteur en chef). Ce dernier fait partie des dizaine de collaborateurs à peine pour les décors, maquettes, habitués des films de Zeman avec Karel Effa (Gustav le Noir / trucages, prises de vues et effets spéciaux. Lui-même dessina -agent numéro 13), et surtout Miroslav Holub  (  ro r r teur, maquettiste et animateur, il prépare chaque plan par une Dufek), le plus zémanien de tous, présent dans Les ve res esquisse détaillée. Comme pour chacun de ses films, les tru - s i es , Le Baron de Crac, Chronique  d     l’Arche de cages sont réalisés avec des moyens artisanaux qui ajoutent  sie r Serv d . À noter que le « jeune premier » n’en est à leur ingéniosité une poésie singulière. Les studios Barran -plus un : Jaroslav Mareš (le journaliste Ardan), est né au début dov où a été tournée la grande majorité des films du cinéma des années 20, comme Effa. La nouvelle génération est donc tchèque ont été fondés en 1931 au sud de Prague par Václav essentiellement incarnée par Jitka Zelenohorská (Katka) qui
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a 20 ans au moment du tournage. Cette même année 1966, elle est l’interprète féminine principale de Tr i s r i e e s rvei s de  Jiří Menzel, l’un des films porte-étendard de la « Nouvelle Vague tchèque ». Elle apporte, dans la dernière p r Diri e e v , un nouveau souffle. Le compositeur : Jan Novák Né en 1921 à Nová Říše, Jan Novák est l’un des principaux compositeurs tchèques de la période contemporaine. Formé au conservatoire de Brno puis à l’Académie de musique de Prague, il passe une année aux États-Unis en 1947 où il suit l’enseignement de Aaron Copland et de son compatriote Bohuslav Martinů qui aura sur lui une influence décisive. De retour en Tchécoslovaquie, Novák connaît très vite des diffi -cultés avec les autorités tchèques à cause de ses opinions libé -rales et de ses positions artistiques sans compromis. À cette période, il expérimente notamment le jazz ( C er i p r quintette à vents,  1957 ; Capriccio pour violoncelle et orchestre , 1958) et le dodécaphonisme ( P sser C i po r o-nette ; 1962) proscrits par les dogmes artistiques du réalisme socialiste. Il entreprend également de mettre en musique les œuvres classiques de la littérature latine d’Horace à Sénèque, et écrit pour le cinéma : plusieurs musiques de film pour Karel Kachyňa mais également pour les maîtres de l’animation Jiří Tr k ( L’Archange Gabriel et Madame l’Oye, 1 ) r Z -man ( Chronique d’un fou , 1964). L’année 1966 où le Diri e e v  r ,  Jan Novák qui ne fait pas mystère de ses idées politiques compose une Passion du Christ  q po o r r -çoit comme une véritable provocation. Le compositeur qui a atteint le sommet de sa popularité en Tchécoslovaquie avec sa         Did (1967), apprend l’invasion de son pays par l’ar -mée soviétique alors qu’il est en Italie. Novák fait le choix de ne pas rentrer et s’installe avec sa famille au Danemark où il
 r Ignis pro Ioanne Palache (1969) en hommage à l’étudiant tchèque qui s’est immolé à Prague pour protester o r r pr o . p q p C Italie puis en Allemagne que Jan Novák compose ses œuvres les plus importantes parmi lesquelles son unique opéra D -i i s (1974). Son utilisation libre de la tonalité, ses structures claires, ses lignes mélodiques pures, son invention créative et l’omniprésence de l’humour, reflètent sa vision positive et humaniste du monde. Après les bouleversements politi -ques survenus dans son pays en 1989, l’œuvre de Jan Novák, décédé en Allemagne en 1984, est officiellement reconnue et consacrée par l’État tchèque de Václav Havel. La réécriture de Jules Verne : un « collage » de souvenirs de lecture d’enfance L’œuvre de Jules Verne entretient une relation étroite avec le cinéma. Cette invention, on le sait, est contemporaine de l’écrivain ainsi que les premières adaptations de ses romans p r G or M q o o r o la naissance d’un art combinant technique et merveilleux. Le génie scénaristique de Jules Verne a suscité, tout au long de l’histoire du cinéma, de très nombreuses adaptations à l’écran dont, parmis les plus célèbres, on compte celles de Georges M ( Le V e d s L e (1902) Stuart Paton ( Vi Mi e Lieues sous les mers, 1916), Richard Fleischer (idem, 1954), Mi -chael Anderson ( Le T  r d  M  de e      re-vi   s j  rs , 1956), H r L ( V e e re de Terre , 1959), Cy Endfield ( L e s rie se , 1961) Philippe de Broca ( Les Tri i s d Chinois en Chine , 1965)… Plus largement, on peut penser avec Jean-Paul Dekiss que le romancier a influencé la manière dont o r r p Ho oo . L o r o r , manière de composer les rebondissements, la mise en place  p r o p r r o -dards venus du théâtre et organisés par l’écrivain qui se sont fondus dans la tradition hollywoodienne de l’épopée et du film d’aventures ». Dans le registre de la science-fiction ciné -matographique, l’influence considérable de Jules Verne et de son univers s’étend au moins de Steven Spielberg à Miyazaki Hayao… Aucun réalisateur, mieux que Georges Méliès et Karel Ze -
