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  • cours - matière potentielle : la formation spécifique
  • cours - matière potentielle : calcul intégral6
  • cours - matière potentielle : la formation générale
  • cours - matière potentielle : sciences
  • cours - matière potentielle : des disciplines expérimentales
1 A C F A S 2 0 1 1 Colloque Une autre science est possible : science collaborative, science ouverte, science engagée, contre la marchandisation du savoir Communication Éduquer les jeunes à une autre science Philippe ETCHECOPAR, Initiatives Sciences Citoyennes, Cégep de Rimouski Cette communication présentera une expérience d'enseignement collégial en mathématiques axée sur l'environnement et l'intégration d'éléments d'éducation aux sciences citoyennes 1) connaître et comprendre: suivre l'actualité et gérer l'information; la trouver, l'évaluer, la conserver, l'utiliser, la diffuser; établir les liens entre les mathématiques, les phénomènes scientifiques et la société; évaluer l'impact des TIC
  • objectifs généraux du programme de sciences de la nature
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A C F A S 2 0 1 1

Colloque
Une autre science est possible : science collaborative, science ouverte,
science engagée, contre la marchandisation du savoir

Communication
Éduquer les jeunes à une autre science

Philippe ETCHECOPAR, Initiatives Sciences Citoyennes, Cégep de
Rimouski

Cette communication présentera une expérience d'enseignement collégial en
mathématiques axée sur l’environnement et l'intégration d’éléments
d’éducation aux sciences citoyennes
1) connaître et comprendre: suivre l’actualité et gérer l’information; la
trouver, l’évaluer, la conserver, l’utiliser, la diffuser; établir les liens entre les
mathématiques, les phénomènes scientifiques et la société; évaluer l’impact
des TIC et de la mondialisation sur la société et ses valeurs.
2) Se situer: Développer un esprit critique, une pensée autonome dans un
monde soumis à de nombreuses contraintes et niveaux d’autorité; innover et
imaginer des solutions nouvelles et indépendantes des idées dominantes;
pouvoir faire des choix raisonnés et argumenter sur des enjeux scientifiques et
éthiques complexes et controversés (environnement, santé, répartition des
ressources, etc.)
3) Communiquer et intervenir: utiliser les TICs (web 2), la collaboration, la
micro démocratie et intervenir publiquement sur des enjeux de société,
scientifiques et éthiques. Participer à des activités citoyennes par des blogues,
réseaux, associations etc.

1 É d u c a t i o n a u x s c i e n c e s c i t o y e n n e s

Une autre cause du retour à la sauvagerie a été le décalage croissant entre les
progrès de la science et de la technologie et l’absence de progrès comparable dans
le domaine éthique.
Thérèse Delpech
L’ensauvagement, Grasset p 54

