Corrigé Bac pro 2015 : sujet Français

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Corrigé Bac pro 2015 : sujet Français

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Publié le 17 juin 2015
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Français
Bac Pro 2015
BACCALAUREAT PROFESSIONNEL – JUIN 2015
EPREUVE DE FRANÇAIS
PROPOSITION DE CORRIGE (NON OFFICIEL)


QUESTIONS DE CORPUS

Question 1.
Les trois documents du corpus sont de natures différentes : le premier est extrait d’un essai,
c’est-à-dire un écrit d’une centaine de pages ou plus destiné à défendre une thèse ; le second
1est un extrait du célèbre roman L’Etranger publié par Camus en 1942 (donc, une œuvre de
fiction) et le troisième est la photo d’une session de la cour d’appel de Paris. Cependant, ces
trois documents ont en commun de traiter de la mise en scène d’un procès, c’est-à-dire de la
façon dont le décor de la salle, les costumes des juges ou des avocats, la distribution de la
parole et le protocole observé contribuent à donner à ces procès leur solennité et à permettre,
en théorie, la sérénité des débats.
(NB : On pouvait se contenter des trois dernières lignes de ce corrigé, depuis « ces trois
documents ont en commun… »)

Question 2.
Meursault, nous disent les indications du sujet, est un homme « dépourvu de sentiments face à
ce qu’il vit ». De fait, le récit à la première personne de son procès frappe par un ton de
détachement. Tout au long du texte, ce narrateur décrit de façon assez détaillée ce qu’il entend
ou ce qu’il voit : « on entendait des voix, des appels… » (l. 4), « la salle était pleine (…) le
soleil s’infiltrait… » (l. 13), « j’ai remarqué que tout le monde… » (l. 33), « A ma gauche, j’ai
entendu (…) avec soin » (l. 47-49), tandis qu’il insiste peu sur son propre ressenti, évoquant à
peine ses réflexions (« j’ai compris », l. 16) ou ses sensations (« j’étais un peu étourdi », l.
23), et jamais la moindre émotion. Ce détachement, joint à la précision des détails et à la
description du ballet des personnages (« tout le monde se rencontrait, s’interpellait… », l. 34 ;
« mon avocat (…) est allé vers des journalistes, a serré des mains », l. 42) crée l’impression
d’un spectacle auquel Meursault assiste en simple spectateur, comme si cela ne le concernait
pas. Du reste, dès le début de l’extrait, il mentionne que « cela m’intéressait de voir un
procès » (l. 8). Il en parle comme il décrirait une pièce de théâtre qui se déroulerait devant lui.

Question 3.
Le document 3 est une photo de la salle d’audience de la cour d’appel de Paris pendant une
session. Cette photo est prise en plan large depuis un point situé derrière le tribunal, ce qui
nous permet de découvrir au centre les juges en robes rouges et cols d’hermine séparés du
public par une estrade et par une distance de deux ou trois mètres, mais aussi les boiseries
luisantes des tables, la taille impressionnante de la salle et la solennité du décor : grands
lustres dorés, panneaux de chêne sombre, stuc doré aux murs… Ainsi, cette photo illustre
parfaitement l’analyse d’Antoine Garapon, qui insiste sur la « mise en scène (…)
architecturale et symbolique » de la justice dans notre société. L’aspect architectural est rendu
sur la photo par les dimensions et l’ornementation de la salle ; l’aspect symbolique par les
tenues particulières des juges au centre du document et par la distance qui les sépare, en
hauteur comme en largeur, du simple public.


1 : C’est par erreur que le sujet indique 1957 comme date de parution du roman : L’Etranger paraît en 1942,
tandis que 1957 est l’année où Camus reçut le prix Nobel de littérature. TRAVAIL D’ECRITURE.

Introduction : Partir du texte de Garapon en reprenant l’aspect symbolique de la justice
souligné par le document 3. Rappeler que, très souvent, la prise de parole s’accompagne
d’une mise en scène : tribunal, mais aussi meetings politiques, interventions télévisées du chef
de l’Etat, cérémonies publiques… D’où la question : cette mise en scène renforce-t-elle son
efficacité ou pourrait-elle au contraire l’affaiblir ?
En fait, à y bien regarder, la mise en scène de la parole ne joue pas toujours le même rôle, et
sert même parfois des buts bien différents…

1 – La mise en scène au profit de la fonction.
A) Mise en scène théâtrale.
Qui dit « mise en scène » pense immédiatement au théâtre. Dans le théâtre, la mise en scène a
pour objectif de servir le texte de la pièce, de mettre en situation ce qui est écrit. Elle doit être
entièrement au service de l’œuvre et, si l’on peut dire, aider le spectateur à « oublier » que ce
qu’il voit n’est pas vrai. En particulier, elle doit l’aider à ne plus voir sur scène l’acteur mais
le personnage. La mise en scène est efficace si elle permet au spectateur de croire à l’histoire,
de s’identifier aux personnages et de s’émouvoir avec eux.

