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Une erreur d'appréciation théologique, le dispensationalisme

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Une erreur d'appréciation théologique: le dispensationalisme Dans cet article, nous allons évoquer un système concurrent de la théologie de l'Alliance, à savoir le dispensationalisme. Si le terme n'évoque plus rien de bien précis dans notre langue moderne, il s'agit néanmoins d'un courant d'interprétation très répandu dans le protestantisme évangélique depuis la seconde moitié du XIXème siècle. Or d'aucuns aura remarqué, à la teneur du titre de ce sujet, que je n’adhère point à cette position, estimant qu'elle ne s'harmonise pas avec la perspective biblique. Aussi je m'efforcerai d'exposer les sept principales objections que l'on peut formuler à son encontre. L'apologie du dispensationalisme classique faite par C. Ryrie, Le dispensationalisme - hier et aujourd’hui (1) m'a servi de fil conducteur à cet effet. Aussi trouverez-vous plusieurs citations de cet ouvrage, ainsi que quelques autres. Que le lecteur prenne note que le thème présent n'a pas été exhaustivement développé et qu'il ne peut donc à lui seul résumer toutes les mises en causes qui ont été faites du système dispensationaliste. Un sujet de controverse Lorsqu'une perspective théologique n'est pas partagée unanimement, il s'ensuit de longues discussions où chacun expose ses arguments face à la défense de l'autre point de vue. C.

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Publié le 01 septembre 2013
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Une erreur d'appréciation théologique: le dispensationalisme
Dans cet article, nous allons évoquer un système concurrent de la théologie de l'Alliance, à
savoir le dispensationalisme. Si le terme n'évoque plus rien de bien précis dans notre langue
moderne, il s'agit néanmoins d'un courant d'interprétation très répandu dans le
protestantisme évangélique depuis la seconde moitié du XIXème siècle. Or d'aucuns aura
remarqué, à la teneur du titre de ce sujet, que je n’adhère point à cette position, estimant
qu'elle ne s'harmonise pas avec la perspective biblique. Aussi je m'efforcerai d'exposer les
sept principales objections que l'on peut formuler à son encontre. L'apologie du
dispensationalisme classique faite par C. Ryrie, Le dispensationalisme - hier et aujourd’hui
(1) m'a servi de fil conducteur à cet effet. Aussi trouverez-vous plusieurs citations de cet
ouvrage, ainsi que quelques autres. Que le lecteur prenne note que le thème présent n'a pas
été exhaustivement développé et qu'il ne peut donc à lui seul résumer toutes les mises en
causes qui ont été faites du système dispensationaliste.
Un sujet de controverse
Lorsqu'une perspective théologique n'est pas partagée unanimement, il s'ensuit de
longues discussions où chacun expose ses arguments face à la défense de l'autre point
de vue. C. Ryrie néanmoins s'étonne longuement de ce que les défenseurs de la
Théologie de l'Alliance reprochent à la vision dispensationaliste, notamment de
« détruire l’unité de la Bible ». Voilà bien une accusation grave et solennelle, tout
comme celle de Berkhof: « cette théorie... anéantit l’unité des Écritures avec des
effets désastreux » (2), et aussi celle de Allis: « La Bible cesse d’être un ensemble
cohérent » (3)... Pourtant les commentateurs dispensationalistes adhèrent à la
doctrine de l'inspiration verbale des Écritures et prétendent en faire la lecture la plus
juste, au contraire des théologiens de l'Alliance: « les dispensationalistes affirment
utiliser le principe de l’interprétation littérale de façon systématique dans leur étude
de toute la Bible tandis qu’à leurs yeux, les non-dispensationalistes ne l’appliquent pas
toujours. Ils reconnaissent que ces derniers l’appliquent dans leur interprétation d’une
grande partie des Écritures, mais ils leur reprochent de recourir à l’allégorie et à la
spiritualisation dans l’interprétation des prophéties. En un mot, les dispensationalistes
prétendent se montrer cohérents dans l’emploi de ce principe et reprochent aux
non-dispensationalistes de manquer de cohérence dans leur emploi de ce même
principe. Le dispensationalisme résulte de l’application conséquente du principe
herméneutique fondamental de l’interprétation littérale, normale et claire. À nos
yeux, aucun autre système théologique ne peut en dire autant »(4). Nous donnerons
réponse à cette allégation facile, mais pour commencer il convient d'exposer le
contenu de ce que nous nommons une erreur d'appréciation théologique.
QuQu''esestt-c-ce e quque e llee ddiisspenpenssatatiioonnalaliissmmee ??
C'est un courant d'interprétation qui divise l'histoire biblique du salut en plusieurs
périodes, qui sont nommées dispensations, ou économies. Le dispensationalisme s'est
développé progressivement à partir du XVIIème siècle avec les précurseurs protestants,
Pierre Poiret (L’Économie divine, 1687), John Edwards (A Complete History or Survey
of All the Dispensation, 1699) et Isaac Watts (The Harmony of All the Religions which
God ever Prescribed to Men and all its Dispensations towards them). Puis J.N. Darby
(1800-1882) a systématisé et répandu le schéma dispensationaliste dans les milieux évangéliques. Il établissait un modèle de sept dispensations distinctes:
1ère Dispensation — De l’état paradisiaque au déluge;
2ème Dispensation — Noé;
3ème Dispensation — Abraham;
4ème Dispensation — Israël A. Sous la loi, — B. Sous le sacerdoce, — C. Sous les
rois;
5ème Dispensation — Les Gentils;
6ème Dispensation — L’Esprit;
7ème Dispensation — Le Millénium.
