16INTERCDI SEPTEMBRE OCTOBRE

16INTERCDI SEPTEMBRE OCTOBRE

-

Documents
4 pages
Lire
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres

Description

Niveau: Secondaire

  • exposé


N O T R E F O N C T IO N 16INTERCDI 167 • SEPTEMBRE/OCTOBRE 2000 C e projet apparaît comme particulière-ment novateur parce qu'il institution-nalise pour la première fois des pro- cédures pédagogiques réservées jusqu'ici à des actions expérimentales, organisées le plus souvent dans une perspective militante par des enseignants convaincus et sans que l'ensemble du système se sente véritable- ment concerné. Les documentalistes dont le métier tire sa légitimité même des méthodes actives et des pédagogies nouvelles sont séduits par un dispositif qui semble corres- pondre à leurs attentes. Plusieurs fois cités dans le texte préparatoire, ils attendent son application avec espoir. Pourtant, dans les débats suscités par l'ur- gence des préparatifs, les inquiétudes ne manquent pas de poindre2. Que représente ce texte pour la fonction de documentaliste : le signe d'une reconnaissance tant attendue ? Un risque potentiel de dérive et d'instrumen- talisation ? Les ambiguïtés ne manquent pas. Certaines formulations demandent réflexion et éclaircissements : si les principes que les documentalistes défendent se trouvent valo- risés, eux-mêmes, en tant qu'acteurs sont-ils reconnus comme pédagogues à part entière ? Leur apport ne risque-t-il pas de rester pure- ment instrumental et méthodologique ? Nous nous trouvons ramenés de manière urgente au débat du monde éducatif sur le statut non pas de la documentation, sur lequel il y a un relatif consensus, mais du traitement de l'in- formation et de son apprentissage.

  • dispositif de tpe des propositions

  • véritable recherche personnelle

  • dossier documentaire au film vidéo

  • logiciel de présentation

  • tpe

  • démarche d'apprentissage


Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 octobre 2000
Nombre de visites sur la page 96
Langue Français
Signaler un problème

