Juin 1944 : Le débarquement repoussé pour cause météo
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Juin 1944 : le débarquement repoussé pour cause météo Troupes américaines. Omaha Beach. Photo prise le matin du 6 juin 1944, vers 8h30 par Robert F. Sargent (US. National Archives) En juin 1944, le débarquement des forces alliées en Normandie ne pouvait avoir lieu que par des conditions météorologiques très particulières … Fort des enseignements des débarquements en Afrique du Nord et en Sicile, le général Eisenhower, Commandant en chef des forces alliées en Europe, accorde une importance particulière à la prévision météorologique. Il charge James Stagg, colonel dans l’aviation et chef météorologue au quartier général britannique, de la coordination des équipes de prévisionnistes issus des services météorologiques alliés civil (British Meteorological Offce) et militaires (US Army Air Forces et Admiralty Weather Offce). Les conditions optimales d’un débarquement sur les côtes normandes sont les suivantes : • une nuit de pleine lune et peu de nuages pour les bombardements préalables • un vent faible pour le parachutage des hommes • peu de vagues à la côte pour le débarquement des hommes et du matériel • pour bénéfcier à la fois d’un effet de surprise et y voir suffsamment, le débarquement doit avoir lieu à l’aube, mais avec une marée basse au lever du Soleil afn de distinguer les mines et les obstacles déposés par les Allemands sur les plages.

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Publié le 02 juin 2014
Nombre de lectures 151
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Exrait

Juin 1944 : le débarquement repoussé pour cause météo
Troupes américaines. Omaha Beach. Photo prise le matin du 6 juin 1944, vers 8h30 par Robert F. Sargent (US. National Archives)
En juin 1944, le débarquement des forces alliées en Normandie ne pouvait avoir lieu que par des conditions météorologiques très particulières …
Fort des enseignements des débarquements en Afrique du Nord et en Sicile, le général Eisenhower, Commandant en chef des forces alliées en Europe, accorde une importance particulière à la prévision météorologique. Il charge James Stagg, colonel dans l’aviation et chef météorologue au quartier général britannique, de la coordination des équipes de prévisionnistes issus des services météorologiques alliés civil (British Meteorological Office) et militaires (US Army Air Forces et Admiralty Weather Office).
Les conditions optimales d’un débarquement sur les côtes normandes sont les suivantes : une nuit de pleine lune et peu de nuages pour les bombardements préalables un vent faible pour le parachutage des hommes peu de vagues à la côte pour le débarquement des hommes et du matériel pour bénéficier à la fois d’un effet de surprise et y voir suffisamment, le débarquement doit avoir lieu à l’aube, mais avec une marée basse au lever du Soleil afin de distinguer les mines et les obstacles déposés par les Allemands sur les plages.
Compte tenu de ces impératifs et en s’appuyant sur des études climatologiques, le général Eisenhower fixe, le 17 mai, la date du débarquement en Normandie au 5 juin 1944. À la fin du mois de mai, les forces alliées installent un PC météorologique à Portsmouth, au sud de l’Angleterre.
Débarquement repoussé de 24 heures
À partir du 29 mai, les prévisions indiquent qu’après une période de temps clément, il fauts’attendre à une dégradation entre le 2 et le 4 juin, pouvant durer jusqu’au lundi 5 ou aumardi 6 juin. Le 2 juin, James Stagg confirme que les conditions devraient être perturbées jusqu’au 7 juin, même si l’incertitude est plus grande pour la fin de la période. L’opération Overlord est toutefois mise en route.
Le 3 juin, les conditions météorologiques prévues ne s’annoncent pas propices au débarquement : le vent doit se renforcer, jusqu’au passage du front froid, le 7 juin. Le général Eisenhower décide d’attendre le lendemain pour prendre une décision.
Le dimanche 4 juin au matin, les prévisions ont changé. James Martin Stagg signale que le frontfroid pourrait traverser la zone dès le lendemain matin, rendant impossible le débarquement.Le Général Eisenhower décide alors de retarder l’opération de 24 heures et d’arrêter les forces navalesdéjà en mouvement. Ces prévisions sont confirmées le 4 juin au soir avec l’annonce d’une amélioration à partir de l’après-midi du 5 juin, avant une nouvelle dégradation. Le général Eisenhower confirme la date du 6 juin pour le débarquement.
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Si la chronologie des conditions météorologiques durant ces jours décisifs est connue depuisde nombreuses années, des documents d’époque récemment exhumés du fonds d’archives météorologiques des Archives nationales à Fontainebleau permettent de cerner plus précisément les conditionsclimatiques des 5 et 6 juin 1944.
