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Charles de Saint-Évremond Œuvres mêlées L’homme sur le retour
1 L’HOMME SUR LE RETOUR . (1676.)
Tircis, le bel âge nous laisse ; Allons chercher une maîtresse Qui se contente, en ses amants, De vertus au lieu d’agréments ; Allons chercher la femme forte ; Mais en est-il de cette sorte ? On la cherchoit en vain, dit-on, Du temps même de Salomon. S’il n’est de ces femmes divines, Il est de folles héroïnes À qui d’illustres visions Tiendront lieu de perfections : L’une est folle de la vaillance, L’autre est folle de la science, Et court après les beaux esprits, Par le charme de leurs écrits. Telle est si folle de sagesse, Qu’elle en méprise la jeunesse, Et se fait une vanité De plaire à notre gravité. Il est vrai que cette chimère N’est pas aux femmes ordinaire, Et qu’on leur voit des appétits Rarement pour les cheveux gris ; Mais leur incertaine nature, Pour nous rompre toute mesure, A le caprice, quelquefois, D’aimer sagesse, honneur et lois. Une impertinente adorable Écoutera de vieux mortels, Qui vont révérer ses autels ; Et quelque sotte inexorable, Pensant donner à ses appas La gloire de notre trépas, Nous laissera goûter ses charmes Sans qu’il nous en coûte des larmes. Il est mille chemins ouverts Pour arriver à leurs travers ; Mais laissons la galanterie Pour une jeunesse fleurie, Et n’espérons pas, étant vieux, De gagner le cœur par les yeux. Que l’esprit soit notre conquête ; Tâchons d’assujettir la tête, Et qu’un ascendant de raison Tienne la leur comme en prison. Si je trouvois une Lucrèce, Capable d’un peu de tendresse, J’accorderois, avec plaisir, Son honneur avec mon désir ; J’entretiendrais, en sa belle âme, La douceur d’une honnête flamme ; Et les intérêts de son cœur, Ménagés avec sa pudeur, Feroient voir au monde une prude, Sans rien de trop doux ni de rude.
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