man, n’a établi cependant avec l’œuvre de Jules Verne une relation au long cours. Karel Zeman s’inspire des V es e -r rdi ires  pour quatre de ses longs métrages : V e d s les temps préhistoriques, Les Aventures extraordinaires , Le Diri-e e v et enfin L’Arche de monsieur Servadac  o r -sation s’échelonne de 1955 à 1970. Cependant, aucun de ces films n’est une adaptation littérale d’un roman. Chacun est au contraire le produit d’un « collage » plus ou moins complexe de thèmes, personnages, ressorts scénaristiques et décors, par lequel Karel Zeman fait œuvre de recréation, d’une réécriture d’autant plus libre en surface qu’elle semble imprégnée en pro o r r r . C pro o a une autre vertu : il met davantage en jeu les souvenirs de lecture de Jules Verne que le texte lui-même et trouve dans cette médiation sa dimension poétique singulière : l’œuvre de Zeman est tout entière teintée par ce que Jean-Loup Passek pp o r . Le Diri e e v  s’inspire de plusieurs romans de Jules Verne. À De s de v es , Karel Zeman emprunte le thème du naufrage de jeunes garçons sur une île déserte, leur combat contre des « pirates » avant leur sauvetage final. Kate, la femme de confiance de la famille Penfield, survivante du naufrage du Severn poursuivie par les mutins et secourue par les jeunes garçons devient à l’écran Katka, la fille du milliar -daire Tenfield. L’un des marins porte encore le nom de Forbes, comme dans le roman de Verne. Zeman combine ces éléments           L e s rie se où un ballon que les passagers ont délesté de tout poids superflu, jusqu’à la nacelle, s’écrase sur l’île du capitaine Nemo ; celui-ci porte secrètement assistance aux rescapés au nombre de cinq, comme dans le film de Ze -man. Le personnage de Nemo lui-même apparaît dans le film à bord du Nautilus ; avec Jakoubek, il échange quelques sou - r r p r Vi Mi e ie es s s es ers . L o p q r -o r r r p r pp r q       Ci Se i es e .  Mais on pourrait aussi, parmi d’autres romans, convoquer Un capitaine de quinze ans    R r e C r pour ses utopiques machines volantes et le rêve de domination des airs qui leur est associé. Enfin, comment  p r De Terre L e dont le héros, Michel Ardan,
Autour du film — 7
inspire jusque dans son nom même le personnage du jour -naliste reporter du Svetozor ? Ardan, arbitrairement rebaptisé M r k r o r . Cinéma et illustration Chez Karel Zeman,     pro o ro continuité dans l’image. Sur le principe que l’illustration des éditions Hetzel fait partie intégrante de l’imaginaire vernien  p r o r r -ce, le réalisateur réinvestit le champ plastique des gravures d’Édouard Riou et de Léon Benett dans lequel il fait se mou -voir ses acteurs dont les costumes en noir et blanc portent eux-mêmes souvent les stries caractéristiques de la gravure. Comme si les personnages accomplissaient un voyage dans une autre dimension : celle du livre. Plus que dans la combi -naison des images de prise de vues directe et d’animation qui est pratiquée depuis les origines du cinéma, la singularité du style de Karel Zeman réside ici : à l’intersection de l’illustration et du cinéma, un terrain d’expériences formelles que d’autres films singuliers ont exploré comme Pe i C s e Gr d C s   rr r r , T dri de Raoul Servais ou plus récem -ment C pi i e S e e de de de i  rr Co r . Libres enfants de Prague Dans les pays de l’Europe de l’Est sous domination sovié -tique, le film d’animation a bénéficié d’une relative liberté d’expression dans le contexte d’un cinéma contrôlé par la censure. Sous le masque du film pour enfants ou de l’allégo -rie s’expriment des points de vue critiques voire dissidents au sein même des studios d’État. (Voir ce sujet l’article de Istvan Antal, « Europe de l’Est : l’art de survivre » dans Le Ci d i i , Cinémaction n° 51). Sans être dissident, le cinéma de Karel Zeman peut paraître critique par les distances qu’il prend avec la société. Il se montre aussi sensible à l’air du temps. Un souffle de la Nouvelle Vague tchèque parvient j q Diri e e v comme une brise mutine… La rébel -lion des enfants y fait-elle écho au Printemps de Prague ? Elle p r p o r po o r l’œuvre la même année dans  i e e r di e de Vera Sim -ko J r .
