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BLEU FIL ROUGE D'UN PARCOURS

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Niveau: Secondaire
BLEU... FIL ROUGE D'UN PARCOURS DOSSIER DE PRÉPARATION À LA VISITE MUSÉE DES BEAUX-ARTS, PALAIS ROHAN 2, PLACE DU CHÂTEAU Service éducatif - Palais Rohan - 2009 2, place du château - 67076 Strasbourg cedex réservations le matin au - renseignements l'après-midi au PRÉSENTATION DU DOSSIER ET DU PARCOURS Bleu pour exprimer le luxe Bleu pour se rapprocher du ciel Bleu pour symboliser Bleu pour exprimer une lumière magique Bleu pour représenter la réalité Bleu pour rendre une atmosphère Bleu pour raconter une histoire… Ce dossier propose un parcours dont le fil rouge est la couleur bleue. Le parti- pris est d'interroger l'intention de l'artiste quand il utilise cette couleur dans son œuvre. Pourquoi du bleu plutôt qu'une autre couleur ? Est-ce un bleu esthétique, symbolique, réaliste, poétique, conventionnel, etc. ? Cette discussion sur l'intention de l'artiste (ou du commanditaire) s'élargit à l'ensemble du tableau et permet à l'enseignant ou au médiateur de répondre aux questions des élèves et de donner quelques renseignements sur l'œuvre. Une consigne plastique aidera les élèves à mieux comprendre l'image et à gar- der trace de certains de ses aspects. Il n'est pas nécessaire de réaliser toutes les étapes, tout comme on peut en rajouter d'autres en s'inspirant de la démarche proposée.

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DOSSIER DE PRÉPARATION À LA VISITE MUSÉE DES BEAUX-ARTS, PALAIS ROHAN 2, PLACE DU CHÂTEAU
BLEU... FIL ROUGE D’UN PARCOURS
PRÉSENTATION DU DOSSIER ET DU PARCOURS
Bleu pour exprimer le luxe Bleu pour se rapprocher du ciel Bleu pour symboliser Bleu pour exprimer une lumière magique Bleu pour représenter la réalité Bleu pour rendre une atmosphère Bleu pour raconter une histoire…
Ce dossier propose un parcours dont le fil rouge est la couleur bleue. Le parti-pris est d’interroger l’intention de l’artiste quand il utilise cette couleur dans son œuvre. Pourquoi du bleu plutôt qu’une autre couleur ? Est-ce un bleu esthétique, symbolique, réaliste, poétique, conventionnel, etc. ? Cette discussion sur l’intention de l’artiste (ou du commanditaire) s’élargit à l’ensemble du tableau et permet à l’enseignant ou au médiateur de répondre aux questions des élèves et de donner quelques renseignements sur l’œuvre. Une consigne plastique aidera les élèves à mieux comprendre l’image et à gar-der trace de certains de ses aspects.
Il n’est pas nécessaire de réaliser toutes les étapes, tout comme on peut en rajouter d’autres en s’inspirant de la démarche proposée. Son principal intérêt étant de dépasser l’aspect purement formel de la couleur en tant que compo-sante plastique d’un tableau pour aller vers l’intention de l’artiste quand il réa-lise son œuvre et qu’il en choisit ses couleurs.
CONCOURS DU PRINTEMPS DE L’ÉCRITURE Ce parcours a été élaboré à l’occasion du concours du « Printemps de l’écritu-re » 2009-2010 dont le thème est « bleu ». Il ne comporte pas cette année de phase d’écriture au musée (mis à part un
Service éducatif - Palais Rohan - 2009 2, place du château - 67076 Strasbourg cedex réservations le matin au 03 88 88 50 50 -renseignements l’après-midi au 03 88 52 50 04
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petit jeu poétique en fin de parcours). Il est plutôt conçu comme une visite préa-lable au travail d’écriture permettant aux élèves d’élargir leurs références et de considérer le bleu sous des aspects peu communs : une matière luxueuse, un symbole, une métaphore, etc. Bien sûr, « Bleu… Fil rouge d’un parcours » peut s’envisager comme moyen d’appréhender des œuvres sans pour autant se lancer dans l’écriture ou dans le concours du « Printemps de l’écriture ». Il s’intégrera parfaitement dans une progression d’arts visuels, d’histoire ou d’histoire des arts.
