2011-2013, Les années Manessier en Picardie

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  • mémoire - matière potentielle : dans les années
  • mémoire
  • leçon - matière potentielle : ténèbres
2011-2013, Les années Manessier en Picardie Alfred Manessier, dont l'œuvre est à la fois universelle et très ancrée dans les paysages de son enfance, est né le 5 décembre 1911 à Saint- Ouen, dans la Somme, et s'est éteint le 1er août 1993. A l'occasion du centenaire de sa naissance et des 20 ans de sa disparition, c'est toute une région qui lui rend hommage, à travers une multitude d'évènements.
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2011-2013, Les années Manessier en Picardie









Alfred Manessier, dont l’œuvre est à la fois universelle et très ancrée
dans les paysages de son enfance, est né le 5 décembre 1911 à Saint-
erOuen, dans la Somme, et s’est éteint le 1 août 1993.

A l’occasion du centenaire de sa naissance et des 20 ans de sa
disparition, c’est toute une région qui lui rend hommage, à travers
une multitude d’évènements.




«Il est certain qu’il y a une unité très grande entre la mer, le ciel, entre la baie de
Somme, les sables, la qualité de la terre, les marais, tout cela forme un tout et
c’est évident qu’un enfant qui a eu les yeux ouverts sur toutes ces choses en est
imprégné pour le restant de ses jours.»

Alfred Manessier, extrait du film de Gérard Raynal, Les Offrandes d’Alfred
Manessier




Le Conseil régional de Picardie, en partenariat avec le Conseil général de la Somme, la
Mairie d’Abbeville, le groupe La Poste, L’Adresse Musée de La Poste, l’Université de
Picardie Jules Verne, le musée de Picardie, la Communauté de communes du Val de
Nièvre et le Centre régional de documentation pédagogique de Picardie.










Sommaire



Manessier et la Picardie ...................................................................................3
Alfred Manessier, le Picard : grandeur et simplicité,
la démesure en douce ........................................................................................5
Programme ...............................................................................................................10
Musée Boucher-de-Perthes .......................................................................11
Musée de Picardie ...........................................................................................17
Communauté de Communes du Val de Nièvre et environs 19
2012 : l’Abbaye de Saint-Riquier dans la lumière de
Manessier...............................................................................................................22
L’Université de Picardie Jules Verne rend hommage au
peintre Alfred Manessier.............................................................................23
Le Centre régional de documentation pédagogique (CRDP)
de l’académie d’Amiens...............................................................................24
Le Groupe La Poste.........................................................................................25
L’Adresse Musée de La Poste en plein cœur du quartier de
Montparnasse......................................................................................................26
La Picardie aux couleurs de Manessier...............................................27











Contact presse : presse@cr-picardie.fr
2





Manessier et la Picardie

Texte de Sophie de Paillette

Ellipse parfaite d'une vie commencée et parachevée dans un même lieu, à Saint-
Ouen près de Flixecourt, où il repose désormais, la qualité du trait et la souplesse
du dessin s'imposent d'emblée, pour évoquer les liens entre le peintre Alfred
Manessier et la Picardie.

«Tout ce que j'ai pu ressentir et tout ce que je dois à ce pays». Ainsi le peintre, au soir de
sa vie, rend-il hommage à son pays natal de Picardie, pays de l'enfance aussi et surtout,
durant laquelle se sont gravées en lui des émotions indélébiles, et secrètement noués ces
liens de complicité indéfectibles «entre la terre, ses racines et son monde intérieur».
A 12 ans, quand il inaugure sa carrière de peintre par des marines, peintes à l'aquarelle
d'après nature, il a déjà trouvé dans la vallée de la Somme, depuis Amiens jusqu'à la
baie, ses "sources vives, sensibles et affectives, de l'équilibre et de l'imagination
créatrice". Désormais, le "thème picard" sera récurrent dans son œuvre, et ses paysages,
d'abord figuratifs, puis transposés, transfigurés, lui inspireront aussi de nouvelles
approches esthétiques et techniques.