Point de vue — 9
Heureux qui comme Ulysse… ou la nostalgie de l’enfance
par Xavier Kawa-Topor
To r pr r  o , p r , o o , r o -rée et jusqu’à un terme si lointain qu’il en devient incertain,  op p q , o r du quotidien, il peut s’adonner jusqu’à plus d’heure à la li -berté d’imagination qu’offre le jeu. Qu’il ait ou non abdiqué  r , o r p r r r o o q p r o jo rr de l’enfance, au temps des vacances, là où l’expérience du monde suit son libre cours, où l’on en devient l’inventeur. Avant même que les lois Jules Ferry n’aient instauré en France  o o o r po r o , o r po o- ro . L po o p ce domaine est sans doute celle que le géographe Élisée Re - po His  ire d    r isse  , p 1 par Jules Hetzel – l’éditeur de Jules Verne – dans sa collection  o r po r j . « Dans nos écoles et nos lycées, écrit-il, nombre de profes -seurs, sans trop le savoir et même croyant bien faire, cherchent à diminuer la valeur des jeunes gens en enlevant la force et l’originalité à leur pensée, en leur donnant à tous même dis -cipline et même médiocrité ! […] Les pédagogues se vouent à  r p r r o o r -jets, et malheureusement il leur arrive trop souvent de réus -sir. Mais après les dix mois de chaîne, voici les heureux jours
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des vacances : les enfants reprennent leur liberté ; ils revoient l’après-midi, il sortait dudit pensionnat une centaine de jeu -la campagne, les peupliers de la prairie, les grands bois, la nes garçons, accompagnés de leurs parents, l’air gai, l’allure source déjà parsemée des feuilles jaunies de l’automne ; ils jo o q o o r r r . E boivent l‘air pur des champs, ils se font un sang nouveau et effet, c’était le commencement des vacances. Deux mois d’in -les ennuis de l’école seront impuissants à faire disparaître de dépendance, deux mois de liberté. Et, pour un certain nombre leur cerveau les souvenirs de la libre nature. Que le collégien  , p r p o or pr o , p q , ppr r mer… » Un événement inattendu, le naufrage de leur bateau, bord des ruisseaux, qu’il contemple les remous, qu’il écarte  r r r r r o r j r o . L r jo r  o o p rr po r o r j r de deux ans sur l’île Chairman constitue-t-il pour autant des petites sources, et bientôt il sera redevenu simple de cœur, « vacances » ? Jules Verne lui-même trouve utile, dans les tou -jo . tes dernières lignes du roman, de revenir sur son titre et d’en Un rêve d’enfant, une nostalgie d’adulte, une aspiration li -élucider le sens : « Et, comme conclusion morale, voici ce qu’il bertaire ? Le programme que se donnent les passagers du Diri-convient de retenir de ce récit, qui justifie, semble-t-il, son titre e e v en se promettant « deux ans de vacances » est peut-   De   s  de  v es :  Jamais, sans doute, les élèves d’un être tout cela à la fois. S’il trouve son inspiration dans le roman p o ro po p r r éponyme de Jules Verne, il ne se démarque pas moins de l’ori -de pareilles conditions. Mais – que tous les enfants le sachent ginal dans son projet comme dans son accomplissement. bien – avec de l’ordre, du zèle, du courage, il n’est pas de si -Sous le titre Deux Ans de vacances, Jules Verne relate, en  o , p r o - , o o p r r. 1888, l’aventure de quinze jeunes garçons, de 8 à 13 ans, pen -Surtout, qu’ils n’oublient pas, en songeant aux jeunes naufra - o r o No -Z q r Sloughi , mûris par les épreuves et faits au dur appren -jette sur les rivages d’une île déserte du Pacifique en com - , q r r o r, p pr -pagnie du jeune mousse de l’équipage. Livrés à eux-mêmes, que des grands, les grands presque des hommes. » Loin de la  r p ro ppr r or r po r r r belle utopie estivale et du jeu, l’aventure des jeunes héros de dans un milieu sauvage à la fois merveilleux et hostile. Dans Jules Verne, confrontés à une expérience de vie concrète où la préface originale de son roman, Jules Verne situe son projet  o or r po r r r ,  o L e s rie se       C pi i e de ressortit à la fois de la robinsonnade et du roman de forma -quinze ans. Au premier le rattache le thème de la robinsonnade tion. Elle contient en germe l’une des questions collatérales qui fait florès au XIX   o p r o D D o que posera le livre de William Golding Sa majesté des mouches et de son « immortel Robinson Crusoé » et dont