Revue de la cité de la musique : Exposition Bob Dylan, l

Revue de la cité de la musique : Exposition Bob Dylan, l'explosion rock

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cité MUSIQUESLa revue de la Cité de la musique I N° 68 I Janvier à mars 2012 I www.citedelamusique.frEXPOSITION ET CONCERTSBob Dylanl’explosion rockThomas Quasthoff I Opéra de Pékin I L’esprit Debussye5 Biennale de quatuors à cordesExposition au Musée de la musique jusqu’au 15 janvier 2012Du mardi au samedi de 12h à 18hLe dimanche de 10h à 18hBillet coupe-file sur www.citedelamusique.fr/kleeCité de la musiquewww.citedelamusique.fr |01 44 84 44 84SommaireP. 24 L’animal P. 11 Les Arts Florissants P. 12 Quatuors à cordesP. 26 Opéra de Pékin P. 23 La capoeiraP. 27 Jason MoranP. 14 Wolfgang RihmI OPÉRA DE PÉKIN La troupe d’opéra guoguang P. 4-5 P. 16-17 Votre Cité L’esprit Debussyde Taïwan fait virevolter le Roi singe.Toute l’actualité. L’éditorial. I CYCLE DE CINQ CONCERTS ET UN FORUMDebussy, entre modernité et mystères de l’esprit. P. 27 Jason Moran P. 6-9 Bob Dylan Le pianiste propose un projet multimédia décalé P. 18 Amadou & Mariam en hommage à Thelonious Monk.I EXPOSITION L’EXPLOSION ROCK (1961-1966) Un concert improbable, dans le noir, pour décupler Au fi l de photos inédites, d’objets et de documents les émotions. P. 28-30rares, l’exposition retrace les moments forts de cette Métamorphosespériode qui vit Dylan modifi er radicalement son I ECHO ET NARCISSE Le dernier opéra de Gluck,P. 19 The Tiger Lilliesapproche artistique. injustement oublié, par le Conservatoire de Paris.

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Publié le 10 février 2012
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La revue de la Cité de la musiqueIN° 68IJanvier à mars 2012Iwww.citedelamusique.fr
EXPOSITION ET CONCERTS l’Bexoplbos ioDnyrolcakn
Thomas QuasthoffIOpéra de Pékin IL’esprit Debussy
5eBiennale de quatuors à cordes
Exposition au Musée de la musique jusqu’au 15 janvier 2012
Du mardi au samedi de 12h à 18h Le dimanche de 10h à 18h Billet coupe-file sur www.citedelamusique.fr/klee
Cité de la musique www.citedelamusique.fr | 01 44 84 44 84
P. 24
P. 27
L’animal
Jason Moran
P. 11
P. 26
Les Arts Florissants
Opéra de Pékin
P. 14Wolfgang Rihm
P. 23
P. 4-5  Votre CitéP. 16-17  L’esprit Debussy Toute l’actualité. L’éditorial.I CYCLE DE CINQ CONCERTS ET UN FORUM  Debussy, entre modernité et mystères de l’espr . it P. 6-9  Bob DylanP. 18 Amadou & Mariam I EXPOSITIONL’EXPLOSION ROCK (1961-1966) Au  l de photos inédites, dobjets et de documents lUens  écomnocteiort improbable, dans le noir, pour décupler rares, l’exposition retrace les moments forts de cette ns. période qui vit Dylan modifier radicalement sonP. 19 The Tiger Lillies approche artistique. I BOB DYLAN REVISITED CONCERTS ET FILMS surréalistes, travestissement et humour Chansons Syd matters, Moriarty, Sophie Hunger et Herman noir au programme. Dune revisitent l’univers de cette fi gure emblématique de la musique populaire.P. 20-21Thomas Quasthoff Le baryton-basse interprète Carl Loewe, Richard P. 10-11 Nouvelles générationsStrauss et Gustav Mahler, et propose une master I ENSEMBLE INTERCONTEMPORAIN  class consacrée au lied romantique.Les œuvres de Chin et de Pintscher dialoguent avec celles de leurs cadets, Sean Shepherd et Texu Kim.P. 22-23 Des pieds et des mains I LES ARTS FLORISSANTS Avec les jeunes chefsI INORI Karlheinz Stockhausen compose les gestes Jonathan Cohen et Paul Agnew, la relève est rière. assurée.Id eLsA CmAaiPnOsE IeRnAp ne Uxp eieére ncatot.elCet art afr-orbséliei nem t eu jen  tout le c se P. 12-15 5eBiennaleI QUATUORS À CORDES .tc teabmo,sproussed snssous deémons. Ditnotsarsn e ,ad 19 concerts au programme de cette cinquième édition qui verra de jeunes lauréats côtoyerP 24-. des quatuors historiques et des formations portéesI CYCL2E6D  EL SIaXnCiOmNaClERTS ET UN FORUM par de grands solistes. I WOLFGANG RIHM / ENTRETIENLes grenouilles de Rameau, la poule de Haydn, Rencontre avec le compositeur allemand à la « fantaisie zoologique » de Saint-Saëns… l’occasion de l’intégrale de ses quatuors à cordes Concerts et forumBestiaire musical : joués dans le cadre de cette Cinquième Biennale.de l’instrument au répertoire.