La baie de Somme et ses ciels
"Sœur baie de Somme" pour l'homme comme pour le
peintre Alfred Manessier, est la matrice et la "vision
initiale autour de laquelle tout se compose et
s'organise" : un paysage-lumière absolument unique,
"un des lieux les plus beaux du monde" et "la plus
extraordinaire perle fine de la côte française",
"symphonie sublime" et "l'inoubliable amour", dont on
pourrait dire que, par chance, il ne s'est jamais remis.

Paysage essentiel et transcendant, archétype du paysage "essence" ("un minimum de
"matière" pour un maximum de lumière sublimée, spirituelle"), "expérience intérieure" de
"contact avec l'au-delà" ("révélant - de l'intérieur - la Beauté et le Mystère de Dieu"), qui
pourrait expliquer à lui seul la conversion de l'homme mais aussi la vocation du peintre,
cherchant sans relâche à exprimer les interactions entre le visible et l'invisible, entre les
mondes intérieur et extérieur.

Paysage d'exception, d'émotions et d'élection, bienfaisant et ensorcelant, dont la "qualité
lumineuse unique au monde" a émerveillé, aimanté et ressourcé Alfred Manessier tout au
long de sa vie ("je vois cette lumière, je me dilate, je me détends. Je n’ai plus d’âge").



3 Le Crotoy, "l'espace marin" et portuaire, sables et galets
C'est au Crotoy, "venu très tôt" dans sa vie, qu'il a commencé à peindre et découvert les
immenses ciels-paysages, le mélange de "beauté phénoménale" et de nuances "à la
Watteau", propre aux lumières nordiques influencées par la mer. Très vite, le peintre a su
que ce serait "sa" lumière, et n'a cessé de revenir s'y confronter, sans imaginer peut-être
qu'il consacrerait toute une vie d'artiste à "tourner autour".
Sensible à la magie des matières littorales, Alfred Manessier en a fait également le sujet de
multiples travaux. Il ne peut "résister" ni à l'infini du rythme, ni à la couleur "presque charnelle"
des sables, ressent leur pouvoir de concentrer l'éternité par leur pureté, "matière de fin du
Monde" "déjà d'un autre Monde", qui lui inspire une nouvelle écriture (lavis des Sables) pour
restituer graphiquement le souvenir des sensations éprouvées. Les "si merveilleux" galets
animés (cf. anima : âme), ramassés comme des trésors, donnent lieu à des "gammes"
obstinées pour tenter de capturer la lumière qui leur donne vie.


Marais, étangs, hortillonnages d'Amiens, rivières
Au moment de la mort de sa mère, en 1977, remontent, sans crier gare, des souvenirs
"archaïques" enfouis, moments et "émotions de paysage" partagés du matin au soir, au
bord de l'eau des marais, étangs, rivières et hortillonnages typiques de la région, avec ce
grand-père adoré, à la fois "meilleur ami" et "grand poète", qui lui a "donné ce pays". De
ce "paradis" retrouvé intact vont naître de très nombreuses peintures, par lesquelles
l'artiste revit et donne à voir, mais cette fois de l'intérieur, sa découverte émerveillée des
mystérieux paysages aquatiques où la lune est parfois carrée…


Aux alentours de Rue et Crécy
Dans la campagne aussi, comme vers Rue ou Crécy, Alfred Manessier porte un regard
sensible et bienveillant sur sa région natale : paysages préservés et harmonieux de peinture
hollandaise (villages authentiques, nature et verdure splendides, présence de l'eau, animaux
dans les prés), qu'il trouve beaux, "très" beaux même, évoquant Ruisdael et Rembrandt…