Par la suite, Cyrus Scofield avec sa Bible assortie de commentaires, ayant repris le
schéma de Watts, a contribué grandement à populariser la vision dispensationaliste (5),
au point qu'elle a presque supplanté l'explication théologique de l'Alliance chez les
descendants des Réveils évangéliques. Voici son modèle:
1ère Dispensation — L’homme innocent (Eden);
2ème Dispensation — L’homme sous la Conscience (jusqu'au Déluge);
3ème Dispensation — L’homme détenteur de l’autorité sur la terre (descendance
de Noé);
4ème Dispensation — L’homme sous la Promesse (les patriarches);
5ème Dispensation — L’homme sous la Loi (alliance de la loi);
6ème Dispensation — L’homme sous la Grâce (temps de l’Église, quoique scofield
ne la mentionne pas expressément);
7ème Dispensation — L’homme sous le règne personnel de Christ (millénium et
dernière révolte).
Scofield note: « Chacune de ces dispensations peut être considérée comme une
nouvelle mise à l’épreuve de l’homme naturel, mais chacune se termine par le
jugement, manifestant l’échec complet de l’homme naturel dans chaque dispensation.
Cinq de ces dispensations, ou périodes de temps, sont déjà achevées; nous vivons dans
la sixième, probablement vers sa fin, et nous avons devant nous la septième et
dernière, le millénium ».
Une dispensation donc est estimée être une période spéciale de temps initiée par une
révélation supplémentaire de Dieu, impliquant une responsabilité humaine
supplémentaire (6) d'obéissance et de fidélité et dont le déroulement manifeste la
faillite inexorable de l'homme envers les engagements que Dieu aurait contractés pour
lui. Il s'ensuit donc que face à cet échec – prévu ? - le Tout-Puissant serait dans
l'obligation de manifester sa gloire en décrétant un jugement sur l'infidélité qui mettra
fin à la dispensation en cours. Mais, et on le trouve surtout dans le courant darbyste, il
y a toujours un Reste fidèle, un Résidu qui ne s'est pas corrompu et à cause (ou envers)
qui Dieu inaugure une nouvelle dispensation qui sera elle aussi à son tour vouée à
l'échec, et ainsi jusqu'au jour de la fin de toutes choses ! Le dispensationalisme dépeint
donc une suite de tableaux historiques où l'homme échoue immanquablement dans le
test de sa responsabilité, et où Dieu est seul glorifié au final. Dans cette
vision, l’Éternel en donnant une mission dont il saurait à l'avance qu'elle ne pourrait
être satisfaite, ferait passer la démonstration évidente de sa propre gloire au-dessus de
son dessein de grâce envers sa créature déchue, ce que les dispensationalistes
eux-mêmes revendiquent: « Pour le théologien de l’alliance, bien que la gloire de Dieu
joue un grand rôle dans sa théologie, le dessein de Dieu vise surtout le salut des
hommes. En revanche, pour le dispensationaliste le dessein de Dieu est sa propre gloire
» (7). Il semblerait bien que ceux-ci ignorent que la gloire de Dieu est manifestée au
travers de son dessein salvateur envers le peuple qu'il s'est élu de toute éternité,
comme le dit si bien la confession de foi de Wesminster: « Avant que ne soit posé le fondement du monde, Dieu a choisi en Christ, selon son dessein éternel et immuable,
et selon le conseil secret et le bon plaisir de sa volonté, les êtres humains prédestinés
à la vie et à la gloire éternelle. Il l'a fait par sa seule et pure grâce, par amour, et non
par une considération préalable de leur foi, ou de leurs bonnes actions, ou de leur
persévérance, ou de quelque autre condition ou cause que ce soit; le tout à la louange
de sa grâce glorieuse. Comme Dieu a désigné les élus pour la gloire, il en a aussi, selon
le dessein éternel et très libre de sa volonté, pré-ordonné tous les moyens nécessaires.
C'est ainsi que les élus, déchus en Adam, sont rachetés par le Christ, et appelés
efficacement à la foi en Christ par son Esprit qui agit au temps convenable. Ils sont
justifiés, adoptés, sanctifiés, et gardés par son pouvoir, au moyen de la foi, en vue du
salut. Il n'est d'autres rachetés par Christ, efficacement appelés, justifiés, adoptés,
sanctifiés et sauvés, que les élus (8) ». Déjà à la fin du XVIIème siècle, les rédacteurs
de la formule du consensus helvétique (1675) mettaient en garde au canon 25: « Nous
condamnons donc la doctrine de ceux qui croient nous étaler trois alliances
entièrement distinctes les unes des autres, l’alliance naturelle, l’alliance légale et
l’alliance de l’Évangile. Ils s’embarrassent si fort en pensant les expliquer, et en
voulant déterminer la différence qu’il y a entre elles, qu’ils répandent une grande
obscurité sur ce qu’il y a de plus important dans les vérités de la religion. Ils ne se font
aucun scrupule de parler avec trop de relâchement de la nécessité qu’il y avait, sous le
Vieux Testament, de connaître Jésus-Christ, de croire en lui, de se reposer sur sa
satisfaction et de mettre de la confiance en la très sainte Trinité. La manière dont ils
traitent la théologie nous paraît fort dangereuse ».