le romancier  r p r o r r r r veut parfaire le cycle en imaginant, après la famille R i s r r r o , q p s isse  W o r Cratère  Coop r, o savoir si des enfants peuvent survivre par eux-mêmes, mais même les scientifiques de son propre roman, un « pensionnat plutôt si, en l’absence d’adultes, l’enfance – l’état d’enfance –  Ro o . L r ro o o - p r. me des  ve   res e  r  rdi  ires l’occasion de compléter l’en - L q p r Diri e e v  o p pro-seignement contenu dans Le C pi i e de 15 s en montrant tagonistes de Jules Verne. Ils en sont les lecteurs. Lorsque  q p r o r s’ouvre le film de Karel Zeman, Jakoubek et ses compagnons prises avec les périls et les difficultés d’une responsabilité au- dont l’imaginaire est plein des lectures d’Alexandre Dumas, dessus de son âge ». Au chapitre III, Jules Verne expose les d’Alfred Assolant et de Jules Verne surtout, n’ont qu’un désir :  r o p r r q o , celui de s’amuser, de rejouer à leur façon les aventures roma -qui expliquent pour partie le titre : « Le 15 février 1860, dans  q o o r . L o r
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pro r F r o r o o . L o l’île Lincoln : « Cyrus, croyez-vous qu’il existe des îles à naufra - r o . D -gés, des îles spécialement créées pour qu’on y fasse correctement ces » prend alors pour eux une dimension programmatique  r e . L’île est imaginaire. Lieu de nulle-part, elle abrite qui peut être comprise de deux façons. Au sens littéral, il s’agit potentiellement tous les rêves de l’enfance : la rade secrète du de faire l’école buissonnière, de profiter de l’heureuse circons - N , q p p r , r or p r o tance d’une évasion non préméditée pour s’offrir une longue mers… Sur ce terrain-là où le jeu est la règle, les enfants rè -plage de liberté, loin du carcan éducatif. Mais la promesse que gnent en maîtres : les bandits, piètres adversaires pour partie se font Tomás et ses compagnons, c’est aussi celle d’un roman de cache-cache, ou dérisoires mousquetaires frileux à se je -de Jules Verne réinventé par ses lecteurs eux-mêmes : jouer à ter à l’eau, pourront « aller se rhabiller »… L’île est le rivage De s de v es , p r Ci Se i es e , des vacances idéales où rien ne vient entraver le jeu, où toute L e s rie se , T  r d     de e      re-vi   s j  rs … et y préoccupation matérielle semble absente. Pour manger, il suf -jouer librement, sans entrave, sans nécessité de retour vers le fit de passer à table, quelqu’un a veillé au repas. Quant à la quotidien, ou mieux encore, sans prise en compte de la réalité. chasse, elle échappe à toute logique alimentaire pour pren -La fuite en dirigeable devient ainsi, d’une certaine manière, dre les contours d’un homérique safari dont un rhinocéros, une évasion dans l’imaginaire. cyclope de circonstance, fait les frais. Restent le sommeil et Voici donc cinq garçons en vacances du réel qui rejouent le la nuit. Quel enfant renonce au jeu de bonne grâce pour se monde selon les codes de la fiction. Dans ces deux lieux uto -mettre au lit ? Les personnages du Diri e e v  o piques et hors d’atteinte des adultes que représentent tour à probablement pas davantage envie. Si le sommeil semble les tour la nacelle du dirigeable poussé par le vent et l’île déserte avoir pris autour de la table du capitaine Nemo où ils se sont baignée par l’océan, ils composent une fratrie idéale animée accommodés des lieux pour dormir, leur torpeur n’est tout au par des valeurs nobles et héroïques et par l’esprit d’aventure. plus que momentanée : aucun ne peut fermer l’œil. Comment Le monde qui les entoure prend lui-même des contours roma -dormir lorsque l’on vit un rêve éveillé ? nesques, comme si leur imagination le dessinait à leur façon. L r p r Diri e e v  o Que peut-elle inventer comme terme du voyage sinon une  r o . C p - r r île déserte recelant le refuge secret du capitaine Nemo ? Par -essentielles avec l’œuvre de Jules Verne. À aucun moment en  o r , r, M r ro p q effet, les cinq naufragés ne font vraiment l’expérience d’une re re les lieux… Comme dans L’Île mystérieuse,  r -o situation où ils auraient à agir et à voir le monde en adultes. tenté d’ajouter, où Jules Verne fait dire à Pencrof à propos de Ils restent des enfants qui veulent « seulement s’amuser ». De