LES VISITES

Documents
22 pages
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

LES VISITES

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 178
Langue Français
Signaler un problème
 Mme X…, « Une visite au sérail en 1860 », dans Le Tour du monde, 1er semestre 1860, Vol. 7, pp. 1-24. Typographie moderniséeindexUNE VISITE AU SÉRAIL EN 1860Par Mme X….texte et dessins inédits.LE TOUR DU MONDENOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES.Les murs du sérail. ─ Dessin de Karl Girardet d'après M. Adalbert de Beaumont.UNE VISITE AU SÉRAIL EN 1860,PAR Mme X...[1].texte et dessins inédits.Description du sérail.Une grande dame, une pairesse d'Angleterre, lady Crawen, disait en 1786, dansune lettre datée du palais de France, à Pera :« Voyez combien les mots se dénaturent et changent de signification dans les paysétrangers ; nous entendons par sérail l'habitation ou plutôt la prison des femmes, icic'est la résidence du sultan ; on ne peut l'appeler son palais, car les kiosques, lesjardins et les écuries se confondent tellement, qu'on pourrait dire que ce sont autantde maisons, avec leurs dépendances, bâties sans ordre ni symétrie, dans un parcenvironné de hauts remparts. »Cette appréciation est encore parfaitement exacte aujourd'hui. Les murs du sérailforment un triangle inégal dont deux côtés sont baignés par la mer. Le terrain, très-accidenté, descend en pente douce jusqu'au rivage, que borde un épaissemuraille[2]. On aperçoit du dehors plusieurs édifices disséminés parmi des massesde verdure. Les toits en saillie des kiosques et les coupoles d'étain qui remplacentles toits, donnent un caractère singulier à ces constructions, dont on ne distingued'ailleurs que très-imparfaitement les détails. Ce site, le plus beau peut-être del'univers, domine à la fois la Corne-d'Or, l'entrée du Bosphore, la côte d'Asie et lamer de Marmara.On entre dans le sérail par une grande porte, dont l'architecture n'a aucun caractèreet n'appartient à aucune époque : c'est la Sublime Porte. De chaque côté, dans lemur, on remarque deux grandes niches où l'on mettait jadis la tête des pachasétranglés par ordre du sultan. Quand l'exécution avait lieu dans les provinces,l'exécuteur bourrait de foin le chef du supplicié, l'enfermait dans un sac de cuir, etl'emportait attaché à la selle de son cheval. La tête d'Ali, le féroce pacha de Janina,fut apportée ainsi à Constantinople, et exposée sur un plat d'argent pendant neuf
jours.Quand on a franchi le seuil de la Sublime Porte, on se trouve dans une grande courirrégulière, très-peu ombragée et environnée d'édifices qui n'ont rien demonumental. Bientôt on se trouve en face d'une seconde porte flanquée de deuxtourelles que relie un mur crénelé. C'est Bab-us-Selam, la porte des salutations(voy. p. 4); personne du dehors n'avait jadis le privilége d'en franchir le seuil, si cen'est les vizirs pour se rendre au divan, et les ambassadeurs lorsque le GrandSeigneur leur accordait une audience. Elle est comme la Sublime Porte, gardéepar une trentaine de soldats turcs en tenue assez négligée et coiffés de cetteridicule calotte couleur grenat qui fait regretter le bonnet extravagant desjanissaires.Au delà de la porte des salutations il y a une autre enceinte où de vieux platanesjettent un peu d'ombrage. Tout cela est désert, triste et muet. On avance encore etl'on aperçoit à travers des massifs de cyprès et de grands cycomores la toitureélégante et les fenêtres treillissées d'édifices qui paraissent habités. Personnen'est admis à parcourir ce coin de sérail où vivent, dit-on, quelques vieilles favoritesdu sultan Mahmoud, et, peut-être quelques jeunes veuves du sultan Abdul-Mejid.On se hâte de visiter la collection des armures, la bibliothèque, qui contient unecollection peu authentique des portraits des anciens sultans, et l'on gagne lesjardins en cherchant des yeux les parterres remplis de fleurs rares, les hautescharmilles à travers lesquelles ne pénètre pas un rayon de soleil, et les cafesscachés dans les sombres bosquets comme au fond d'un labyrinthe. Les cafess(cage) étaient de petits édifices en pierre,solidement construits, où vivaientsolitaires les princes de la famille impériale que le sultan régnant n'avait pas faitmourir à son avénement au trône.Mais tout cela n'existe plus; on n'aperçoit rien que quelques jardinets plantés delilas et d'autres arbustes vulgaires. En descendant vers Ghulané (la maison desroses) on voit de grands carrés de légumes, piqués çà et là de tournesolsgigantesques et divisés par des haies vives où s'enchevêtrent des liserons blancs.Des bouquets de pins et de cycomores s'élèvent au milieu des espaces incultes, etdes rideaux de cyprès étendent de tous côtés leur ombre immobile. Le cyprès estl'arbre du sérail; on l'y trouve partout, et il semble que, dans ce séjour témoin de tantde morts violentes, il doit croître sur des tombeaux. Pourtant son feuillage noir n'ajamais abrité que des nids des tourterelles, tandis que les gais platanes, quidonnent un aspect presque riant à la seconde cour, ont souvent porté au bout deleur branches la tête sanglante des vizirs.Les édifices qui subistent encore dans l'enceinte du sérail ne datent guère que dusiècle dernier, et ne renferment plus que quelques raretés, restes infimes desimmenses richesses qui composaient le trésor des empereurs ottomans. LesTurcs, insouciants et fatalistes, n'ont bâti que des mosquées, et jusqu'au règned'Abdul-Mejid, leurs sultans n'ont habité que des palais de bois. Hormis les cafesset les salles voûtées où était enfermé le trésor, il n'existait aucune constructionsolide dans le sérail. Les incendies étaient fréquents dans ces légers édifices, dontles lambris étaient couverts d'enduits résineux. À diverses époques le feu dévoraune partie du sérail, et le grand incendie de 1665 détruisit les somptueuxappartements du quartier des femmes.Ce qu'était autrefois le sérail.Rien de ce qui existe encore aujourd'hui ne peut donner une idée de la puissancedes empereurs ottomans et du luxe inouï dont ils environnaient leur favorites. Cen'est pas dans les historiens turcs qu'il faudrait chercher des documents pourpeindre les mœurs de la cour ottomane et raconter la vie des sultans ; maisl'histoire du sérail existe dans les récits des anciens voyageurs et dans les rapportsdes espions que les cours de Vienne et de Versailles entretenaient près de lapersonne du Grand Seigneur.Les voyageurs qui ont visité Constantinople à l'époque de la grandeur des sultansavouent qu'ils n'ont pas vu l'intérieur du sérail ; aucun d'entre eux n'a dépassél'enceinte de la troisième cour, et jeté un coup d'œil au delà de l'espèce de salle dutrône, étroite et sombre, où le Grand Seigneur, le Padisha, le Sublime Empereur, leCommandeur des Croyants, le Successeur du Prophète, l'Ombre de Dieu, donnaitaudience aux ambassadeurs des puissances chrétiennes ; mais tous ont recueillide curieux documents, et plusieurs ont écrit en quelque sorte sous la dictée de gensqui avaient vécu dans le sérail. L'un d'entre eux raconte comment il a obtenulesdétails les plus intimes sur ce qui s'y pasait sous le règne d'Amurat IV. Setrouvant à Calcutta, il rencontra un vieil esclave noir qui avait passé trente ans dans