La raison d'être du dispensationalisme
Selon C. Ryrie, le dispensationalisme répond à trois nécessités:
1 - opérer des distinctions dans la Bible;
2 – établir une philosophie de l’Histoire;
3 – employer une herméneutique cohérente.
Quant à une herméneutique cohérente (principes d'interprétation), nous sommes
d'accord, et nous traiterons ce point plus en détail. Toutefois, opérer des distinctions
dans la Bible doit être la conséquence de l'enseignement de la Bible, et non un principe
préalable, comme le suggère le titre d'un ouvrage de Cyrus Scofield: Découpant droit
la Parole de Vérité. De même la philosophie de l'histoire ne doit pas être un principe
d'interprétation, mais découler directement du message des Saintes Écritures. Car il
convient de ne pas lire les Écritures dans l'optique d'une interprétation particulière,
mais d'être humblement soumis à leur enseignement pour en recevoir les vérités à
partir desquelles nous pourrons formuler la juste doctrine. C'est là ma première
objection, une objection sur le principe fondamental du dispensationalisme. Car si
cette vision découlait logiquement de l'enseignement biblique, pourquoi est-elle
apparue si tard dans l'histoire de l’Église ? Ni les pères de l’Église, ni les Réformateurs
ne l'ont partagée, et encore moins soupçonnée... D'aucuns rétorquera qu'une doctrine
peut être ancienne et fausse et qu'une autre peut avoir été formulée récemment et
être juste. En effet, le christianisme biblique ne partage pas les critères de Lérins (9),
lesquels fondent la pertinence d'une doctrine chrétienne sur son antiquité son
unanimité et son universalité. Néanmoins, on peut légitimement s'étonner que le
dispensationalisme, aussi important soit-il dans l'esprit de ceux qui le professent – et ô
combien ils y attachent de l'importance, jusqu'à refuser d’œuvrer avec ceux qui ne le
partagent point – le dispensationalisme, donc, n'a jamais été entrevu pendant les seize
premiers siècles de l'ère chrétienne ! Dès lors, il convient d'examiner sérieusement les
fondements bibliques qui sont allégués par ses zélateurs. La Bible et les dispensations
La notion de dispensation est-elle biblique ? Question essentielle puisque les
dispensationalistes disent en discerner au moins quatre, généralement sept et parfois
huit. Dieu a-t-il divisé le cours de l'histoire du salut en quantités de tronçons, telles les
rondelles d'un saucisson ? Si c'était le cas, on devrait pouvoir le vérifier dans les Saintes
Écritures, n'est-ce pas ?
La Bible Darby en Français n'utilise pas le terme dispensation, mais celui
d'administration, qui lui est préférable. Car, en effet, le mot grec utilisé par le
Nouveau Testament et traduit quelquefois par dispensation, selon les versions, a le
sens de gestion d'un bien, d'une chose:
- οἰκονομέω , verbe = administrer, gérer
- οἰκονομία , nom féminin = administration, gestion
- οἰκονόμος , nom masculin = économe, administrateur, régisseur
Étymologiquement, le terme procède de l'accolement de deux mots grecs: οἰκοs (la
maison) et νόμος (loi, règle). L'économie est donc la règle à appliquer dans la gestion
domestique, et l'économe celui qui s'emploie à cet exercice.
On le rencontre principalement dans les versets suivants (version Ostervald révisée
1904):
- JÉSUS disait aussi à ses disciples: Un homme riche avait un économe qui fut accusé
devant lui de lui dissiper son bien. Et l’ayant fait venir il lui dit: Qu’est-ce que
j’entends dire de toi ? Rends compte de ton administration; car tu ne pourras plus
désormais administrer mon bien (Luc 16,1-2).
Ici, le contexte est très clair, il s'agit de gérer un bien.
- Car si je prêche l’évangile, je n’ai pas sujet de m'en glorifier, parce que la nécessité
m’en est imposée; et malheur à moi si je ne prêche pas l’évangile ! Que si je le fais
volontairement, j’en recevrai la récompense; mais si je le fais à regret la dispensation
ne laisse pas de m’en être commise (1 Corinthiens 9,16-17).
Cette dispensation confiée à Paul est une tâche, un ministère, l'apostolat envers les
Gentils.
- Afin que quand les temps de la dispensation de sa grâce seraient accomplis, il réunît
toutes choses en Christ, tant ce qui est dans les cieux, que ce qui est sur la terre
(Éphésiens 1,10).
Littéralement: Dans l'économie de la plénitude des temps. Ici le mot temps (kairos) et
le mot dispensation (oikonomia) sont séparés, car ils ne sont pas de sens identique. La
dispensation n'est pas une période de temps mais un mode d'action.
- Car vous avez sans doute appris quelle est la dispensation de la grâce de Dieu, qui
m’a été donnée pour vous (Éphésiens 3,2).
Paul parle de la charge qu'il a reçue de Dieu envers les Éphésiens.
- JE me réjouis maintenant dans les souffrances que j’endure pour vous, et j’achève
de souffrir en ma chair le reste des afflictions de Christ, pour son corps qui est
l’Église, de laquelle j’ai été fait ministre, selon la charge que Dieu m’a donnée, de
vous annoncer pleinement la parole de Dieu; savoir, le mystère qui avait été caché
dans tous les siècles et dans tous les temps, mais qu’il a maintenant manifesté à ses
saints (Colossiens 1,24-26).