À propos des TPE en lycée
Réflexion sur le rôle des documentalistes
(Texte d’intervention lors de la journée professionnelle des documentalistes
de l’académie de Créteil, 24 mai 2000)
Le 5 mars 1999, en présentant au Conseil supérieur de l’Éducation sa charte « Un lycée
epour le XXI siècle », le ministre Claude Allègre introduisait, parmi d’autres
propositions de mesures, un nouveau dispositif, les TPE (Travaux personnels encadrés).
Ce dispositif a été expérimenté dans plusieurs établissements.
Le changement de ministre n’a pas remis en cause son instauration généralisée. Malgré les
réticences des syndicats estimant que le projet demande un temps de préparation
plus long, sa mise en œuvre a simplement été retardée d’un trimestre.
À partir de janvier 2001, donc, les établissements seront amenés à appliquer les disposi-
1tions prévues, dont une partie a déjà été publiée au BOEN . Le texte préparatoire a été mis
sur le site internet du gouvernement pour susciter la concertation et les améliorations.
➤ Annette BÉGUIN, maître de conférences à l’Université de Lille 3
e projet apparaît comme particulière- nous trouvons ramenés de manière urgente au moins deux enseignants des disciplines
principales enseignées. Un temps de travailment novateur parce qu’il institution- au débat du monde éducatif sur le statut nonC nalise pour la première fois des pro- pas de la documentation, sur lequel il y a un de deux heures hebdomadaires en co-inter-
vention est prévu pour leur permettre decédures pédagogiques réservées jusqu’ici à relatif consensus, mais du traitement de l’in-
des actions expérimentales, organisées le formation et de son apprentissage. mener ce projet à bien. Le temps nécessaire
est pour l’instant estimé à 72 heures parplus souvent dans une perspective militante Le point le plus important à éclairer
par des enseignants convaincus et sans que concerne la spécificité de l’apport intellec- élève et par an.
La réalisation peut revêtir diversesl’ensemble du système se sente véritable- tuel du documentaliste dans un processus
ment concerné. Les documentalistes dont le formes, du dossier documentaire au filmd’apprentissage ; ce qui pose également le
vidéo. Les élèves sont incités à travailler enmétier tire sa légitimité même des méthodes problème des modalités qui permettraient
actives et des pédagogies nouvelles sont groupe de trois à quatre élèves et doiventà cet apport d’être identifié, reconnu et
tenir régulièrement un carnet de bord. Uneséduits par un dispositif qui semble corres- systématisé.
soutenance orale (exposé et entretien) estpondre à leurs attentes. Plusieurs fois cités
prévue à la fin. L’ensemble (réalisation,dans le texte préparatoire, ils attendent son Les aspects positifs des TPE
bilan écrit de la démarche et prestationapplication avec espoir.
orale) donne lieu à évaluation et, pour lesPourtant, dans les débats suscités par l’ur- En quoi consistent-ils ? Les TPE ont pour
objectif d’impliquer davantage les élèves de élèves de terminale, entre dans le calcul degence des préparatifs, les inquiétudes ne
2 points du baccalauréat.manquent pas de poindre . Que représente lycée dans leur propre formation et de les
préparer à l’enseignement supérieur. Tousce texte pour la fonction de documentaliste :
le signe d’une reconnaissance tant attendue ? les élèves seront engagés dans des projets
Un risque potentiel de dérive et d’instrumen- autour de thèmes en rapport avec les disci-
talisation ? Les ambiguïtés ne manquent pas. plines dominantes de leur série. Il est prévu
1 • BOEN du 20 janvier 2000, n° 3 (circulaire de
Certaines formulations demandent réflexion un projet par année, en première et en termi- rentrée du 13 janvier 2000) ; BOEN du 2 mars
et éclaircissements : si les principes que les nale. Une sensibilisation est également envi- 2000, n° 9, p. 505.
Ma communication s’appuie sur : MENRT et CNDP.documentalistes défendent se trouvent valo- sagée en seconde.
Protocole TPE/document évolutif/version derisés, eux-mêmes, en tant qu’acteurs sont-ils Ces thèmes s’inscrivent dans une liste
décembre 1999.
reconnus comme pédagogues à part entière ? définie au plan national et en rapport étroit e 2 • VIRY, Claude. « Un lycée pour le XXI siècle :
Leur apport ne risque-t-il pas de rester pure- avec les contenus des programmes. Ils ont Vers un rôle pédagogique renforcé des CDI ? »,
ment instrumental et méthodologique ? Nous un caractère interdisciplinaire et concernent INTER CDI, sept./oct. 1999, n° 161, p. 9-11.
INTERCDI 167 • SEPTEMBRE/OCTOBRE 2000 16
NOTRE FONCTIONL’importance des pratiques documentaires • Engager de nouvelles formes de sociali- Des zones de flou
est affirmée dans le texte ainsi que la place sation des savoirs
et des interrogationsfaite aux nouvelles technologies (bureau- Ce texte valide l’implication de l’individu
tique de base, internet, traitement de l’image dans un travail d’équipe. La co-intervention Au-delà d’une première lecture très posi-
