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Niveau: Secondaire, Lycée

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CHAP 5 – STRATIFICATION SOCIALE ET INEGALITES Introduction : 1. Les sociétés démocratiques sont souvent présentées comme des sociétés égalitaires dans lesquelles le destin des individus n'est plus déterminé par leur appartenance à un groupe social. Cependant, Il ne suffit pas que l'égalité soit proclamée pour qu'elle soit réelle. Les sociétés démocratiques connaissent de nombreuses inégalités qui fragilisent la démocratie. Ainsi, les groupes sociaux héréditaires (caste, ordre) ont disparu mais ils ont été remplacés par des classes sociales hiérarchisées et inégalitaires. Il faut donc s'interroger sur ce qu'on nomme une inégalité ? Toute différence dans l'espace des positions sociales est- elle inégalitaire ? Comment peut-on mesurer ces inégalités ? Sont-elles seulement économiques ? Comment-ont-elles évoluées ? Leur réduction a-t-elle abouti à la fin des antagonismes de classe et à une moyennisation de la société ? 2. Les sociétés démocratiques sont également présentées comme des sociétés fluides. Les positions sociales des individus ne seraient pas figées. Elles pourraient changer au cours de la vie d'un individu ou d'une génération à l'autre. La démocratie favorise-t-elle la mobilité sociale ? Comment-peut on mesurer la place d'un individu dans une hiérarchie sociale ? Comment peut-on mesurer l'ascension sociale d'un individu ou d'un groupe ? Quel est le rôle de l'école dans cette mobilité ? Cette mobilité s'est-elle accrue ? La société démocratique a-t-elle offert les mêmes chances à tous dans la course aux postes les plus prestigieux ? Là encore, il existe un écart

  • salarié

  • époque récente

  • travail salarié d'exécution dans le secteur des services

  • groupe social

  • positions sociales selon le milieu social


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Poids de l'ouvrage 2 Mo

Exrait

CHAP 5 – STRATIFICATION SOCIALE ET INEGALITES

Introduction :

1. Les sociétés démocratiques sont souvent présentées comme des sociétés égalitaires dans lesquelles le
destin des individus n’est plus déterminé par leur appartenance à un groupe social. Cependant, Il ne suffit
pas que l’égalité soit proclamée pour qu’elle soit réelle. Les sociétés démocratiques connaissent de
nombreuses inégalités qui fragilisent la démocratie. Ainsi, les groupes sociaux héréditaires (caste, ordre)
ont disparu mais ils ont été remplacés par des classes sociales hiérarchisées et inégalitaires. Il faut donc
s’interroger sur ce qu’on nomme une inégalité ? Toute différence dans l’espace des positions sociales est-
elle inégalitaire ? Comment peut-on mesurer ces inégalités ? Sont-elles seulement économiques ?
Comment-ont-elles évoluées ? Leur réduction a-t-elle abouti à la fin des antagonismes de classe et à une
moyennisation de la société ?

2. Les sociétés démocratiques sont également présentées comme des sociétés fluides. Les positions sociales
des individus ne seraient pas figées. Elles pourraient changer au cours de la vie d’un individu ou d’une
génération à l’autre. La démocratie favorise-t-elle la mobilité sociale ? Comment-peut on mesurer la place
d’un individu dans une hiérarchie sociale ? Comment peut-on mesurer l’ascension sociale d’un individu ou
d’un groupe ? Quel est le rôle de l’école dans cette mobilité ? Cette mobilité s’est-elle accrue ? La société
démocratique a-t-elle offert les mêmes chances à tous dans la course aux postes les plus prestigieux ? Là
encore, il existe un écart entre l’idéal et la réalité. On observe une certaine rigidité sociale. Les individus
n’ont pas les mêmes chances d’accéder aux positions sociales selon le milieu social dont ils sont issus.
Comment peut-on expliquer cette relative immobilité sociale ?

3. Enfin, les sociétés démocratiques se prétendent plus justes socialement. Les inégalités constatées ne
seraient plus héréditaires mais le fruit du talent, de l’effort, du mérite. Peut-il y avoir une inégalité qui ne soit
pas une injustice ? Dans ce cas, la société doit-elle tendre vers plus d’égalité ? L’égalitarisme ne va-t-il pas
tuer l’esprit d’invention et d’entreprise ? Toute inégalité est-elle injuste ? Quel est le niveau d’inégalité le
plus efficace pour la société ? Ne faut-il pas remplacer l’idéal égalitaire par la recherche de l’équité ? Doit-
on traiter tous les groupes sociaux de la même façon ? Ne faut-il pas accorder aux plus démunis plus de
droits qu’autres ?


51 – IDEAL DEMOCRATIQUE ET STRATIFICATION SOCIALE

A – Comment concilier idéal démocratique, inégalités et stratification sociale ?