B) Mise en scène sacrée.
Mais n’en va-t-il pas de même dans les mises en scène de moments sacrés, les cérémonies
religieuses par exemple ? Dans ces cérémonies, ce n’est pas l’identité du prêtre ou de
l’officiant qui importe, mais ce qu’il représente. Le prêtre, lors de la cérémonie, agit comme
le représentant soit de la communauté vis-à-vis du dieu, soit comme le représentant du dieu
vis-à-vis de la communauté. Dans les deux cas, son statut personnel doit disparaître au profit
de ce qu’il représente, de ce qu’il symbolise. La tenue particulière qu’il revêt, les gestes
rituels qu’il effectue, le décor et les accessoires qu’il emploie ont alors tous pour but de
souligner ce symbole et de faire oublier l’homme pour ne laisser place qu’à la fonction qu’il
incarne.

C) Mise en scène institutionnelle.
Nous comprenons alors mieux le sens de ce « rituel » de cette dimension « architecturale et
symbolique » soulignés par Garapon dans son essai. En effet, dans un procès, ce ne sont pas
M. Dupont ou M. Durand qui jugent, mais « des juges » en tant que tels, qui disent le droit et
rendent la justice au nom du peuple français (ou autre). Exactement comme, lors d’une
intervention officielle – télévisée ou non – ce n’est pas tant M. Sarkozy, M. Hollande ou un
autre qui parle que le Président de la République, le Chef de l’Etat… Dans ces situations, la
mise en scène de la parole sert, exactement comme au théâtre ou dans un rituel sacré, à faire
oublier l’individu au profit du personnage ou de la fonction qu’il incarne. Dans ces
circonstances, la mise en scène doit conférer à l’orateur la solennité, la majesté requises par sa
fonction. Cette mise en scène est efficace, là encore, si elle fait oublier l’homme au profit de
la fonction.


2 – La mise en scène au profit de l’individu… et ses risques.
A) Mise en scène magnifiante.
Il peut toutefois se faire que la mise en scène de la parole vise à glorifier l’individu et non pas
la fonction.C’est ce qui arrive par exemple dans les meetings politiques où celui qui parle ne
parle pas « ès qualité » mais en son nom propre, lorsque par exemple il vise à être élu et tient
un meeting électoral. Cette fois, la mise en scène vise à présenter l’individu comme exceptionnel et à donner à ses propos le maximum d’ampleur et d’importance. Il s’agit d’en
faire une sorte de parole de vérité prophétique, assénée par un homme supérieur aux autres.

B) Mise en scène démesurée.
L’extrême de cette démarche a été atteint, par exemple, avec les gigantesques mises en scène
orchestrées dans les années 1930 par les régimes totalitaires. On peut penser aux grands
discours de Hitler à Nuremberg : foule gigantesque, estrade démesurée, longue attente de
l’assistance, musique exaltante, décor glorifiant le régime, flambeaux dans la nuit… Dans ce
cas, la mise en scène vise à frapper l’imagination, à toucher les sentiments mais aussi, à un
certain niveau, l’inconscient et les instincts des spectateurs. Il faut diviniser l’orateur en tant
qu’individu.
Toutes proportions gardées, les mêmes ressorts sont employés lorsque des vedettes
mondialement célèbres font des spectacles ou des concerts. Rien de commun, évidemment,
entre Hitler et Madonna, entre Staline et Michael Jackson… Mais les moyens de mise en
scène mis à leur service ne sont pas si différents. Dans les deux cas, c’est bel et bien
l’individu particulier, unique, que l’on vient voir ; dans les deux cas, la mise en scène joue sur
des ressorts assez comparables : exaltation, instinct grégaire, sentiment de communion,
symbolisme des lumières ou des décors…

C) Mise en scène outrancière.
Or, c’est justement là que gît un certain danger : celui de voir la mise en scène aller trop loin
dans l’excès et tomber dans l’outrance, puis dans le ridicule. A force de vouloir trop en faire,
à force d’accumuler les éléments symboliques ou démesurés, la mise en scène peut finir par
accentuer le décalage entre l’individu qu’elle vise à promouvoir et l’image qu’elle donne de
lui. Charlie Chaplin, dans son film Le Dictateur (1940) a superbement ridiculisé la démesure
des discours hitlériens. Orson Welles, dans une extraordinaire plan-séquence de son célèbre
film Citizen Kane (1934), montre de façon saisissante l’énorme décalage entre le « petit »
candidat Kane et la gigantesque affiche qui décore l’estrade d’où il s’adresse à la foule. Et de
nos jours, un dessinateur comme Sempé excelle à souligner ce décalage entre la mise en scène
prétentieuse d’une parole politique et la réalité humaine un peu dérisoire de celui qui la porte.


Conclusion : Ainsi, on peut dire que la mise en scène de la parole est généralement efficace
lorsqu’elle vise à magnifier une forme de parole officielle dans laquelle c’est une fonction,
une institution qui s’exprime ; mais que lorsqu’elle se met au service d’un individu elle court
le risque de perdre son efficacité en tombant dans l’excès, voire dans le ridicule.

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