et du son). des enseignants devrait faciliter la prise de tive, on ne peut s’empêcher de se poser des
• Promouvoir une pédagogie centrée conscience des rapports entre les disciplines questions et de concevoir quelques inquié-
sur l’élève et renforcer la recherche des cohérences tudes. Certaines d’entre elles concernent
On retrouve dans ce dispositif de TPE des autour de l’élève. tous les enseignants, d’autres sont propres
propositions que les mouvements de péda- Les élèves eux-mêmes sont engagés dans aux documentalistes.
gogies nouvelles (Cousinet, Decroly, un travail de groupe où leur point de vue et
• Pédagogie inductive ou déductive ?Freinet, GFEN) ont faites leurs depuis long- leurs apports personnels sont à de nom-
Une des originalités de la pédagogie dutemps. Sans doute l’influence de Philippe breuses reprises confrontés et réajustés à ceux
projet, c’est qu’elle permet une démarcheMeirieu n’est-elle pas étrangère à l’affaire. des autres. Entre les élèves et les enseignants,
inductive : l’élève est confronté à une situa-La loi du 14 juillet 1989 affirmait la néces- les interactions seront plus personnalisées.
tion qu’il découvre dans sa complexité. Il sesité de mettre l’élève au centre du dispositif Le texte insiste en particulier sur l’accom-
pose des questions et cherche des réponses.pédagogique, ce nouveau texte propose des pagnement méthodologique pour lequel pro-
Il entre dans une démarche de constructionmodalités pratiques qui vont en ce sens. Les fesseurs et documentalistes sont appelés à
de son savoir, devient demandeur d’informa-documentalistes dont la fonction et l’outil de collaborer :
tions. Cependant, le texte met moins l’ac-travail sont issus de ces courants de
« - initiation aux techniques de consultation cent sur cet aspect « constructiviste » queréflexion ont sur ce point l’impression que
des ouvrages de références, des volumes sur le réinvestissement d’apports informa-l’évolution va dans un sens qu’ils atten- spécialisés et autres supports (modes de tionnels préalables, reçus au cours des ensei-daient et s’en trouvent satisfaits. classements, exploitation des catalogues, gnements disciplinaires habituels. Dès lors,
fichiers…) ; tri, classement, hiérarchisation• Inscrire dans l’évaluation institution- le risque est de faire des TPE un exercicedes documents, rédaction de fiches denelle un dispositif de travail en projet d’application des cours, certes élaboré maisnotes, relevé des références ;
En quoi le texte gouvernemental est-il conçu comme un aboutissement plus que- utiliser un logiciel de recherche documen-
profondément novateur ? De tels dispositifs comme un point de départ.taire, un moteur de recherche sur l’internet
ont depuis longtemps été officiellement pour sélectionner les ressources sur support Quant aux savoirs documentaires, ils appa-
papier et numérique ;encouragés à travers des mesures comme les raissent dans le texte comme un ensemble de
- valider les ressources trouvées sur 10 % consacrés aux activités culturelles en techniques opérationnelles dont le temps
l’internet ;1973 ou les projets d’action éducative (PAE) d’acquisition par les élèves n’est envisagé
- sélectionner les informations pertinentes,en 1981. qu’à l’intérieur des limites du projet.
les classer, les organiser ;Ces mesures ont eu très peu d’effet sur les
- utiliser les usuels et prendre des notes ; • Interdisciplinarité relative et risques
pratiques quotidiennes des enseignants en utiliser les outils de recherche et de prise de d’instrumentalisationraison de leur marginalisation par rapport au notes des bases de données numérisées ; Le texte affiche une volonté affirmée detravail quotidien, au plan des contenus, des - composer une bibliographie. »
favoriser des perspectives inter ou transdis-horaires et de l’évaluation. Cette fois, le
Les documentalistes retrouveront dans ciplinaires qui facilitent les transferts decadre administratif est sensiblement diffé-
cette liste les objectifs d’acquisition de compétences d’un domaine à un autre.rent et marque la volonté d’une inscription
savoir-faire depuis longtemps dévolus au Toutefois les partenariats prescrits sont orga-institutionnelle forte : l’organisation dans le
nisés par doublettes en fonction des matièresCDI sans que leur inscription dans le tempstemps pédagogique est réglée, les thèmes
institutionnel ait été clairement déterminée dominantes d’une série : mathématiques etsont inscrits dans les programmes officiels
jusqu’ici. Tous les espoirs sont donc désor- sciences physiques, philosophie et lettres.et l’évaluation des TPE fait partie du bacca-
On attend en vain des rapprochementsmais permis.lauréat. Il ne s’agit plus d’un supplément
comme philosophie et sciences de la vie etfacultatif livré à la bonne volonté de chacun, • Engager le principe d’une mise à dispo- de la Terre, mathématiques et histoire, quimais d’une partie intégrante du dispositif sition démocratique de tous les modes