UN ENSEMBLE D’OUTILS POUR APPRÉCIER LES BLEUS DU MUSÉE -4 mallettes en prêt au Service éducatif des Musées de la Ville de Strasbourg. -Un dossier téléchargeable sur le site des Musées de la Ville de Strasbourg et sur le site du Rectorat de l’Académie de Strasbourg. -Un accueil des élèves par le Service éducatif des Musées de la Ville de Strasbourg de la Maternelle, grande section à la Terminale. -Une présentation des visites aux enseignants le mercredi 23 septembre à 14h (sur réservation au 03 88 88 50 50 entre 8h30 et 12h30 du lundi au ven-dredi. -Des formations pour les enseignants des 1 er et 2 d degrés (animations péda-gogiques pour le 1 er degré, stage PAF pour le 2 d degré).
LES MALLETTES Elles contiennent : -Le présent dossier pédagogique qui décrit précisément le parcours proposé au musée (ou en classe a à partir des reproductions), et donnent diverses infor-mations sur les œuvres. -Le catalogue du Musée des Beaux-Arts. -Des reproductions couleur plastifiées de chaque œuvre. -Un CD–rom contenant les reproductions numérisées des œuvres. Ces repro-ductions d’œuvres sont destinées à être montrées dans un cadre scolaire ou socioculturel et utilisées à des fins pédagogiques. Elles ne doivent en aucun cas être dupliquées ou servir à une publication. Pour tout renseignement ou demande complémentaires, s’adresser au Service de documentation et de photographie des Musées de la Ville de Strasbourg : 03 88 52 50 00. Lors de l’utilisation des documents communiqués, toute photo doit être identi-fiée (légende) et être suivie du nom du photographe et du musée concerné.
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L’ACCUEIL AU MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE STRASBOURG Ce parcours peut être mené par l’enseignant en visite libre du lundi au ven-dredi de 12h à 18h sauf le mardi (jour de fermeture). La réservation est indis-pensable, l’entrée est gratuite pour les élèves et les accompagnateurs. Ce parcours correspond aussi à une visite accueillie par un médiateur , de la grande section de maternelle au lycée. Le déroulement de la visite est bien sûr adapté au niveau des élèves. Les classes sont accueillies du lundi au vendredi de 9h à 18h sauf le mardi (jour de fermeture). La réservation est indispensable et s’effectue du lundi au vendredi entre 8h30 et 12h30 au 03.88.88.50.50 ou en ligne : http://www.musees-strasbourg.org choisir visites, ateliers puis visites de groupe puis demande de réservation en ligne . Il est recommandé d’effectuer sa réservation le plus tôt possible pour obtenir un créneau. UN DOSSIER EN LIGNE Ce dossier est téléchargeable sur le site des Musées de la Ville de Strasbourg http://www.musees-strasbourg.org/F/visites_ateliers/actions_edu/act edu doss ba.html _ _ _ ou sur le site du Printemps de l’écriture .
Crédits photographiques Toutes les photographies : Mathieu Bertola sauf El Greco, Mater Dolorosa : A. Plisson et Simon de Vlieger, Marée Basse : E. Bacher.
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PRÉSENTATION DU DOSSIER De l’étape 1 à l’étape 5, vous trouverez : - Un extrait* du catalogue du Musée des Beaux-Arts, dont l’auteur est son conservateur, Dominique Jacquot. - Une proposition de consigne plastique. - Quelques mots sur le « bleu » du tableau.
ÉTAPE 1 : Zanobi Strozzi, Le Cortège des Rois mages , vers 1445..................p.5 ÉTAPE 2 : Cima da Conegliano, Saint Sébastien , vers 1502...........................p.7 ÉTAPE 3 : El Greco, Mater Dolorosa , vers 1590-1600.....................................p.9 ÉTAPE 4 : Jacques Linard, Les Cinq Sens au paysage , 1638........................p.12 ÉTAPE 5 : Canaletto, Vue de l'église de la Salute depuis l'entrée du Grand Canal , vers 1727............................................................................................................p.15 VARIANTE DE L’ÉTAPE 5 : Salomon van Ruysdael, Paysage fluvial , 1642 Simon de Vlieger, Marée basse , vers 1652 ....................................................p.18 ÉTAPE 6 : Pierre-Jacques de Loutherbourg, Paysage avec animaux , 1767....p.19
