Orphée de Cocteau Jean

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Fiche produite par le Centre de Documentation du Cinéma[s] Le France.
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Orphée
de Jean CocteauF
FICHE FILM
fiche technique
France - 1950 - 1h30
Réalisateur :
Jean Cocteau
Scénario :
Jean Cocteau
Musique :
Georges Auric
Interprètes :
Jean Marais
(Orphée)
Maria Casarès
(La princesse)
François Perrier
(Heurtebise)
Marie Déa
(Eurydice)
Edouard Dhermit
(Cégeste)
Juliette Gréco
(Aglaonice)
Henri Crémieux
Jean Marais dans Orphée
(Le monsieur)
Roger Blin Résumé
(Un poète)
Le poète Orphée prend contact avec aimée d'Heurtebise, le chauffeur de laPierre Bertin
l'au-delà grâce à l'intervention d’une prin- Princesse. Orphée et Eurydice sont rendus
(Le commissaire) cesse qui n’est autre que la mort. De retour à la vie, à la condition qu'Orphée ne regar-
chez lui, il délaisse sa femme Eurydice, et de jamais sa femme. La mort les emporte à
celle-ci est tuée par des motocyclistes. nouveau mais usurpant ses pouvoirs les rend
Orphée la retrouve au tribunal suprême où à la vie, encourant ainsi un châtiment terrible.
est jugée la Princesse. Là, il découvre qu’il
est aimé de la Princesse et qu’Eurydice est
L E F R A N C E
1D O C U M E N T S
Notre époque (...) est fertile en mys- l’lnvisible.Entretien avec Jean Cocteau
tères. Je n’en créé pas de nouveaux en El voici le mythe que j’ai fait mien :
faisant parler une automobile. La radio y Orphée va chercher sa femme, mais ilOrphée : tout Cocteau y est conden-
pourvoit. Nous possédons, en fait, beau- est aussi, amoureux de la Mort que desé, le rare, le systématique et le
coup plus d'éléments de surnaturel qu’à l’Amour. La Mort aussi est amoureuseprenant. Jeux de miroirs, jeux de
l’époque des prêtresses de Bacchus. Ne de lui. Elle fait en cela ce qu'elle n’a pasglace et jeux de mots : attirail de
parlez surtout pas de surréalisme. Je le droit de faire, elle outrepasse sesformules imagées; réalisme poétique
n’ai jamais fait de surréalisme... droits en le replaçant dans la vie et elle; entraînement au rêve par l’entremise
D’ailleurs, peut-on en faire ? Ce n’est en aura une punition que les hommesde cette jeune et belle madame la Mort
pas une école. C’est une forme de pen- ne connaissent pas. D’ailleurs, uneau visage aigu, qui emprunte la voix
sée que nous possédons tous : le surréa- femme amoureuse est souvent la mortfêlée et impérieuse de Maria Casarès ;
lisme c’est l’insolite dans l’objet ; un d’un homme, et le mythe est ainsi toutscience des effets et des truquages que
sens inhabituel du réalisme, c’est tout. près de nous. Elle n’avait pas le droit.recèle le cinéma : ralenti, accélération
A l’époque du Sang d’un poète, ni le Heurtebise, le chauffeur, est amoureuxsoudaine, mouvements enchaînés, fon-
surréalisme-école, ni Le Chien d’Eurydice, et lui non plus n’en avait pasdus, brisés, décomposés, inversés; art
Andalou n’existaient encore (...)" le droit. Si bien que mon Orphée étudiedu choix : choix des images qui frappent
A Michel-Claude Touchard le problème du libre arbitre. Lesl’œil et demeurent devant lui, en lui;
Les Nouvelles Littéraires (8.12.1949). hommes essaient de se libérer.choix des interprètes, choix des pay-
Devant tout cet irréel, j’étais tenu à unesages, où situer l’histoire, choix des
"Expliquer Orphée, mais bien sûr, pour- très grande maîtrise. Beaucoup plus queaccessoires eux-mêmes, qui, dans un tel
quoi pas... J’ignore ce que le public en si j’avais traité un sujet réel. J’ai dû êtreouvrage, prennent une si grande impor-
pensera. De toute manière j'ai vécu un aussi strict avec mon sujet que si j’avaistance... Cocteau sait exactement
beau rêve - celui de voir à l’écran ce que étudié la vie des abeilles ou celle des"jusqu’où il peut aller trop loin" et il a
je voulais y voir sans qu’on m’ait imposé termites. Et... oui, je suis content. Hier,écrit là, avec une caméra, celle de ses
la moindre contrainte ni opposé le j’ai vu la projection du mur (...) Eh bien !œuvres qui le reflètera avec la plus
moindre obstacle. J’avais préparé le film (...) c’est plus qu’une chose étonnante,immuable fidélité : celle où se meut
à la campagne où Christian Bérard habi- c’est émouvant. Les technicienslibrement l’ange du bizarre qui est en
tait chez moi. ll dessinait. J’écrivais et jusqu’au moment de la projection ontlui.