permettraient de renouer des liens rompusd’enseignement. d’accès à l’information edepuis la fin du XIX siècle entre culture
• Travailler dans la complexité Les conditions matérielles de mise en humaniste et culture scientifique.
œuvre des TPE sont évoquées dans le texte :Le texte insiste sur l’importance de la Le documentaliste, lui, est mentionné à
locaux pour le travail en petit groupe, res-construction par chaque élève d’une problé- part. Cela pourrait être positif si l’on consi-
sources documentaires et outils informa-matique personnelle « en contexte ». dérait que son apport pédagogique est tou-
tiques. Les collègues engagés sur le terrainApprendre à se poser des questions, à les jours nécessaire. Cela pose problème si la
sont en mesure d’apprécier la distance entrehiérarchiser dans une situation qui reste vision qui s’impose de son rôle dans le dis-
l’idéal suggéré et la réalité. Je ne souhaite pasouverte, choisir son propre parcours de positif est une vision purement instrumen-
m’étendre ici sur le problème des moyens. Jerecherche, se donner des objectifs, les négo- tale : il est prestataire de services par rapport
voudrais simplement faire observer que lecier avec ses pairs engagés dans le même à des choix pédagogiques qui sont faits en
texte est loin d’être neutre sur ce point.projet… autant de points qui devraient per- dehors de sa présence.
D’une manière générale, le texte n’est pasmettre à l’élève de renouer avec la curiosité Le rôle du documentaliste est précisé au
et le plaisir de l’effort intellectuel. La moti- toujours réaliste sur les modalités pratiques niveau de la mise à disposition d’un fonds
de mise en œuvre, qu’il s’agisse des moyensvation des élèves devrait s’en trouver modi- bien fourni et, conjointement avec les ensei-
fiée. Tous les enseignants qui ont travaillé en matériels, de l’organisation des emplois du gnants, de l’aide méthodologique à apporter
temps (72 heures, c’est long !) ou de l’orga-projet avec des élèves savent combien leur aux élèves. Seule la fourniture de documents
attitude peut s’en trouver transformée dans un nisation de l’évaluation (une demi-heure à est identifiée comme fonction spécifique.
sens positif. Bien des documentalistes ont, consacrer à chaque élève, en fin d’année On considère qu’il apporte des connais-
sur ce terrain, une expérience de précurseurs. scolaire !). sances techniques nécessaires au bon dérou-
INTERCDI 167 • SEPTEMBRE/OCTOBRE 200017
NOTRE FONCTIONlement des opérations, finalisées par l’acqui- tences en ce domaine et de se tourner vers lui Choisir des « stratégies » dans une réali-
sition des savoirs disciplinaires. On ne prend pour la manipulation ou même la mainte- sation médiatique suppose qu’on ait à dispo-
5pas en compte sa compétence de pédagogue nance du matériel informatique en l’absence sition un « répertoire » , c’est-à-dire que
par rapport à des savoirs documentaires, qui de responsable identifié ? l’on ait identifié des formes, que l’on soit
devraient faire l’objet d’un apprentissage. Les dossiers thématiques sur papier sont capable de les reproduire, voire, dans un
Prenons un exemple révélateur de cette posi- évoqués avec beaucoup de réticences : second temps, de les subvertir au service
tion : la manière dont les supports sont d’un propos.« Il est important de guider les élèves vers le
considérés dans le dispositif. choix de supports inventifs, afin de leur évi- Ce répertoire est fait d’un ensemble de
ter la tentation de se limiter à bâtir des dos- connaissances sur la matérialité des médias,
• Un déséquilibre entre les supports siers thématiques, purement compilatoires, sur leurs conditions sociales de production
sans véritable recherche personnelle, ce quiLe texte préconise la recherche de sup- et de mise à disposition. Utiliser internet,
trahirait l’esprit des TPE. »ports « variés » et « inventifs ». Que signifie c’est une chose. Évaluer la fiabilité de l’in-
cette expression ? Les réalisations citées par ailleurs sont en formation sur internet suppose qu’on ait
Les nouvelles technologies de l’informa- effet très variées : [expérience scientifique, construit un ensemble de connaissances sur
tion prennent une place très importante. Un création littéraire ou artistique, document la nature sémiologique et technique de ce
long paragraphe leur est consacré alors que audiovisuel, exposition, etc., présentées sous média et les dispositifs sociaux qu’il
les activités de lecture qui étaient hier des formes différentes (textuelles, audiovi- recouvre. Bref, il faut un apprentissage du
encore l’objet de toutes les attentions sont suelles et/ou numériques)]. média.
quasiment absentes. L’énumération des Le document écrit sur support papier aurait- Supposer que disposer d’un outil permet
outils est impressionnante. il fait son temps ? Y a-t-il là une véritable d’accéder directement à des contenus conduit