Encore une fois, l'Apôtre évoque son ministère d'annonce de la Parole au sein de
l’Église, mystère dorénavant pleinement révélé.
Il ressort de tous ces passages compris au sens naturel qu'une dispensation n'est pas une
période de temps et d'épreuve de la responsabilité humaine, mais une tâche à laquelle
doit s'appliquer celui qui l'a reçue en partage. Que celle-là dure un certain laps de
temps n'implique pas que l'administration de cette tâche soit une période de temps. Ce
sont deux notions différentes. Et jamais la dispensation n'est identifiée à une quelconque alliance conclue par Dieu. Par conséquent, comme l'ont fait remarquer
nombre de commentateurs, le dispensationalisme utilise le concept de dispensation
dans un sens autre que celui de la Bible. C'est là ma seconde objection, et non la
moindre !
Le littéralisme du dispensationalisme
« Prendre un texte au pied de la lettre conduit à reconnaître l’existence de
distinctions; ces distinctions conduisent ensuite à reconnaître des dispensations.
L’interprétation normale entraîne la reconnaissance de distinctions claires entre
certains mots, concepts, peuples et régimes. En un mot, l’interprétation littérale
systématique s’avère le fondement même du dispensationalisme ». C'est par cette
affirmation que C. Ryrie entend prouver la justesse du dispensationalisme. Pour lui,
l'interprétation littérale systématique mène tout naturellement à la compréhension
dispensationaliste. Argument aussi simpliste que le littéralisme qu'il confond avec
l'interprétation littérale des Écritures. Et aussi cette autre affirmation: « les
dispensationalistes affirment utiliser le principe de l’interprétation littérale de façon
systématique dans leur étude de toute la Bible tandis qu’à leurs yeux, les
non-dispensationalistes ne l’appliquent pas toujours. Ils reconnaissent que ces derniers
l’appliquent dans leur interprétation d’une grande partie des Écritures, mais ils leur
reprochent de recourir à l’allégorie et à la spiritualisation dans l’interprétation des
prophéties ». L'allégorie et la spiritualisation seraient l'apanage des
non-dispensationalistes ? Mais alors que dire de cette abondante littérature où tout
l'Ancien Testament n'est commenté qu'en vertu des allégories et parallèles établis avec
le Nouveau Testament ? La typologie, dans les commentaires de Darby et de ses
coreligionnaires, par exemple, y est développée à l'envie, et la vie des personnages
vétéro-testamentaires n'est décrite qu'au travers des principes moraux pleinement
dévoilés dans le Nouveau Testament. Non pas que cela soit inexact, mais comment dès
lors revendiquer que les dispensationalistes affirment utiliser le principe de
l’interprétation littérale de façon systématique dans leur étude de toute la Bible (10).
Le chrétien n'est pas appelé à prendre au pied de la lettre chaque parole de la Bible
sans référence à son contexte ni à son genre littéraire. Mais c'est avec une intelligence
renouvelée par l'Esprit qu'il doit méditer les Écritures. L'image verbale, la parabole ou
la forme poétique de nombreux verset bibliques n'invitent pas automatiquement à une
compréhension au pied de la lettre ! Prenons par exemple les versets 13 et 17 du
Psaume messianique 22: « De nombreux taureaux m'environnent; les puissants
taureaux de Basan m'entourent... Car des chiens m'ont environné... ». Tous les
exégètes chrétiens voient dans ce psaume la description prophétique des souffrances
du Messie sur la Croix. Mais y avait-il littéralement des taureaux et des chiens au pied
de la croix ? Non, bien-sûr, c'est une formulation imagée, et les dispensationalistes en
conviennent aussi. D'ailleurs, quand ils envisagent les septante semaines de la
prophétie de Daniel (chapitre 9), ils ne prennent pas le mot semaine au pied de la
lettre, mais lui attribuent la valeur symbolique de sept années. Ils ne font donc pas une
lecture littérale de ce passage, pas plus que lorsque J. N. Darby interprète la lettre
aux sept églises dans l'Apocalypse comme le panorama prophétique des sept époques
successives dévolues à l’Église professante (11). Nous avons donc la démonstration par
l'exemple que, si la lecture littérale de la Bible mène au dispensationalisme, les
dispensationalistes n'arrivent pas à cette compréhension en appliquant rigoureusement
ce principe, comme ils le revendiquent... C'est pourquoi l'expression philosophie de
l'histoire est tout à fait adaptée au point de vue dispensationaliste. Car nous ne
trouvons dans les Écritures aucune notion de dispensation en rapport avec une époque
déterminée de mise à l'épreuve et de jugement. Ce genre de distinctions dans le cours
de l'histoire du salut, que les Apôtres n'ont pas davantage connues et enseignées, ne procèdent pas d'une méthode herméneutique déductive, mais sont introduites par des
commentateurs habiles dans l'art de couper les cheveux en quatre. Le
dispensationalisme ne se déduit pas de l'enseignement de la Bible, il est une vision qui
lui est surimposée. Notre troisième objection est donc celle-ci: Le dispensationalisme
n'est pas fidèle au principe d'interprétation littérale qu'il revendique appliquer en tout
point des Saintes Écritures. Il pratique aussi la lecture symbolique et allégorique qu'il
réprouve ouvertement. Par conséquent, sa défense sur ce point est prise en défaut par
ses pratiques herméneutiques incohérentes.