toute la nuit nous imaginions ensemble cru en vous parce qu’ils voulaient croire.Je voudrais avoir la place de rappeler
ce mécanisme où rien ne peut être livré Après, ils deviennent comme Saintcertains morceaux choisis de cette
au hasard. Il se préoccupait surtout Thomas. Et nous étions tous saisis par leœuvre singulière : la somptueuse
d’habiller la Mort d’Orphée - car ce n’est côté plastique, par le ralenti qui estRolls-Royce noire et nickelée de la Mort ;
pas la mort que je montre - chacun de juste ce qu’il faut.(...)"I’allure impressionnante de ses motards,
nous ayant la sienne qui le surveille A Christiane Fournier et Francis Pacaudcasqués, bottés, gantés de cuir, qui fait
depuis la naissance. Cinémonde (28.11.1949)que, à la sortie du film et longtemps
Bérard disait : "La Mort doit être la plusaprès, I’on évite les motocyclistes de la
élégante parce qu’elle est uniquementpolice routière avec effroi ; le passage
préoccupée d’elle-même".du paysage normal de la vie au paysage
La mort, la sienne, I’a emporté peufantastique de l’au-delà où toutes les
après. Il m’a laissé une vingtaine desilhouettes d’arbres et la route nous
planches magnifiques. Elles nous ontapparaissent, soudain, comme un cliché
servi de base.au négatif : et, surtout, la marche hallu-
Mon Orphée n’a rien de commun aveccinante de Jean Marais et François
le drame d'Orphée. J’ai tout simple-Périer vers le domaine où la Mort les
ment repris le thème orphique. La ques-attend : à ce moment, je vous recom-
tion est celle de la compénétration demande l’étrange et bouleversant sourire
deux univers : I’univers visible et l’uni-de Périer…
vers invisible. Si l’invisible se rendJean-Jacques Gautier
Visible, des inconvénients s’ensuiventLe Figaro (3.10.1950)
parce qu’il s’humanise trop. Autre dan-
ger si le Visible cherche à pénétrer
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Il y a, dans Orphée, bien plus qu’une bouche les yeux et les oreilles. Les Filmographie
adaptation cinématographique de sa modes d’avant-garde sont pires que les
pièce de 1927, une véritable biographie modes officielles ; il ne faut céder ni aux
intérieure de l’auteur. A plusieurs unes ni aux autres et savoir vivre en Court métrage :
reprises tel personnage, tel fait, tel mot, quarantaine."
nous font penser à des événements mar- La villa Santo-Sospir 1952
quants de l’existence de Cocteau, à l’un
ou l’autre de ses amis ayant eu sur lui Longs métrages :
une influence profonde. Le récit nous "(...) Ie disparate de mes entreprises m’a
devient dès lors une sorte de confession fait passer pour un velléitaire. Il (Gide) a Le sang d’un poète 1930
pudique, à l’adresse non pas d’initiés fait croire que je profitais des modes
mais plutôt d’amis lointains qui peuvent successives alors que je les combattais La Belle et la Bête 1946
y reconnaître des échos de toute une au contraire, tantôt par le livre, tantôt
existence, de toute une œuvre fortement par le théâtre, tantôt par le film. En réa- L’aigle à deux têtes 1948
liée à cette existence même. lité, je n’ai fait que tourner et retourner
Plus en profondeur, nous trouvons les ma lanterne pour éclairer les faces Les parents terribles 1948
constances de cette œuvre, les préoccu- diverses des thèmes qui me poursui-
pations de Jean Cocteau, ses thèmes vent : la solitude des êtres, le rêve Orphée 1950
personnels toujours repris et jamais éveillé, I’enfance terrible, cette enfan-
épuisés. Chaque élément du film - ce à laquelle je n’échapperai jamais. (...) Le testament d’Orphée 1960
chaque image - peut être séparé du Le bon écrivain est celui qui dit les
déroulement logique du récit et vient choses compliquées d’une manière
nous frapper comme tel poème de Plain simple ; le mauvais écrivain est celui qui
Chant, comme telle phrase de la dit avec complication des choses sim-
Difficulté d’Etre, nous invitant ainsi à plettes... Il y a les écrivains qui ferment
rechercher sa signification profonde, le cercle, et ceux qui laissent le cercle
son attache avec l’être de chair et de entr’ouvert. Descartes contre Pascal, les
sang qu’est notre "grand amuseur" (sic). Encyclopédistes contre Rousseau. Les
Le film tout entier nous paraît être la maîtres de la langue française ?
pénible marche d’un poète et de Montaigne, Saint-Simon, Balzac. Et
Cocteau lui-même - vers l’authenticité, Alexandre Dumas, qui est un admirable
vers la pureté ; I’histoire de ses mues écrivain... Quant à Zola, c'est un de nos
successives qui le conduisent doulou- grands méconnus (...) N’a-t-on pas fait
reusement à être "tel qu’en lui-même de lui un naturaliste, alors que c’est un
enfin" un homme - et une œuvre unique, de nos plus grands poètes Iyriques ?
irremplaçable. Mais c’est l’erreur qu’on commet tou-
L’Orphée du début, adulé et célèbre, jours. Ne voit-on pas aujourd’hui dans le
pourrait fort bien être une image du cinéma italien le triomphe du réalisme,
Cocteau d’avant le Potomak, faiseur de alors que les cinéastes italiens
vers plutôt que poète. Il lui manque atteignent à la féerie des conteurs
encore l’essentiel : le choc qui le rendra orientaux ? (...)
à lui-même. Ce sera d’abord l’expérien- A Gabriel d’Aubarède
ce de la mort. Ce sera aussi le contact Les Nouvelles Littéraires (12.2.1953)
avec ce qu’on appelle l’avant-garde. Et
les réticences d’Orphée devant les
outrances des jeunes poètes du Café
nous rappellent ces déclarations : "C’est
surtout aux jeunes gens qu’il faut
déplaire, si l’on est vraiment neuf. Les
jeunes gens sont presque toujours les
champions d’une jeune anarchie qui leur
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