« Pendant l’année scolaire, au cours de leur nécessité, un effet de mode ou une nouvelle à nier le média. On risque ici d’entrer dans
travail consacré aux TPE, les élèves utilisent obsession sociale avec « distinction » garantie « l’idéologie de la transparence » analysée
les technologies d’information et de commu- pour ceux qui s’en réclament ? jadis par Roland Barthes et que des cher-
nication : 6cheurs comme Yves Jeanneret ne laissent
- en tant qu’outil de recherche documen- • L’oubli du média
pas de dénoncer.taire, complétant et élargissant la recherche Ce que je retiendrai ici, ce n’est pas Comme pour les autres types de savoirs,de documents imprimés. Les élèves pourront
l’ignorance manifeste des difficultés maté-ainsi utiliser les logiciels de recherche docu- les savoirs sur les médias peuvent être soit
rielles du terrain mais plutôt un point quimentaire, des moteurs de recherche, des transmis sur le mode magistral, soit construits
ressources sur support papier, en ligne, hors touche aux sciences de l’information : l’oubli dans une démarche d’apprentissage centrée
ligne, dans le cadre d’activités guidées par du média. sur l’élève. Le risque des TPE c’est que
le documentaliste et les professeurs ; Il ne suffit pas de disposer d’un traitement l’équipe enseignante se focalise sur la- en tant qu’outil au service des disciplines de texte et même d’en connaître le mode démarche d’acquisition des savoirs discipli-dominantes du TPE, par l’utilisation de logi- d’emploi pour savoir présenter un document naires et oublie les apprentissages informa-ciels spécifiques : logiciel de cartographie
écrit. Il existe une culture de l’écrit, avec ses tionnels, soit en les livrant aux aléas des ren-en géographie, tableur, logiciel d’interroga-
règles et ses structurations, ses genres et sestion de base de données textuelles (lexico- contres fortuites, soit en les excluant de la
écarts, ses choix et ses innovations. Pénétrermétrie), logiciel de capture, de traitement et démarche de construction de l’élève.
d’analyse de l’image, logiciel d’acquisition cette culture de l’écrit relève en soi d’un En matière documentaire aussi, les TPE
de données, etc. ; apprentissage. Il en va de même des docu- pourraient être l’occasion de lancer des
- en tant qu’outil de présentation de leur tra- ments images et des produits multimédias. pistes, de susciter des questions. Cela sup-vail : les élèves pourront utiliser des logiciels
Ce n’est pas simple du tout de réaliser un pose qu’il y ait des temps de structurationde présentation assistée par ordinateur,
film documentaire de cinq minutes ou un qui ne portent pas sur le contenu épistémo-d’édition (traitement de texte, générateur de
cédérom qui tienne la route.pages html), de capture et traitement logique des disciplines d’enseignement mais
Je ne veux pas dire qu’il faille attendred’images, d’animation. sur des savoirs en matière d’information.
Le suivi constant du travail assuré par les une formation complète sur l’image avant de C’est le documentaliste qui est le mieux à
professeurs chargés des TPE permet d’éva- se lancer dans la réalisation d’un film. Au même de mener à bien cet apprentissage-là.
luer la part réelle prise par l’élève dans la contraire. Comme pour les apprentissages Encore faut-il que sa nécessité soit identi-réalisation des documents numérisés. » disciplinaires, les apprentissages qui tou- fiée, se formalise en objectifs et se matéria-
Passons sur les quelques incohérences ou chent aux médias peuvent être abordés dans lise en temps d’intervention. La notion de
redites que comporte ce passage. La der- des situations complexes qui posent des pro- bibliographie, par exemple, citée par le texte
nière phrase en dit long sur les dérives pos- blèmes et par la même, engagent à trouver comme un élément simple, allant presque
sibles et les inégalités qui risquent de se des solutions, faisant des élèves des deman- « de soi » est le produit d’une construction
creuser entre les élèves en rapport avec deurs de formation. sociale très complexe qui s’est installée pro-
l’équipement et le soutien familial en Mais comme tout apprentissage, l’appren- gressivement dans l’histoire. L’élève qui s’y
matière d’informatique. tissage qui touche aux médias demande des confronte doit refaire tout ce cheminement
On présuppose que les enseignants sont temps de métacognition et des temps de for-
3formés, le matériel technique disponible et la malisation. Je me réfère ici à Vygotski .
maintenance assurée. Le risque est qu’à tra- Pour passer d’une expérience empirique, lar- 3 • VYGOTSKI. Pensée et langage. Messidor/Édi-
vers de telles propositions le texte fasse gement intuitive et tâtonnante, il faut passer, tions sociales, 1985. Texte français (1932/33 en
russe) ; suivi de Commentaire sur les remarques cri-figure, pour la plupart des enseignants, de avec l’aide de l’adulte-expert, par une phase
