Songwriting Précoce
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John Santoro publie un texte qu'il avait écrit dans sa prime jeunesse, peu de temps après avoir pour la première fois écrit une chanson.
John Santoro se souvient encore avec beaucoup d'émotion de ce moment.

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Publié le 12 avril 2011
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Langue Français

Exrait

Songwriting Précoce
Une brève divagation de John Santoro
Il y a pas longtemps, j’ai écrit ma première chanson. Genre, un grand moment dans ma vie. Je joue de la gratte plutôt comme une merde, mais je connais les accords les plus courants et, du coup, ça m’arrivait souvent de dériver de ce que je jouais pour m’amuser un peu à chercher des rythmiques ou des enchaînements d’accords sympas. Et en général, une fois que j’ai trouvé mon truc sympa, je ne sais plus trop quoi en faire, du coup je le grattouille encore quelques dizaines de minutes en me branlant* sur la super rythmique que j’ai trouvé, et puis j’arrête pour bouffer, mater la télé et aller dormir. Parce que le propre d’une rythmique, c’est que ça va deux minutes, mais que tout seul, c’est chiant : la techno en est un exemple merveilleux. Du coup l’autre jour je me suis retrouvé en train de gratter un enchaînement de 3 accords, un truc pas super original, franchement pas technique (genre C-Am-F), que j’ai joué en boucle pendant 3 plombes, jusqu’à ce que là, comme ça, je pose des paroles dessus. Forcément, je me suis senti un peu con. Parce que quand on est tout seul dans sa chambre à jouer de la guitare et que, out of the blue, on se met à chanter alors qu’on a jamais fait ça, c’est un peu incongru. Surtout si on chante un truc inédit, qui vient de notre tête, parce qu’alors on est complètement à poil, démuni de l’excuse de la reprise, genre « je jouais la rythmique de machin, du coup quitte à ça autant chanter dessus ». Mais faut dire, j’avais des antécédents, vite fait. Ce n’était pas la première fois que j’essayais de chanter en même temps que je jouais, et, comme tout étudiant en lettres et en clichés, je m’étais déjà pris pour ce que je n’étais pas en essayant d’écrire de la poésie. A force d’écrire moi-même, de lire et d’écouter les autres, j’avais déjà certaines idées en tête, un imagier, un bestiaire qui était là, à mon service, prêt à être utilisé, tout comme les accords et la rythmique étaient le résultat de tout ce que j’avais déjà pu faire auparavant. Tout était là, en moi, et ne demandait qu’à sortir : il suffisait de mettre les bons éléments en contact, de les mélanger avec tact pour que les phrases de mots et les phrases de notes s’emboîtent harmonieusement, de persévérer assez longtemps et d’avoir confiance en soi. Dans mon cas, ça à marché : le texte a jailli comme ça, presque sans prévenir, en 3 saccades successives qui se sont étalées sur le papier. Le truc m’avait épuisé, mais j’étais fier, content de moi, serein. J’avais commencé un truc à tâtons, petit à petit, et je l’avais fini avec un résultat plutôt cool, l’expérience ne demandait qu’à être renouvelée, et à vrai dire j’avais déjà envie de recommencer. Vous l’avez compris : j’ai écrit ma première chanson comme on éjacule. On dit souvent d’un écrivain qu’il accouche d’un bouquin, rapport au temps de maturation, mais dans le cas d’une chanson écrite en une journée à peine, et avec l’image un peu perverse d’une main qui glisse sensuellement le long du manche tandis que l’autre frotte frénétiquement les cordes, on est clairement dans un truc qui se situe plus du côté de l’allégorie sexuelle, seulement au lieu de répondre à un besoin physique, on répond à un besoin intellectuel. La vraie question en fait, ça serait surtout de savoir avec qui j’ai niqué. Dans ma chanson il y a un peu de Jim Jarmusch, de Dylan, de Mick Jagger, de Jean-Patrick Capdevielle, d’Anis et de Metallica, mais en fait il y a surtout, surtout, beaucoup de moi. Je n’ai pas donné dans le plagiat ou le vol, j’ai emprunté à droite ou à gauche des groupes nominaux en guise d’hommages, de bornes kilométriques marquant une route que j’ai goudronné moi-même, à la Alain Mabanckou. En fait, plus que de me taper un gang bang avec toutes mes influences, je crois bel et bien que j’étais tout seul, et que je les fantasmais pour pouvoir entretenir mon flot de paroles, pour que l’encre continue de couler, un peu comme on pense à des playmates pour rester dur quand on s’astique. Au final, quand on ouvre les yeux, on se rend bien compte qu’on a tout fait tout seul.
Le songwriting, c’est de la branlette.
* Au figuré
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