ENJEUX ET INITIATIVES

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Niveau: Secondaire, Lycée

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20 ENJEUX ET INITIATIVES D e s o u ti ls p o u r le f ra n ç a is LES DOSSIERS DE L'INGÉNIERIE ÉDUCATIVE P ierre Debauche, nous rapporte Daniel Mes-guich, est l'auteur d'une amusante paraboleque voici en substance : « Le cinéma a fait beaucoup de progrès. À ses débuts (la photo- graphie) il ne bougeait pas, il ne parlait pas, et il était en noir et blanc. Puis il s'est mis à bouger, comme dans la vie. Mais il ne parlait toujours pas, et il était toujours en noir et blanc. Puis il s'est mis à parler, comme dans la vie. Mais s'il bougeait et parlait, il était tou- jours en noir et blanc. Enfin il est devenu en couleurs. Et bientôt, on pourra toucher les acteurs, comme dans la vie… Alors, le cinéma sera devenu du théâtre1. » Le théâtre est en deçà et au-delà des nouvelles technologies. Parce que sa force et sa vitalité tiennent dans un archaïsme, la coprésence phy- sique au sein d'un partage fictionnel, il peut certes parfaitement, en tant qu'acte, se passer des nou- velles technologies. « Je peux prendre n'im- porte quel espace vide et l'appeler une scène. Quelqu'un traverse cet espace vide pendant que quelqu'un d'autre l'observe, et c'est suffi- sant pour que l'acte théâtral soit amorcé » : paroles inaugurales, à ne jamais perdre de vue, de

  • dialogue national

  • spectacle vivant

  • théâtre

  • espace vide

  • espace numérique de dialogue

  • activités dans l'espace-classe

  • recherches sur internet

  • spectacle

  • phase de travail en salle pupitre


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20
ENJEUX ET INITIATIVES
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s
LES DOSSIERS DE L’INGÉNIERIE ÉDUCATIVE
LES DOSSIERS DE L’INGÉNIERIE ÉDUCATIVE
P
ierre Debauche, nous rapporte Daniel Mes-
guich, est l’auteur d’une amusante parabole
que voici en substance :
« Le cinéma a fait
beaucoup de progrès. À ses débuts (la photo-
graphie) il ne bougeait pas, il ne parlait pas,
et il était en noir et blanc. Puis il s’est mis à
bouger, comme dans la vie. Mais il ne parlait
toujours pas, et il était toujours en noir et
blanc. Puis il s’est mis à parler, comme dans
la vie. Mais s’il bougeait et parlait, il était tou-
jours en noir et blanc. Enfin il est devenu en
couleurs. Et bientôt, on pourra toucher les
acteurs, comme dans la vie… Alors, le cinéma
sera devenu du théâtre
1
.
»
Le théâtre est en deçà et au-delà des nouvelles
technologies. Parce que sa force et sa vitalité
tiennent dans un archaïsme, la coprésence phy-
sique au sein d’un partage fictionnel, il peut certes
parfaitement, en tant qu’acte, se passer des nou-
velles technologies.
« Je peux prendre n’im-
porte quel espace vide et l’appeler une scène.
Quelqu’un traverse cet espace vide pendant
que quelqu’un d’autre l’observe, et c’est suffi-
sant pour que l’acte théâtral soit amorcé »
:
paroles inaugurales, à ne jamais perdre de vue, de
Peter Brook dans
L’Espace vide
2
. Mais précisé-
ment, pour que cet archaïsme sublime qu’est le
théâtre puisse continuer à avoir lieu au coeur de
la modernité et à la portée d’un nombre toujours
croissant d’élèves, le théâtre présuppose aujour-
L’enseignement du théâtre
et les nouvelles technologies
Sur scène et en classe, de l’espace scénique
à l’espace numérique, la force archaïque
du théâtre intègre les nouvelles technologies
comme condition de son actualité.
Françoise Gomez
IA-IPR DE LETTRES
CHARGÉE D’UNE MISSION NATIONALE
POUR LE THÉÂTRE
avec la collaboration de
ALBERT ROMBEAUT, PROFESSEUR DE LETTRES ET DE THÉÂTRE, FORMATEUR
SYLVIE LELEU, PROFESSEUR DE LETTRES ET DE THÉÂTRE
PIERRE DUPONT, CHARGÉ DE MISSION ARTS ET CULTURE, DGESCO
d’hui les nouvelles technologies. Il les présup-
pose banalisées, et parvenues à cette seconde
génération où elles n’ont déjà plus rien de « spec-
taculaire ». C’est pourquoi, parce que le théâtre
n’a jamais renié ce qui fait son essence, confondu
le contenant et le contenu, ni pris les moyens
pour la fin, il est, en tant que vecteur d’une for-
mation humaine irremplaçable, l’un des meilleurs
révélateurs de la nécessité du support technolo-
gique, l’un de ses plus sûrs moyens de définition
(au sens propre de délimitation de contours). On
ne s’étonnera donc pas de voir les quelques pistes
ci-dessous poser aux nouvelles technologies les
plus brûlantes questions de leur actualité.
Le contexte artistique:
arts de la scène et numérique
C’est peu dire aujourd’hui que le numérique entre
dans la composition des arts de la scène. Sans
pouvoir nous attarder sur les liens qui unissent
désormais les arts de la scène à l’art vidéo ou à la
performance assistée par ordinateur, rappelons
que les nouvelles technologies ont depuis long-
temps quitté leur rôle instrumental primitif, pour
devenir des composantes artistiques à part
entière.
À un premier niveau auxiliaire et impercep-
tible pour le spectateur, toute régie son ou
lumière, dès lors qu’elle concerne des spectacles
d’une certaine importance, tend à être enregistrée
par ordinateur, de façon à pouvoir en suivre les
tournées et à gagner un temps précieux d’instal-
lation. Cette régie numérisée n’exclut nullement
l’intervention manuelle, indispensable au suivi
de l’action le jour même.
Assez rapidement, cette ressource technique
rejoint les recherches initiées en leur temps par
Lugné-Poe et pressenties par Claudel, pour deve-
nir un élément plastique et poétique du spec-
tacle. Non seulement la vidéo fait éclater l’unité
de lieu quand cela est nécessaire, mais elle per-
met encore la représentation du surnaturel (le
théâtre, comme on sait, est rempli de fantômes),
et surtout elle concourt à créer une subjectivité
1. Nous remercions
Pierre Debauche et
Daniel Mesguich pour leur
autorisation de transmettre
ce fragment d’enseignement
oral : on en connaît, précisé-
ment, toute la valeur au sein
de l’apprentissage du
théâtre.
2. Paris, 1977, éditions du
Seuil, p. 25.
3. Celle-ci vient d’être
significativement explorée
par le numéro 11 de
Théâtre
aujourd’hui
: « De la scène à
l’écran » (CNDP 2007).