tiques de Vygotski, de Jean Piaget.déclaration d’intention ou de vœux pieux tant de verbalisation et de formalisation. C’est
4 • DOWNING John, FIJALKOW Jacques. Lire etil semble éloigné des réalités actuelles. Quant ainsi qu’un savoir se construit. Cela suppose raisonner. Toulouse : éd. Privat, 1984.
au documentaliste, il ne peut s’empêcher de en particulier l’acquisition d’un vocabulaire 5 • ISER, Wolfgang. L’Acte de lecture : théorie de
l’effet esthétique. Bruxelles : Mardaga, 1985,songer à l’évocation de sa fonction dans le pour désigner les objets et les procédures
re
4 406 p. (1 éd., München, 1976).texte ministériel consacré à l’entrée de la pour les « parler ». John Downing fait état
6 • JEANNERET, Yves. « Les technologies de la
France dans la société de l’information : ne de l’importance de tels métasavoirs dans les pensée restent à penser », Sciences Humaines,
risque-t-on pas de se servir de ses compé- apprentissages continués de la lecture. mars-avril 1999, hors série n° 24, p. 22-25.
INTERCDI 167 • SEPTEMBRE/OCTOBRE 2000 18
NOTRE FONCTIONintellectuel pour manipuler intelligemment entreprise. Une réflexion devrait sans doute accéder d’une manière systématique et non
les références. Sinon il risque de s’en tenir à être menée sur cet axe. aléatoire. Concevoir le documentaliste
une exigence formelle du professeur dont il Dans le processus d’évaluation, qu’elle comme un prestataire de service revient à
ne perçoit pas la justification profonde. Cela soit formative ou sommative, quel sera le techniciser sa fonction. Prétendre que l’aide
suppose une progression maîtrisée sur le rôle du documentaliste ? Il n’est pas prévu méthodologique constitue l’essentiel de
long terme et pensée en terme de cursus. dans le texte. Il me paraît important que le celle-ci revient à lui enlever toute spécifi-
documentaliste, s’il ne veut pas être complè- cité, puisque tous les enseignants se doivent• Et l’évaluation des compétences
tement « instrumentalisé », soit partie pre- de pratiquer cette aide. Enfin, exclure ledocumentaires ?
9nante à part entière dans l’évaluation et que documentaliste des procédures d’évaluation,Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’expri- les connaissances et compétences documen-
7 c’est ne pas lui reconnaître de responsabilitémer ailleurs , je pense qu’il y a des connais-
taires soient clairement prises en compte à pédagogique.sances à construire en matière de documen-
côté des connaissances et compétences dis- Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau dutation, et pas seulement des savoir-faire.
ciplinaires. bain. Il s’agit d’un texte d’orientation dontCela suppose la définition d’objectifs et la
l’interprétation doit être affinée*. Si leprise en compte des connaissances et com-
Le documentaliste entre pétences documentaires dans l’évaluation. renouvellement pédagogique est profondé-
Le dispositif d’évaluation évoqué pour les satisfaction et inquiétudes ment souhaité et si le rôle des documenta-
TPE mérite plusieurs remarques. Tout listes est réellement pris au sérieux, nous
Les documentalistes se réjouissent pard’abord, le texte insiste sur l’évaluation bilan devrions assister bientôt à un recrutement
8 conséquent de la mise en vigueur d’un texteplus que sur l’évaluation formative , excepté massif par ouverture du CAPES. Faisons le
qui se trouve en résonance avec des posi-toutefois le dispositif du « carnet de pari de l’optimisme !
tions pédagogiques qu’ils ont défendues debord » qui peut être compris, au-delà d’un
longue date : travail en projet, travail deoutil de contrôle, comme l’occasion de
groupes, recherche finalisée. Ils s’inquiètent 7 • BÉGUIN, Annette. « Didactique ou pédagogieretours réflexifs sur la démarche entreprise.
documentaire ? » L’École des lettres I, 15 juin 1996,pourtant que leur qualité de pédagogue neLe travail est un travail d’équipe, mais le
numéro spécial « Quel CDI voulez-vous ? », p. 49-64.soit que si peu envisagée.rôle de l’équipe des élèves dans l’évaluation 8 • BÉGUIN Annette, SULLEROT Nicole.
S’il existe des connaissances et desest plutôt passif. Ce sont les professeurs qui « Enseignement mutuel et évaluation », Innovations,
1988, n° 9.savoir-faire propres à la documentation,évaluent au terme de la démarche.
9 • DELEBARRE, Jeanine. Contribution au n° 24-25alors il est légitime que les documentalistesDeux aspects importants de la pédagogie de la revue Innovations, 1992, « S’informer, se
du projet ne sont pas vraiment évoqués : la se posent des questions sur la démarche documenter ».
pédagogique, voire didactique, à entre-contractualisation de la démarche et la défi- *Ndlr : se reporter au BOEN n° 24 du 22 juin
nition des critères de réussite de la tâche prendre pour que tous les élèves puissent y 2000, p. 1169-1171 pour en savoir un peu plus.
Publicité
Pub AELEC
INTERCDI 167 • SEPTEMBRE/OCTOBRE 200019

NOTRE FONCTION