Irlande : du mieux, à confirmer…
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Irlande : du mieux, à confirmer…

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Novembre 2011 Conjoncture 3 Irlande : du mieux, à confirmer… Caroline Newhouse n 2011, la reprise irlandaise devrait être vigoureuse (l'acquis de croissance pour 2011 était de 2% à la fin du deuxième trimestre, et nous anticipons une croissance du PIB de l'ordre de 1,6% sur l'ensemble de l'année, cf. tableau 1), différenciant l'île d'émeraude des deux autres pays de la zone euro, la Grèce et le Portugal, bénéficiant de l'aide internationale (cf.
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Irlande : du mieux, à confirmer…
Caroline Newhouse
n 2011, la reprise irlandaise devrait être
Cycles économiques en Grèce, Portugal et Irlandevigoureuse (l’acquis de croissance pour 2011 Eétait de 2 % à la fin du deuxième trimestre, et
103nous anticipons une croissance du PIB de l’ordre de
101
Portugal1,6% sur l’ensemble de l’année, cf. tableau 1),
99
différenciant l’île d’émeraude des deux autres pays de la
97
zone euro, la Grèce et le Portugal, bénéficiant de l’aide
95
internationale (cf. graphique 1). Par ailleurs, les 93 Grèce
premières étapes du plan de consolidation des finances 91
Irlande
89publiques et de restructuration du système bancaire ont
87été franchies en avance sur l’agenda. Toutefois,
85certains risques obèrent la poursuite du redressement
T4 2007 T4 2008 T4 2009 T4 2010
économique. Le ralentissement de la demande
Graphique 1 Sources : NSS of Greece, INE Portugal, Central Stat. Office mondiale, dont l’Irlande est très tributaire, et la baisse
ininterrompue des prix sur le marché immobilier
pourraient, notamment, nécessiter un renflouement
supplémentaire des banques.
Principales prévisions macroéconomiques
2010 2011 2012 2013
PIB, g.a. en % -0,4 1,6 0,8 1,9
Consommation privée, g.a. en % -0,7 -2,5 0,0 1,4
Consommation publique, g.a. en % -3,9 -3,4 -2,3 -2,4
FBCF, g.a. en % -24,9 -3,4 1,3 2,3
Stocks (contribution à la croissance) 0,9 0,5 0,0 0,0
Exportations, g.a. en % 6,3 4,3 3,6 5,0
Importations, g.a. en % 2,7 1,1 3,2 4,8
IPCH, g.a. en % -1,6 1,1 0,8 1,0
Taux de chômage, en % 13,6 14,8 14,3 13,9
Balance courante, en % du PIB 0,5 2,1 2,7 3,5
Solde public, en % du PIB -31,7 -10,1 -8,7 -7,5 % du PIB, hors soutien bancaire -11,8 -10,6 -8,9 -7,3
Solde primaire, en % du PIB -28,5 -6,5 -4,3 -1,6
Dette publique, en %94,9 109,5 115,4 118,1
Tableau 1 Sources : Central Statistics Office, prévisions BNP Paribas