ANNEXES Vocabulaire.........................................................................................................p.21 Quelques indications bibliographiques............................................................p.22 * Extraits de Cinq siècles de peinture, le musée des Beaux-Arts de Strasbourg , ouvrage rédigé par Dominique JACQUOT, conservateur du musée. Éditions Musées de la Ville de Strasbourg, 2006. ISBN 2-901833-78-0 En vente 39 euros à la caisse du Palais Rohan, en prêt au Service éducatif des musées, Palais Rohan Il est possible de commander le catalogue par correspondance, en adressant son règlement (prix du catalogue + 5 euros de participation aux frais d'expédition) à : Musées de la Ville de Strasbourg - Régie. - 5 place du château - 67076 Strasbourg cedex. Pour tout renseignement supplémentaire concernant la vente des catalogues : Régie des Musées de la ville de Strasbourg 03.88.52.50.00. où http://www.musees-strasbourg.org cliquer sur « éditions » puis sur « commander ». Conception du dossier et du parcours : Anne Matthaey, Professeur des écoles maître formateur, chargée de mission auprès du Service éducatif des Musées de la Ville de Strasbourg. Dominique Jacquot, Conservateur du Musée des Beaux-Arts de Strasbourg, est l’auteur des
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ÉTAPE 1 : Zanobi Strozzi (Florence, 1412 – idem, 1468), Le Cortège des Rois mages , vers 1445, tempera sur bois, (H. 66 x L. 72 cm)
EXTRAIT DU CATALOGUE (p. 44) (...) Zanobbi Strozzi est surtout connu comme miniaturiste. À l’influence pré-pondérante de Fra Angelico, il faut ajouter, dans l’œuvre de Strasbourg, la leçon du Florentin Paolo Ucello (1397-1475), sensible surtout dans la construction des plans. Il existe une œuvre comparable au Sterling and Francine Clark Art Institute de Williamstown (États-Unis). De dimensions similaires (65 x 70 cm) mais d’une autre main (celle de Pesellino), elle dépeint très probablement le voyage maritime des Mages vers la crèche où naquit le Christ. Ce qui induit à s’interroger sur la destination initiale de ces fragments. Avec éventuellement un autre fragment qui serait aujourd’hui perdu, constituaient-ils la prédelle (partie basse d’un tableau d’autel, comportant des scènes narratives) d’un
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retable, plutôt que les panneaux d’un cassone (coffret de mariage) ? Le style est en tout cas celui d’une prédelle dans la miniaturisation et le raffinement. Le thème des Rois mages connaissait un très grand succès à Florence au milieu du XV e siècle. Il mettait en scène la richesse, avec des allusions aux mécènes de l’époque, les Médicis et les familles rivales. Il permettait aussi d’é-voquer l’activité noble de la chasse, de figurer des costumes exotiques et de s’attarder sur des détails savoureux, notamment les animaux. À l’arrière-plan apparaît un gigantesque porc-épic tandis qu’un singe siège sur un chameau, donnant un aspect extraordinaire à la scène sacrée. Le peintre du panneau strasbourgeois donne ici une version originale du sujet : il campe la scène dans un paysage fantastique, où les rochers et la ville se découpent en plans et facettes, utilise différentes échelles et accentue la finesse des extrémités de ses personnages. Toute une poésie féérique s’y déploie sans tumulte. En 1453, Constantinople succombait aux assauts ottomans. Ce cortège de Mages nous rappelle aussi l’attente des Florentins face à l’héritage antique que les savants byzantins – véritables Mages du Quattrocento – apportèrent en présent à l’Occident. CONSIGNE PLASTIQUE On peut relever, par des croquis ou par des détails de reproduction, tous les motifs décoratifs qu’emploie le peintre pour orner vêtements et harnachement de ce cortège. Ces détails constitueront un alphabet graphique (et coloré) qui rendra compte de la préciosité de cette œuvre. Il vaut mieux pour cela travailler d’après une reproduction, on ne peut, en effet, approcher l’œuvre originale à moins d’un mètre. DU BLEU POUR EXPRIMER LE LUXE… Le bleu est très peu présent dans l’Antiquité (chez les Romains, c’est une cou-leur associée aux barbares) et commence à se répandre dans l’art aux XI e - XII e siècles, en particulier dans les vitraux, les émaux et les enluminures. Pour ces dernières, on emploie notamment un pigment très précieux à base de lapis-lazuli broyé qui sert notamment à peindre le manteau de la Vierge. La couleur bleue lui est vite associée. Les rois puis les nobles s’habillent en bleu en réfé-rence au culte marial. Le bleu commence alors une longue carrière de couleur vedette. Le lapis-lazuli, pierre que l’on faisait venir au prix de grandes difficultés de l’ac-tuel Afghanistan, était considéré comme aussi précieux que l’or. L’emploi de ces deux matières dans les tableaux pouvait faire l’objet d’un contrat entre le peintre et le commanditaire. Les matériaux employés par le peintre contri-buaient donc également au caractère précieux de l’œuvre.
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ÉTAPE 2 : Cima da Conegliano (Conegliano, 1459/1460 – Conegliano ou Venise, 1517/1518), Saint Sébastien , vers 1502, huile sur bois, (H. 116,5 x L. 47 cm)
EXTRAIT DU CATALOGUE (p. 56) Comme le résumait admirable-ment André Chastel : « Il y eut à Venise dans l’effervescence mémorable de la fin du siècle, quelques peintres placides comme Cima da Conegliano, dont le fond paysan résista au romantisme giorgionesque qui impressionnait même le vieux Bellini, et qui diffusèrent pour-tant la grande vision spatiale du nouveau style. » Cima est un peintre qui a peu évolué. Il part des leçons de Giovanni Bellini, Montagna et, de manière décisi-ve, Antonello de Messine, pour les rendre plus suaves. Contrairement à Giorgione, il annonce, par son souci de monumentalité, le classicisme vénitien du XVI e siècle dans sa solidité parfois solennelle. Cima est essentiellement connu pour ses nombreux retables. Les deux peintures de Strasbourg (un autre panneau représente saint Roch) n’étaient pas à l’ori-gine des œuvres autonomes mais précisément les éléments d’une pala (tableau d’autel) pour l’église Saint-Roch de Mestre en Vénétie. La partie centrale du triptyque, représentant sain-te Catherine d’Alexandrie et surmontée par une lunette avec la Vierge à l’Enfant entre saint Antoine de Padoue et saint François, est conservée à la Wallace Collection de Londres. Saint Roch (le pèlerin) et saint Sébastien (le soldat martyrisé) étaient invoqués contre les pestes. D’âges différents, Cima les oppose presque terme à terme. Sébastien est traité de manière idéalisée, quand les vêtements et les traits rus-tiques de Roch sont naturalistes. En outre, saint Sébastien fut l’objet d’un autre
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culte, plus équivoque : jusqu’à Mishima notamment (Confession d’un masque, 1949), c’est l’éphèbe au corps parfait que l’on fait souffrir. Une seule flèche est venue atteindre le jeune homme élégant qui semble esquisser un pas de danse. La statuaire antique a inspiré ce corps exposé au regard des fidèles. Chez Cima, le paysage du lointain joue un grand rôle. Il n’est pas anodin car le château Saint-Ange à Rome, représenté derrière saint Sébastien, évoque le miracle par lequel un ange annonça en 590 au pape Grégoire le Grand la peste qui allait s’abattre sur Rome. Sur un plan plastique, ce décor, parsemé de molles montagnes et baignant dans une ambiance douce, apporte une scan-sion paisible. Surtout, la lumière cristalline enveloppe les formes et aère les compositions. Cette inflexion pastorale donne de la clarté, permet de préciser les figures et fait chanter les couleurs. On retrouvera chez Vermeer ce rôle dévolu à la lumière de même que cette atmosphère de quiétude. CONSIGNE PLASTIQUE Pour des élèves d’école primaire, on révélera la composition en travaillant sur des photocopies très pâles. On mettra en évidence la proportion de ciel en le coloriant dans les mêmes tons de bleu, on pourra souligner les différents plans à l’aide de crayons de couleurs et tracer les contours de saint Sébastien pour en faire ressortir l’importance dans la composition. À partir du collège, on fera un croquis de composition en commençant par tra-cer les contours du tableau en respectant le rapport hauteur / largeur. Il est préférable de donner aux plus jeunes un cadre déjà tracé comme base de tra-vail. On placera ensuite la ligne d’horizon (sur la ligne de tiers) et les différents plans du paysage par un découpage géométrique de l’espace du tableau. Enfin, on croquera la silhouette du saint sans oublier la flèche, qui, tout en transperçant sa jambe, semble nous montrer le château Saint-Ange. DU BLEU POUR SE RAPPROCHER DU CIEL Si le Moyen Âge exprimait souvent la lumière divine par un fond d’or, celui-ci dis-paraît à la Renaissance. Le bleu céleste et lumineux de Cima, sur lequel se détache le corps du saint, est présent sur les 2/3 de l’arrière-plan. Tout comme le corps idéalisé qui a triomphé du supplice et ne porte aucune marque de souffrance, le ciel suggère l’élévation spirituelle du saint et le dépassement de sa condition humaine qui le rapproche du « Royaume de Dieu ».