1 – Le caractère multidimensionnel des inégalités et de la stratification sociale

a) – Différences et inégalités

1. Un homme et une femme sont différents pourtant la société démocratique les considère comme des égaux.
En réalité, il existe de nombreuses inégalités entres les hommes et les femmes. Inégalité dans l’emploi, dans
les revenus, dans le partage des tâches, dans l’accès aux postes politiques…Il faut donc se demander dans
quelles conditions historiques et sociales une simple différence sociale (ou culturelle) peut devenir une
inégalité sociale (ou culturelle).

 La différence sociale suppose une distinction des individus ou des groupes à partir d’un certain nombre de
traits distincts (l’homme/la femme, le jeune/la personne âgée, le noir/le blanc…) sans que cela implique
une hiérarchie et un sentiment d’injustice. En revanche, si la société accorde collectivement une valeur
plus grande aux hommes qu’aux femmes, si elle hiérarchise les positions sociales, elle transforme la
différence en inégalité.

 Une inégalité est une différence qui se traduit par un accès socialement différencié à certains avantages
ou désavantages sociaux. Si chacun était identique aux autres, il ne pourrait exister d'inégalité. Toutefois,
ces différences ne suffisent pas à faire une inégalité. Pour qu'elles le deviennent, il faut qu'elles se
traduisent par un accès inégal entre ces individus différents, en raison de leur différence, à certaines
ressources rares et valorisées. Ainsi, à partir d'une différence biologique entre le sexe masculin et le sexe
féminin, les sociétés ont construit une hiérarchie entre l’homme et la femme qui s’est accompagnée d'une
domination des hommes sur les femmes, se traduisant notamment par un accès privilégié des hommes
aux ressources économiques, politiques ou culturelles. Ces inégalités, fondées sur des différences, vont
être considérées comme naturelles (« l’homme est plus fort que la femme », « l’homme a un cerveau plus
volumineux que celui de la femme », « l’homme est un être doué de raison alors que la femme est un être
sensible »…) alors qu’elles sont sociales et historiques.

2. Lorsqu'on observe une société, on s'aperçoit très rapidement des différences et des inégalités qui placent les
individus ou les groupes sociaux aux différents niveaux de la hiérarchie sociale. Différences de modes de vie,
de rôles, de statuts, de pouvoirs, de prestige, de culture, inégalités des revenus...., autant de critères qui
permettent de cerner la stratification.
 Les inégalités de revenus et de patrimoine : elles induisent des inégalités de niveau et de mode de vie. Elles
évoluent en fonction des époques et des sociétés. Elles sont moins acceptées dans les sociétés
démocratiques que dans les sociétés traditionnelles.

 Les inégalités de genre : la place des femmes dans la plupart des sociétés est en général subordonnée,
inférieure, dépendante de celle des hommes. Ainsi, les activités extérieures au foyer (la guerre, la politique,
l’activité professionnelle…) ont la plupart du temps été réservées aux hommes. Les femmes sont restées
souvent cantonnées dans des activités intérieures au foyer (la fécondité, l’éducation, les tâches
domestiques…). Les premières ont toujours été valorisées par rapport aux secondes ce qui renforçait la
« domination masculine ». Les hommes et les femmes ont donc des statuts et des rôles différents.

 Les inégalités de classes ou de groupes sociaux : certains groupes sociaux, pour des raisons économiques,
culturelles, religieuses, se trouvent dans la position d’imposer aux autres groupes leur normes et leurs valeurs
qui deviennent dominantes (la Bourgeoisie dans les pays développés, les groupes religieux dans des sociétés
en développement…).

 Les inégalités démographiques : elles opposent les sexes (les femmes ont une espérance de vie plus longue
que celle des hommes), les générations (les jeunes générations ont plus de mal à accéder à un emploi stable
que leurs aînés ce qui retarde leur fécondité), les âges (les personnes âgées sont plus sensibles aux
épidémies que les jeunes), et les catégories sociales (les ouvriers ont, à 35 ans, une espérance de vie
inférieure de 6 ans à celle des cadres supérieurs).



 Les inégalités de pouvoir : un député sur cinq est une femme alors que plus de la moitié de la population
française est composée de femmes. Alors que les employés et les ouvriers représentent plus de la moitié de
la population active, seul 1% des députés proviennent de leurs rangs. Et encore, certains élus ont quitté leur
profession d’origine depuis de longues années. A l’inverse, les cadres et professions intellectuelles
supérieures représentent 59 % de l’ensemble. Avec les professions libérales, ils forment les trois quarts des
députés. Une élite sociale monopolise la politique.