Novembre 2011 Conjoncture 3

cumulée de EUR 900 millions entre 2012 et 2015 Revenue de loin…
(i.e. 0,6% du PIB). Les mêmes nouvelles conditions sont
accordées par le Royaume-Uni, la Suède et le
Après avoir connu une expansion économique Danemark sur les prêts bilatéraux consentis à l’Irlande.
remarquable dans les années 2000 (supérieure à 5% à Ces modifications favorables des termes de l’aide
comparer avec 2% pour la zone euro) (cf. graphique 2), irlandaise ont un impact positif sur le profil d’ajustement
le retournement du marché immobilier en 2007 des finances publiques du pays et leur soutenabilité à
(cf. graphique 3) couplé à la crise des subprimes de moyen terme.
l’été 2007 a contribué à plonger l’économie (PIB en
baisse de 7% en 2009 après -3% en 2008) et le De cigale en fourmi
système bancaire dans une crise profonde, de laquelle
ce dernier n’aurait pu se relever sans l’intervention de La crise a modifié en profondeur le comportement
l’Etat et des institutions supranationales. des ménages. Depuis l’automne 2010, ces derniers
privilégient le désendettement et la reconstitution de leur
épargne (leur dette est supérieure à 130% du PIB, L’aide internationale
principalement contractée sous la forme d’emprunts
En novembre 2010, sur la pression de la Banque hypothécaires, dont 86% sont à taux fixe). A la veille de
centrale européenne, le gouvernement irlandais s’est la crise, le taux d’épargne des ménages était de 2,2%.
résigné à faire appel à l’aide internationale. Le plan de En 2010, il a bondi à plus de 19%, alors que sa
sauvetage représente EUR 85 milliards (cf. tableau 2) moyenne de long terme est inférieure à 6%. L’activité
dont EUR 45 milliards prêtés conjointement par le FMI devrait donc continuer de se redresser sans le soutien
et l’Union européenne. Au total, l’aide internationale se de la consommation privée, qui ne représentait plus que
monte à 55% du PIB irlandais. Dans le cas de la Grèce, 62% du PNB à la fin du premier semestre 2011 contre
il s’agit de 50%. Chaque tranche du programme 65% fin 2009. Celle-ci continue de reculer depuis son
1irlandais est libérée après une évaluation trimestrielle effondrement de 2008-2009. Au premier semestre 2011,
de la Troïka (Union européenne, Commission elle s’inscrivait en baisse de 2,5% g.a. après environ -
européenne et FMI). A l’occasion de la réunion des 1% en 2010. En glissement annuel, les ventes au détail
chefs d’Etat de la zone euro, qui s’est tenue le 21 juillet se replient depuis le début de l’année, après s’être
2011, l’Irlande est parvenue à négocier une réduction redressées au premier semestre 2010
d’environ 2,5% de son taux d’emprunt portant sur les (cf. graphique 4), en dépit même du ralentissement du
17,5 milliards accordés par le Fonds européen de déclin du revenu disponible brut des ménages
Stabilisation financière (FESF) ainsi qu’un allongement (cf. graphique 5). La consommation privée devrait
de la maturité du prêt, de 7,5 ans initialement à une commencer à se redresser en 2013, une fois le gros des
durée comprise entre 15 et 30 ans. En termes de efforts de désendettement passé et les conditions sur le
charges d’intérêt, cela correspond à une économie marché du travail améliorées.

Plan d’aide internationale
Montant, milliards EUR Taux d’emprunt indicatif, %
FMI 22,5 4,8
UE 45
22,5 2,9 Dont Mécanisme européen de Stabilisation
Fonds européen de Stabilisation financière 17,7 3,1
1 Prêts Bilatéraux 4,8
Ressources irlandaises 17,5 n.d.
Total 85
Tableau 2 Source : Commission européenne (2011), Département des Finances
1 : fonds provenant du Royaume-Uni (EUR 3,8 milliards), de la Suède (EUR 600 millions) et du Danemark (EUR 400 millions)


Novembre 2011 Conjoncture 4


Croissance du PIB, g.a. en % Lent redressement du revenu des ménages
15 20
15
10 Irlande
10
55 Zone euro
0
0
-5
Revenu Disponible Brut (mm3m g.a., %)
-10
-5
Consommation privée (g.a., %)
-15
-10 -20
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11
Graphique 2 Sources : Central Statistics Office, Eurostat Graphique 5 Sources : Central Statistics Office, Eurostat




Evolution des prix de l'immobilier résidentiel Composantes emploi des enquêtes PMI
(g.a., en %)
7020 "expansion"
15
60
10
50
5
0 40
-5 PMI manufacturier30
-10 PMI services
20
-15 PMI construction
-20 10
"contraction"
-25
0
2006 2007 2008 2009 2010 2011
01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11
Graphique 3 Source : Central Statistics Office Ireland Graphique 6 Source : Markit



Ralentissement de la consommation des ménages Vague migratoire
récession économiquemilliers4 10 100Consommation privée (t/t, %)
3 Ventes au détail (t/t, %, éch dte) 80 Flux migratoire net
52
60 Emigration
1
400
0
20 _
-1
-5
0-2
-3 -20
-10
-4 -40
-5 -15 -60
2007 2008 2009 2010 2011
87 89 91 93 95 97 99 01 03 05 07 09 11
Graphique 4 Source : Central Statistics Office Graphique 7 Source : Central Statistics Office