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ÉTAPE 3 : Domenikos Theotocopoulos dit El Greco (Candie (Crète), 1541 – Tolède, 1614), Mater Dolorosa , entre 1590 et 1600, huile sur toile, H. 53 x L.37 cm
EXTRAIT DU CATALOGUE (p. 82) Greco a signé cette œuvre en lettres cursives dans sa langue natale. C’est vers 1560, après une première formation dans la tradition des icônes byzantines, que le jeune artiste gagna Venise où il devint l’élève du Titien. Il regarda beau-coup les œuvres maniéristes du Tintoret. Ses espoirs de faire carrière à la cour du roi Philippe II se soldèrent par un échec, mais il connut son épanouissement à Tolède, ville humaniste. Puis il fallut attendre le début du XX e siècle pour que
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cesse le dédain envers le maniérisme et pour que l’œuvre de Greco regagne les faveurs des artistes, surtout expressionnistes, comme des écrivains. En 1911, Maurice Barrès publiait son Greco ou le secret de Tolède : « Les raisons de Tolède ! C’est un superbe dialogue entre la culture chrétienne et l’arabe, qui s’assaillent et puis se confondent. » Le tableau de Strasbourg est généralement daté des années 1590. Il en exis-te une autre version, une réplique de qualité plus faible, conservée au musée du Prado à Madrid. Greco a représenté la Vierge Marie sous les traits de la Mater Dolorosa, c’est-à-dire la mère douloureuse. En fait, son expression est bien plus méditative que souffrante. Entre ciel et terre, ce visage diaphane exprime la miséricorde. Il s’agit d’un des plus émouvants exemples de la peinture de dévotion privée du maître. Pour parvenir à cette finalité, Greco n’oublie pas sa formation ortho-doxe. Le cadrage ressert l’attention. Sur un fond vide, il utilise avec discrétion un halo lumineux, qui redouble l’ovale du visage et l’arrondi du voile. Il a su rendre l’émotion par le regard mouillé. Tout converge vers ces deux grands yeux sombres, intenses et tristes. Le fond s’oppose au traitement plus accentué de la Vierge. La subtilité surnaturelle bien qu’humaine des couleurs allie froideur et électricité. Une très légère déformation – les yeux sont de taille inégale et légèrement désaxés – crée un frisson mystique. Le cadrage est celui d’un portrait. Suivant un penchant habituel dans l’histoire de l’art, on a recherché le modèle de la jeune Vierge dans les proches de l’ar-tiste et on a voulu y voir la compagne du peintre. Il convient d’y renoncer pour ne goûter que l’intensité de cette icône. Il revient à René Huyghe (1906-1997) d’avoir si bien caractérisé la poétique du Greco : « Il appartenait au Greco d’allumer l’autre lumière, celle qui n’est pas faite pour les yeux. Comme une moire électrique frissonnante, elle court en ondes rapides sur le voile de la nuit. » CONSIGNE PLASTIQUE Sur une feuille de papier gris foncé, faire un croquis rapide du tableau : ovale du visage, mantille, voile… (ne surtout pas tenter de dessiner les traits du visa-ge, le résultat sera forcément décevant). Puis mettre à disposition des élèves des crayons blancs, jaunes, noirs et de différents bleus. Tenter de se rappro-cher le plus possible des teintes du Greco en jouant sur le mélange des crayons de couleurs. Pour les élèves très jeunes, il est préférable de réaliser l’expérimentation sur un croquis réalisé par l’adulte et photocopié sur un papier gris foncé de bonne qualité. Quelques élèves peuvent faire l’exercice sur une feuille de papier blanc. On pourra ensuite comparer les différences de rendus entre les dessins. On s’apercevra de l’influence de la couleur du fond sur les couleurs qui le recou-vrent.
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DU BLEU POUR EXPRIMER UNE LUMIÈRE MAGIQUE DU BLEU POUR SYMBOLISER Les résultats de l’expérimentation décrite ci-dessus permettent de faire l’hypo-thèse que le Greco a peint ce tableau sur un fond foncé. Ce dernier contribuant à ce rendu comme « sali » des couleurs et notamment de ses bleus qui rajou-tent de la gravité au tableau. Couleurs salies, non pas sourdes ni sombres : elles gardent ce côté lumineux et comme acide qui est une des particularités de la peinture du Greco. Il parvient, par son traitement de la couleur, à nous donner deux impressions en apparence contradictoires et à éclairer sa Vierge d’une lumière magique. Quant à l’utilisation du bleu comme symbole, c’est grâce à lui que l’on recon-naît la Vierge. La couleur bleue se répand en tant qu’attribut de Marie à partir du XII e siècle. On utilisera également la couleur or pour les vierges du XVIII e siècle baroque et le blanc de l’Immaculée Conception au XIX e siècle.
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