Abbeville et les vitraux de l'église du Saint-Sépulcre
A la fois conclusion en apothéose et prolongement d'une vie si intimement liée à la Picardie,
c'est à Abbeville, où il avait habité avec ses parents, que se trouve le "grand œuvre"
d'Alfred Manessier, son testament spirituel et artistique : le monumental ensemble de
vitraux de l'église du Saint-Sépulcre d'Abbeville. Considérant cette œuvre comme une
"chance extraordinaire" de conjurer la charge négative de l'idée du Saint-Sépulcre, mot
inquiétant, assombri encore pour lui par de mauvais souvenirs d'enfance, il en fait une
célébration de la vie, porteuse du message théologique d'espérance qui lui tient tellement à
cœur : la sublimation de la vie par le passage de la mort vers la résurrection. Le résultat est
un éblouissant "hymne à la joie" en même temps qu'une incitation
au recueillement. "Toute une architecture musicale" composée
avec ferveur pour exalter la lumière et transfigurer une brassée
de couleurs, dont on ne sait plus si elles jaillissent, ruissellent ou
flamboient, ou tout ensemble. Ultime écho aussi, particulièrement
poignant sans doute lors de ses propres funérailles dans l'église
le 5 août 1993, à ces "merveilleuses lumières de ces immenses
ciels de la Baie de Somme" qu'il a tant aimés.
4



Alfred Manessier, le Picard :
grandeur et simplicité, la démesure en douce

Texte de Sophie de Paillette


Il existe beaucoup d'artistes qui sont ainsi associés "géographiquement" à un
lieu/territoire mais ils en sont très rarement l'incarnation. De ce point de vue, le cas
d'Alfred Manessier est exceptionnel par sa cohérence. D'abord parce que ses vies
d'homme et de peintre se confondent du début à la fin dans une même trajectoire picarde.
Et non seulement, il revient sans cesse vers ses paysages-sources, mais il ne les quitte
jamais complètement, même lorsqu'il s'en éloigne, puisque, selon ses propres mots, il les
"transporte partout". Il n'est pas difficile, en effet, de trouver les résonances ou les
équivalences, pour reprendre des termes manessiens, entre
ses Moissons peintes en Beauce et la blondeur à l'infini des
espaces céréaliers du Santerre ou du Vermandois. Mais
surtout, si ses attaches et ses paysages de prédilection se
concentrent plus précisément dans la vallée de la Somme,
par ses valeurs, son caractère, sa façon de faire, c'est toute
la Picardie qu'il incarne magistralement.


Le "grand faiseux"
Tout dans son comportement professionnel et son amour du "faire" illustre le pertinent
dicton picard "petits diseux, grands faiseux".
Travailleur "acharné", l'épithète est de lui, sa liberté artistique a été conquise grâce à plus
d'un demi-siècle d'assiduité, de régularité et de concentration. Il évoque souvent l'extrême
attention indispensable pour être présent aux "rencontres", aux "surprises" possibles, qui
deviendront la création.
ème
Avec une généalogie si profondément picarde qu'elle remonterait jusqu'au XIII siècle
dans le Ponthieu, et une enfance dans un "climat" ouvrier, il a hérité à la fois d'une âme
terrienne et d'un "tempérament artisanal": le besoin de nature d'un "paysan très près de
ses racines, l'amour de la belle ouvrage d'un artisan "orgueilleux", parfois même aux
dépens de l'artiste. Il est d'ailleurs aussi respectueux des savoir-faire, que vigilant à se
libérer du "métier". Sans rien renier de l'héritage de valeurs, bien au contraire, il a
transmuté sa lignée d'ouvriers-artisans en un destin d'artiste, en passe aujourd'hui de
devenir une dynastie à travers sa descendance.
On retrouve la fécondité picarde dans la profusion de son œuvre, particulièrement
abondante. C'est un prolixe mais aussi un chercheur fécond, en perpétuel
renouvellement, ce dont témoignent les variations et évolutions stylistiques tout au long
de sa carrière. Il estime que "la création n’est jamais finie", "toujours en devenir", ne crée
pas un langage pictural une fois pour toutes, mais explore de multiples écritures
(figuration classique, surréalisme, cubisme et fauvisme, non-figuration, etc.). Cette
diversité concerne aussi les formats, et les thèmes (art sacré, nature, histoire
contemporaine), dont la diversité reflète son "oscillation de balancier" "entre Dieu et la
5 Vie". En même temps, il creuse parfois son sillon avec l'opiniâtreté du paysan picard
travaillant sa glèbe, lorsqu'il réinvestit un thème ou l'approfondit par des séries, pour
"tendre à une émotion toujours plus vive", de variante en variante. Sa peinture elle-même
est foisonnement, par la densité de sa matière et de sa "charpente émerveillée" :
"enchevêtrement maîtrisé" de couleurs, de rythmes, de lignes et de formes qui débordent
de l'espace pictural. Artiste polyvalent, il aborde une très grande diversité de techniques
(peinture, dessin et travaux graphiques, -aquarelles, encres, lavis, pastels, crayons de
couleurs-, lithographie, vitrail, tapisserie, émaux, scénographie et costumes de théâtre,
etc.) avec une même exigence et du bonheur dans chacune d'elles, mais montrant des
affinités particulières avec l'art du vitrail auquel son amour de la lumière et ses peintures
"fruits d'une méditation et disposant à la méditation", le prédisposaient. En dépit de la
complexité apparente (grande variété d’inspiration, "ni linéarité sérielle, ni parenté
continue"), l'unité de l'œuvre cristallise précisément par sa singularité picturale (liberté
artistique d'oser tous azimuts, mais permanence de la "puissance d'ébranlement du
spectateur") et par la constante spirituelle (regard intérieur et "vision d’un monde où le
sacré et le profane s'harmonisent").