Novembre 2011 Conjoncture 5

Une économie tournée vers le monde Pour l’heure, la reprise est trop faible pour permettre
une progression de l’emploi, qui continue de se
L’lrlande a désormais un fonctionnement à deux contracter mais à un moindre rythme (-2,1% g.a. au
vitesses. D’un côté, les entreprises nationales, deuxième trimestre 2011 contre -8,7% au troisième
concentrées dans les services financiers et les trimestre). Les secteurs les plus exposés à la demande
technologies d’information ainsi que dans le secteur interne sont ceux qui accusent les plus forts replis. Au
manufacturier, dépendent d'une consommation intérieure deuxième trimestre 2011, l’emploi dans le secteur de la
atone, laminée par les mesures d'austérité budgétaire, construction plongeait encore de 16% g.a. (au plus fort
l’effondrement du marché immobilier et la crise du de la crise immobilière, au deuxième trimestre 2009, il
système bancaire. De l'autre côté, des multinationales se contractait de 36% g.a.). Dans le secteur du
exportatrices, installées dans l’île pour bénéficier, entre commerce de gros et de détail, la chute de l’emploi s’est
autres, d’un taux d’imposition sur les bénéfices des nettement amortie. Ce dernier ne reculait plus que
sociétés à 12,54%, le plus bas de la zone euro, sont en d’environ 1,5% g.a. au deuxième trimestre 2011, contre
bonne santé. En outre, des gains de productivité -10,2% au deuxième trimestre 2009. A contrario,
substantiels ont été obtenus, dans le secteur privé, grâce l’emploi progresse dans les secteurs exportateurs, les
à l’effet conjugué de la baisse de l’emploi, de la réduction plus exposés à la demande mondiale. Ainsi, dans les
des heures travaillées, de la baisse des coûts unitaires technologies de l’information, l’emploi progressait de 1%
salariaux (cf. graphique 9) et d’un différentiel d’inflation au deuxième trimestre 2011. Plus généralement, le repli
toujours favorable avec la zone euro (cf. graphique 10), de l’emploi est en partie compensé par la baisse
même après sa sortie de déflation (de mars 2009 à continue du taux de participation. Mais les enquêtes
décembre 2010). PMI ne sont guère encourageantes à cet égard. Les
L’Irlande est une petite économie très ouverte et intentions d’embauche reculent dans le secteur
désormais très compétitive. Fin 2010, les exportations manufacturier depuis mai 2011 et dans les services
irlandaises constituaient 100% du PIB et les depuis avril 2007 (cf. graphique 6).
investissements directs étrangers (IDE) 10%. Cette Fin 2007, le taux de chômage était inférieur à 5%.
même année, l’Irlande affichait un excédent commercial Trois ans plus tard, il approchait 15%, incitant de
de EUR 43,5 milliards, représentant 31% du PIB, le nombreux Irlandais à quitter l’île. En 2010, environ
troisième plus important de la zone euro, bien que le 75 000 Irlandais ont émigré à l’étranger (cf.
pays se situe à la dix-septième place au regard de la graphique 7). Depuis le début 2011, le taux de chômage
taille de son économie. En 2011, la reprise devrait être ne baisse que progressivement. Il s’est établi à 14,3%
essentiellement tirée par les exportations, en septembre dernier, son repli étant uniquement lié au
principalement de produits technologiques à haute recul du taux de participation (cf. graphique 8). Plus de
valeur ajoutée, de produits pharmaceutiques et la moitié des chômeurs sont en recherche d’emploi
agricoles (cf. graphique 11). Toutefois, ses principaux depuis plus d’un an, et plus du quart depuis plus de
partenaires commerciaux sont la zone euro, le deux ans. Le nombre de chômeurs de longue durée a
Royaume-Uni et les Etats-Unis (environ 80% de ses augmenté de 24% en un an. Toutefois, en dépit des
exportations totales). L’Irlande est donc très sensible à réductions budgétaires qui touchent tous les ministères
ces économies dont l’activité devrait marquer le pas au (à l’exception de la recherche et de l’innovation) les
deuxième semestre (cf. tableau 3). allocations chômage n’ont pas été abaissées.

Réponse des variables macroéconomiques irlandaises à la variation d’un point de la croissance du PIB des
principaux partenaires commerciaux du pays
Elasticité Etats-Unis Royaume-Uni Zone euro
PIB irlandais 1,3 0,8 2,5
Exportations 1,6 1,1 2,3
Taux de chômage -5,3 -3,6 -8,7
Salaires 1,4 0,9 1,0
Tableau 3 Source : Banque centrale d’Irlande


Novembre 2011 Conjoncture 6


Marché du travail Contribution des exportations nettes à la croissance
du PIB
180 16 6 exports nettes (points de pourcentage)
160 Chômeurs depuis plus d'un an ('000) 14
PIB (t/t, %)4
140 12
Taux de chômage (éch dte)
120 2
10
100
8 0
80
6
60 -2
440
-4
220
0 0 -6
98 99 00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 T1 2006 T1 2007 T1 2008 T1 2009 T1 2010 T1 2011
Graphique 8 Source : Central Statistics Office Graphique 11 Source : Central Statistics Office