La capoeira
P. 12
Quatuors à cordes
Sommaire
I OPÉRA DE PÉKINLa troupe d’opéra guoguang de Taïwan fait virevolter le Roi singe. P. 27 Jason Moran Le pianiste propose un projet multimédia décalé en hommage à Thelonious Monk. P. 28-30  Métamorphoses I ECHO ET NARCISSE Le dernier opéra de Gluck, injustement oublié, par le Conservatoire de Paris. I DAVID GRIMAL ET LES DISSONANCESUn programme autour du concept de la métamorphose, d’où se dégage l’œuvre testament de Richard Strauss. I KAFKA : LA MÉTAMORPHOSE The Quay Brothers accompagnent en imagesLa Métamorphose de Kafka sur des œuvres de Janácek jouées par le pianiste Mikhail Rudy.
P. 31  citedelamusiquelive.tv Premier bilan, un an après le lancement du site.
P. 32-35  Concerts à la Salle Pleyel  Gidon Kremer fête ses 65 ans en musiqueI Maurizio Pollini propose un nouveau cycle de concerts,Pollini Perspectives IL’Orchestre Philharmonique de la Scala de MilanIAaRON IEva-Maria WestbroekIKenny Garrett Quartet.
REVUE TRIMESTRIELLE DE L’ÉTABLISSEMENT PUBLIC À CARACTÈRE INDUSTRIEL ET COMMERCIAL DE LA CITÉ DE LA MUSIQUE, 221, avenue Jean-J aurès 75019 Paris. Tél. : 01 44 84 45 00 — Fax : 01 44 84 45 01 — www.citedelamusique.fr Directeur de la publication :Laurent Bayle -Editeur :Hugues de Saint Simon -Rédacteur en chef :Pascal Huynh -Secrétaire de rédaction :Élisabeth Thomas -Iconographe :Martine Ravache -Comité de rédaction :Laurent Bayle, Alain Arnaud, Pascal Huynh, Bruno Mantovani, Hugues de Saint Simon, Marie-Hélène Serra, Éric De Visscher, Clara Wagner. -Ont participé à ce numéro : uty, BernardÉtienne Bertelot, Vincent Bessières, Vincent Borel, Francis Dordor, Dominique Dreyfus, Dominique Duthuit, Édouard Fouré ul-F Fournier, Frédéric Gaussin, Norman Lebrecht, Hugues Le Tanneur, Charlotte Lipinska, Jean-Michel Molkhou, Anne Roubet, Mikhail Rudy, Robert Santelli, Jérémie Szpirglas, Jean-Noël von der Weid, Isabelle Werck -Conception et réalisation :   6, rue St-Claude 75003 Paris -Photographie de couverture :© Daniel Kramer -Photogravure :Cesar Graphiques/André Michel -Imprimerie :Charles-Bedaux - 37000 Tours. Licences 1014849, 1013248, 1013252 -Vincent, 26 av ISSN :1259-1394. © Cité Musiques.
Votre avis nous intéresseN’hésitez pas à nous écrire pour nous faire part de vos remarques et suggestions : phuynh@cite-musique.fr
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Votre Cité
ÉDITORIAL «Elvis a libéré les corps, alors que Dylan a libéré les esprits », déclarait Bruce Springsteen à propos de l’auteur deLike A Rolling Stone. Le Musée de la musique lui consacre une exposition, doublée d’un cycle de concerts en mars : Bob Dylan Revisited. Scandée par d’autres temps forts (l’intégrale Wolfgang Rihm lors de la Biennale des quatuors à cordes, l’ÉclipseMariam plongeant le public dans le noir,d’Amadou & le récital de Thomas Quasthoff ou l’hommage de Jason Moran à Monk…), la deuxième partie de notre saison poursuit l’exploration des entrelacs de l’âme et du corps. Debussy, dansLa Merou dansJeux, a su traduire mieux que quiconque les pures sensations et impressions sonores. Dans Le Martyre de saint Sébastien, il révèle en revanche une autre facette de son art, plus spirituelle. C’est également vers la prière que convergent les fascinants mouvements rituels des mains dans Inorique la capoeira brésilienne, tout ende Stockhausen, tandis racontant l’esclavage, semble libérer le corps, le rendre aérien : « Ton maître […] marchait les pieds en l’air et la tête vers le sol », chante uneladainha(complainte) traditionnelle. Dans le tremblement animé des corps vibrants, la musique semble vouée à toutes les transformations : en témoignent les innombrables bestiaires sonores, de Rameau à l’Opéra de Pékin, ainsi que les réincarnations fantastiques que mettent en scène Purcell ou les Quay Brothers relisant avec Mikhail Rudy La Métamorphosede Kafka.
Bojan Z JAZZ karpasic, est l’un desI Bojan Z, de son vrai nom Bojan Zulfi meilleurs pianistes de jazz de sa génération. Si l’artiste balkanique a développé son langage musical à la fois singulier et multiple, plein de vigueur mais aussi de subtilité, aux côtés des plus grands noms du jazz (tels que Henri Texier ou Michel Portal), c’est en solo, un exercice dans lequel il excelle, et au piano qu’il présente en avant-première à la Cité ses nouvelles compositions. Les vendredi 23 mars, samedi 24 mars, 20h, et le dimanche 25 mars, 16h. Amphithéâtre.
Luthiers de demain
CONCERT-PROMENADE ILe concours Étienne Vatelot permet aux meilleurs artistes luthiers de proposer leurs derniers instruments, fabriqués selon un savoir-faire ancestral et des techniques modernes. C’est au cours d’un concert-promenade au cœur de la collection du Musée que le public est invité à découvrir et rencontrer Étienne Vatelot, les luthiers primés tout en écoutant leur instrument grâce aux prestations de l’altiste Michel Michalakakos, du violoncelliste Renaud Déjardin, du contrebassiste Thierry Barbé et du Quatuor Zaïde. Le dimanche 8 janvier, 14h30.
La Musique sans marteau
Musiques de Raphaël Cendo, Anton Webern, Igor Stravinski, Béla Bartók, Iannis Xenakis, Giacinto Scelsi, György Ligeti, Helmut Lachenmann, Philip Glass, John Cage, Jean-Pierre Drouet JEUNE PUBLICle paysage musical de ces cinquante dernièresI Que d’événements dans années ! L’explosion des formes, l’amplification, la déconstruction de la tonalité et de la mélodie, l’informatique, la musique commerciale, les musiques du monde, la mondialisation, la nostalgie de la tonalité, les machines, le hasard, le mélange des genres, la musique contemporaine, l’improvisation… Et ces figures presque mythiques que sont les Cage, Ligeti, Henry, Berio qui ont tracé dans l’air vide des sentiers inouïs tels des Frison-Roche de la musique. Ces éclaireurs lucides et fous ont inventé, au milieu de l’incrédulité parfois assassine des mélomanes, les langages de demain qui nous permettent de lire notre monde. Une telle aventure mérite que l’on s’y intéresse diablement, et le Quatuor Béla, porté par sa joie des découvertes, se propose d’entraîner les oreilles de nos plus jeunes contemporains dans les péripéties musicales de cette fresque. La création de ce concert a reçu le soutien de la Drac Rhône-Alpes. Les mercredi 11 janvier, 15h, et jeudi 12 janvier, 10h et 14h30.
Jeux Olympiques L’année 2012 est une année olympique marquée par les Jeux de Londres. À cette occasion, Zahia Ziouani et l’Orchestre Symphonique Divertimento présentent un programme original d’œuvres des XXe et XXIe siècles de différents compositeurs appartenant aux cinq continents, à commencer par l’Anglais Edward Elgar. Enfi n,Frevo, du com-positeur brésilien Claudio Santoro, nous projettera vers le Brésil en clin d’œil aux J. O. de 2016 qui se dérouleront à Rio de Janeiro. Le samedi 18 février, 20h. Voir calendrier.
Rising Stars JEUNES SOLISTES ICes deux concerts soute-nus par ECHO sont l’occasion pour des jeunes solistes de se produire dans les plus grandes salles. Le 5 janvier, Khatia Buniatishvili inter-prètera au piano des pièces de Liszt et Chopin ainsi quePetrouchkade Stravinski. Puis, le 6 janvier, Jakob Koranyi (violon) et Simon Craw-ford-Phillips (piano) donneront un programme constitué d’œuvres de Brahms, Ligeti, Salonen et Chostakovitch. Les jeudi 5 et vendredi 6 janvier, 20h.
Musique, corps, âme
Par Laurent Feneyrou, Jean During, Jean-Michel Maulpoix et al.
ÉDITIONSI Au premier abord, si on reconnaît une harmonie entre la musique et l’âme, on ne voit rien de tel entre la musique et le corps. La musique, aérienne, ne peut avoir d e l i e n a v e c l ’ o b j e t lourd qu’est le corps. Les textes de ce recueil posent la question du pouvoir de la musique sur les corps et les âmes – dans les rituels de possession et dans les cultures orientales, dans leDe musica ou chez les romantiques d’Augustin allemands – mais aussi celle de la présence des corps dans certaines œuvres (désir violent dansAppuie ta jouede Heine mis en musique par Schumann ; érotisme de Nijinski dans L’Après-midi d’un faune ; corps dégradé dans LuluetWozzeck ; amour charnel et incestueux de Siegmund et Sieglinde dansLa Walkyrie). 122 pages. Prix : 19Ð
Wanda Landowska et la renaissance de la musique ancienne Sous la direction de Jean-Jacques Eigeldinger
ÉDITIONS I La claveciniste et pianiste a fait l’objet d’un colloque organisé par la Cité de la musique à Paris en 2009, dont les actes sont ici présentés. Ils s’adressent au lecteur qui souhaite découvrir ou redécouvrir cette personnalité artistique – et sa croisade pour le renouveau de la musique ancienne –, et par là même la France et l’Europe artistiques du début du XXesiècle. Le CD joint propose quelques enregistrements musicaux signifi catifs, des témoignages de Poulenc, ainsi que des extraits d’interviews de Landowska. Coédition Actes Sud. 206 pages. Prix : 37Ð Nos publications sont en vente sur le site www.citedelamusique.fr, rubrique « Librairie en ligne ». Renseignements : 01 44 84 47 72.
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© DANIEL KRAMER SiembléDXPE    I  OS quti  e mayl edm aNIO Tlusique poapulaire, BobnDylan fi t duc  mrocok énttéia t Figure un genre à part entière et lui donna ses lettres de noblesse. L’exposition Bob Dylan, l’explosion rock (1961-1966)retrace son parcours atypique.
L’EXPLOSION ROCKIBob Dylan 
Bumisuq eudX Xtiques de la ur g esd enul tse nalyob Dea nouvelle obsesisno lémb eesuc lpieèn vDceo.s ans ma- ec snad ruessef snuvedet esi qu lse,li noenneit proopren prt soDes Beatles aux plus petits groupes, c’est tout le monde du rock qui llees  paonunvéoeisr  1d9es6 0m o el snad osr ogéen apts av sr osie sm làa ieqcuâsf eu,klohcé egnamsucila,eà co ane ue qutius es tesa gant re éuitairuqeltctner eocrg kcoccorusa  tîerl a  ia été influencé par la majesté  virages poétiques imprévisibles, ses métaphores concentrant sur le premier troubadour d’Amé-de sa musique, et particulièrement mystérieuses et son symbolisme fascinant. Les rique, Woody Guthrie.par ses paroles. La révolution rock paroles de ses chansons comptent parmi lesde cette décennie n’aurait pas toutes premières à être considérées comme deSuccesseur de Woody Guthrieeu lieu sans lui. la littérature, étudiées jusque dans les classes Dans ses mémoires,Chroniques, Dylan se d’université. Des Beatles aux plus petits groupes, souvient de l’impact qu’avait eu Guthrie sur lui. c’est tout le monde du rock qui a été infl uencé par « vie n’était plus la même depuis que j’avaisMa Pete Seeger, le saint patron de la musique la majesté de sa musique, et particulièrement parentendu Woody en disque à Minneapolis…folk américaine, voit dans le jeune Bob Dylan le ses paroles. La révolution rock de cette décennieLorsque je l’ai entendu pour la première fois,successeur de Woody Guthrie. Les participants n’aurait pas eu lieu sans lui.c’était comme si une bombe d’un million deaux marches pour les droits civiques, les protes-De son vrai nom Robert Zimmerman, il naîtmégatonnes venait de tomber. » Zimmerman se tataires antimilitaristes, les activistes politiques le 24 mai 1941 à Duluth dans le Minnesota, nourrit de Guthrie – sa musique, son habillement, – tous adoptent la musique écrite par Dylan au non loin de la frontière canadienne, là où le vent l’accent traînant du sud-est – comme une éponge début des années 1960 comme étant l’énergie d’hiver souffle autant que la neige s’amoncelle. se gorge d’eau. Il se prend lui-même pour Woody vitale de leurs mouvements. Des titres comme Sa famille appartient à une petite classe moyenne Guthrie. Mais ce nom – Woody Guthrie – possèdeBlowin’ in the Wind etThe Times They Are juive de la ville, et il coule une enfance des plus une sonorité que le sien n’a pas. Zimmermana-Changin’ fonctionnent comme de véritables banales, grandissant avec la télévision améri- trouve la solution  hymnes: il commence à se faire appeler ; d’autres airs de Dylan commeChimes caine, les premiers sons rock’n’roll à la radio et Bob Dylan, et c’est ainsi qu’il se présente à Newof FreedometA Hard Rain’s a-Gonna Falldevien-le rêve de faire partie du groupe de son idole de York au début de l’année 1961, avec le projet nent des cris de ralliement. D’un coup, Dylan, à jeunesse, Little Richard. de rencontrer son mentor, lequel est en train de tout juste 25 ans, est salué comme le porte-parole Quand le jeune Bobby Zimmerman entre dans mourir sur un lit d’hôpital d’une maladie terrible, de sa génération. Face à ces applaudissements l’adolescence, ses centres d’intérêt en matière mu- la chorée de Huntington. sans fin, il se détourne. sicale se développent. Il se considère majoritaire- Dylan rencontre Guthrie, et le reste du monde ment influencé par Elvis Presley, Hank Williams et découvre bientôt Dylan. En 1962, ColumbiaLe messie du folk Buddy Holly, et se met à la guitare électrique avec Records sort son premier album baptisé de son Le Newport Folk Festival, principal rendez-vous la vision de devenir un jour une star du disque. The propre nom. Bien queBob Dylan dune contiennerenouveau de la musique folk chaque été, a Golden Chords, son premier groupe, joue lors de que deux titres originaux, l’un d’eux s’intituleSonglieu à Rhode Island et rassemble un plateau de quelques fêtes lycéennes, mais personne à Hibbingto Woody folk, blues et roots d’une riche diversité musiciens, une ode à son mentor. L’album suggère où ses parents ont déménagé ne se souviendra déjà les prouesses croissantes de Dylan en terme venus de toute l’Amérique. Dylan s’y est déjà avoir reconnu en lui un génie musical en puis- d’écriture de chansons. Les albums suivants,Therendu en 1963, lorsque Joan Baez, ancienne sance. Comme le raconte un habitant de longueFreewheelin’ Bob Dylan,The Times They Areavocate devenue sa petite amie et elle-même star date de Hibbing,« il n’y avait rien pour indiquer a-Changin’etAnother Side of Bob Dylanconfi r- du folk, le présente ainsi au public de Newport : que Bobby Zimmerman deviendrait un jour Bobment ce que beaucoup dans la communauté de« Voici le messie de la musique folk, une voix Dylan. C’était un gamin qui jouait de la guitarela musique folk américaine pensent : il y a lànouvelle et exaltante dans la tradition folk et avait son petit groupe, mais à l’époque il y enquelqu’un doté du don très rare de faire de laaméricaine. »De retour deux ans plus tard, Dylan avait tout plein comme lui en Amérique. » Newport et le reste du monde musical choquemusique qui compte vraiment, capable d’élargir Zimmerman quitte le lycée de Hibbing au prin- la puissance du chant dans une décennie qui en en relâchant son emprise sur la musique folk, temps 1959 et se rend à Minneapolis où il intègre est toute imprégnée et de se faire la voix de la sanglé dans sa guitare électrique et à la recherche à l’automne l’université du Minnesota. Étudiant culture jeune mondiale alors en plein essor. d’une nouvelle manière de s’exprimer. Ce que
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Bob DylanIL’EXPLOSION ROCK 
Bob Dylan avec Joan Baez et le photographe Daniel Kramer en 1964.
le folk perd, le rock le gagne, et sur cette scèneD’un coup, Dylan, à tout juste dseé cNierewport une page dhistoire est en train de 25 ans, est salué comme Cre t.o u rnant avaitéle porte-parole de sa génération. maines auparavant e nd sjtàu deiuo  ldieeun rqeugeisltqrueems esnet,- Face à ces applaudissements sans avec le titre phareLike a Rolling Stone,consi-fin, il se détourne. déré par beaucoup d’historiens du rock comme le meilleur single de tous les temps. Il ne s’agit de la vue du public, loin des délires de la célé-sûrement pas là de musique folk ni de rock au brité et des demandes incessantes de ses fans. sens conventionnel, mais plutôt d’un hybride de Dylan demeure reclus jusqu’au début de l’année folk et de rock avec une sonorité ne ressemblant 1968, date à laquelle il se produit à New-York lors à rien de comparable dans le passé. De par son du concert organisé à la mémoire de son héros originalité,Like a Rolling Stone décédé, Woody Guthrie. Peu après, il une récemment possède brillance, une audace et une beauté certaines. sortJohn Wesley Harding, un album dont l’aus-Pour Dylan, c’est le point de non-retour. Il n’est térité tranche avec la richesse des précédents. plus alors le fils spirituel de Woody Guthrie, mais Enregistré à Nashville, celui-ci frappe par sa plutôt l’artiste le plus exceptionnel des années sonorité country et sera suivi d’un autre album 1960, visionnaire de la guitare électrique et poète quelque peu similaire dans son design musical, obsédé par l’expression de la vérité.Nashville Skyline. D’autres albums suivent, tous des chefs- Dylan a changé de son mais aussi d’aspect. d’œuvre :Bringing It All Back Home, HighwaySa résurrection et sa réinvention choquent cer-61 RevisitedetBlonde on Blonde tains, tandis que d’autres applaudissent ce qu’ils. Dylan sillonne l’Amérique puis l’Europe avec un groupe intitulé considèrent comme la simple évolution d’un génie les Hawks. Connus ensuite sous le nom de The musical. Tous s’accordent cependant sur le fait Band, ils sortent leurs propres enregistrements que Dylan, héros malgré lui des posters de la classiques. La position de Dylan dans le monde révolution rock des années 1960, maître dans du rock prend de l’envergure jusqu’à ce qu’il ne l’écriture de chansons et poète folk, a encore puisse plus le supporter. Que cela ait ou non beaucoup à dire. un rapport eauvreec  usno n accièdee,n t mdaei s milo troe sdtee  lqéutée  Robert Santelli, commissaire de l’exposition, 1966 dem myst rdirecteur du Grammy Museum, Los Angeles. cet accident permet à Dylan de disparaître horsTraduction Delphine Malik-Vernhes
Bob Dylan, l’explosion rock (1961-1966)
Dans le parcours du chanteur, d’une exceptionnelle longévité, les années 1961-1966 sont décisives : c’est pourquoi lexposition Bob Dylan, l’explosion rock leur est entièrement consacrée. Au cours de cette période, Dylan, devenu héraut de la protest-song, prend ses fans de court en remplaçant sa guitare acoustique par un instrument électrique et des paroles aux accents surréalistes : il provoque, à 25 ans, un déni artistique à la hauteur de l’adulation qu’il suscite. De cette métamorphose du personnage en rock-star, le photographe Daniel Kramer offre un témoignage saisissant. Bob Santelli, le commissaire de l’exposition, a retenu une soixantaine de clichés en noir et blanc qui forment le cœur de l’exposition. Bien loin du tumulte, c’est au contraire le visage encore juvénile de la star, souvent chaussé de lunettes noires, et une mince silhouette qui se détachent, en studio ou en coulisses. Daniel Kramer s’est aussi distingué en réalisant les pochettes de deux albums mythiques :Bringing It All Back Homeet Highway 61 Revisited, véritables manifestes qui octroient à Dylan un prestige que seul Elvis Presley avait atteint jusque-là. Autour de cette galerie de photos, habitée par la voix singulière de Bob Dylan, s’articulent les temps forts de sa carrière musicale, esquissée à Hibbing, pleinement amorcée dans les clubs de Greenwich Village, en pleine renaissance folk, et scandée par les concerts du Newport Folk Festival en 1964 puis 1965. L’exposition présente l’une des premières guitares acoustiques de Dylan, des manuscrits de chansons, des photos et documents de sa jeunesse, de nombreuses archives audiovisuelles et extraits de concerts. Des guides d’écoute, réalisés par la Médiathèque de la Cité de la musique, et un espace plus spécifi quement dédié à la réception de Dylan en France à cette époque-là complètent le parcours des visiteurs. Exposition au Musée de la musique, du 6 mars au 15 juillet 2012. Nocturne les vendredis jusqu’à 22 heures. Visites guidées pour les adolescents et les adultes, voir calendrier. Visite-découverte et visite-atelier pour les groupes constitués. Concert-promenade dans le Musée, dimanche 8 avril, à partir de 14h30. Collège Bob Dylan, cycle de 10 séances avec Silvain Vanot, le mercredi, du 28 mars au 13 juin, de 19h30 à 21h30.
BOB DYLAN REVISITEDIBob Dylan
Bob Dylan et ses inoubliables poèmes chantés sont revisités par Syd Matters, Moriarty, Sophie SCONiCER TS ETDFILMSylHungaer et Hermnan Dune.c anté thtéiam
Le 24 mai 2011, Bob Dylan fêtait ses  70 ans. Un mois plus tôt, lors d’une tournée en Chine sous haute surveillance des autorités locales, il interprétait, entre autres,Like a Rolling StoneetAll Along The Watchtower, mais pasBlowin’ in the Windconsidéré comme trop subversif. En censurant son répertoire et en interdisant au chanteur tout commentaire entre deux morceaux sur la dissidence, les autorités de la République populaire de Chine rendaient un hommage paradoxal à celui qui, en 1963, refusa de participer au Ed Sullivan Show précisément parce qu’il ne pouvait y interpréter une de ses chansons, Talkin’ John Birch Society Blues, ju- gée trop satirique. Significatif à bien des égards, le fait que Bob Dylan soit perçu comme un danger potentiel pour un pays aussi puissant que la Chine en dit long sur sa réputation. Aujourd’hui encore, Dylan est un monument et même, pourrait-on dire, un continent qu’une soirée entière ne suffirait pas à explorer. C’est pourtant ce que va tenter le groupe Syd Matters. Ces artisans d’un folk mâtiné d’électro-nique finement ouvragé ont notamment signé la bande-son du filmLa Question humainedeBob Dylan au Forest Hills Stadium de New York en 1965. Nicolas Klotz. Ils s’agrandissent à l’occasion de ce concert pour se transformer en orchestre de l’esprit du Dylan folk à l’aube des années 1960. poche accueillant de nombreux invités au ser- Le groupe Moriarty tire son nom du romanSur vice d’un répertoire visant à raconter l’histoire dela routede Jack Kerouac et de son héros Neal Dylan en piochant dans l’ensemble de sa vaste Cassady rebaptisé Dean Moriarty dans le livre. discographie. Fans de Dylan, c’est aux racines de sa musique De son côté, la chanteuse suisse Sophie Hunger qu’ils ont décidé de puiser dans le cadre d’un n’a jamais caché son goût pour l’univers de Bob concert faisant la part belle aux compositions Dylan. Elle chante d’ailleurs une reprise deDirge, d’Hank Williams, Jimmie Rodgers, Leadbelly et extrait de l’albumPlanet Waves d’autres. bien, sur un disque du trompettiste Erik Truffaz. Cette fois elle a choisi On a souvent comparé Herman Dune à Bonnie de se concentrer sur les débuts new-yorkais du Prince Billy mais, comme ce dernier, c’est dans jeune Dylan, s’inspirant du premier volume de son la musique de Dylan que les Français ont notam-autobiographie,Chronicles ment. Un concert où, seulepuisé leur inspiration. Ils revisitent à leur à la guitare et à l’harmonica, elle dialoguera avec manière l’albumShot of Lovede 1981. Bob Dylan Revisited : 4 concerts et 5 films. Du mardi 6 mars au dimanche 11 mars. Voir calendrier.