 Les inégalités de prestige : jusqu’à une époque récente le « trader », qui spécule sur les variations de prix des
actifs, était plus valorisé dans notre société que l’inventeur, l’infirmière ou l’assistante sociale dont l’utilité
sociale est bien plus grande. Dans d’autres sociétés, l’ancien, le prêtre, le guerrier, ont plus de prestige que le
riche.

b) – Des inégalités à la stratification sociale

1. Chaque individu n’est pas seul dans la société. Il a toujours une place dans un certain groupe social et ce
groupe a lui-même une place dans la société dans son ensemble. Un groupe social est un ensemble
d’individus qui :
 ont une certaine homogénéité sociale dans leurs comportements : les individus qui composent le
groupe ont des situations sociales et des manières de penser et de faire communes.
 entretiennent des relations sociales durables : un groupe social est quelque chose de durable ; même
si certains membres quittent le groupe, le groupe social continue d’exister.
 ont une conscience collective d’appartenance : les membres du groupe sentent qu’ils font partie de ce
groupe.
Dans une société, il existe de nombreux groupes sociaux. Il peut s’agir de groupes primaires (famille, clan,
bande…) ou de groupes secondaires (classes sociale, entreprise, syndicats…). Un individu appartient à
plusieurs groupes sociaux en même temps.

2. La stratification sociale désigne ainsi le fait que la société est divisée en groupes sociaux de grande taille
hiérarchisés selon le pouvoir qu'ils détiennent, la richesse économique qu'ils concentrent et/ou le prestige
qu'ils dégagent. Il existe donc tout un ensemble possible de stratification sociale selon les époques et les
pays.

 Au sens large, la stratification sociale désigne les différentes façons de classer les individus dans une société
en fonction de la position sociale qu'ils occupent. La stratification dépend alors des critères que l'on adopte
pour classer les individus. La classe est un des éléments de stratification. Les castes en est un autre. Dans la
conception européenne, les groupes sociaux sont hiérarchisés et entretiennent des rapports antagonistes.

 Au sens étroit, la stratification consiste à graduer de façon régulière les individus dans une échelle sociale en
fonction de d'un ou plusieurs critères simples comme le revenu, la profession, le pouvoir ou encore le
prestige. Dans ce cas, on insiste plus sur la continuité que les oppositions. Dans la conception américaine, on
observe la superposition des classes sans insister sur leurs relations.



Groupes sociaux Stratification
Inégalités
différenciés sociale


3. Plusieurs types de stratification sociale peuvent être repérés au cours de l’histoire des sociétés. Ce sont des
idéaux-types qui ne répondent pas toujours de la complexité des situations concrètes. Les structures sociales
peuvent s’entremêler. Ainsi, dans l’Inde moderne, un système de classe coexiste par un régime de castes
pourtant légalement aboli.

 Les castes sont des groupes sociaux fermés fondés sur le degré de pureté défini par la religion. On naît dans
une caste et on ne peut en sortir. La mobilité sociale est donc nulle. Les rapports entre les castes sont
marqués par la répulsion réciproque. L'esprit de caste interdit formellement les contacts physiques (les hors
castes sont des « intouchables »), les relations sexuelles (mariage endogamique), les repas en commun entre
membres de castes différentes. Si un contact impur a lieu, il faut procéder à des rites de purification.

 Les ordres sont des groupes sociaux hiérarchisés en fonction de la dignité, de l'honneur, de l'estime accordés
aux différentes fonctions sociales. Seuls les Nobles ont l'interdiction de travailler pour ne pas déchoir. Les
métiers ont tendance à être héréditaires et organisés au sein de corporations mais une certaine mobilité
professionnelle est possible. De même, on peut passer d’un ordre à un autre (achat de titres de noblesse,
choix de l’ordre religieux). La mobilité sociale est possible mais elle est faible.




 Les classes sont des groupes sociaux de grande taille relativement homogène dont les individus qui la
composent ont en commun :

 Une unité de situation définie par la position sociale et professionnelle de l'individu, son mode de vie, sa place
dans la hiérarchie des prestiges. Les études sociologiques du travail, de la consommation, des pratiques
culturelles permettent de cerner les contours de chaque classe.

 Une unité de réaction c'est à dire une conscience de classe. Toute situation commune, toute culture commune
peut entraîner le sentiment d'appartenir à la même classe, d'avoir la même condition et le même mode de
pensée, d’avoir des intérêts communs à défendre. Les études sociologiques sur la conscience de classe, les
syndicats, les partis, le vote politique, les mouvements sociaux permettent d’appréhender cette dimension des
classes.

 Une hérédité des positions qui lui assure la permanence de la classe dans le temps. Pour qu'une classe ait
conscience d'elle même, il faut qu'elle ait une histoire, une mémoire, c'est à dire qu'elle se perpétue à travers
plusieurs générations. Les études sociologiques sur la mobilité sociale, les trajectoires sociales, la réussite
scolaire, le mariage, les stratégies de reproduction des classes sont utiles pour connaître la permanence des
classes. La mobilité sociale est plus grande dans les sociétés démocratiques.