Coûts salariaux unitaires Cycle manufacturier
( base 100 en 1994) "expansion"105 70
Allemagne 60
100
50
95
40
Zone euro
PMI
3090
Nouvelles commandes à l'exportation
20
85
Irlande 10
"contraction"
80
0
94 95 96 97 98 99 00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11
2007 2008 2009 2010 2011
Graphique 9 Source : Eurostat Graphique 12 Source : Markit




Inflation comparée Cycle dans les services
7 70 "expansion"
6
60
5
4 50
3
402
1
30 PMI compositeIPCH irlandais (g.a., %)0
20-1 Nouvelle activitéIPCH de la zone euro (g.a., %)
-2
10
"contraction"-3
-4 0
00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 2007 2008 2009 2010 2011
Graphique 10 Source : Eurostat Graphique 13 Source : Markit





Novembre 2011 Conjoncture 7

Les enquêtes dans le secteur manufacturier indiquent risque de change. Les actifs nets en devises du
effectivement que l’activité a faiblement progressé au système bancaire irlandais ont ainsi explosé entre
troisième trimestre 2011 et les indicateurs les plus avancés, 2003 et 2007, de 10% du PNB à 60%.
comme les nouvelles commandes, suggèrent même qu’elle
pourrait se contracter au quatrième trimestre, en raison De la crise de liquidité à la crise systémique
d’un moindre dynamisme des commandes à l’exportation
2qui ne compenserait pas la morosité de la demande interne Pour éviter la faillite de son système bancaire ,
(cf. graphique 12). Au deuxième trimestre, la production l’Etat irlandais est intervenu directement auprès de
manufacturière ne progressait plus que de 1% g.a., contre ses banques. Il a décidé, dans un premier temps,
près de 15% au quatrième trimestre 2010. une extension du système de garantie des dépôts,
Dans les services, l’activité se poursuit à un rythme portant sur EUR 375 milliards, 240% du PIB et
relativement soutenu, toutefois les perspectives ne sont pas s’appliquant à tout type de dépôts, y compris les
encourageantes. L’indice de nouvelle activité de l’enquête dépôts interbancaires, les obligations, les titres de
PMI services se situe sous 50, en zone de contraction dettes de première catégorie mais aussi certaines
depuis mai et ne cesse de reculer. A 47,5 en septembre, il dettes subordonnées. Dans un deuxième temps,
se retrouvait à son niveau le plus bas depuis décembre lorsqu’il devint évident qu’il ne s’agissait plus
2010 (cf. graphique 13). uniquement d’une crise de liquidité mais bien d’une
crise systémique, l’Etat prit des participations
3 partielles ou totales dans le capital des banques
Banques : état des lieux affectées. Ces dernières furent tout d’abord
financées sur les liquidités du Fonds de Réserve
Le marché immobilier a bénéficié pendant de nationale des Retraites (National Pension Reform
4nombreuses années de l’accès à un financement bon Fund - NPRF ). Les autorités ont recapitalisé AIB et
marché, via des taux d’intérêt réels très faibles, voire BoI et nationalisé Anglo en janvier 2009.
négatifs, de l’augmentation rapide du revenu des Une structure de défaisance des créances
ménages et de la globalisation des marchés toxiques, principalement liées aux opérations
financiers. A la veille de la crise, les prix immobiliers immobilières, a été mise sur pied en avril 2009, la
progressaient de plus de 15% en glissement annuel, NAMA (National Asset Management Agency). A ce
tandis que l’investissement immobilier représentait jour, la NAMA a racheté plus de EUR 70 milliards
14% du PNB irlandais, deux fois plus en moyenne d’actifs aux banques participantes, sa capacité
que dans l’Union à 15. Les secteurs immobilier et de maximale d’achat d’actifs étant de 80 milliards. La
la construction ont exercé un effet d’éviction sur le NAMA les a acquis avec une décote moyenne de
reste de l’économie, en particulier sur le secteur 58% (cf. tableau 4). Si elle venait à faire des profits,
marchand. Cette évolution s’est reflétée dans la elle les reverserait à l’Etat.
balance courante. A partir de 2003, celle-ci s’est Ces décisions n’ont toutefois pas suffi à restaurer
inscrite progressivement dans le rouge. la confiance dans le système bancaire. L’accès aux
L’explosion de la bulle immobilière en 2007 a marchés de capitaux devenait de plus en plus difficile
directement touché le système bancaire irlandais, qui pour les banques irlandaises. Les primes sur swaps
avait largement contribué à son financement, prêtant de défaut de crédit (CDS) s’étaient inscrites à un
à long terme en euro et empruntant à court terme en nouveau record de 519 points de base, à l’automne
devise, ce qui représente une exposition massive au 2010. L’écart de rendement entre le papier à 10 ans