© DANIEL KRAMER
Ce que révèlent ces différents concerts, c’est au fond la complexité et les facettes multiples de Dylan. Pour éclairer celui qui est aujourd’hui encore une légende vivante, le filmNo Direction Home en 2005 par Martin Scorsese, tourné alternant concerts et interviews du chanteur, est un document aussi précieux qu’indispensable. Et pour plonger plus avant dans le mythe,Don’t Look Backde D. A. Pennebaker révèle un Dylan passé du folk à l’électricité en pleine possession de ses moyens lors de sa tournée au Royaume-Uni en 1965. Sans doute un des meilleurs documen-taires jamais réalisés sur le rock. Hugues Le Tanneur
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Nouvelles générations
Leuriesvrœus LeP ed te nihC ed logu diacherintsel sc levacene tompositeurs, Seaedd ue xejnusec Kiu m.hS nehpetedrxeT sodesucctsade ENSEMBLE INTERCONTEMPORAIN li ttéralement « un commencement » en hébreu (et a donné naissance à l’univers – jusqu’au repos du septi Bereshit » : ainsi s’ouvre la Bible.« Bereshit », six jours de suite, de la matière verbale informe dont di non« le suspenducommencement », détail non négligeable quand il s’agit de de quiétude et de plénitude. dire la création de toute chose), donne au passage son nom au premier Faisant pendant à ce démiurge musical, on trouvera livre de l’Ancien Testament : en grec,« Genesis »Shepherd. Né en 1979 au Nevada, et lui au. C’est justement Sean  jeune à ce commencement indéterminé que nous convie le programme New-York après son passage à la Juilliard School, Sean de l’Ensemble intercontemporain inséré dans le cycle « l’instar de son aîné, sensible à l’articulation entre lesNouvelles à générations », qui fait converser deux générations de compositeurs  poésie d’une part, et la musique d’autre part. Décom: la deux confirmés parrainant deux jeunes talents encore inconnus du public grande liberté de ton, sa musique est directe et spontan français. Parmi les déjà anciens (la génération des 40 ans), l’Allemand et coruscante, elle brosse avec force couleurs et détails et New-Yorkais d’adoption Matthias Pintscher prend prétexte de ce mot panoramas grandioses ou des miniatures pittoresques. premier,« Bereshit », de sa phonétique  Auxet de son sens, pour évoquer New-Yorkais répondent les Coréens avec, d’une p l’exaltation de la création, cette constante concrétion d’énergie qui, Chin, élève douée de Ligeti qu’on ne présente plus. Le
© JAMIE KINGHAM
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Le compositeur américain Sean Shepherd et le Coréen Texu Kim.
sposait le divin, ème jour, instant une création du ssi installé à Shepherd est, arts visuels ou plexée, d’une ée. Foisonnante indistincts des art, Unsuk commencement pour elle, c’est aussi et surtout une expérience proustienne : celle qu’elle a faite voilà trois ans, lors d’un séjour en Chine et qui, telle une petite madeleine plongée dans du thé, l’a replongée en enfance, au cœur d’une représentation théâtrale folklorique donnée par des bonimenteurs pour vendre au chaland des médicaments à l’effi cacité plus que douteuse. DansGougalon, que nous entendrons dans une version retravaillée et rallongée, Unsuk Chin s’éloigne délibérément de toute référence directe à un quelconque théâtre de rue, et recrée de toute pièce une musique traditionnelle imaginaire. Suivant de quelques années son aînée à l’université de Séoul, Texu Kim écrit quant à lui une musique d’une grande vitalité juvénile – ses titres, tels queFlash!!pour ensemble de chambre (2008) ouSplash!!pour orchestre (prix Isang Yun en 2009), donnent une bonne idée de cette énergie phénoménale. Si lui aussi revient pour nous au « commencement », c’est plutôt un retour aux sources baroques de la musique, avec une énigmatiqueToccata inquiétapour grand ensemble qui laissera une grande place aux cordes pincées, et notamment à la harpe et au clavecin. © DRJérémie Szpirglas
Concert Shepherd, Pintscher, Texu Kim, Unsuk Chin, par l’Ensemble intercontemporain, Susanna Mälkki, direction. Le mardi 10 janvier, 20h. Voir calendrier.
Concert Blow/Charpentier, direction Jonathan Cohen, le mercredi 11 janvier, 20h.Lamentazione, direction Paul Agnew, le dimanche 25 mars, 16h30. Voir calendrier.
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