La "belle âme"
Si l'on respire plus amplement, si l'on se sent à ce point "agrandi", en regardant les
peintures d'Alfred Manessier, c'est sans doute parce que, au-delà de l'expression
artistique, elles transmettent aussi du sens. Il croit et cela se "voit". Il ne s'agit pas
seulement de foi, mais de conscience et d'éthique, ce sont des valeurs qui fondent sa
personnalité et font converger ses différentes facettes. L'humanisme porteur d'espérance,
l'exigence personnelle d'intégrité, la quête de liberté intérieure, se rejoignent dans un
même engagement chez l'homme, l'artiste et le Chrétien : "témoigner pour l'homme" avec
amour tout en restant fidèle à soi-même, est "la clé de sa vie et son œuvre". On reconnait
la "belle âme" de la Picardie.
Même s'il ne "représente" pas de personnages dans ses
peintures, l'humain est pourtant l'axe central et le cœur de
ses préoccupations. A commencer par la place de sa
famille. C'est un homme qui a été "préparé",
accompagné, entouré et "prolongé" en tant qu'artiste par
sa famille, et qui, en retour, a plusieurs fois interrompu sa
carrière de peintre pour prendre soin des siens. L'œuvre
de cet "amoureux" des autres résonne intérieurement du "chant profond de l'homme",
comme un écho aux dons reçus "qu'il considère comme ce qu'il y a de "plus précieux". Il
aime tisser des liens, et son œuvre est une caisse de résonance pour les "vérités
collectives" de l'aventure humaine, que ce soit par des filiations artistiques à travers les
siècles, comme réceptacle et miroir de la pensée et des émotions collectives, ou par la
"fraternité réelle" dans le travail réalisé en commun (vitrail, tapisserie, théâtre, etc.). Sa
peinture naît aussi d'échanges passionnés et silencieux : le dialogue d'amour, continuel et
attentif aux "appels", entre le peintre et sa toile, et le dialogue poétique entre le peintre et
le lieu dans lequel il travaille. Inscrit dans son époque, avec laquelle il n'a cessé de
s'entretenir, il s'affirme un peintre engagé, transformant en chant les cris de ses "saintes
colères", contre l'injustice, la violence et l'intolérance. Et c'est bien parce qu'elle intériorise
le spectacle du monde en même temps qu'elle exprime du mystère de l'homme et de la
vie, que son œuvre a une portée universelle et une dimension intemporelle.
ème
Dans cette terre de spiritualité où, du Moyen Age à la fin du XVII siècle, les confréries
des cathédrales commandaient chaque année des "puys", œuvres d'art et de dévotion
destinées à embellir les sanctuaires, Alfred Manessier, lui, ne croit pas en "la peinture
religieuse". Et loin des débats entre spécialistes, pour savoir s'il est un "abstrait mystique"
ou un "abstrait lyrique", depuis la révélation reçue à la Trappe de Soligny en 1943, lui se
dit "peintre, et par ailleurs croyant". Sa ferveur s'harmonise avec un monde intérieur aux
profondes résonances méditatives. Mais pour "l'optimiste tragique" qu'il est, habité par un
6 sentiment religieux profondément enraciné à la vie, peindre est un acte d’amour et
d’espérance, "seule façon de ne pas tomber dans le désespoir absolu". Peintre des
Alléluia, dont la foi se confond avec une joie profonde et dont la peinture, "dans la divine
connivence" est "une voix qui appelle à vivre, à aimer, à s’émerveiller".
Peintre du sacré, peintre engagé, mais cherchant avant tout, sa "vérité de peintre", dans
un continuel dépassement de soi, Alfred Manessier s'appuie sur la "fidélité à soi-même
pour ne pas trahir les autres". On ne peut s'empêcher de penser à la "Fidelissima
Picardorum Natio" (nom donné à la Picardie par Louis XI pour lui rendre hommage)
surtout lorsqu'il est aussi question de mémoire, dans cette région qui assume avec tant de
dignité sa mission de "sentinelle du souvenir". Car la fidélité au "soi-profond" convoque au
cœur du processus créatif, la mémoire, ses résurgences involontaires et/ou le temps
délibérément retrouvé de la "tendre-enfance" et de sa sensibilité "virginale". Quête
ascétique de "l'essence du spectacle initial" et de l'authenticité, qui refuse l'anecdotique et
le détail, autant que "l'effet", le "métier", l'artifice, autant dire toute facilité. C'est à ce prix
qu'apparaît dans l'œuvre, pour qui sait "regarder", la présence "bouleversante" du peintre,
dans un "langage à la vérité strictement picturale : couleur et lumière". Don sans réserve
et sans concessions d'un artiste généreux qui "n'a pas peur de se perdre tout en se livrant
avec transport" et d'une peinture débarrassée de tout préjugé et tout "souci d'une œuvre
à faire". Avec Alfred Manessier, l'expression plastique s'est élevée à "une dignité peu
commune", reflet de l'intégrité totale d'un artiste scrupuleux, "sans tricherie sans
complaisance", d'une "exigence éthique que rien ne pourrait faire céder" et "qui pourrait
mourir pour sa peinture". La preuve absolue de cette sincérité est sa capacité à "repartir
de zéro" (encore un parallèle avec la Picardie et son histoire), s'imposant à chaque
création, "l'oubli complet" des acquis du métier pour préserver la spontanéité et une
certaine pureté du regard.