Quelques caractéristiques du dispensationalisme
« La caractéristique primordiale de chaque dispensation est l’économie divine et la
responsabilité humaine révélée par Dieu pour chacune. Une telle responsabilité
constitue en elle-même une mise à l’épreuve. La plupart des hommes échouent, et il
en résulte un jugement. Le dispensationalisme comporte deux perspectives: un aspect
transversal (parfois mal interprété comme étant une suite de cycles, alors qu’il s’agit
en réalité d’une spirale) et un aspect longitudinal (mettant en valeur le progrès
continuel de la révélation et la persistance de certains principes à travers des
dispensations successives) » (12). Cette citation nous force à considérer que le
dispensationalisme altère la conception biblique linéaire du temps. Au lieu de
présenter la continuité de la Grâce divine au sein d'une alliance ayant eu plusieurs
dispositions, il se figure un cours du temps discontinu, une succession de cycles
d'unions et de ruptures entre Dieu et son peuple, de retour massif à la fidélité et
d'apostasies collectives (13). Aussi, l'Incarnation n'est plus comprise seulement comme
l'aboutissement de la prophétie messianique; la Croix n'est plus estimée être le centre
de l'histoire; et la réalité de l’Église est ramenée à la fonction de simple parenthèse
dans le temps, en attendant la restauration de l'ancien Israël. La vision
dispensationaliste ne met pas l'accent sur l'élection d'un peuple chargé de glorifier
Dieu, comme dans la conception réformée, mais sur l'attente eschatologique d'un reste
fidèle envers l'instauration du royaume millénaire et du jugement final qui verra le Fils
victorieux remettre toutes choses entre les mains du Père. Les dispensationalistes
insistent beaucoup sur l'imminence du Retour de Christ – ce qui n'est pas faux – et sur le
retour des Juifs sur le devant de la scène pendant la grande Tribulation, à la place des
chrétiens qui auront été enlevés auparavant. C'est eux dont font les destinataires du
royaume de mille ans que le Christ gouvernera. L'Alliance de Grâce n'est pas estimée à
sa juste mesure, tandis que l'attente de l'Avènement du second retour de Jésus-Christ
dans un contexte d'apostasie générale est le sujet central du discours
dispensationaliste. Ce déplacement de focus de la centralité de la Croix dans le plan
rédempteur divin vers l'accomplissement final des prophéties non encore réalisées
s'accompagne d'un piétisme désincarné et d'un désengagement du monde (14) et de ses
problèmes. C'est ma quatrième objection.
Israël et l’Église
On trouve chez Scofield: « Les communications de l’Éternel à Israël en tant que nation,
ont trait à la terre... Israël est composé uniquement de descendants naturels
d’Abraham... La relation d’Israël avec Dieu est dans une relation d’alliance, tandis que
l’église est une relation par naissance... autant Israël est rattaché aux choses
temporelles et terrestres, autant l’Église est rattachée aux choses spirituelles et
célestes ». « Conformément à Éph. 3:5-10, l’Église n’est jamais mentionnée dans les
prophéties de l’Ancien Testament (elle était alors « un mystère caché en Dieu »). La
naissance de l’Église se trouve en Actes 2, et la fin de sa carrière terrestre en 1 Thes. 4 ». « Dans les prophéties, la distinction entre Israël et l’Église est éclatante. L’Église
sera enlevée de la terre, tandis qu’Israël restauré jouira de la puissance et de la
splendeur terrestres » (15).
« La prémisse fondamentale du dispensationalisme est l’idée selon laquelle le dessein
de Dieu comporte deux buts: la formation de deux peuples qui demeurent distincts
pendant toute l’éternité » (16). Cette citation témoigne de la rupture d'avec ce que
certains nomment la théologie de la substitution ( 1 7 ). Selon les dispensationalistes,
Dieu aurait deux peuples et deux promesses, une pour chacun d'eux. Les Juifs
incrédules seraient l'Israël terrestre, avec comme héritage le royaume, que
Jésus-Christ leur aurait offert et qu'ils auraient rejeté une première fois, mais qui leur
sera accordé lors de leur conversion massive pendant la grande Tribulation. Leur
héritage serait essentiellement terrestre, leurs bénédictions seraient surtout
matérielles. Puis l’Église – L’Assemblée pour Darby, qui a la spécificité d'enseigner la
corruption généralisée de l’Église professante - est considérée comme l'Israël céleste,
avec des promesses et des bénédictions essentiellement spirituelles et dont la vocation
est de régner avec Christ dans les lieux célestes. Les commentateurs, comme le déjà
cité J.N. Darby, ne cessent de soulever des subtilités qu'eux seuls entendent dans le
Nouveau Testament, distinguant tel enseignement de Jésus de tel autre en ce que l'un
ne s'adresserait qu'aux Juifs, et l'autre qu'aux chrétiens. Ce qui est jugé à caractère
terrestre leur serait échu, et ce qui revêtirait un caractère céleste, au contraire ne
serait que l'apanage des païens convertis. Ainsi le fameux Sermon sur la montagne,
s'adresserait principalement aux Juifs ! Ce qui a fait dire à Ladd: « Un système qui
refuse d’appliquer directement au chrétien ce grand passage de l’enseignement de
Jésus mérite d’être examiné avec une attention particulière » ( 1 8 ). C'est ce à quoi
nous nous appliquons, avec bien d'autres. Ma cinquième objection est la suivante: Dieu
n'a élu qu'un seul peuple de toute éternité. L’Église n'était pas l’application d'un plan B
en cas de refus de l'Israël terrestre (les Juifs). Mais le dessein préétabli de Dieu était
de faire entrer en son Alliance d'abord un peuple, qu'il a formé lui-même,
accomplissant la promesse donnée aux patriarches de l'Ancienne Alliance, puis des gens
de tous les peuples sous la Nouvelle Alliance inaugurée en Jésus-Christ, vrai Dieu et
vrai homme, venu en chair au sein du peuple de Dieu de l'Ancien Testament.