1 L ’ é d u c a t i o n à l a c i t o y e n n e t é
1 1 De quelques objectifs
Dire que les sciences et les technologies se développent à un rythme accéléré est
une évidence. Dans la mesure où la puissance des processeurs électroniques peut
servir d’étalon, la loi de More indique que cette puissance double tous les 18 mois.
Dire ensuite que les retombées et les enjeux de ce développement accéléré sont de
plus en plus importants pour la société, est également une évidence. Mais on ne peut
dire qu’en même temps il y ait eu une progression sur le plan éthique, nous
pourrions plutôt parler de régression!
Un des problèmes que pose cette croissance accélérée est le fossé qui se creuse sans
cesse entre le monde des sciences de plus en plus complexe et l’ensemble des
citoyens. En démocratie ce sont les citoyens qui doivent décider. Mais comment
peuvent-ils se prononcer librement sur des questions complexes, et qui vont les
concerner directement, alors qu’ils font face à des spécialistes et à des lobbies
économiques, scientifiques et politiques qui influencent fortement les médias?
Le thème de ce colloque, « faire les sciences autrement », est donc un thème
d’actualité, un thème important. Faire des sciences autrement demande, entre autre,
aux scientifiques de prendre en compte les enjeux sociaux, éthiques et politiques de
leurs travaux. En démocratie, ils ont également une redevabilité envers les citoyens
et pas seulement envers leur employeur.
Le réseau de l’éducation a lui aussi une responsabilité, celle d’éduquer les futurs
scientifiques à ces façons de faire « les sciences autrement ».
Notre intention est de proposer quelques éléments de cette « éducation aux sciences
citoyennes » et de voir comment ces éléments peuvent faire suite à ce qui est fait au
secondaire en terme d’ « éducation à la citoyenneté ». Nous rapporterons enfin une
première expérience menée en mathématiques dans le programme de Sciences de la
nature au Cégep de Rimouski.
2 Cette expérience en mathématiques s’est déroulée dans le cadre du groupe de
1recherche du Cégep de Rimouski, Initiatives Sciences Citoyennes . Ce groupe a été
fondé par des professeurs de différentes disciplines au Cégep de Rimouski en 2008.
Son objectif est d’encourager la recherche sur le rôle et la place des sciences dans la
société et dans l’enseignement et d’y associer les citoyens.
1 2 Du contexte
Deux éléments majeurs nous semblent ressortir du contexte actuel sur les rapports
entre les sciences et la société. Il y a d’abord une prise de conscience sur le fait que
le rôle de l’école ne peut se limiter à l’acquisition de connaissances ou à la maitrise
de « savoir faire », mais doit aussi éduquer à « vivre ensemble ». Le second
élément, c’est le bouleversement qu’apporte le développement exponentiel des
sciences et des technologies dans toutes les sphères de la société et dans tous les
aspects de la vie
1 2.1 L’éducation à la citoyenneté au secondaire
Plusieurs traits caractérisent le développement des sociétés occidentales. On
pense au grand brassage culturel et ethnique favorisé par le développement
des communications, à la montée de l’individualisme et des inégalités, au
recul de l’état, au recul de la famille traditionnelle, à la multiplication des
sous cultures chez les jeunes, à l’augmentation de la précarité, à un mode de
consommation exacerbé par la publicité, etc. L’Unesco (rapport Delors 1996)
indique que les systèmes éducatifs doivent désormais insister sur les
dimensions sociales et politiques. En ce sens le rapport recommande d’ajouter
un objectif aux politiques éducatives : « apprendre à vivre ensemble ». Le
gouvernement du Québec a initié une réforme en éducation suite aux États
Généraux de 1996. Selon France Jutras : « Lorsqu’on examine les trois
missions de l’école proposées, instruire-socialiser-qualifier, on peut
remarquer qu’elles concordent avec les orientations de l’Unesco (….) Le but
est d’outiller chacun pour son insertion sociale en tant que travailleur et
citoyen ». Pierre Leduc, rapporte que dans « l’éducation à la citoyenneté »,
une des valeurs devant être partagée par tous c’est l’adhésion à la démocratie
2comme projet . « L’éducation à la citoyenneté apparaît ainsi comme une
3mesure privilégiée pour s’engager dans cette visée et intervenir en ce sens » .
Cette intégration de « l’éducation à la citoyenneté » se fait sous deux formes.
La première forme est qu’elle devient une composante du programme
d’histoire. La deuxième forme d’intégration est que le « vivre ensemble et
citoyenneté » devient l’un des cinq domaines généraux de formation.

1 http://www2.cegep-rimouski.qc.ca/isc/
2
Éducation à la citoyenneté p 158
3
Éducation à la citoyenneté p 5
3 1 2 2 Sciences et société, de quelques enjeux actuels
Le développement accéléré des sciences et des technologies
Le développement des sciences et des technologies se déroule à un rythme
exponentiel. Comme nous l’avons vu, un indice connu de cette constante
accélération est la loi de Moore. Cette loi, exprimée en 1965 dans
« Electronics Magazine » par Gordon Moore, indique que la puissance des
ordinateurs double tous les dix huit mois. Cette loi empirique s’est vérifiée
chaque année. Les connaissances se sont développées et diffusées à travers la
planète, elles aussi, à un rythme exponentiel. Rien d’étonnant si on pense, par
exemple, que 95% des mathématiciens ayant vécu depuis l’origine des
mathématiques sont actuellement vivants. Ces changements accélérés se
produisent dans tous les domaines : santé, génie, communications, énergie,
etc. Ils bouleversent de plus en plus les modes de vie.
Des retombées toujours plus importantes
Ces progrès scientifiques ont aussi des retombées de plus en plus importantes
sur la société. On pense ces temps-ci aux conséquences d’un accident dans
une centrale nucléaire. On peut penser, plus largement, aux modifications de
toutes sortes que l’activité humaine et la croissance démographique font subir
à notre écosystème avec toutes les conséquences que cela entraîne, elles aussi
exponentielles : changements climatiques, dilapidation de ressources,
problèmes environnementaux. Le progrès des sciences permet des
modifications génétiques sur les plantes, les animaux et les hommes, mais
avec quelles conséquences ? Les sciences deviennent de plus en plus
complexes, leur évolution de plus en plus rapide et les risques de dérapage se
multiplient. Le principe de précaution devrait s’imposer de plus en plus
souvent.

Sciences et citoyens, un fossé qui s’élargit
Le citoyen n’a guère de prise sur ce développement technologique ni sur les
politiques scientifiques même s’il en subit les conséquences. Sous prétexte de
complexité, les choix ne sont pratiquement jamais présentés directement aux
citoyens mais sont filtrés par des élus ou par une élite, soumise à toutes sortes
de pressions économiques et politiques par des lobbies de plus en plus
puissants. Plus souvent qu’autrement, l’information est orientée par ces
lobbies. Et cela dans un cadre de plus en plus international.

Mondialisation et développement des communications
Le développement accéléré des sciences s’est accompagné d’une
mondialisation à un rythme lui aussi accéléré. Le développement des
communications, par Internet notamment, a de profondes répercussions
sociales, politiques et culturelles. Le monde est devenu un village où le temps
et les distances se sont rétrécis. Les échanges d’un bout à l’autre de la planète
se font instantanément et en permanence, tout se fait en temps réel. Des
4 réseaux ignorant les frontières et les cultures se sont multipliés. D’immenses
banques d’informations sont devenues accessibles partout et en tout temps.
L’abondance de l’information et la possibilité de collaborer et d’échanger
sans tenir compte des distances ont bouleversé la culture, particulièrement
chez les jeunes et aussi les méthodes de travail, particulièrement en sciences.
Les universités et instituts de recherche se mettent en réseaux. Le travail en
sciences nécessite davantage de collaboration entre les disciplines et des
équipes se forment avec des chercheurs provenant des quatre coins de la
planète. Le web2 permet aux scientifiques de rejoindre le public par
l’intermédiaire des blogues où d’autres outils de communication sur Internet,
4le citoyen peut devenir acteur. Ces changements ne font que s’accélérer .
Mondialisation et lois du marché
La mondialisation c’est aussi, dans une perspective « libérale », le règne de la
loi du marché devant laquelle les États doivent s’incliner. Les grands enjeux
scientifiques, et leurs retombées, dépassent le cadre des nations et se posent à
l’échelle planétaire. L’industrie et les services se délocalisent s’installant là
où la main d’œuvre est la moins chère. La recherche demande des ressources
de plus en plus importantes financées par des regroupements d’États et gérées
par de grands conglomérats privés, l’industrie de l’atome en est une bonne
illustration. La logique du développement scientifique est celle du
développement économique, celle de la rentabilité à court terme définie par
les lois du marché. La recherche de profits à court terme est le crédo et la
« compétitivité » devient la loi d’airain des compagnies devant laquelle les
gouvernements s’effacent. La recherche de subventions amène une
compétition entre scientifiques, source de nombreux dérapages. Le capital
financier oblige des États à adopter des politiques allant contre les
représentants démocratiquement élus dans certains pays. La spéculation
l’emporte sur les besoins, on le constate par exemple dans les domaines de
l’énergie et de l’agriculture. En sciences, dans le secteur privé le
développement scientifique répond à des critères étroits de rentabilité que les
États ne contrôlent que de plus en plus difficilement. Dans le secteur public,
le développement scientifique devient de plus en plus commandité par le
privé aux dépens de la recherche fondamentale et, bien souvent, de la
recherche appliquée qui va à l’encontre de leurs intérêts. Le chercheur isolé
est devenu un mythe, la science se développe par des réseaux de chercheurs et
nécessite des budgets de plus en plus importants, c’est la « Big Science ».
La démocratie en question
Dans ce contexte où les états s’effacent sous le règne de la loi du marché, où
les règles leur sont imposées par des conglomérats financiers et politiques
internationaux, les centres du pouvoir s’éloignent de plus en plus du citoyen,
la démocratie est de plus en plus formelle. La complexité croissante des
sciences, le poids de l’information dominante et l’idéologie libérale
marginalisent le citoyen et vident la démocratie de son sens.

4
Quelle communication pour quel changement, sous la direction de C Agbobil, PUQ p 100
5 Au Québec l’énergie est un bon exemple où les élites économiques, politiques
et scientifiques ont fait des choix qui engagent la population sans qu’elle soit
consultée et qui, parfois, se révolte et demande des comptes. L’affaire des gaz
de schistes est un exemple récent de victoire citoyenne. Mais la partie ne fait
que commencer

1 3 Pour une formation aux sciences citoyennes
Pour une autre science
Dans ce contexte, il devient important de s’interroger sur ce que devrait être
« une autre science ». Elle devrait d’abord tenir compte davantage des
attentes des populations et apporter des solutions aux problèmes qui menacent
aussi leurs besoins et l’avenir de la planète. Le développement des
connaissances et la recherche de solutions aux problèmes de la société
devraient être les objectifs de la recherche publique et non l’appui à un
développement soumis au critère de la rentabilité. La recherche privée devrait
être encadrée pour tenir compte des retombées négatives possibles. Privé ou
public, le développement des sciences devrait répondre à des normes éthiques
et sociales élevées. Il devrait surtout être transparent et être intégré au
fonctionnement démocratique de nos sociétés, États, organisations
internationales, réseaux, etc. Cela suppose aussi une évolution des mentalités
en sciences. Compétition et recherche de résultats devraient laisser une place
à la responsabilité et à la redevabilité envers les citoyens. Le développement
de liens entre les sciences et les citoyens devrait devenir une priorité, le
progrès des technologies de la communication rendant ces liens plus simples
et plus efficaces (web 2, réseaux, etc).
Pour une éducation à une autre science
L’orientation vers une autre science suppose une évolution des mentalités,
tant chez les scientifiques que chez les citoyens. Il s’agit de commencer à
combler le fossé qui s’est creusé, et qui s’élargit, entre ceux qui font la
science et ceux qui la subissent alors qu’ils devraient en profiter
L’école a un rôle majeur à jouer dans cette évolution des mentalités,
particulièrement auprès des étudiants qui se destinent à des études puis à des
carrières scientifiques, ils doivent être éduqués à pratiquer « une autre
science ».
L’école a également un rôle à jouer pour les jeunes qui ne vont pas en
sciences, celui de les éduquer à jouer pleinement leur rôle de citoyens
autonomes dans un monde technologique.
Déjà, au secondaire la nécessité d’une éducation à la citoyenneté est reconnue
depuis longtemps. Elle est prise en charge par la discipline Histoire et
s’articule autour des concepts de démocratie et de « vivre ensemble ». Son
cadre est en général celui de la nation.
Dans le contexte actuel sur le rôle des sciences dans la société, il est
nécessaire que cette éducation à la citoyenneté soit reprise au niveau collégial
autour du concept de la démocratie dans une société technologique. Si le
6 cadre de l’éducation à la citoyenneté au secondaire est plutôt défini autour de
la nation, une éducation aux sciences citoyennes au collégial et à l’université
sera davantage définie dans un cadre international, la science et ses retombées
ne connaissant pas les frontières. Une éducation aux sciences citoyennes nous
semble indispensable pour préparer les jeunes à « une autre science ». Il s’agit
de commencer à établir des pomts entre les sciences et les citoyens.
Nous limiterons notre propos autour de ce que pourrait être une initiation aux
sciences citoyennes dans le programme de Sciences de la nature, qui fut le
cadre de l’expérience menée au Cégep de Rimouski en 2009-2010.
Déjà, parmi les douze buts généraux du nouveau programme de Sciences de
5la nature , plusieurs ouvrent la voie à une éducation aux sciences citoyennes,
plus particulièrement les buts généraux suivants :

1. •établir des liens entre la science, la technologie et l’évolution de la
société;
2. • définir son système de valeurs;
3. • apprendre de façon autonome;
4. • communiquer de façon claire et précise;
5. • travailler en équipe;
Comme il s’agit de buts généraux qui doivent se retrouver en grande partie
dans chacun des cours de sciences, l’éducation aux sciences citoyennes
devrait aussi être assurée par chacune des disciplines selon leurs propres
particularités.
2 É l é m e n t s d ’ é d u c a t i o n c i t o y e n n e
Depuis 1995, dans le cadre d’une expérience, le programme de Sciences de la
nature avait été renouvelé avec comme objectif principal le rapprochement de
l’enseignement des sciences des sciences telles qu’elles se pratiquent dans notre
société. C’est ainsi, qu’entre autre, l’utilisation des TICs, une approche
multidisciplinaire, le travail d’équipe, un volet de culture scientifique, etc, ont été
introduits dans les cours. Cette expérience a été grandement appréciée par les élèves
et a été reprise dans le nouveau programme de Sciences de la nature. Plus tard, en
2007, des enseignants de mathématiques ont décidé d’introduire l’environnement
6comme fil conducteur du cours de Calcul intégral . Il s’agissait d’actualiser
l’enseignement des mathématiques et de montrer leur rôle, via les modèles
mathématiques, dans un domaine important et actuel : l’environnement. Là aussi
l’expérience a été appréciée par les élèves, particulièrement par ceux qui se
destinaient à des études en santé ou en biologie, et qui, jusqu’alors, ne voyaient pas
l’utilité des mathématiques en général et du calcul intégral en particulier dans leurs
domaines.

5

http://www.mels.gouv.qc.ca/sections/publications/publications/Ens_Sup/Affaires_universitaires_collegiales
/Ens_collegial/200.B0_Sciences_de_la_nature.pdf
6
http://www.cegep-rimouski.qc.ca/dep/maths/?page_id=261
7 Suite à l’évaluation très positive de cette expérience, des professeurs
(mathématiques, biologie, informatique, philosophie) et des conseillers
pédagogiques membres de l’ISC, en accord avec les raisons qui les avaient amenés
à fonder l’ISC, ont d’abord tenté de définir ce que pourraient être des éléments de
base d’une éducation aux sciences citoyennes. Les bases proposées ci-dessous,
résultant des discussions au sein de l’ISC, ne sont que des hypothèses qui
mériteraient d’être validées.
De façon générale, les éléments de base d’une formation citoyenne ne sont pas des
ajouts au programme ou aux cours. En s’appuyant sur les objectifs généraux du
programme de Sciences de la nature, il s’agit plutôt de mettre en perspective des
connaissances et compétences déjà prévues. Cette mise en perspective consiste
surtout à établir des liens entre compétences et connaissances d’une part et le rôle
des sciences dans la société d’autre part. Cette mise en perspective doit être
dynamique, interactive et amener les élèves à devenir acteurs plutôt que de rester
simples spectateurs. Les éléments de base d’une éducation aux sciences citoyennes
peuvent alors relever de trois thèmes principaux recoupant certains des douze
objectifs généraux du programme de Sciences de la nature. Ces thèmes généraux
recoupent la gestion de l’information, la construction de valeurs et la gestion des
communications.
2 1 L’information : connaître et comprendre
Un des premiers devoirs du citoyen, c’est de s’informer. Un élève doit donc
suivre l’actualité et faire des liens entre celle-ci et les connaissances acquises
7en sciences, car « expliquer (ou juger) un fait c'est l’unir à un autre » . La
compréhension passe par la reconnaissance des liens entre les phénomènes
scientifiques et sociaux, particulièrement s’ils sont complexes. Aujourd’hui le
web offre de nombreux moyens de suivre l’actualité sociale et scientifique,
8comme des sites de sciences et ceux de nombreux médias ou organismes.
Avec le web, l’information est devenue surabondante et sa gestion doit
devenir un élément important de formation. Il s’agit de pouvoir trouver
l’information la plus pertinente, l’évaluer, la classer, la conserver, l’utiliser, la
diffuser. Il est nécessaire de préparer les élèves à cette gestion de
l’information dès le Cégep, ce qui correspond d’ailleurs à plusieurs objectifs
généraux de Sciences de la nature comme :
• •utiliser des technologies appropriées de traitement de l’information;
• apprendre de façon autonome;
• établir des liens entre la science, la technologie et l’évolution de la
société;
• adopter des attitudes utiles au travail scientifique;
• définir son système de valeurs


7
Tlon uqbar orbis tertius Jorge Luis Borgès in Fictions Folio p 43
8
Par exemple http://www.futura-sciences.com/
8 Aujourd’hui les bases de données, revues scientifiques, travaux de toutes
sortes se sont multipliées et sont devenues accessibles en tout temps. La
gestion de cette information et du temps, est devenue essentielle en sciences.

2.2 Les valeurs : se situer et l’autonomie de pensée
Un des douze buts généraux du programme de Sciences de la nature est de
« développer son système de valeurs », ce qui est précisé par le Ministère de
la façon suivante :

L’étudiant ou l’étudiante en sciences de la nature doit être amené à définir
son système de valeurs. Ce cheminement devrait déboucher, pour l’étudiant
ou l’étudiante, sur le choix de ses propres valeurs en tant que scientifique.
À cette fin, l’étudiant ou l’étudiante doit :
• reconnaître et choisir ses valeurs personnelles;
• se référer à des considérations éthiques et à son système de valeurs
dans sa prise de décision et le choix de ses comportements.

Les cours de la formation générale tout autant que les cours de la
formation spécifique, et peut-être particulièrement les cours des disciplines
expérimentales où l’on pourrait aborder, par exemple, des questions liées à
la pollution, à l’environnement ou aux biotechnologies, peuvent fournir à
l’étudiant ou à l’étudiante les connaissances et habiletés sur lesquelles
appuyer ses prises de positions personnelles.

Le développement d’une pensée autonome demande auparavant le
développement d’un bon esprit critique. Le scientifique, comme le citoyen,
fait face quotidiennement à de multiples niveaux d’autorité et il faut pouvoir
évaluer le degré de jugement de valeur inclus dans des discours tenus à ces
différents niveaux. Il est nécessaire d’évaluer le champ et les compétences de
chacun de ces niveaux d’autorité et de pouvoir s’affranchir des opinions
abusives. Cela est particulièrement difficile en sciences sur des sujets
complexes où des jugements de valeur sont parfois présentés par des
spécialistes et par des décideurs (possiblement plus encore) comme des
vérités scientifiques. Il est alors nécessaire de rechercher d’autres points de
vue, confronter les compétences et opinions des sources, etc. Le travail
collaboratif permet de développer une vision plus « horizontale » du travail
en sciences par rapport à la vision traditionnelle, plus « hiérarchique ».
Les principales valeurs d’une éducation à la citoyenneté développées au
secondaire, comme la démocratie, la responsabilité, la collaboration, doivent
être reprises dans une optique de sciences citoyennes. Une importance doit
aussi être accordée à l’aspect éthique des sciences. Sur Internet de
9nombreuses ressources se développent autour de ce thème .
Posséder un système de valeurs et des principes éthiques permet de faire des
choix raisonnés et d’argumenter sur des enjeux scientifiques complexes et

9
http://www.commissionrecherche.com/
9 controversés aux niveaux scientifique, social et éthique. Cela est
particulièrement vrai pour des thèmes comme l’environnement, la santé, la
répartition des ressources, etc.
2.3 La communication : communiquer et intervenir
Dans le cadre d’une éducation aux sciences citoyennes, la communication est
essentielle. Pour le scientifique les outils de communication comme le web 2
permettent d’échanger et de collaborer. Ils lui permettent aussi, par exemple
par des blogues, de rendre accessibles au public les enjeux auxquels il fait
face dans son travail et d’échanger avec ce public, mais aussi de faire de la
promotion pour sa discipline ou ses recherches.
Il est alors nécessaire que les étudiants reçoivent une formation leur
permettant de gérer la communication sur le web 2, comme la création et la
tenue de blogues, la participation à des forums, à des réseaux, etc. Ce type de
communication, une forme de « micro démocratie », demande aussi des
compétences pour échanger, collaborer, travailler en équipe, etc. La prise de
parole publique, celle qui raisonne et argumente, est à la base de la
démocratie. Une formation au type de communication propre au web est
également importante ainsi qu’une formation à la vulgarisation scientifique.
Si cette « culture de communication » peut sembler nouvelle pour les
professeurs, elle est intégrée à la culture des jeunes, comme le montrent de
nombreuses enquêtes dont celle du CEFRIO, Centre francophone
10d'informatisation des organisations, « Génération C » .
Les interventions citoyennes doivent aussi se faire par le biais d’associations,
réseaux, collectifs, etc. Là aussi les étudiants doivent être préparés à ce genre
d’implication dans la collectivité.


10
http://generationc.cefrio.qc.ca/blog/
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