Le géant modeste
L'un des traits les plus picards d'Alfred Manessier est probablement son tempérament et
son fonctionnement de "cathédrale souterraine". On peut difficilement imaginer un ego
plus discret. Alors qu'il est unanimement reconnu comme un des grands créateurs du
ème
XX siècle, "maître" célèbre et célébré dans le monde entier de son vivant, il reste d'une
simplicité et d'une modestie confondantes, se recommandant à lui-même l'humour pour
ne pas se prendre au sérieux. Réservé et secret, les mots lui manquent et il s'empêtre
quand il s'agit de parler de lui. Artiste qui s'avoue pétri d'interrogations et d'incertitudes, il
se juge sans "aucun discernement" sur son propre travail, et veut "s'effacer devant ses
toiles" (l'ambiguïté de l'expression rappelle la fierté bien réelle mais inhibée de la
Picardie…) !
Humilité des moyens souvent aussi, quand il utilise des supports réputés modestes
comme l'aquarelle (dont ses premiers paysages significatifs de la baie de Somme réalisés
de mémoire dans les années 1942-1943), parfois dans de très petits formats, comme la
soixantaine d'aquarelles des galets collectés sur la plage du Crotoy en 1977.
Incroyable modestie enfin, de celui qui met son art de la transposition (épure de
l'anecdote à l'essentiel, du réel à l'essence, du visible à l'invisible), non sur le compte d'un
talent, mais d'un processus qui se fait "malgré lui", "à son insu", à la condition qu'il
s'abandonne. À "l'inconnu" de la création, en acceptant la confrontation, "tout seul", dans
l'atelier, avec sa peinture et cette "force naturelle" de l'œuvre qui s'impose d'elle-même ;
au "miracle du non vouloir", qui seul permet d'entendre "l'appel de la toile" : pour Alfred
Manessier, "on se rend à son inspiration, on ne la commande pas", et "dans la peinture,
on est comme on est et non comme on voudrait être", ce n'est donc "ni une démarche
intellectuelle ni une affaire de volonté". Il faut aussi s'en remettre au temps long et au
"travail intérieur" de la décantation: étape invisible, inconsciente et indispensable qui
laisse le temps "choisir" à sa place ce qui est essentiel dans l'émotion initiale. Patience
encore, vis-à-vis de lui-même dans la conquête d'une "liberté picturale très personnelle"
7 car c'est un artiste au "rythme d'évolution extrêmement lent", qui s'est senti libéré de sa
timidité de peintre à la soixantaine.
Comme tous les grands timides, il est d'une audace folle. Son parcours d'artiste s'inscrit
dès le début dans des mouvements novateurs, il réussit les synthèses les plus
périlleuses, notamment celle du cubisme et du fauvisme. Rapidement affranchi de tout
courant, souvent pionnier, au mépris du scandale parfois occasionné (comme lorsqu'il
introduit les premiers vitraux abstraits dans un bâtiment religieux), sans relâche il
cherche, découvre et ose de nouvelles "solutions" et perspectives picturales. Après sa
conversion, se heurtant à l'impossibilité de représenter le sacré, avec le "génie tout
1
ensemble réaliste et poétique" du peuple picard, il concrétise une utopie : la "fusion de la
réalité extérieure et de l'expérience intérieure", par une non-figuration qui "s'épaule" au
réel (à l'origine, une expérience vécue -sensorielle, émotionnelle et/ou spirituelle -,
transposée du souvenir jusqu'à l'essentiel, qui s'exprime alors par un langage plastique
singulier, "par la peinture elle-même et non par l'image").