Classes sociales





Homogénéité des pratiques Conscience de classe Hérédité des positions
sociales



4. Les sociétés démocratiques sont des sociétés de classes. Cependant, l’analyse sociologique s’oppose sur les
rapports qu’entretiennent les différentes classes entre elles.

 Karl Marx (1818-1883) a une conception réaliste des classes sociales. Une classe existe en soi, avant même
sa construction intellectuelle. Selon lui se définit à partir de deux éléments :

 La place qu'elle occupe dans le processus de production qui est déterminée par un critère unique : la propriété
des moyens de production. Karl Marx distingue, dans tout mode de production, deux classes fondamentales,
celle des propriétaires et celles des non-propriétaires.

 L'antagonisme de classe (classe en opposition) qui débouche sur une conscience de classe et une lutte des
classes. Les classes se construisent surtout les unes par rapport aux autres, de manière conflictuelle.
L'existence d'une classe suppose donc un lien social entre les différents membres de la classe et l'auto-
organisation politique du groupe (de « classe en soi » la classe devient une « classe pour soi »). La lutte des
classes s'opère, pour lui, à tous les niveaux de la société. Les rapports économiques conditionnent les
rapports sociaux et politiques. Dans le mode de production capitaliste, la Bourgeoisie, qui détient le pouvoir
économique, détient également le pouvoir social (elle est une « classe dominante » idéologiquement et en
terme de prestige) et le pouvoir politique (l’Etat est un « l'Etat Bourgeois » qui sert les intérêts de la classe
dominante même si la sphère politique peut parfois être autonome vis-à-vis de la sphère économique).

 Autour de cet antagonisme central « exploiteurs-exploités », présent dans tout « mode de production », Karl
Marx distingue un certain nombre de classes propres à la « formation sociale » de son époque : la
paysannerie, la petite bourgeoisie, le lumpenprolétariat...Ces classes sont, soit en voie de disparition, soit
gravitent autour des deux classes centrales. Il y a « polarisation des classes » autour du conflit central.

 Max Weber (1864-1920) a une conception nominaliste des classes. La classe résulte d'une construction
intellectuelle du sociologue qui cherche à comprendre la réalité en regroupant de façon logique des individus
ayant un certain nombre de traits communs. La classe n'existe pas en soi. On la nomme. Mais, elle a une
certaine existence puisque, pour analyser une action individuelle, il faut pouvoir la resituer dans une
perspective d'appartenance de classe. La classe est un élément de la hiérarchie sociale, mais il n'est pas le
seul. En effet, pour Max Weber, la distribution du pouvoir dans une société se fait à trois niveaux :

 L'ordre économique est le mode selon lequel les biens et les services sont distribués. Il est à l'origine des
classes sociales. La classe est un groupe de personne occupant le même statut de classe. Cette situation de
classe dépend du degré de chances (de probabilité) qu'a une personne d'accéder aux biens (classe de
possession) et à un certain type de services (classe de production) qui dépend des différents capitaux dont il
dispose.


 L'ordre social ou statutaire est le mode selon lequel le prestige se distribue au sein d'une société. Un groupe
de statut rassemble tous les individus qui ont le même degré de prestige, qui ont la même probabilité
d'accéder aux honneurs (distinction par le style de vie, les pratiques culturelles).

 L'ordre politique est celui de la compétition pour le contrôle de l'Etat. Elle est opérée par des partis,
associations qui ont pour but d'assurer le pouvoir à un groupe afin d'obtenir des avantages matériels et de
prestige pour ses membres.

 Ces trois ordres ne se recouvrent pas nécessairement. Le pouvoir économique, par exemple, ne confère pas
automatiquement du prestige (le nouveau riche) ou un pouvoir politique. La hiérarchie sociale est une
hiérarchie de prestige – ou « honneur social » –, qui se traduit par des styles de vie et des modes de
consommation spécifiques. Ce raisonnement en termes de statut s’ajoute ainsi à la différenciation en termes
de classe. C’est d’ailleurs en Allemagne que se développent, au tournant du 20e siècle, les premiers travaux
sociologiques sur ces nouveaux groupes sociaux, nommés « classes moyennes » pour indiquer qu’ils
n’appartiennent ni aux groupes des ouvriers d’un côté, ni à la bourgeoisie de l’autre. Les sociétés
démocratiques seraient donc appelées à se moyenniser.

c) – L'outil des PCS permet-t-il d'analyser la stratification sociale ?

1. En France, pour mesurer la stratification sociale, l’Insee propose un classement de la population française en
groupes socioprofessionnels (GSP). Ce sont des groupes statistiques de professions socialement proches.
Ces catégories présentent une certaine homogénéité sociale. Les individus, qui les composent, sont
supposés « entretenir des relations entre eux, avoir des comportements et des opinions analogues et se
considérer comme appartenant à la même catégorie ».