Transferts de créances douteuses vers la NAMA
AIB Anglo BOI EBS INBS Total
Valeur faciale du prêt 19,6 34 9,3 0,8 8,5 72.3
Décote 54% 62% 42% 60% 64% 58%
Résultat 8,9 12,9 5,4 0,3 3,0 30.5
Perte réalisée 10,7 21,1 3,9 0,5 5,5 41.8
Tableau 4 Source : NAMA, Département des Finances


Novembre 2011 Conjoncture 8

irlandais et le Bund allemand de même échéance (pour une revue exhaustive des résultats des stress
avait atteint 461 points de base, un plus haut depuis tests, voir Céline Choulet in Ecoweek 11-14 «Banques
la création de l'euro (cf. graphique 14). Les banques irlandaises : un soutien à double tranchant»). Après
irlandaises recourraient, massivement, aux facilités leur publication, les banques irlandaises se sont
de financement de la Banque centrale européenne recapitalisées à hauteur EUR 24 milliards dont 16,5
et aux allocations d’urgence de liquidité de la milliards sous forme d’argent public. Les tests de
Banque centrale irlandaise. Fin 2010, les autorités résistance conduits, par la suite, par l’Autorité bancaire
de l’île ont dû faire appel à l’aide internationale (cf. européenne (EBA) ont indiqué que les banques
supra). irlandaises ne nécessitaient pas d’efforts
supplémentaires de recapitalisation par rapport aux
Envolée de l'emprunt d'Etat irlandais à 10 ans exigences du PLAR 2011.
Le Département des Finances irlandais a joué,
16 1400Rendement irlandais à 10 ans (%) jusqu’à présent, un rôle central. Il a élaboré un
14 1200
nouveau cadre de gouvernance qui doit permettre une Ecart de rendement à 10 ans avec le Bund (pb)
12 1000
appréciation plus prudente des portefeuilles de
10 800
créances douteuses, une transparence renforcée de la
8 600
situation du système bancaire, la publication de
6 400
nouvelles lignes de conduite pour évaluer les
4 200
collatéraux bancaires et l’introduction d’une centrale
2 0
de renseignement sur les crédits. En outre, le rôle de
0 -200 la Banque centrale irlandaise a été renforcé, tant du
2007 2008 2009 2010 2011
point de vue du respect des exigences réglementaires Graphique 14 Source : Reuters que de l’intervention ponctuelle auprès du système
bancaire (cf. annexe 1). Par ailleurs, une unité
Entre fin 2010 et mai 2011, les banques nationales
spéciale a été créée au sein du Département des
ont réduit leurs engagements de EUR 7,2 milliards, Finances pour exercer un rôle de conseil auprès du
(dont EUR 4,4 milliards de liquidation d’emprunts, de
gouvernement dans le domaine des risques EUR 1,8 milliard de ventes d’actifs). Au total, 10% des
systémiques et des mesures afférentes pour limiter
objectifs fixés pour fin 2013 ont été atteints à ce jour.
ces derniers. Enfin, un conseil de gestion économique, D’ici à 2013, le ratio de prêts sur dépôts devrait passer
un comité de stabilité bancaire et un comité de 5de 180% à fin 2010 à environ 120%. La réalisation de
désendettement ont été mis sur pied. L’implication du cet objectif nécessite la vente de EUR 73 milliards
Département des Finances est plus directe et
d’actifs dont 70% sont détenus hors d’Irlande. Dans son
pragmatique désormais et correspond probablement à rapport de septembre 2011, la Commission européenne
cette première étape du processus de restructuration
estime que les ventes d’actifs, qui ont été faibles
du secteur bancaire national, en particulier en ce qui jusqu’au milieu d’année, pourraient progresser
concerne son désendettement qui est clé pour réduire
significativement au second semestre 2011.
la dépendance du secteur bancaire au refinancement
auprès de la BCE. A l’échelle des banques, les Des tests de résistance plus stressés que ceux
membres du conseil et les dirigeants ont été des autres pays européens
progressivement remplacés. Aucun président ou
La restructuration des bilans bancaires a pris un directeur général en fonction en 2009 ne siège
tournant décisif avec la publication du Prudential Capital aujourd’hui aux mêmes fonctions. Du gouverneur de la
Assessment Review (PCAR) et du Prudential Liquidity Banque centrale irlandaise aux dirigeants des
Assessment Review (PLAR) en mars 2011, menés par principales banques encore présentes, on ne trouve
la Banque centrale d’Irlande avec le concours de que des « nouvelles têtes ».
BlackRock. Ces tests de résistance ont donné une Un fois recapitalisé et restructuré, le secteur
estimation transparente et rigoureuse des besoins en bancaire irlandais devrait reposer sur deux banques
fonds propres des banques. En outre, ils reposaient sur universelles, BoI et AIB-EBS, sans oublier ILP, et sera
des hypothèses conservatrices et des paramètres stricts reprivatisé.


Novembre 2011 Conjoncture 9

fonction publique à partir de 2011 a été votée fin Assainissement des finances
septembre 2011. La pension versée sera calculée à
partir des rémunérations moyennes perçues sur publiques
l’ensemble de la carrière (et non plus à partir de la
rémunération de la dernière année) et ajustée sur La récession et la crise bancaire ont profondément
l’inflation. Enfin l’âge de départ à la retraite sera modifié la situation des finances publiques irlandaises
progressivement repoussé de 66 ans à 70 ans. Par qui affichaient encore, fin 2007, une santé à toute
ailleurs, aucun départ à la retraite ne sera remplacé. épreuve avec un solde des administrations publiques en
La Commission européenne estime que la charge des équilibre et un ratio de dette sur PIB de 25%. Le déficit
retraites dans le secteur public sera ainsi diminuée public a atteint 32% en 2010 (11,9%, hors mesures de
de 35%. recapitalisation du système bancaire). De même la dette
En novembre 2010, l’accord avec l’Union européenne publique a explosé. A 25% du PIB en 2007, elle
et le Fond monétaire international a entraîné la mise en s’établissait à 95% en 2010 (cf. graphique 15).
œuvre d’un nouveau programme d’austérité pour
ramener le déficit sous 3% du PIB en 2015. Deux tiers Dette / PIB (définition au sens de Maastricht)
des nouvelles mesures correspondent à des coupes de
120 dépenses (de fonctionnement et d’investissement). Entre
Irlande 2011 et 2014, l’ensemble des mesures de consolidation, Zone 100
euro introduites par le Plan de Reprise nationale, représente Zone
80 euro EUR 15 milliards d’économies, 10% du PIB, dont
60 EUR 5,3 milliards ont été introduits en 2011.
Le dernier rapport de la Commission européenne
40 Irlande (septembre 2011) sur le programme de stabilisation des
20 finances publiques irlandaises (cf. tableau 5) souligne les
progrès faits par l’administration pour honorer ses
0
2007 2010 engagements. En particulier, les recettes fiscales du
Graphique 15 Source : OCDE premier semestre 2011 sont supérieures de 0,3% aux
prévisions de la Commission européenne du printemps
dernier. Par ailleurs, les dépenses du premier semestre Après le pain blanc, le pain noir
sont, elles aussi, inférieures de 1,5% aux prévisions. Pour
A l’automne 2008, les autorités publiques mirent l’ensemble de l’année, la Commission anticipe un repli du
en place les premières mesures d’austérité visant à déficit budgétaire à 10,2%, inférieur à l’objectif affiché
rectifier les déséquilibres, en ligne avec la procédure (10,6%). En outre, ces nouvelles prévisions tiennent
européenne de déficit excessif. Entre 2008 et 2010, compte à la fois des mesures prises dans le cadre de
l’ensemble de celles-ci s’est monté à EUR 14 milliards, l’Initiative pour l’Emploi 2011-2014, qui sont neutres d’un
9% du PIB. Dans la fonction publique, les coupes point de vue budgétaire, et des données du premier
successives de salaires ont atteint 14,5% pour la seule semestre pour les rentrées fiscales. A l’occasion du prochain
année 2010 et un gel de quatre ans à partir de 2011 a budget, où devrait être présenté le plan de consolidation
été convenu. Une baisse de salaires de 10% pour les des finances publiques pour 2011 – 2015, le
nouveaux entrants a été décidée. En outre, la réforme gouvernement pourrait annoncer des économies proches de
des retraites pour les nouveaux fonctionnaires dans la EUR 4 milliards, à comparer avec EUR 3,6 milliards

Programme de stabilité de l’Irlande
2011 2012 2013 2014 2015
PIB réel, g.a., % 0,9 1,9 2,5 3,0 3,0
Déflateur, g.a., % 0,4 0,8 1,4 1,6 1,7
Déficit / PIB -10,6 -8,6 -7,5 -5,1 -2,9
Tableau 5 Source :Commission européenne


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annoncés. Ce plan présentera les prévisions de dépenses sur les marchés obligataires avant longtemps, à savoir le
deuxième semestre 2013, voire 2014. En conséquence, et de recettes annuelles sur la période ainsi que les
l’écart de taux à 10 ans avec le Bund allemand s’est ajustements nécessaires pour respecter les engagements
nettement rétréci, revenant vers 600 points de base, ses pris dans le cadre de la procédure de déficit excessif. Le
niveaux de novembre 2010. Il avait atteint, mi-juillet, un Conseil consultatif budgétaire irlandais (L’IFAC est un
pic de près de 1200 points, à la suite de l’abaissement organisme indépendant chargé de conseiller le
7par Moody’s de la note de l’Irlande à Ba1 , reléguant l’île gouvernement en matière budgétaire, créé dans la foulée
à la catégorie des investissements dits « spéculatifs », du plan d'aide international) recommande une réduction du
avec des perspectives négatives. L’agence de notation a déficit à 8,4% du PIB en 2012, soit 0,2 point sous celle
justifié sa décision par «la probabilité croissante que, à prévue dans le programme de stabilisation des finances
l’issue du programme actuel de soutien de l’UE et du FMI, publiques. L’IFAC prône à terme un déficit de 1% en 2015,
fin 2013, l’Irlande ait besoin de nouveaux financements alors que l’objectif actuel est de 2,8%.
supranationaux avant de pouvoir revenir sur les marchés Selon le programme de consolidation budgétaire et
de capitaux». L’agence reconnaissait toutefois que « le compte tenu des hypothèses de croissance retenues
pays a fait preuve d’un engagement fort en faveur de la (2,8% en moyenne sur la période 2013-2015, après 0,6%
consolidation budgétaire et qu’il a, jusqu’à présent, atteint en 2011 et 1,9% en 2012), le déficit devrait, sans trop de
les objectifs de son programme ». Fitch et Standard & difficultés, être ramené de 7,5% en 2013 à moins de 3%
Poor’s ont, quant à elles, conservé, l’une comme l’autre, en 2015. Par ailleurs, le ratio de dette publique rapportée
leur notation inchangée, à BBB+, trois crans au-dessus au PIB devrait se stabiliser à partir de 2013, autour de
de la catégorie des investissements spéculatifs, assorti de 119%, pour commencer à reculer l’année suivante.
perspectives stables. L’Etat doit encore préciser la manière dont il entend
Certains risques demeurent. D’une part, le pays reste se désengager des actifs nationalisés, ce qui devrait,
exposé, certes moins que d’autres, au risque de d’une part contribuer à renforcer la compétitivité globale
contagion de la crise de la dette souveraine dans la zone de l’économie et, d’autre part, réduire les besoins de
euro. Seule une consolidation réussie de ses finances financement de l’Etat.
publiques, une hausse de la compétitivité et un retour
durable à une croissance plus équilibrée pourront
Un avenir plus vert ? convaincre les marchés financiers du bien-fondé des
décisions prises par le gouvernement irlandais pour
La mise en œuvre de la réforme du secteur financier assurer la soutenabilité à moyen terme de ses finances
se poursuit. Elle donnera naissance à un secteur bancaire publiques. Pour l’heure, le pays est engagé dans la bonne
plus concentré, capable de financer l’économie irlandaise. voie. Toutefois, la poursuite de la politique actuelle
La réduction de la taille des bilans limitera aussi la d’austérité pourrait provoquer, tôt ou tard, un effet de
dépendance des banques vis-à-vis de la Banque centrale lassitude dans la population.
6européenne, via les opérations de refinancement . D’autre part, les fondamentaux économiques de l’île
La conduite des examens PCAR/PLAR 2011 a sont encore fragiles. Au-delà des facteurs qui pèsent sur
contribué à renforcer la confiance dans le secteur. De ce le revenu disponible des ménages et la demande interne
point de vue, la nature des relations entretenues entre 8(évolution incertaine du marché immobilier , conditions de
l’Etat-actionnaire et les comités de direction des banques, crédit tendues, anticipations de resserrement de la
renouvelés récemment, sera déterminante. Elle aura une politique monétaire européenne), la reprise irlandaise est
influence sur l’intérêt que pourront porter, à l’avenir, les fortement dépendante de la vigueur de ses exportations
investisseurs étrangers aux institutions financières de l’île, et donc de celles de ses principaux partenaires
une fois restructurées et reformatées aux besoins de commerciaux. Un ralentissement de la croissance
financement de l’économie irlandaise. irlandaise, à 1% en moyenne entre 2012 et 2015 (l’OCDE
Par ailleurs, la décision d’appliquer à l’Irlande les évalue la croissance potentielle à 2,8%), rendrait plus
mêmes conditions que celles accordées à la Grèce pour difficile le respect des engagements 2011 du programme
son second plan d’aide à la suite de la réunion des chefs de stabilité et des objectifs du plan d’aide internationale.
d’Etat de la zone euro, le 21 juillet (abaissement du taux
d’emprunt de l’aide internationale couplé à l’allongement Achevé de rédiger le 31 octobre 2011
de sa maturité) devrait lui permettre de ne pas retourner caroline.newhouse@bnpparibas.com


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Annexe 1 : Nouveaux pouvoirs d’action pour la Banque centrale d’Irlande
La loi de mai 2011 qui a introduit le régime spécial de résolution des institutions financières a aussi doté la Banque
centrale d’Irlande de nouveaux pouvoirs et instruments lui permettant de garantir la stabilité du système financier et
de l’économie. Elle dispose désormais :
De l’ordre de transfert qui lui donne la possibilité, via un mécanisme de virement ordonné par la Cour suprême,
et dans des circonstances précises, de transférer tout ou partie du bilan d’une institution vers une autre.
De l’ordre extraordinaire de gestion qui lui donne le pouvoir, via un mécanisme ordonné par la Cour suprême,
et dans des circonstances précises, de nommer un gérant dédié à la tête de l’institution. Sa mission sera de gérer
l’activité de l’institution pour faciliter son sauvetage ou la démanteler en vue d’une liquidation.
De la possibilité d’établir une « banque relais » détenant, temporairement, tout ou partie de l’actif ou du passif
de l’institution financière en difficulté, dans l’attente du transfert vers une autre institution.;
Du processus modifié de liquidation des institutions en difficulté où le liquidateur mandaté aura deux objectifs,
premièrement et principalement travailler avec la Banque centrale pour garantir aux déposants, couverts par le
système de garantie des dépôts, le remboursement ou le transfert de leurs dépôts vers une autre institution, et
deuxièmement obtenir les meilleurs résultats pour l’ensemble des créanciers de l’institution.
De la capacité de mettre en place, en accord avec les institutions financières concernées, des plans de relance
et de résolution pour faciliter la gestion des difficultés financières des institutions concernées.
Enfin, de la possibilité d’établir un Fonds de résolution, qui serait financé par les contributions des sociétés
financières pour minimiser l’exposition du contribuable, en cas de difficultés.
Source : ministère des Finances

Annexe 2 : Restructuration des caisses de crédit coopératif
Les 407 coopératives de crédit ont participé à la réussite économique du tigre celtique au cours des cinquante
dernières années. Elles comptent plus de 3 millions de membres sur 4,5 millions d’Irlandais. Chaque coopérative est
indépendante et son comité de direction est bénévole. Le montant moyen d’un crédit, accordé est d’environ
EUR 9.500. Ce dernier sert, principalement, à financer des frais de scolarité, des vacances ou une voiture.
Toutefois, au cours des dernières années, les coopératives ont aussi participé à la bulle immobilière.
Le ministre des Finances irlandais, M. Noonan, a annoncé un plan de recapitalisation du secteur compris entre
EUR 500 millions et EUR 1 milliard, qui devrait être finalisé avant la fin de l’année. Il passera probablement par la
fusion des petites coopératives avec les plus grandes.
Les autorités ont présenté à la Commission européenne, à la Banque centrale européenne et au Fonds monétaire
international un projet visant à restaurer la solvabilité et la viabilité des coopératives de crédit. Une commission devra
explorer les changements législatifs nécessaires pour renforcer le secteur à moyen et long terme. Elle rendra son rapport
final en mars 2012. En attendant, la Banque centrale d’Irlande (BCI) continue de surveiller étroitement les coopératives, en
particulier leur niveau de réserves et de provisions, et organiser l’adoption des nouvelles normes restrictives sur leurs
activités de prêts. Une coopérative sur deux s’estime actuellement dans l’impossibilité de mener son activité à bien en
raison de ces nouvelles limites appliquées par la BCI. La BCI estime que 79 coopératives sur les 407 risquent de faire
faillite, avec jusqu’à EUR 1,7 milliard de prêts qui pourraient être classés en défaut. Selon la BCI, les arriérés de paiement
représentent 18% de la totalité des EUR 5,9 milliards d’encours de prêts accordés par les coopératives.
Leur ratio de prêts sur dépôts est de « seulement » 50%. Les autorités souhaitent que le Régime spécial de
Résolution des institutions financières (Special Resolution Regime for financial institutions) qui crée un cadre légal
de gestion des faillites, s’applique aussi aux coopératives de crédit.
Source : Commission européenne


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