LL’É’Égglliissee eett lle e rrooyauyaummee
Dans cet article, il a déjà été mentionné que le dispensationalisme dissocie le royaume
de l’Église. Comme dans plusieurs autres vérités bibliques, pour le dispensationalisme
deux mots différents ne peuvent désigner que deux notions différentes, car il ne saisit
pas la manière d'expression hébraïque, riche en images et en figures de style. Faut-il
rappeler que même les rédacteurs du Nouveau Testament, quoi qu'ayant écrit en Grec
de la Koiné, sont tellement pétris de leur culture d'origine, que cela se ressent jusque
dans leur manière d'écrire ? Or c'est le problème du littéralisme, de ne pouvoir
appréhender la juste signification des tournures et richesses linguistiques bibliques,
parce que partant d'un principe d'interprétation étroit et adapté à nos langues
modernes occidentales, mais non aux langues proche-orientales. La manière qu'ils ont
de découper l’Écriture, de faire des distinctions rigoristes à partir de différents mots
employés désignant pourtant une même chose, la façon qu'ils ont encore d'adresser
artificiellement tel ou tel discours du Christ à telle ou telle catégorie de personnes ne
convient pas au lecteur fidèle qui entend méditer la Parole de Dieu en respectant son
unité.
C. Ryrie déplore que « les amillénaristes et les prémillénaristes de l’Alliance
s’accordent pour nier que Jésus offrit le Royaume davidique au cours de son ministère
terrestre et pour affirmer qu’il offrit un Royaume spirituel dont la condition d’entrée,
d’après Allis, était la repentance et la nouvelle naissance ». Il cite Ladd et Berkhof à l'appui de ses dires, avec lesquels nous sommes d'accord: « Jésus n’offrit pas aux Juifs
le Royaume terrestre, pas plus qu’il ne se présenta à eux comme leur glorieux Roi
terrestre... Le Royaume de Dieu devait d’abord venir dans un sens spirituel, car le
Roi-Sauveur vint dans l’humilité pour souffrir et pour mourir, afin de vaincre Satan et
d’introduire dans le Royaume de Dieu une foule de personnes rachetées du royaume de
Satan et du péché. Par la suite, le Royaume doit être manifesté en puissance et en
gloire lorsque le Roi reviendra pour juger et pour régner » (19). « Fait remarquable, le
Nouveau Testament - qui constitue l’accomplissement de l’Ancien - ne contient
strictement aucune indication du rétablissement par Jésus de la théocratie de l’Ancien
Testament... En revanche il contient de nombreuses indications de l’accomplissement
spirituel des promesses données à Israël » (20). Ryrie, quant à lui, déclare que les
dispensationalistes nient « l’idée que l’Église, le Corps de Christ, constitue aujourd’hui
le Royaume promis à David ». Pourtant l’Écriture mentionne ce royaume ouvert aux
disciples du Christ. Dans les versets ci-après, un seul et même mot grec du Texte reçu
est traduit par règne, royaume: βασιλεία. C'est pourquoi, les commentateurs
dispensationalistes font des distinctions avec les différents compléments du même
nom: royaume (règne) de Dieu, des cieux, éternel (21). De même avec le mot évangile;
quand ils lisent évangile éternel, ils ne comprennent pas qu'il s'agit de l'évangile
unique de Jésus-Christ, mais y voient un autre évangile, le message de repentance qui
se fera entendre aux et par les Juifs lors de la grande Tribulation sous le règne de
l'Antéchrist. Cependant, ce n'est pas ce que nous lisons dans le Nouveau Testament,
quand nous rattachons simplement ces passages, non à une vision pré-établie, mais à
leur contexte immédiat.
Jésus allait par toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, prêchant
l’évangile du règne de Dieu, et guérissant toutes sortes de maladies et toutes sortes
de langueurs parmi le peuple (Matthieu 4,23).
Ici, le qualificatif de Dieu ne fait pas partie du Texte reçu mais a été rajouté par le
traducteur pour la compréhension (ce qu'il n'aurait pas eu besoin de faire en utilisant le
mot royaume).
Tous ceux qui me disent: Seigneur ! Seigneur ! n’entreront pas tous au royaume des
cieux; mais celui-là seulement qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux
(Matthieu 7,21).
Celui-là... le singulier indique que la promesse est individuelle et ne se rattache donc
pas à une entité nationale comme celle des Juifs de l'époque du Christ.
Aussi je vous dis que plusieurs viendront d’Orient et d’Occident, et seront à table au
royaume des cieux, avec Abraham, Isaac et Jacob. Et les enfants du royaume seront
jetés dans les ténèbres de dehors; il y aura là des pleurs et des grincements de dents
(Matthieu 8,11-12).
Dans ce verset, il y a en effet une distinction entre ceux des nations qui partageront la
promesse du royaume avec les premiers récipiendaires de cette même promesse: les
patriarches, et la postérité naturelle de ces mêmes patriarches, à savoir les Juifs
incroyants, qui n'y auront pas part. Sans le mentionner ouvertement Jésus-christ
envisage une postérité spirituelle internationale, et la rattache au royaume.
Alors les disciples, s’étant approchés, lui dirent: Pourquoi leur parles-tu par des
similitudes ? Il répondit, et leur dit: Parce qu’il vous est donné de connaître les
mystères du royaume des cieux; mais cela ne leur est point donné (Matthieu
13,10-11).
Là, il n'y a aucune équivoque, la vérité sur le royaume s'adresse aux disciples du Christ,
et pas seulement aux Juifs convertis, mais aussi à ceux des nations appelés au salut,
comme en témoigne le verset suivant.
C’est pourquoi je vous dis que le royaume de Dieu vous sera ôté, et qu’il sera donné à
une nation qui en rendra les fruits (Matthieu 21,43).
En vérité, en vérité je te dis que si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le
royaume de Dieu (Jean 3,3).Jésus répondit: Mon règne n’est pas de ce monde. Si mon règne était de ce monde,
mes gens combattraient, afin que je ne fusse pas livré aux Juifs; mais maintenant mon
règne n’est point d’ici-bas. Alors Pilate lui dit: Tu es donc roi ? Jésus répondit: Tu le
dis: je suis roi; je suis né pour cela, et je suis venu dans le monde pour rendre
témoignage à la vérité. Quiconque est pour la vérité écoute ma voix (Jean 18,36-37).
Les deux versets précédents mettent en évidence la nature spirituelle et céleste du
royaume, auquel seuls les régénérés sont conviés. Même les dispensationalistes
affirment que la régénération (nouvelle-naissance) est la caractéristique des chrétiens
formant l’Église. Quant aux Juifs dont ils disent qu'ils se convertiront massivement
après la dispensation de la Grâce, ils ne parlent nullement de nouvelle naissance à leur
sujet, puisque c'est un peuple terrestre censé avoir une espérance et des promesses
terrestres, et que la nouvelle-naissance est une réalité spirituelle. Si les
dispensationalistes considèrent la vérité énoncée par Jésus dans ces passages de
l'évangile de Jean, ils sont obligés d'imaginer qu'il parle d'un autre genre de royaume.
Et c'est ce qu'ils font en distinguant un royaume céleste et un royaume terrestre, alors
que l’Écriture ne dit pas cela.
Et maintenant je sais qu’aucun de vous tous, parmi lesquels j’ai passé en prêchant le
royaume de Dieu, ne verra plus mon visage (Actes 20,25).
Paul n'a prêché qu'un seul évangile, celui de Jésus-christ crucifié, disait-il aux
Corinthiens (2,2), et à Éphèse, il dit qu'il a prêché le royaume de Dieu... N'était-ce pas
à d'anciens païens désormais convertis ? Le royaume de Dieu s'adresse donc à l’Église !
Vous exhortant, vous consolant, et vous conjurant de vous conduire d’une manière
digne de Dieu qui vous appelle à son royaume et à sa gloire (1 Thessaloniciens 2,12).
C’est pourquoi, mes frères, étudiez-vous d’autant plus à affermir votre vocation et
votre élection, car en faisant cela vous ne broncherez jamais; et par ce moyen
l’entrée au royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ vous sera
pleinement accordée (2 Pierre 1,10-11).
Le royaume éternel, encore là, est la part des chrétiens, lesquels ne sont plus
considérés comme Grecs, Juifs, hommes, femmes, libres ou serviteurs, mais comme le
peuple unique du Dieu unique !
À celui qui nous a aimés, et qui nous a lavés de nos péchés par son sang, et qui nous a
faits rois et sacrificateurs de Dieu, son Père; à lui soient la gloire et la force aux
siècles des siècles ! Amen ! (Apocalypse 1,6).
La Bible ne parle que d'une seule sorte de royaume, et non de deux, car Dieu est
unique et sa volonté de salut ne s'exerce qu'au travers de la foi en son Fils. La part des
incrédules, quand bien même ils seraient Juifs, est d'être jetés en Enfer, loin du lieu où
le Roi des rois accueillera les siens, qu'il s'est élu de toute éternité, à la louange de sa
Gloire incommensurable.
La sixième objection est donc que l’Écriture Sainte, correctement interprétée, nous
montre que le royaume n'est pas la promesse faite aux Juifs en vue de leur future
restauration, mais s'adresse pleinement aux membres de l’Église.
La relation entre l’Église et la postérité d’Abraham
« La foi et la justification sont des questions personnelles et individuelles, et
l’appartenance à la postérité spirituelle d’Abraham est également une question
personnelle et individuelle sans rapport avec sa race. La postérité spirituelle
d’Abraham ne constitue pas Israël, car Abraham est physiquement le père de la nation
d’Israël tandis qu’il est le père spirituel des croyants de toutes les nations, y compris
de la nation juive. Ainsi tous les croyants qui composent l’Église ne constituent pas
l’Israël spirituel, mais seulement ceux physiquement descendus d’Abraham » (22).