Parmi ces documents figure notamment un carnet allemand (page 5) d’observations horaires, réalisées depuis le phare de la Hève au Havre.
Les Allemands, qui s’attendaient à un débarquement quelque part sur les côtes françaises, surveillaient évidemment de près l’évolution de la situationmétéorologique. Ils savaient que les conditions de marée et de lune seraient favorables à partir du 5 juin, et ils avaient prévu du mauvais temps du 5 au 7 juin. Mais ils pensaient que les Alliés avaient besoin d’au moins 6 jours de beau temps pour lancer une telle opération.
Les observations allemandes récemment retrouvées confirment que les conditions ont été beaucoup plus favorables le 6 juin que la veille.
© Météo-France
Focus sur le temps du 6 juin
La température était d’environ 16°C, proche de la normale pour un jour couvert en juin. Les observations attestent aussi de la présence de bancs de nuages bas (Stratus) en fin de nuit, a priori non prévus.
Ces nuages bas sont devenus plus nombreux au cours de la journée avec l’affaiblissement du vent (passant de force 6 à force 4 vers 5 heures du matin). Le vent était quant à lui conforme aux prévisions. Il s’est affaibli en fin de nuit, puis s’est orienté progressivement au cours de la journée à l’ouest, voire ouest nord-ouest, et s’est renforcé à nouveau légèrement vers 11h.
Dans ce type de situation, les plages les plus à l’est de la zone de débarquement subissent des vents plus forts et une mer plus agitée, ce qui peut expliquer les difficultés rencontrées dans la partie orientale de la tête de pont.
Elaborées avec les techniques actuelles, les cartes isobariques (pression réduite au niveau de la mer, en hPa) ci-contre présentent la situation des 5 et 6 juin.
La position des fronts a été affinée grâce aux observations allemandes issues du carnet du phare de la Hève, récemment découvertes.
Temps observé le 6 juin à l’aube
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Carnet d’observation allemand du 6 juin 1944 au Havre, Leuchtturm (phare de la Hève)
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© Météo-France/Archivesnationales
Les informations météorologiques codées durant la guerre
Pendant la guerre, toute l’information météorologique était transmise par radio, mais sous forme codée.Sauf à connaître les codes de la partie adverse, chacunne disposait que de ses propres observations, de celles de ses alliés et des pays neutres (Espagne, Portugal …).
En fait, lors du débarquement, les Alliés savaientdéchiffrer les codes allemands. Ils recevaient aussiles observations météorologiques des territoires occupésvia des émetteurs clandestins dont deux en France(Evreux et Châtillon-sur-Seine).
Pour autant, les cartes d’analyses de l’époque dontMétéo-France dispose ne font pas apparaître les observations clandestines ou déchiffrées. Ces cartes comportent le tracé des isobares et les observations faites par les stations météorologiques (couverture nuageuse, direction et vitesse du vent, température de l’air, en degré Fahrenheit pour les Britanniques, en degré Celsius pour les Allemands). La carte du service météorologique allemand neprésente aucune information sur les zones tenues parles Alliés : Iles Britanniques, Afrique du Nord,Italie du Sud, Sicile, Sardaigne. La Corse, qui s’est libérée en septembre 1943, ne figurepas non plus sur la carte allemande alors quel’observation de Bonifacio est présente sur la carte britannique ; en revanche, Guernesey et Cherbourgsont toujours sous contrôle des Allemands.À l’inverse, sur la carte britannique, aucune informationn’est présentée pour les pays occupés(France, Pays-Bas, Europe centrale, Europe du Nord). Les observations des stations météorologiques d’Espagne,pays neutre, figurent sur les deux documents.
Les deux cartes montrent la situation météodu mardi 6 juin 1944 au matin, vue par le Zentral Wetterdienstgruppe allemand (fond orange)et par le Meteorological Office britannique(fond bleu).
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Des observations météorologiques réalisées par des bénévoles
Parmi les nombreux documents mis à jour aux Archives nationales de Fontainebleau, l’un d’entre eux est un relevé d’observations météorologiques effectuésur la commune du Molay(Le Molay-Littry depuis 1969), dans le Calvados,13 km à l’ouest de Bayeux.
Le dernier relevé a été effectué le 5 juin (température minimalede 11,5°C degrés le 5,maximale de 27,5°C le 4).
La commune est rapidementlibérée (le 10 juin), l’observateur reprendses relevés dès le 15 juin.
© Météo-France/ArchivesNationales
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