Homère (9e siècle av

Homère (9e siècle av

-

Documents
5 pages
Lire
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres

Description

  • mémoire
Homère (9e siècle av. JC) [Ingres, L'Apothéose d'Homère ou Homère déifié (1827)] INTRODUCTION Il n'est pas meilleur moyen pour introduire l'auteur de l'Iliade et de l'Odyssée que de se remettre sous les yeux l'Apothéose d'Homère. On y voit, devant un temple au fronton duquel est inscrit son nom, Homère, assis, triomphant, couronné de laurier par la déesse de la Victoire (en grec ancien Νίκη/Níkê), au milieu d'un groupe d'artistes : écrivains, poètes, musiciens, peintres, philosophes, se réclamant tous de la tradition homérique.
  • femme sicilienne du viie siècle av
  • combats collectifs
  • ville de troie
  • mélange de poésie exotique et de précision réaliste dans la description des combats
  • xxe siècle
  • xxe siècles
  • histoire
  • histoires

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de visites sur la page 53
Langue Français
Signaler un problème
e Homère (9siècle av. JC)
[Ingres,L'Apothéose d'HomèreouHomère déifié(1827)]INTRODUCTIONIl n’est pas meilleur moyen pour introduire l’auteur del’Iliadeet del’Odyssée que de se remettre sous les yeuxl’Apothéose d’Homère. On y voit, devant un temple au fronton duquel est inscrit son nom, Homère, assis, triomphant, couronné de laurier par la déesse de la Victoire (en grec ancienΝίκη/Níkê), aumilieu d’un groupe d’artistes: écrivains, poètes, musiciens, peintres, philosophes, se réclamant tous de la tradition homérique. Le poète divinisé reçoit l'hommage des grands hommes de l'Antiquité et des artistes des Temps modernes, quarante-six figures au total. On reconnaît parmi eux quelques-uns des génies de «notre »panthéon : Shakespeare et Dante. Leur place, en bas du tableau (à gauche), marque leur infériorité, dans la hiérarchie classique, en regardd’autres figures, plus fidèles àHomère, telles que Eschyle, Pindare, Appelle, Phidias, Platon, Socrate, Raphaël ou Virgile. Ce tableau est intéressant à double titre. Premièrement parce qu’ilmontre que Homère est l’auteur del’Iliadeetl’Odyssée: ces deuxœuvressont effet désignées de manière allégoriquesous l’aspectde deux femmes assises, l’uneavec une épée, l’autreavec rame, rappelant ainsi quel’Iliadeest un poème de la guerre, et que l’Odysséeest un poème de la navigation. Deuxièmement, parce qu’il démontredans sa composition pyramidaleque tout découle de Homère, qu’il estLA source de tous les arts. Et, de fait, il n’est pas faux dedireque son œuvre constitue la cellule-souche del’histoire littéraire et artistiquede l’occident, depuis les originesjusqu’à la e e Révolution française, et même au-delà, puisque le XIXsiècle et le XXsiècle vont
continuer de s’abreuver à cette source:l’épopée d’Ulysse fournit –nous le verrons le canevas du roman éponyme de James Joyce (1924). Mais Pourquoi Homère constitue-t-il un tournant dans l’histoire culturelle occidentale? Parce que les héros qu’il met en scène, plus humains que divins, malgré leur condition intermédiaire de demi-dieux, sont confrontés à des situations affectives qui sont le lot de tout individu : amour maternel, amitié fraternelle, devoir filial, pulsions érotiques, angoisse de la mort, ivresse de la force, etc. Les histoires merveilleuses que raconte Homère fournissent des cadres de compréhension de l’humain, en même temps qu’elles portent au plus haut les pouvoirs du verbe. Car ces grandstextes, qu’onconsidère à tort comme des romansau prétexte qu’ils racontent une histoire, celle d’Achille et celle d’Ulysse –sont en réalité des poèmes grandioses en vers, qu’il faut lire à haute voix pour en apprécier l envoûtante musique.