Le poète de l'immense
Marqué depuis l'enfance par la "miraculeuse effusion du
ciel et de la terre" dans la baie de Somme, allégorie
paysagère des échanges "amoureux" harmonieux, Alfred
Manessier est devenu ce sourcier des résonances et des
correspondances, dont la couleur-lumière, les rythmes et
la musicalité de sa langue picturale créent des passages,
des "voyages" entre monde intérieur et extérieur. C'est la
définition même du poète, celui qui rend visible l'invisible, et "provoque le court-circuit
2
émotionnel qui naît du saisissement de l’homme par la beauté." Ainsi, bien plus
intimement, bien plus subtilement que s'il l'avait "figurée", le peintre par ses "équivalences
colorées" et "l'émotion profonde" qui est le fil conducteur de son œuvre, se fait autant
déchiffreur que révélateur de l'imaginaire picard, nous livrant, en plus de sa beauté, sa
part cachée, l'envers, l'en-dedans et même l'au-delà de ses paysages.
Dans la région comme dans l'œuvre, terrienne, céleste, aquatique ou marine, la nature
est souveraine, l'artiste sait se mettre à l'écoute et à l'unisson des pulsations et des forces
cosmiques, tel un chaman, un passeur de sacré, le "seul grand peintre de l'art chrétien de
notre temps", fusionne panthéisme universel et message pascal dans l'allégresse de la
vie-renaissance. Pour exprimer "ce qui - par essence - est l'incomparable", l'œuvre prend
la forme d'une méditation métaphysique, comme si elle avait intériorisé l'inspiration
mystique de la Picardie. Avec l'émerveillement de l'enfant devant l'immensité "ivre des
reflets lumineux", "qui semble se redresser devant lui à mesure qu'il avance", le peintre
transpose la sensation de vertige en rêve d'infini, du grain de sable à l'apesanteur des
cathédrales, il laisse passer le souffle dans l'espace de ses toiles, "élargissant" à son tour
le spectateur, envahi d'un rare sentiment d'amplitude.
Son œil "formé" et définitivement émerveillé dans ce pays où "sans cesse intervient" une
lumière "peut-être pas tout à fait de cette terre", Alfred Manessier, n'a cessé à son tour
d'apprivoiser sa transcendance, d'en déployer les moindres variations et nuances, de
l'aube au crépuscule, et jusque dans la nuit, "leçon de ténèbres" qui aide à dépasser le
mystère : lumière picturale qui pénètre le spectateur, transfigure la matière, fait vibrer la
couleur, tant elle rayonne aussi de lumière intérieure. Voilà le secret du "Magnificat
chatoyant" de cet enchanteur de couleurs, "l'un des plus grands coloristes français": "on
se réconcilie dans la chaleur de ses couleurs" et on médite "dans le recueillement
chromatique harmonieux" de ses nuances, "la luminosité impressionniste combinée à la
fougue fauve ; la puissance complétant la subtilité".