2. Les «professions et catégories socioprofessionnelles» (PCS) sont donc une construction statistique de l’Insee
réalisée en 1950 pour étudier les modifications des comportements sociaux induits par le changement de la
structure sociale. L'Insee cherche à regrouper les individus qui ont des métiers ou des professions
socialement proches. Ceci suppose que ces individus aient :

 Une homogénéité sociale : on suppose que ces personnes ont des pratiques sociales identiques (modèles de
consommation, comportements culturels, opinions politiques…) et qu’elles entretiennent des relations :
relations professionnelles, relations de voisinage, relations amicales, éventuellement de mariage, etc.

 Un sentiment d’appartenir à la même catégorie sociale : ces personnes doivent témoigner d’un certain
sentiment d’appartenance recueillant, si possible, l’assentiment des autres membres du groupe : « je me
considère comme ouvrier, et les personnes de ce même groupe me considèrent effectivement comme tel ».

 Une reconnaissance de leur statut socioprofessionnel par les autres individus : les autres groupes sociaux
reconnaissent que cet individu appartient bien à tel groupe.

Ainsi, une caissière, une vendeuse, une aide soignante vont être rangée dans la catégorie des employés
parce qu’elles effectuent un travail salarié d’exécution dans le secteur des services.

3. Pour déterminer cette proximité sociale, l’Insee, part de la profession de l’individu (pour la population active)
ou de la « personne de référence du ménage » (pour l’étude des ménages) et utilise cinq critères principaux :

 Le statut professionnel qui distingue les indépendants des salariés. Un artisan maçon sera classé
dans les artisans, commerçants et chefs d'entreprise alors qu'un maçon sera classé dans les ouvriers.

 Le secteur d’activité qui sépare les activités agricoles (liées à la terre), les activités industrielles
(production de biens non agricoles) et les activités de services. Un ouvrier produit des biens non
agricoles alors qu'un employé produit des services.

 Le niveau de qualification, en partie donné par le niveau de diplôme requis pour obtenir une place
dans la hiérarchie de l’entreprise. Un ingénieur fait partie des cadres supérieurs parce qu'il est recruté
à Bac + 5 ans alors qu'un technicien fait partie des professions intermédiaires car il a un bac + 2 ans.

 La place hiérarchique qui est donnée par la taille de l’entreprise pour les indépendants, et par la
distinction postes d’encadrement et postes d’exécution pour les salariés. Un artisan est à la tête
d'une entreprise de moins de 10 salariés alors qu'un industriel peut diriger une entreprise de plus de
10 salariés. Un médecin est hiérarchiquement supérieur à une infirmière qui est elle même au dessus
d'une femme de salle...

 Le type de travail : manuel ou non manuel. Un artisan est, en général, un manuel alors qu'un
commerçant est un non manuel.





Profession de la
personne de
référence




Activités Statut Niveau d’étude Niveau Type de travail

professionnel hiérarchique Biens agr icoles
Sans diplôme Biens non
Bep, Cap Salarié Petite/Grande Manuel agricoles
Non-salarié Bac entreprise Non manuel Services Bac + 2 ou 3 Encadrement/
Bac + 4 et plus Exécution




4. La nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles dite PCS, a remplacé, en 1982, celle
des CSP. Elle classe la population selon une synthèse de la profession (ou de l'ancienne profession), de la
position hiérarchique et du statut (salarié ou non). Elle comporte trois niveaux d'agrégation emboîtés :

 les groupes socioprofessionnels (8 postes) ;
 les catégories socioprofessionnelles (24 et 42 postes) ;
 les professions (486 postes).

Dans l'ancienne classification de 1954, l'Insee retenait dix groupes codés de 0 à 9, en prenant en compte les
inactifs, et subdivisés en 39 catégories. Depuis 1982 et 2003, l’Insee détermine ainsi 6 PCS pour la population
active et 8 pour la population totale (la catégorie 7 regroupe les « retraités » et la catégorie 8 les « autres
personnes sans activité professionnelle »). Ces PCS sont le fruit d’une addition de 24 (niveau 2) ou de 42
(niveau 3) CSP, catégories socioprofessionnelles, qui regroupent elles-mêmes 497 professions. Ainsi, la
CSP69 « ouvriers agricoles » regroupe 7 « familles de professions » : des « ouvriers de l’élevage » (691b) aux
« marins pêcheurs et ouvriers de l’aquaculture » (692a) en passant par les « ouvriers de l’exploitation
forestière ou de la sylviculture » (691f). Plus précisément encore, un berger ou un garçon d’écurie sont dans
le sous-ensemble 691b alors qu’un matelot sur bateau de pêche est classé dans le sous-ensemble 692a.





 PCS n° 1 = Agriculture exploitants. Un agriculteur exploitant est un indépendant à la tête d'une exploitation plus
ou moins grande qui produit des biens agricoles de façon manuelle (un viticulteur, un éleveur, un céréalier…).
 PCS n° 2 = Artisans, commerçants et chefs d'entreprises.
 Un artisan est un non-salarié à la tête d'une entreprise de moins de 10 salariés qui vend ce qu'il a
produit (un boulanger, un plombier, un tailleur, un pâtissier…).
 Un commerçant est un non salarié qui dirige une petite entreprise (moins de dix salariés) et qui vend ce
qu'il a acheté (un fleuriste, un commerçant en fruit et légume, un commerce de vêtement…).
 Un chef d'entreprise est un salarié ou un non salarié (les PDG...) qui dirige une entreprise de plus de 10
salariés (un industriel, un gros commerçant, un PDG, un gérant…).

 PCS n° 3 = Cadres et professions intellectuelles supérieures. Un cadre ou une profession intellectuelle
supérieure regroupe des salariés et des non salariés (les professions libérales) très diplômés qui exercent des
postes de conception et de responsabilité (un médecin, un ingénieur, un juge, un professeur…).
 PCS n° 4 = Professions intermédiaires. Une profession intermédiaire est une profession en général salariée qui
est moyennement diplômés et qui se situe entre les salariés de conception et les salariés d'exécution (une
infirmière, un comptable, un technicien, un instituteur…).
 PCS n° 5 = Employés. Un employé est un salarié d'exécution qui produit des services. Cette catégorie est à
plus de 75% féminine en 2011 (une vendeuse, une secrétaire, une femme de ménage, une caissière…).
 PCS n° 6 = Ouvriers. Un ouvrier est un salarié d'exécution qui produit des biens non agricoles de façon
manuelle. Cette catégorie est masculine à plus de 80% en 2011 (un tourneur sur métaux, un chaudronnier, un
manutentionnaire dans l’industrie…).

Part de chaque profession et catégorie socioprofessionnelle dans l’emploi



5. L'utilisation des PCS dans l'analyse des classes sociales est une tentation permanente du sociologue. Elles
offrent un ensemble statistique commode et riche en information. L'Insee propose ainsi de considérer que les
cadres et professions intellectuelles supérieures peuvent représenter les « classes supérieures », les patrons
de l'industrie et du commerce et les professions intermédiaires, les « classes moyennes », et les ouvriers, les
employés et les agriculteurs les « classes populaires ».

6. Pourtant, les PCS présentent un certain nombre de limites dans l'analyse des classes sociales :

 Le classement des métiers dans une PCS contient toujours une part d'arbitraire. Ainsi, un manutentionnaire
qui convoie des palettes sera considéré comme un employé s'il travaille dans un supermarché et comme un
ouvrier s'il travaille dans une usine. Un boucher salarié, qui était considéré comme un employé avant 1982,
est désormais dans la catégorie « ouvrier » (métier manuel). Les « zones frontières » entre deux CSP peuvent
être plus ou moins peuplées.

 Les PCS peuvent être hétérogènes socialement du point de vue des classes. Ainsi, un petit commerçant
figure dans la même PCS qu'un grand industriel alors qu'ils n'ont ni le même pouvoir économique, ni la même
position sociale, ni les mêmes pratiques culturelles. Classes sociales et PCS ne se recouvrent pas. Il faut
opérer d'autres regroupements pour passer des CSP aux classes sociales. Ainsi, la Bourgeoisie n’apparaît
pas en tant que telle dans les PCS.

 La position sociale ne se limite pas à la profession occupée. L’Insee donne une vision de la structure sociale
limitée à la sphère professionnelle. Or, la position sociale d’un individu peut dépendre également d’autres
critères plus socioculturels (vie familiale, vie publique…). De plus, le critère de la profession est de plus en
plus insuffisant pour représenter la société à l’heure où la part des emplois atypiques (CDD, intérim, contrats
aidés) tend à augmenter et où le chômage frappe durablement ou à répétition de plus en plus d’actifs. Un
ouvrier intégré dans une grande entreprise n'a pas la même situation sociale qu'un jeune ouvrier précaire
d'une PME.

 La classification de l'Insee n'est que le reflet de la structure sociale de la société française à un moment donné
de son histoire. Son application à d'autres sociétés industrielles est difficile (le terme de « cadre » n'a pas
d'équivalent en GB ou en Italie). De même, la distinction ouvrier/employé, qui était nette au début du XXème
siècle (l’opposition entre les «cols bleus » et les « cols blancs »), a perdu une partie de sa signification à la fin
du siècle sous l'effet de l'automatisation, de l'informatisation et de l'amélioration de la condition ouvrière. Enfin,
les conflits catégoriels et de classe peuvent modifier la place d'une profession dans une CSP (les instituteurs
qui deviennent des "professeurs d'école"), ce qui oblige l'Insee à modifier de temps en temps sa classification.
 Les PCS ne nous disent rien sur les relations sociales qu'entretiennent ces différents groupes sociaux. La
hiérarchie entre les groupes ne peut être établie que pour les salariés. Les relations de domination, de
coopération ou de complémentarité entre les groupes sont occultés. Ainsi, en établissant la PCS à partir de la
profession du chef de famille, on occulte la profession du conjoint. Une employée de bureau mariée à un
médecin ne connait certainement pas le même univers social que l'employée de commerce mariée à un
ouvrier, par exemple. En conséquence, les PCS donnent une certaine image de la structure sociale mais elles
ne nous donnent pas de renseignement sur la stratification sociale.

 L'appartenance de classe n'est pas donnée par une CSP : l'appartenance à un métier, à un moment donné,
ne nous dit pas quelle est l'origine sociale de l'individu (la position sociale de sa famille et de sa parenté),
l'origine sociale de son conjoint (une employée peut être mariée à un cadre ou à un ouvrier, ce qui modifie sa
position de classe) et quelle est sa trajectoire sociale (en ascension ou en régression). La seule analyse des
CSP ne permet donc qu'une approche sommaire de la logique d'ensemble des comportements de classe.
Tous les cadres supérieurs ne font pas partie de la Bourgeoisie, certains artisans sont très influencés par leur
origine ouvrière...

7. Pourtant, la plupart des sociologues utilisent, pour des raisons de temps et d'argent, les CSP comme
instrument d'analyse des classes sociales. Louis Chauvel donne trois arguments à cette utilisation :

 Les critères de constitution des PCS sont assez proches de ceux des classes sociales (caractéristiques
semblables, la conscience d’appartenance, la place occupée dans la production…) ;

 Les données de l’Insee permettent d’avoir une connaissance de l’évolution de la structure sociale à long
terme et sur les pratiques sociales de caque catégorie. Ainsi, 57% des cadres lisent plus de 10 livres dans
l'année en 2008 contre 18% des ouvriers. De même, 71% des cadres sont propriétaires de leur logement en
2006 contre 49% pour les ouvriers. On peut ainsi dégager les inégalités de mode de vie entre les différentes
classes sociales.

 On peut essayer de reconstituer les classes sociales à partir des données fournies sur les PCS.




2 – Idéal démocratique et égalité

a) – Le triomphe de l ’égalité selon Tocqueville

1. Alexis de Tocqueville est un aristocrate français du XIXème siècle (1805-1853), qui se rend en Amérique
pour un voyage d’étude (officiellement, sur le système carcéral américain), et analyse les relations sociales
qui s’établissent là-bas. Il s’intéresse aussi aux débuts de la démocratie en France. Il tire, de ses
observations, la conclusion que les sociétés démocratiques modernes connaissent un processus
d’égalisation des conditions qui est un phénomène inéluctable, durable et universel. Le mot démocratie a
deux sens pour lui :

 La démocratie est un régime politique dans lequel le peuple souverain exerce le pouvoir directement ou
indirectement par le biais de représentants. Elle est selon Périclès, repris par Abraham Lincoln, « le
gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Ainsi, en France, tous les citoyens sont
considérés comme égaux dans la sphère publique (égalité politique). La démocratie repose en effet sur
l’idée que les hommes sont dotés de droits naturels, dont la liberté individuelle, et que ces droits doivent
être respectés à l’aide d’un cadre juridique et judiciaire. L’idéal démocratique qui s’est répandu lentement à
partir du Moyen Age dans la société anglaise, a inspiré la révolution américaine (1776) et la révolution
e
française(1789), puis a animé l’évolution politique de l’Europe au XIX siècle et du monde presque tout
e
entier au XX siècle.

 La démocratie c’est aussi un état de la société caractérisé par l’égalité des droits, l’égalité des chances et
une tendance à l’égalisation des niveaux et modes de vie. Ceci engendre un système dynamique dans
lequel les différentes égalités se renforcent pour développer toujours plus d’égalité. Une société
démocratique, dotée de cette dynamique, n’est donc pas seulement un régime politique, elle est aussi un «
état d’esprit » caractérisé par la « passion pour l’égalité » et « la passion pour la liberté ». C’est un
phénomène qui s’auto alimente puisque l’obtention de nouvelles égalités engendre de nouveaux désirs
d’égalité. Un élément moteur de cette dynamique est la mise en place d’une société méritocratique.


Egalité des droits




Egalité des chances Egalité des situations




Egalité politique


2. L’égalité des conditions est à la fois une égalité des droits, la liberté d’agir et un sentiment collectif d’être l’égal
des autres. Avec l’abolition des privilèges à la fin de l’ancien régime et la fondation des Etats-Unis d’Amérique,
Tocqueville observe l’apparition des sociétés démocratiques fondées sur l’idéal égalitaire. L’idéal
démocratique est un système de valeurs que cherche à atteindre toute société démocratique, c'est-à-dire une
société organisée sur l’égalité des droits civiques et politiques et qui s’efforce de garantir les mêmes droits
sociaux à l’ensemble de ses membres. L’idéal démocratique se caractérise par le souci de concilier la liberté
individuelle et l’égalité pour atteindre un objectif de justice sociale. Il s’agit d’un idéal car l’égalité n’est jamais
totalement atteinte en réalité et parce qu’il est une valeur partagée par les citoyens qui les poussent à agir
dans le sens de l’égalité à différents niveaux :


Citoyenneté civile Citoyenneté politique Citoyenneté sociale

Liberté de la personne, de Eligibilité Bien être économique
parole, de pensée, Droit de vote Protection sociale
Droits
d’expression, de propriété, Information Droit à la santé, à
de passer contrat… Participation politique… l’éducation, au travail…
Période XVIIIème XIXème XXème
Etat électif (suffrage
Etat-providence avec universel)
Institution Etat de droit assurances sociales et Rôle prééminent du
rôle prééminent de la justice participation sociale Parlement

 1er niveau : une égalisation des droits, ou égalisation juridique : tous les individus sont égaux devant la loi, il
n’y a plus de privilèges ni de position sociale héritée (comme c’était le cas dans l’Ancien Régime, avant la
Révolution Française). Ceci ne concerne pas seulement les droits civiques. Peu à peu, l’égalité va s’étendre
aux droits politiques et aux droits sociaux. Les individus sont considérés comme des citoyens. La citoyenneté
est le fait pour une personne, pour une famille ou pour un groupe, d'être reconnu comme membre d’une
société nationale et d'avoir le droit de participer à sa vie politique. La citoyenneté comprend quatre éléments :

 la nationalité qui donne un cadre à la souveraineté nationale ;
 des droits (droits civiques, droits politiques, droits sociaux) ;
 des devoirs (payer les impôts, respecter les lois ou encore être juré de Cour d'assises si besoin est) ;
 et la participation civique (voter, s’inscrire dans un parti, manifester...).


 2ème niveau : une égalité des chances : tout individu doit pouvoir accéder à toutes les positions sociales
existantes selon ses capacités, ses « talents ». La destinée sociale ne doit donc pas dépendre de l’origine
sociale. Ceci suppose deux conditions :

 Avoir les mêmes moyens au départ. Or, les individus sont inégaux à leur naissance naturellement,
économiquement et socialement. La compétition pour l’accès aux ressources rares se fait donc à armes
inégales. L’Etat doit donc compenser les handicaps. Il peut le faire de trois façons différentes :

o En offrant les mêmes services collectifs à tout le monde. L’Ecole publique gratuite, mixte, aux
examens anonymes, est un exemple de ce traitement égalitaire qui devrait donner les mêmes
moyens à tous pour exprimer leur capacité.

o En donnant plus de moyens à ceux qui ont moins. Le système de bourse, l’aide supplémentaire
donnée aux zones d’éducation prioritaire (ZEP), les quotas de place réservés à certaines minorités
dans les universités, sont des exemples de ce traitement inégalitaire destiné à rendre la compétition
égalitaire.
o En luttant contre toutes les discriminations négatives. Le recours à la loi, à des institutions
spécialisées (la haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité – la HALDE – en
France), à des tests, sont autant de moyens pour lutter contre le sexisme, le racisme, l’exclusion des
handicapés.

 Respecter l’idéal méritocratique. La position sociale occupée par les individus doit dépendre uniquement
de leur capacité, de leurs efforts, de leur mérite. Ceci implique que les positions sociales ne soient pas
héréditaires ou obtenues par favoritisme.

 3ème niveau : une égalité des situations. Il s’agit d’une égalisation de fait ou des conditions matérielles
d’existence : on assiste à un rapprochement des niveaux et des modes de vie entre les individus, même si
l’égalité absolue n’est pas envisageable. Plusieurs mécanismes poussent les sociétés démocratiques vers
cette égalité :

 La « passion pour l’égalité » : dans une société où tous les individus sont égaux en droit, les inégalités,
surtout lorsqu’elles apparaissent injustes, sont insupportables. Elles provoquent une « frustration
relative » qui pousse les individus à agir pour les réduire. Les inégalités sont moins légitimes dans les
sociétés égalitaires que dans les sociétés inégalitaires. Par exemple, l’école aujourd’hui est beaucoup
moins inégalitaire qu’elle ne l’était au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et pourtant, elle est
bien plus critiquée sur le plan de l’égalité des chances qu’il y a 40 ans. La passion pour l’égalité qu’on
retrouve en France vient, selon Tocqueville, de l’existence passée de privilèges. La monarchie absolue y
a été renversée parce que c'était le pays d'Europe où les conditions socioéconomiques avaient déjà
commencé à se rapprocher les unes des autres. En Amérique, où tous les individus étaient, dès le
départ, égaux en droit, cette passion pour l’égalité serait moins partagée.