[Homère, Portrait d'Homère (Rome, copie romaine d'après un original grec créé vers 150 avant J.-C.)] I. VIE DE HOMERE La vie d'Homère nous échappe presque totalement. Sept villes se disputent l'honneur de lui avoir donné le jour. On suppose qu’ilionien (né à Smyrne), est vécut à Chio et mourut à Ios, l'une des îles des Cyclades. À quelle époque a-t-il vécu ?« Homèren'a vécu que quatre cents ans avant moi», écrit Hérodote (Histoires, II, 53), c'est-à-dire vers 850 avant JC, date dont rien n'infirme l'exactitude. En fait, il est difficile d'établir avec certitude si Homère est un individu historique ou une identité construite. Une thèse récente, formulée par des auteurs anglo-saxons, postule quel'Odysséeété écrite par une femme sicilienne du aurait e VII siècleav. J.-C. (et dont le personnage de Nausicaa serait une sorte d'autoportrait). On a donc pu parler de l'« invention» d'Homère. (Pour Martin L. e West, le personnage a été inventé par les érudits athéniens du VIsiècle av. J.-C.)
On suppose qu’Homère fut un aède. Un aède (en grec ancienáidôveut dire « chanter »)est, en Grèce antique, un artiste qui chante des épopées en s'accompagnant d'un instrument de musique, laphorminx, une espèce de cythare. On a d’autant plus de raisons de le penser que L'Odysséedeux met aèdes en scène: le plus connu, Démodocos, qui chante à la cour d'Alcinoos, mais aussi Phémios, aède de la cour d'Ithaque. Ces deux personnages nous renseignent sur le métier d'aède : le barde chante devant une assemblée d'aristocrates réunis en banquet. Il puise parmi une large collection de thèmes bien connus, comme la guerre de Troie. Il choisit un épisode lui-même, mais le public lui réclame souvent tel ou tel thème favori. Homère était-il aveugle, comme le rapporte la légende ? Sa cécitén’a rien de certain. L'image du « barde aveugle » est un lieu commun de la littérature grecque. La fréquence avec laquelle la cécité est associée à la poésie pousse néanmoins à s'interroger sur le lien entre cet handicap et la fonction de poète : la perte de la vue e serait censée stimuler la mémoire, comme on a pu le constater au XXsiècle chez des bardes kosovars. De plus, la pensée grecque associe très fréquemment cécité et pouvoir divinatoire: les devins (Tirésias) sont tous privés de la vue. Plus prosaïquement, le métier d'aède est l'un des rares accessibles à un aveugle dans une société comme celle de la Grèce. Contrairement à une idée reçue,l’Iliadeet l’Odysséesont pas les seules ne œuvres attribuées à Homère. Celui-ci aurait également écrit deux poèmes comiques, laBatrachomyomachia« labataille des grenouilles et des rats», qui (littéralement parodiel’Iliade) et leMargitès, et aussi les poèmes desHymnes homériques. Le texte moderne del’Iliadeet l’Odysséea été transmis grâce à des manuscrits datant soit de l’époque médiévale, soit de la Renaissance, qui étaienteux-mêmes des copies d’anciens manuscrits des épopées, aujourd’hui disparus.Les spécialistes s’accordent aujourd’hui pour dire que l’Iliadeet l’Odysséedu même auteur sont (récurrence d’expressions identiques d’un texte à l’autre), quand bien même le texte d’origine a subi de sensibles transformations et «bénéficié » de multiples ajouts au cours de sa transmission (on a relevé des incohérences et des redites). L’ignorance totaleque nous avons de la vie du poète présente un avantage : elle nous permet d'aborder l'œuvre sans préjugé. Il n'y a rien entre elle et nous. Les