Cette affirmation est erronée, reposant sur une comparaison biaisée. Tout d'abord
attention de ne pas identifier directement Israël à Abraham. Israël est le nom acquis par Jacob, petit-fils d'Abraham, et père véritable du peuple Hébreux que l'on a appelé
du nouveau nom donné par l’Éternel à Jacob. De plus, Abraham n'est pas que le père
de la nation d'Israël, mais de plusieurs nations dont Israël, l'héritier de la promesse d'un
héritage en Canaan. Les Ismaélites et les Édomites étaient aussi des descendants
physiques d'Abraham, mais non les héritiers de la promesse comme les Hébreux. Paul
établit un parallèle entre ce fait et celui que tous les Juifs descendaient bien
d'Abraham (à l'époque apostolique, mais plus maintenant...), mais seuls ceux qui
avaient cru au Messie étaient les héritiers de la promesse du salut par la justification
au travers de la foi, à l'instar d'Abraham: Puis il [l’Éternel] le mena dehors et lui dit:
Regarde vers le ciel, et compte les étoiles, si tu peux les compter. Et il lui dit: Ainsi
sera ta postérité. Et Abram crut à l’Éternel, qui lui imputa cela à justice (Genèse
15,5-6). Il est intéressant de noter que la comparaison d'une myriade d'étoiles avec une
descendance humaine suggère que celle-ci portera les caractéristiques de celles-là,
c'est-à-dire que, comme les astres qui sont des corps célestes, la postérité promise à
Abraham aura une espérance céleste. La mention de la justice conférée par Dieu au
croyant, vient renforcer cette idée.
Car tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas pour cela d’Israël (Romains 9,6). ce
sont les enfants de la promesse qui sont réputés être la postérité d’Abraham (Romains
9,8). Quand le nombre des enfants d’Israël égalerait le sable de la mer, il n’y en aura
qu’un petit reste de sauvé (Ésaïe 10,22, cité par Romains 9,29). Ce reste correspond à
la fraction des Juifs qui ont reconnu le Christ (23). De plus, un reste n'étant pas la
totalité, on ne peut donc point en conclure que les Juifs contemporains du Messie, et
ayant cru en lui, étaient à eux seuls l'accomplissement de la promesse d'une
descendance innombrable. Que dirons-nous donc ? C’est que les gentils, qui ne
cherchaient point la justice sont parvenus à la justice: je dis la justice qui est par la
foi; et qu’Israël, qui cherchait la loi de la justice, n’est point parvenu à la loi de la
justice. Pourquoi ? Parce qu’ils ne l’ont point cherchée par la foi, mais par les œuvres
de la loi (Romains 9,30-32). Ce dernier verset établit qu'Israël (ici, celui de l'Ancien
Testament) a manqué le but, qui n'était pas d'obtenir la justice par la Loi, mais par la
Foi. Et ce but, ceux des nations qui ont cru l'ont atteint. Car Christ est la fin de la loi,
pour justifier tous ceux qui croient (Romains 10,4). Christ était le but visé par la loi, à
savoir le moyen de salut à saisir pour échapper à la sentence de mort d'une Sainte
Volonté que personne ne pouvait parfaitement accomplir. L'Ancienne Alliance, pendant
la durée d'application de la loi mosaïque, n'avait pas en vue seulement des
bénédictions terrestres, mais aussi une promesse spirituelle de pardon au travers de la
prophétie du Messie à venir. Dès lors la distinction rigoureuse opérée par les
dispensationalistes entre l'économie de la Loi et l'économie de la Grâce apparaît
comme un contraste exagéré qui ne cadre pas exactement avec l'enseignement de la
Bible.
Ainsi, il n’y a point de distinction entre le Juif et le Grec, parce qu’ils ont tous un
même Seigneur, qui est riche pour tous ceux qui l’invoquent. Car quiconque invoquera
le nom du Seigneur sera sauvé (Romains 10,12-13). S'il n'y a pas de distinction entre les
croyants d'origine juive (hébraïque) et ceux d'origine grecque (païenne), c'est parce
qu'ils font partie d'un seul et même peuple, l'Israël de Dieu, l'Israël spirituel, l’Église. Et
pourquoi mentionne-t-on un Israël spirituel ? Justement pour signifier que le peuple de
Dieu désormais ne descend plus physiquement de Jacob (Israël), mais spirituellement,
c'est-à-dire par l'action régénérante de l'Esprit-Saint intégrant des gens appelés de
toute nation dans l'Alliance divine et leur donnant part à la promesse de l'héritage d'un
royaume incorruptible. Béni soit le Dieu et le Père de notre Seigneur Jésus-Christ... de
posséder l’héritage qui ne se peut corrompre, ni souiller, ni flétrir, et qui est réservé
dans les cieux pour nous (1 Pierre 1,4). Notre septième objection est donc que, selon
l'enseignement biblique, la postérité spirituelle d'Abraham, en tant que père des
croyants, est aussi la postérité spirituelle de Jacob, et donc peut porter également le
nom donné à ce dernier, à savoir: Israël. Par conséquent l’Église est bien un seul