1 André Chassignon, avant-propos de Contes et légendes de Picard
2 Léopold Sédar Senghor, L’art de Manessier, in Ethiopiques, n°8, octobre 1976

8 Sensible à la qualité des silences habités, là où se rejoignent sentiments d'éternité et
d'intériorité, "grands paysages" devant lesquels on se sent mortel, atmosphère onirique
des brumes sur un marais, l'artiste leur donne un écho pictural. Ses œuvres, "enfants d'un
silence très sublimé", sont à leur tour un "rendez-vous pour faire silence et couleur en
même temps", la seule façon d'entendre l'indicible. Mais ces créations visuelles
s'écoutent aussi, "augmentant" même la musique dans les lieux sacrés par les Jubilate
Exultate qui s'élèvent des ensembles de vitraux. Le peintre pense en musicien ses
couleurs, notes ou silences, "forte" ou "pianissimo", selon qu'il compose un "Requiem
pour novembre 1956", ou esquisse un poème musical pour suggérer les vibrations du
Scardon à Thuison. Fascination très mélomane aussi pour l'eau, qu'elle soit vive ou
dormante, "entendue" dans la toile et le verre comme un duo harmonique typiquement
3
picard, "l'eau comme une lumière, la lumière comme une eau"* , qui réverbère les flux et
reflux intérieurs du peintre et rappelle que la polyphonie vocale a été "inventée" en
Picardie par Josquin Desprez.
Chasseur d'insaisissable depuis qu'il a "ouvert les yeux" sur la baie, paradigme d'un
monde mouvant et imprévisible, en permanente métamorphose, où tout (eaux, ciels,
sables, terres, horizons) se fond et se confond dans une lumière "évanouie dès que
saisie", Alfred Manessier a relevé le défi de la représentation non-figurative du fluctuant,
de l'impalpable, avec la même persévérance, presque obsessionnelle, que les plus
grands peintres "sur le motif" (cf. son Hommage à Monet). S'il nous bouleverse à ce point,
c'est parce que son "apparaître sensible" ne décrit pas, il nous renvoie à notre propre
intériorité, son témoignage est celui d'un "radiologue de l'âme", avec un don rare pour
déchiffrer la lumière et traduire en couleurs "les mystères de la vie". Et le "caractère
poétique très particulier, interrogatif, mystérieux" de son œuvre, qui harmonise profane et
sacré, visible et invisible, "force de méditation" et "transmutation de la vie extérieure", est
comme un miroir, qu'il tend à la peinture elle-même et à son "monde absolument
mystérieux" dans lequel on pénètre "seulement avec les yeux du cœur".


3Jacques Darras, La Résurrection de l'eau, entretien avec Alfred Manessier, in La Picardie : Verdeur dans l'âme, Collection Autrement

9



Programme



« 2011-2013, Les années Manessier en Picardie » est un évènement
qui réunit les énergies de nombreux partenaires, en Picardie et au-
delà.


Vous trouverez dans ce dossier les principales initiatives, à découvrir
dans les mois à venir. Ce programme, non-exhaustif, s’enrichira au fil
du temps.





Pour vous tenir informés de l’actualité de « 2011-2013, Les années Manessier en
Picardie », rendez-vous sur http://manessier.picardie.fr



















Contact presse : presse@cr-picardie.fr
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