textes homériques ne valent que par eux-mêmes et par eux seuls. Quoique très différents par le contenu, l’Iliadeet l’Odyssée ontun point commun. Les deux épopées sont centrées autour d’un héros: Achille et Ulysse ; ce dernier donne son nom (engrecancienδυσσεύς/en latin Odusseús) à l’Odyssée; aussi bien le second, l’Iliade, dont le titre est tiré du mot Ilion (en grec ancienλιάς, nom que portait jadis la ville de Troie), aurait pu s’intituler «L’Achilléide» (en grec ancien χιλλεύς/Akhilleús). I.LESEPOPEESHOMERIQUES 1.L’IliadeL’Iliadeest une« épopée», c’est-à-dire un long poème narrant les exploits historiques ou mythiques d’un héros. Cette épopée, divisée en 24 chants (ou 1 chapitres), relate en 15 337 vers (dits « hexamètres dactyliques»), les épisodes de la guerre de Troie,en l’occurrence le siège –historiquement impossible à daterde la ville de Troie (situé actuellement en Turquie) par des guerriers venus de Grèce. Rappelons en deux motsl’origine duconflit : Pâris, fils de Priam (roi de Troie) a enlevé Hélène, femme de Ménélas. Ulcéré par ce rapt, celui-ci convainc les chefs achéens (= grecs) de lancer une expédition militaire contre Ilion pour récupérer l’épouse infidèle. Les Achéens, venus de toute la Grèce, affrontent les Troyens et leurs alliés. Mais au bout de dix ans,l’issue de la guerre est toujours aussi incertaine. Les combats collectifs ou individuels se succèdent sans quela balance penche d’un côté ou de l’autre.le siège dure Sisi longtemps, c’est en raison de l’équilibre des forcesmilitaires en présence (Achille et Hector sont aussi valeureux l’un que l’autre),mais aussi à cause de l’intervention des dieux qui maintiennent artificiellement cet équilibre. Le déblocage se produit à la faveur d’un épisode inattendu :une querelle entre deux chefs achéens. Achille et Agamemnon se disputent en effet une jeune captive, Briséis. Furieux d’avoir été spolié de sa belle, Achille boude sous sa tente, et refuse de reprendre les armes: c’est la fameuse «colère d’Achille», rappelée dans le tout premier vers del’Iliade:Μνινειδε, θεά, Πηληιάδεωχιλος(Chante, ô déesse, le courroux du Péléide Achille). Cette colère puérile a pour effet de modifier le rapport de force : les Troyens menacent désormaisde l’emporter…extremis, Achille, révolté par la mort de In Patrocle, son meilleur ami, revient sur le champ de bataille et tue Hector, fils de Priam.L’Iliades’achève sur les funérailles d’Hector. L’épisode du« Chevalde Troie », qui marque la victoire grecque, n’y figure pas. Ilest raconté dansl’Odyssée. C’est là, en effet,que se trouve expliquée, par une ruse d’Achille, la prise définitive d’Ilion. Afinde s'introduire et prendre la ville, les Grecs, feignant la retraite, laissent un énorme cheval de bois à l'entrée de la ville. Les Troyens, croyant prendre une prise de guerre,s’emparentde ce cheval et le ramènent dans la cité. Ils ignorent qu’en son sein se trouvent des soldats grecs. Ceux-ci, à la faveur de la nuit, ouvrent les portes de la forteresse, font rentrer leurs compatriotes et s'emparent de la ville.
1 Mètre utilisé en grec ancien et en latin, équivalent approximatif de notre « alexandrin ».
L’Iliaderaconte essentiellement des épisodes guerriers,de sorte que l’histoire revêt parfois un caractère répétitif... C’estune ode au courage, à la force, à la virilité. Ce texte reflète une société agonistique (Agon = le combat), où l’homme de valeur est avant tout un preux combattant, qui préfère la vie brève héroïque, à la vie longue prosaïque. L’un des aspects les plus saisissants de cette épopée est son mélange de poésie exotique et de précision réaliste dans la description des combats. Prenons pour exemplela mort d’Hector: