PSYCHOLOGIE HISTORIQUE ET ANALYSE STRUCTURALE CHEZ J P VERNANT

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Niveau: Secondaire, Lycée
Ph ilo so ph iqu es 42 N °1 12 /D ÉC EM B R E 20 07 D O S S I E R DOSSIER Vernant, philosophe PSYCHOLOGIE HISTORIQUE ET ANALYSE STRUCTURALE CHEZ J.-P. VERNANT Gildas Salmon Si Vernant est célèbre pour avoir appliqué aux mythes grecs la méthode structurale élaborée par Lévi-Strauss, on essaiera ici de montrer que l'absence de la notion de transformation dans ses travaux révèle la distance qui sépare sa psychologie historique de l'anthropologie structurale. Au lieu d'analyser les relations qui unissent les variantes d'un mythe, Vernant cherche à appréhender la cohérence interne d'une œuvre, afin de reconstituer la menta- lité qu'elle exprime. Cette démarche s'oppose profondément à celle de Lévi-Strauss, qui soutient pour sa part que le fonction- nement de la pensée sauvage n'apparaît qu'à travers les opéra- tions qui permettent de traduire les uns dans les autres des mythes issus de cultures différentes. Paru au début des années 1960, l'article de Jean-Pierre Vernant inti- tulé «Le mythe hésiodique des races. Essai d'analyse structurale» a fait date à la fois dans le domaine des études classiques et dans l'histoire du structuralisme. Aborder les mythes grecs par le biais d'instruments initia- lement forgés pour l'étude des peuples sans écriture, c'était tout d'abord remettre en question la position privilégiée de la mythologie classique, censée manifester l'essence du mythe sous sa forme la plus haute et la plus parfaite.

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PSYCHOLOGIE HISTORIQUE ET ANALYSE STRUCTURALE CHEZ J.-P. VERNANT Gildas Salmon
Vernant, philosophe
Si Vernant est célèbre pour avoir appliqué aux mythes grecs la méthode structurale élaborée par Lévi-Strauss, on essaiera ici de montrer que l’absence de la notion detransformationdans ses travaux révèle la distance qui sépare sa psychologie historique de l’anthropologie structurale. Au lieu d’analyser les relations qui unissent lesvariantesd’un mythe, Vernant cherche à appréhender la cohérence interne d’uneœuvre, afin de reconstituer la menta-lité qu’elle exprime. Cette démarche s’oppose profondément à celle de Lévi-Strauss, qui soutient pour sa part que le fonction-nement de la pensée sauvage n’apparaît qu’à travers les opéra-tions qui permettent de traduire les uns dans les autres des mythes issus de cultures différentes. Prad bé uuaantni tn-iutél«  Jean-Pierre Ver ,06rallcited e dut aeséenn19s le»turatrucess anyld assia Es.ceras dee quidoiséh ehtym eL a fait date à la fois dans le domaine des études classiques et dans l’histoire du structuralisme. Aborder les mythes grecs par le biais d’instruments initia-lement forgés pour l’étude des peuples sans écriture, c’était tout d’abord remettre en question la position privilégiée de la mythologie classique, censée manifester l’essence du mythe sous sa forme la plus haute et la plus parfaite. En démontrant aux hellénistes que des textes tels que ceux d’Hésiode, qui bénéficiaient d’une longue tradition d’interprétation érudite et d’analyse philologique, acquéraient une cohérence nouvelle à la lumière de méthodes issues de l’ethnologie, Vernant accomplissait un pas décisif pour l’émergence d’une anthropologie de la Grèce ancienne1. D’un point de vue épistémolo-gique, le ralliement de Vernant revêtait également une importance particu-lière : la reprise, cinq ans à peine après « La Structure des mythes », des outils
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1. Voir J.-P. Vernant,Mythe et pensée chez les Grecs, Paris, Maspero, 1965, éd. consultée : Paris, La Découverte, 1996, p. 9, et « De la psychologie historique à une anthropologie de la Grèce ancienne », inPassé et présent, Contributions à une psychologie historiqueEdizioni di storia e letteratura, 1995, p. 179-190., Rome, 2. Voir T. Kuhn,La Structure des révolutions scientifiques, 1962 et 1970, trad. L. Meyer, Paris, Flammarion, 1983, p. 30. Lévi-Strauss permet en effet de poser la question de l’existence d’un3. La confrontation entre Vernant et « paradigme structural » à l’intérieur d’une discipline précise – l’étude des mythes –, c’est-à-dire sur un terrain beaucoup plus limité mais mieux circonscrit que ne l’a fait Jean-Claude Milner dansLe Périple structural(Paris, Seuil, 2002). 4. L’unique ouvrage publié par Ignace Meyerson,Les Fonctions psychologiques et les œuvres, paraît en 1948 (Paris, Vrin), soit un an avantLes Structures élémentaires de la parenté. Dans la suite de ses travaux – parus pour l’essentiel sous forme d’articles dans leJournal de psychologie normale et pathologique– Meyerson poursui-vra le projet défini dans ce travail de manière tout à fait indépendante par rapport au mouvement structuraliste. 5. C. Lévi-Strauss,Anthropologie structurale, Paris, Plon, 1958, chap.XI.
et des concepts élaborés par Lévi-Strauss n’indiquait-elle pas que l’analyse structurale était susceptible de fonder une « tradition cohérente de recherche2» et de fournir un paradigme3capable d’unifier les études consa crées aux mythes ? Toutefois, si la référence à l’anthropologie structurale confère incontes-tablement un relief particulier à l’œuvre de Vernant, elle ne doit pas obli-térer l’originalité de son entreprise. Plus précisément, ce dernier n’a-t-il vraiment fait qu’appliquer à un domaine nouveau des procédures élaborées ailleurs ? Certains éléments permettent d’en douter, et en premier lieu le fait que, bien plus qu’à Lévi-Strauss, c’est à son maître Meyerson que Vernant se réfère. Tout en empruntant à Lévi-Strauss des techniques d’analyse très précises, il se range sous la bannière de la « psychologie historique », c’est-à-dire d’un projet élaboré en dehors du structuralisme, et en grande partie avant même l’apparition de l’anthropologie structurale4. Cependant, pour définir les conséquences de cette exportation de l’analyse structurale hors du cadre théorique défini Derrière la tramepar Lévi-Strauss, nous ne partirons pas d’une défi-narrative du récitie sle, turaatnd lelogorhpoi n in tnod,tnanreVnition abstraite hietoisquriete  ed p alhcysgolo on peut retrouvertruci-évLs usraSté nnexdonndot amétuqitésopsys e un système synchroniqueindépendamment des études concrètes qui donnent de corrélationscorps à leurs projets respectifs. En essayant d’être et d’oppositionspertnel ed esirt anrnVeune mmcoeèdifà elel rispdet a lropphc etsurtcrula,e nousaborderons étagées survariantede l’analyse structurale, et c’est au sein des plusieurs plansprocédures d’analyses elles-mêmes que nous chercherons à saisir l’écart qui sépare leurs deux conceptions du mythe.
Commençons tout d’abord par préciser les points sur lesquels Vernant s’inscrit dans le droit fil des travaux de Lévi-Strauss. À cet égard, l’étude que Vernant consacre au mythe hésiodique des races peut être considérée comme un exemple canonique : la méthode exposée dans « La Structure des mythes5appliquée de manière très rigoureuse, lui permet de renouveler», profondément l’interprétation de ce récit placé par Hésiode au début des
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